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CHAPITRE II

Découverte des. chylifères, des lymphatique.*, et nouvelle théorie de la digeslioD

et de l'absorplion.

Si nous connaissons mieux que les anciens le mécanisme de l'absorption de l'intestin et de la digestion, c'est à l'École anatomique qu'on le doit.

Jusqu'aux découvertes de Harvey sur la grande circulation et d'Aselli et de Pecquet sur les lymphatiques portant le chyle de Tintestin dans les veines sous-clavières, et dans le cœur par le canal Ihoracique, on avait accepté les idées de Galien sur l'absorption par les veines intestinales, et sur la sanguification par le foie.

ANATOMISME — CIRCULATION DES LYMPHATIQUES 33i

Galien avait professé que le chyle était absorbé par les veines des intestins et porté par elles dans le foie ; qu'il se changeait en sang dans cet organe; qu'en entrant noir dans le foie il en sortait rouge, enfin, que là prenait naissance Yesprit naturel porté par le sang dans le cœur où se formait Yesprit vital et par les artères dans le cerveau où Yesprit animal prenait naissance. — Si l'on ajoute à cela que la chaleur animale ou innée était considérée comme ayant sa source dans le cœur d'où elle se communiquait au sang, et par le sang des artères dans le corps tout entier, « Et ità calor continue effluit à corde per arterias et per arlerios ad totum corpus », enfin que cette chaleur était tempérée dans les poumons par l'air respiratoire qui rafraîchissait le sang, on aura toute la théorie de la sanguification de Galien. C'est presque autant d'erreurs que de mots.

On sait en effet, à présent, que le chyle n'est pas absorbé par les veines et qu'il n'entre pas dans le foie ; que le sang sort du foie noir comme il y est entré, que les esprits naturel vital et animal sont des hypothèses; enfin, que la chaleur animale ne vient pas du cœur et qu'elle résulte des combinaisons chimiques du- sang avec l'air des poumons par l'hématose, et, dans les tissus, de sa combinaison avec les éléments anatomiques des organes.

Cette théorie était la conséquence du fait qu'on croyait vrai : savoir l'existence des deux seuls ordres de vaisseaux qu'on puisse distinguer sur le cadavre ; les artères et les veines, ainsi que l'absorption par les veines. Que ceux qui contestent l'utilité des vivisections réfléchissent un peu; ils verront. que sans les opérations sur l'animal vivant, nous en serions encore aux idées de Galien sur l'absorption et qu'on n'aurait pu découvrir le troisième ordre de vaisseaux appelés les chylifères et les lymphatiques, puisque sur le cadavre ces vaisseaux sont invisibles.

C'est avec la découverte de Harvey sur la grande circulation la plus féconde des découvertes de l'école anatomique au xvir siècle —

Aselli, par la découverte des 'i;aisseawa;iac/éschylifèresenl622(l), a soulevé le voile que devait déchirer entièrement Pecquet en 1628. Leurs re'cherches se complètent mutuellement et par elles deux forment l'ensemble qui sert de base à la véritable théorie de l'absorption.

Donc, en 1022, Aselli, faisant une vivisection pour démontrer les nerfs récurrents, se servild'un chien qui venaitde manger. — Quelle

(I) De lactibus seulacteis venis, quarto vasorum mesaraieum génère nom in- Venlo disserlatio cum figuris elcgantissimis . Mediolan., 1627, Basilea, 1C28.

ne fut pas sa surprise en voyant que le mésentère était rempli de vaisseaux blancs et fins, qui, par piqûre, laissaient écouler une liqueur blanche comme du lait, et qu'il considéra comme des chylifères; seulement, il crut que ces vaisseaux se dirigeaient dans le pancréas et de là au foie, ce qui ne changeait pas la théorie de la digestion de Galien ; c'était un ordre de vaisseaux de plus et pas davantage.

La découverte fut vérifiée par Rolfink, et par Sulzberger chez les chiens, puis par Gassendi et Peiresc chez un malfaiteur condamné à mort et exécuté à Aix. — Comme toujours, il y eut des contradicteurs, surtout Riolan, puis Harvey qui, après avoir éprouvé l'injuste contradiction des rétrogrades de son temps, oublia un peu vite peutêtre ce qu'on doit aux découvertes d'autrui. Néanmoins le fait fut accepté, mais il aurait été stérile sans la découverte de Jean Pecquet en 1G48, qui porta la lumière dans l'obscurité de ces contradictions. Cet analomisfe montra la véritable route du chyle dans les chvlifères se terminant dans un réservoir qui aboutissait à la veine sousclavière gauche. Sans Aselli, le jeune Pecquet ne découvrait rien, mais c'est Pecquet qui a fait de la découverte d'Aselii ce qu'elle devait être dans la théorie de la digestion et de l'absorption.

En disséquant des chiens en digestion, il vit que la veine cave élait remplie d'un liquide blanc qu'il prit d'abord pour du pus, et ^ qu'il considéra ensuite comme n'étant que du chyle semblable à celui des vaisseaux lactés. Il s'aperçut ensuite que ce chyle était porté des chylifères, par un canal commun, dans les veines sousclavières, et qu'aucun chylifère ne se rendait au foie (i).

Dans ces faits, se trouve l'anéantissement de l'ancienne théorie de Galien généralement acceptée et, à partir de ce jour, le foie cessa d'être l'organe de la sanguification. — J'avais donc raison de dire que sans Pecquet la science eût encore pu ignorer longtemps la • véritable destination des chylifères.

Il est à peine utile de dire que cette découverte souleva de vives contradictions, surtout de la part de Ilarvey qui soutenait avec raison qu'il y a des vaisseaux blancs à la surface du foie qui se dirigent vers le pancréas et qui peuvent être pris pour des chylifères, mais, une découverte en appelle une autre, et, on ne tarda pas à voir que à côté des chylifères allant de l'inleslin au réservoir commun, il y a les vaisseaux lymphatiques des viscères de l abdomen qui voni dans les ganglions du ventre, et de là au canal Ihoracique, vaisseaux

(1) Expérimenta nova Analomxca quibux iricognilum hactcnus receptacitha)i cl abeo par thoracem in ramos usque subclavios vasa laclea delegunlttr, elc. Ilandervici, iGul. Paihi, 1634.

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