CHAPITRE PREMIER
HÉROPHILE
Pendant la courte durée de cette école d'Alexandrie, le dogmatisme grec reparait, et quoique modifié il domine dans les écrits d'Hérophile, d'Érasistrale et de leurs disciples. Hérophile, auquel ou doil de beaux travaux de médecine, \it le jour 344 ans avant l'ère chrétienne, et se trouvait dans la force de l'âge à la fondation de l'école d'Alexandrie. Galien parle avec les plus grands éloges de ses travaux de médecine, d'anatomie et "de physiologie. Il définissait la médecine d'une manière aussi large que belle : La médecine est la connaissance de Vétat naturel du corps et de Vétat contre nature, des agents qui agissent sur le corps pour le conserver sain, soit pour le rendre malade, soit pour le délivrer de la maladie.
La cause des maladies était pour lui une altération primitive des humeurs, le sang, la bile, l'atrabile et la pituite, car le Solidisme ne vint que plus tard, et la connaissance complète de leur évolution ou de leur nature dépendait des notions de tout ce qui avait précédr son apparition aussi bien que de ses diverses lésions actuelles.
On lui doit un ouvrage important de Diététique. Comme la plu- •part des hommes éminents de ce temps-là, il a fait un long commentaire des aphorismes d'Hippocrate, un examen critique approfondi de son livre du pronostic et un livre de séméiotique.
C'est lui qui a divisé la séméiotique en trois parties, l'une consacrée aux signes anamnestiques , c'est-à-dire commémoratifs on résultant des phénomènes morbides antérieurs à l'arrivée du médecin. L'autre aux signes diagnostiques, et enfin la troisième aux signes pronostiques, et il a surtout insisté sur l'importance des premiers, qui en instruisant du passé des malades jettent la plus grande lumière sur l'état présent. — Il disait avec raison que ces signes révèlent la nature des maladies, indiquent leurs terminaisons probables, leurs complications, leur gravité, et la rage lui servait d'exemple pour démontrer l'exactitude de ses assertions. — Il en disait autant de l'élude des maladies des parents, c'est-à-dire dt' Vhérédité , ce mystère dont la connaissance est indispensable, ;i quiconque prétend faire de la bonne médecine.
En continuant les travaux de son maître Praxagoras, Hérophile a fait de grandes études sur le pouls dans les maladies et sur k>
ANATOMISME ET ÉCOLE ANATOMIQUE — HÉROPHILE 305
signes qu'il peut fournir à qui sait les comprendre. Il en admettait un nombre prodigieux de variétés, ayant reçu chacune son nom particulier, ce dont le blâme beaucoup Galien en lui reprochant sa subtilité. On peut avoir l'idée de l'excès dans lequel il était tombé sous ce rapport en songeant que Pline , parlant de lui et de ses travaux, les déclare dignes d'un musicien et d'un géomètre tout à la fois. Il a étudié le pouls, comme nous le (faisons nous-mêmes aujourd'hui, sous le rapport de sa fréquence, de sa force, de son mode de succession, et il admettait déjà de grandes différences individuelles dans l'état sain. Sa cause résidait dans le cœur et non dans les vaisseaux remplis duAuideen mouvement. Son intensité était la mesure de la vie ou de la force vitale, et sa régularité lui semblait être l'indice soit d'une respiration naturelle, soit de la mort subite résultant de la paralysie instantanée du cœur, ce qu'on retrouve aussi dans Coelius Aurelianus.
Hérophile ne fut pas moins célèbre comme anatomiste, et c'est même sous ce rapport qu'il offre la plus grande originalité. En effet, il créait l'anatomie tandis qu'il pratiquait la médecine, conformément aux dogmes apportés de la Grèce.
Ses travaux d'anatomie sont encore aujourd'hui fort estimés, tandis que son Dogmatisme n'est qu'une reproduction plus ou moins heureuse des doctrines d'Hippocrate. On l'a accusé d'avoir ouvert des criminels vivants condamnés à mort que lui avait abandonnés Ptolémée Soter, et Celse, dans son premier livre, discute sérieusement et avec horreur, en trois endroits différents, ce fait qu'il réprouve de la façon la plus énergique. Rien ne prouve autrement la réalité du fait et on pense assez généralement qu'il est faux, que c'est un bruit répandu par la terreur de ceux dont l'imagination était effrayée par la dissection des cadavres humains, ce qu'ils considéraient comme une profanation.
C'est à Hérophile qu'on doit la distinction expérimentale des tendons et des nerfs, car il a montré que ces derniers sortaient du cerveau et de la moelle épinière pour transmettre au premier de ces
pour communiquer aux muscles i 1 expression de la volonté. - Il distingua les nerfs optiques des autres
nerfs par leur usage, et indiqua leur structure poreuse. — On lui 'doit de nombreuses recherches sur le cerveau, sur les sinus de la f dure mère, sur les artères, particulièrement sur l'artère pulmonaire |iquil nommait veine artérieuse, sur le duodénum auquel il a laissé
ce nom, enfin sur les lymphatiques qu'il n'a pas nommés, dont il n'a ■pas su découvrir l'usage, mais qu'il avait vus, à l'état de vaisseaux
Diancs du mésentère se rendant au foie et dans les corps spongieux
BOUCHUT.
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mésentériques chez un homme qui venait de mourir, après avoir mangé.
Si l'expérience sans la raison pouvait être bonne à quelque chose, Hérophile aurait découvert ce qui devait plus tard, en 1621, l'aire la gloire d'Aselli, mais il avait regardé sans voir, ce qui arrive à tous ceux dont le raisonnement n'éclaire pas l'observation. Jamais l'Empirisme ne sera une méthode scientiiique de quelque importance, car le même fait vu par un nombre infini de personnes, n'a de valeur que le jour où la raison d'un nouvel observateur lui donne sa signification réelle et montre la place qu'il doit occuper au milieu des connaissances humaines.