MORGAGNI
Morgagni est l'auteur d'un ouvrage analogue à celui de Bonet et res-estime chns a littérature médicale. Ce médecin naquitTrl en 1682. - Il futreçu docteur en 4701 ets'adonna surtout à l'anaomie sous la direction de Valsalva. Il fut bientôt nommé profes eur a Bologne, puis a Padoue où il recueillit les éléments de ses prînci paux ouvrages qui sont trés-nombreux. Le plus important celui 3:\?:!!f dans rhistolre comL un des fondateur
de 1 anatomie pathologique est celui qui a pour titre : De sedibus et causas morborum per anatomem indagatis - ou Du site e des causes des ma adies étudiés par l'anatomie. - Il a été pubUé
0 rt7 r ? '^'"^'^^ Désormeaux et De?tou en 1820. -C est un livre calqué sur le Sepulchreium de Bonet et ayant les mêmes divisions que lui. - Ainsi, il renferme cinq part L La première contient les maladies de la tête ; la seconde celles de po.tnne; \^ troisieme celles du ventre; \.\uatrieml l^^t tions chirurgicales et universeHes , et enfin la «nr,ueôl trnffP quelques sujets qui rentrent dans le's quatre premiêri j ~
rais dire ce que son auteur a dit du Sepulchretum , et, le jugeant d'après les idées de mon temps, sans tenir compte de la dislance, je pourrais dire que le livre manque de méthode, qu'il est diffus, ce qui est vrai, que les observations sont incomplètes, ce qui est vrai, et en vérité je n'aurais pas grand'peine à soutenir ces affirmations. — D me suffirait pour cela de comparer notre manière d'observer et de recueillir les observations et le résultat des nécropsies pour convaincre mon lecteur. — Je n'en ferai rien, car dans la région doctrinale où je m'élève, les questions de personnes, de dates, de philologie sont relativement peu importantes. — Je veux montrer la voie du progrès et, si après avoir fait connaître les transformations d'une doctrine, je m'arrête sur ses représentants illustres, c'est moins pour en faire une biographie anecdotique, plus ou moins exacte, que pour donner une idée de leurs travaux.
Le livre de Morgagni a eu un grand succès, et a été imprimé trois fois en quatre ans. — De plus, il a été traduit en anglais, en allemand et en français. — Il y a quelques années, c'était encore le traité le plus complet d'anatomie pathologique qui existât, et, si on peut le consulter avec fruit, il a considérablement vieilli, et les découvertes de l'anatomie pathologique française entre 1820 et 1830, en ont presque fait une antiquité. — L'auteur rapporte l'observation très-incomplète du malade, la nécropsie qui est faite avec plus de soin, quoiqu'il y manque beaucoup de détails importants, et il ter- *mine par des réflexions, en général très-remarquables et d'une sagacité médicale réelle. — Voici un exemple de sa manière de faire. — Il est emprunté au livre des douleurs de tête (1).
« Un enfant âgé de treize ans, de beaucoup d'esprit et d'intelligence, avait perdu une sœur et un frère morts de phlhisie, et avait lui-même éprouvé, l'année précédente, une infiammalion du poumon «rauche. Il est pris d'une douleur de tête sus-orbilaire et des yeux eux-mêmes dont les parties environnantes laissaient écouler une matière visqueuse. Le lendemain il délire, ses yeux se fixent sur les assistants, il rejette par le vomissement quelques viscosités. Ensuite il est tout à coup agité de mouvements convulsifs, après quoi il tombe dans une espèce d'affection soporeuse ; cependant il est souvent réveillé par les convulsions, accompagnées de la difficulté de respirer. Enfin il meurt.
« Examen du cadavre. Tous les viscères du ventre étaient sams; cependant l'estomac contenait un liquide érugineux ; la vessie était remplie d'urine, et la vésicule du fiel, de bile. »
(1) Morjçagni, tom. I, édition fi-ançaise, pige 64.
ANATOMO-PATIIOLOGISME — MORGAGNI
« Le poumon droit n'était point adhérent à la plèvre; mais il renfermait dans son sommet, vers la clavicule, un tubercule, presque de la grosseur d'une noix, dans lequel étaient de petites cavités remplies d'une matière semblable, par sa couleur et par sa mollesse, à la substance médullaire du cerveau. Peut-être si l'enfant eût vécu plus longtemps, aurait-il été le germe de la maladie qui avait causé la mort de son frère et de sa sœur. Le poumon gauche qui, comme je l'ai dit, avait été attaqué d'inflammation un an auparavant, était adhérent à la plèvre dorsale. Le péricarde contenait plus de deux onces de sérosité ; le ventricule droit du coeur renfermait une petite concrétion polypeuse. Le reste du sang n'était nullement coagulé, quoique l'ouverture ne fût faite que dix-sept heures après la mort.
« La dure -mère était teinte d'une couleur cendrée par des vaisseaux sanguins. En l'arrachant de l'apaphyse qu'on appelle crista galli, elle se déchira, et il s'échappa un peu de sérosité sanieuse : il s'en écoula au contraire une once de liquide, de l'endroit où passaient les nerfs optiques. D'ailleurs le cerveau était sain dans toutes ses parties; et la glande pinéale fixait les regards des spectateurs par sa grosseur extraordinaire.
(.( Vous concevez que cette dernière particularité, surtout sur un enfant très-spirituel, ne manquait pas d'être notée dans un temps où l'on regardait presque généralement cette glande comme le siège de l'âme pensante. Au reste, le commencement de la maladie fut inarqué par la douleur de la tête et des yeux ; son accroissement, par les vomissements, les convulsions, l'assoupissement, et sa terminaison par les mêmes convulsions, qui furent, à ce qu'il paraît, la cause immédiate de la mort. Peut-être aussi cette affection commença-t-elle d'une manière imperceptible. Car il est possible que la douleur, le délire, les vomissements, fussent l'effet de convulsions légères, comme la plénitude des deux vessies fut la conséquence du délire, élat dans lequel l'on est insensible au stimulus de l'urine, et où l'on refuse ordinairement des aliments qui, en comprimant la vésicule, déterminent la sortie de la bile qu'elle renferme. Néanmoins, il paraît qu'une partie de cette dernière humeur avait été poussée dans l'estomac par les efl'orts du vomissement, ce qui donna lieu à la couleur érugineuse des matières rejetées. Les mêmes convulsions qui, en comprimant le cerveau, laissaient après elles l'assoupissement, l'interrompaient aussi, en revenant de temps en temps, par l'irritation qu elles causaient.
« Mais la sérosité qu'on trouva à la partie antérieure de la base du cerveau, était-elle l'effet ou la cause des convulsions? On peut admettre l'une et l'autre supposition. Car soit que la cause des cen-
UISTOIRE DE LA MÉDECINE vulsions, cachée dans la structure des nerfs et des méninges, eût donné heu à l'épanchement de la sérosité, en comprimant les vaisseaux et en retardant le cours du sang; soit que l'épanchement existant primitivement, eût produit d'abord de légères convulsions et des douleurs, en irritant les méninges vers le bas de la région frontale, et aux environs des nerfs optiques, ces deux explications faciles à saisir sont également admissibles. En effet, de ce que la sérosité était limpide, il ne s'ensuit pas nécessairement qu'elle ne fût pas nuisible ; puisqu'il est certain que les sels les plus corrosifs ne troublent, en aucune manière, la limpidité de l'eau dans laquelle ils ont été dissous. D'ailleurs la sérosité n'était pas entièrement limpide, elle était en partie sanieuse. Je chercherai dans d'autres histoires analogues à celle-ci, la source de cette sanie, soit qu'elle fût purulente en effet, soit qu'elle ne le fût qu'en apparence. »
Partout les faits sont présentés de la même manière et c'est là ce qui constitue un recueil raisonné d'observation et d'anatomie pathologique, fruit de cinquante ans de lectures et d'observation.
— Il est écrit sous forme de lettres à manie.
Dans la première partie relative aux maladies^ de la tête, les lettres ont pour objet : les lésions de la douleur de tête, — les lésions de l'apoplexie sanguine, de Vapoplexie séreuse et de V apoplexie qui n'est ni sanguine ni séreuse, — les lésions des autres affections soporeuses ; — les lésions de la phrénésie, de la pp,raphrénésie, du délire, de la manie, de la mélancolie et de VhydrophoUe, — les lésions de l'épilepsie, — les lésions desconvulsions, — de la paralysie, ~ de l'hydrocéphale et des tumeurs de l'épine, — du catarrhe et des affections des yeux, — des maladies des oreilles et du nez, enfin quelques mots sur le hégayement.
Dans la seconde partie se trouvent : les lésions de la respiration ayant leur siège hors de la poitrine et dans les poumons stirtout par des calculs, — les lésions de la respiration par hydropisie de la poitrine ou du péricarde, — les lésions de la respiration par anévrysmes du cœur ou de V aorte pectorale, — les lésions de la douleur de poitrine, des côtes et du dos, — les lésions du crachement de sang et des crachats purulents de la phihisie, — des palpitations, — de la mort subite. — La troisième partie traite : des lésions de la faim contre natrire et de la mort de faim,
— de la déglutition, — du vomissement, — des flux de ventre,
— des hémorrhoïdes, — de la chute du rectum, — de la douleur des intestins, — des tumeurs des hypocondres, — de V ictère et des calculs biliaires, — de l'ascite, — destumetirs du ventre^
ANATOMO-PATHOLOGISME — BAYLE; BROUSSÂIS; LÂENNEC 359
, de la douleur des lombes, — de la suppression d'urine, — de
la dysurie, — des hernies, — de la gonorrhée, — de la descente de Vutérus, — de la stérilité, — des vices de la menstruation et des fîueur s blanches, — de la fausse grossesse, de V avortement et de V accouchement malheureux.
Dans le livre quatrième il est question des fièvres, — des turaeurs, — des blessures et des coups de la tête, — des blessures du cou, du dos et de la poitrine, — des blessures du ventre et des membres, — des ulcères et du sphacèle, — des fractures, des luxations, — de lu goutte e{ des doideurs des membres, — de la syphilis, — des empoisonnements, etc.
Dans le livre cinquième se trouvent de nouvelles lettres sur Vapoplexie, — sur ïépilepsie et sur quelques autres sujets qui ont été traités dans les livres précédents.
Comme on le voit, en dehors de toute méthode, il y a là un exposé d'anatomie pathologique ayant trait à la plupart des maladies médicales et chirurgicales connues. — Il n'y faut pas chercher autre chose, — mais celle anatomie pathologique là, en progrès sur celle de Bonet, est en arrière surl'anatomo-pathologie de Broussais, de Laennec, d'Andral et de Cruveilhier, absolument comme celle de ces différents auteurs qui était un progrès sur le temps de Morgagni est en arrière sur l'anatomie microscopique de notre époque. Tout se pousse dans l'histoire de la médecine et vieillit vite. Ne raillons donc pas trop nos devanciers, si nous ne voulons pas à notre tour être raillés par les successeurs du siècle prochain.
LIEUTAUD — BAYLE — TROST — BICHAT — BROUSSAIS — DUPUYTREN — LAENNEC — ANDRAL, ETC.
Lieutaud dans son historia anatomica medica; Sandifort, Bayle, Prost, Bichat, Broussais, Dupuylren, Laennec, Cruveilhier, et toute l'école française du xix* siècle par ses travaux, ont achevé l'anatomie pathologique telle qu'on la pouvait faire à l'œil nu. — C'est alors qu'en Allemagne l'usage du microscope pour l'étude des lésions organiques a profondément modifié la face des choses et que, à la suite des découvertes d'anatomie générale de Bichat, l'on a vu naître l'histologie normale et pathologique, puis comme conséquence immédiate, les théories de Shwann, de Schleiden sur le développement cellulaire des tissus normaux suivis des recherches de Virchow sur la physiologie et sur la pathologie cellulaires.
Aujourd'hui, tous les médecins étudient l'anatomie pathologique comme ils ont étudié l'anatomie normale. —• Vitalisles, animistes,
méthodistes, organiciens, tous recherchent avec un égal soin la lésion matérielle organique des maladies, mais ils ne lui accordent pas la même importance hiérarchique. — Tandis que les anatomopathologisles proprement dits, et que les organiciens, font de la connaissance des lésions organiques la base de la pathologie et de la médecine, les vitalistes au contraire n'y voient qu'un effet de l'altération du principe delà vie, eff'et pouvant devenir cause à son tour, comme toutes les causes physiques imaginables. C'est l'opposition du Solidisme de Thémison au Dogmatisme d'Hippocrate et, sous une autre forme, c'est l'éternelle question de la vie envisagée comme une cause ou comme un eff"et qui se présente encore à l'esprit. On a beau faire pour éviter les importunités de ce problème qui se dresse à chaque instant dans la pensée du médecin philosophe, et lors même que pai; prudence, par crainte ou par impuissance, on croit devoir l'écarter de ses pas, il reparaît à la plus petite occasion. C'est qu'en effet, à côté de la médecine proclamée par les uns comme une science exclusivement matérielle ou physique, il y a toujours en face l'opinion contraire qui, en raison du principe de la nature de l'homme, fait delà médecine une science morale doublée de recherches relatives à la matière des organes. Il y a plus de deux mille ans que dure ce procès et ce n'est certainement pas nous qui en verrons la fin.
Quoi qu'il en soit, l'Analomo-pathologisme qui ne devraitêtre qu'un moyen d'agrandissement de la science est pour quelques médecins la base exclusive de la médecine. C'est wne doctrine dans laquelle on affirme que toutes les maladies résulteiit d'une lésion organique. — « Organes sains, fonctions saines et fonctions troublées, organes malades, a dit Rostan dans son livre de l Organicisme, cela est faux, car on sait que des organes étant sains en apparence leurs fonctions peuvent être dérangées et réciproquement on voit souvent des organes malades n'entraîner aucun trouble des fonctions.
Sans insister davantage sur ce point qui sera discuté ailleurs (V. Organicisme et Solidisme), je me borne à établir ce fait que l'Anatomo-pathologisme n'est une doctrine que pour les organiciens, tandis que, pour les autres médecins, c'est le moyen de suivre dans les organes l'effet des maladies dont le principe peut être dans une altération de l'agent vital, du sang ou des humeurs.
Admettons dans l'Anatomo-pathologisme le moyen de connaître les lésions de tissu et les déviations organiques, mais dans les maladies ce n'est pas tout, car il y a des troubles d'innervation dont la cause est inconnue et ne réside pas dans les solides ; il y a les altérations de l'agent vital qui créent la taille, la ressemblance aux parents,