‹ Histoire de la medecine et des doctrines medicalesChapitre 7 sur 125 · THÉORIES CHIMIATRIQIIES DE SYLVIUS DE LE BOÊ · texte numérisé non relu

THÉORIES CHIMIATRIQIIES DE SYLVIUS DE LE BOÊ

Dans ses travaux anatomiques et physiologiques appuyés sur de nombreuses autopsies, on remarque que ce qu'il a laissé sur l'analomie du cerveau est relatif: à la scissure qui sépare le lobe antérif-ur du lobe moyen et qui porte son nom ; au canal de communication entre le troisième et le quatrième ventricule, et aux petits sinus latéraux; à la description d'un canal excréteur supposé de la glande thyroïde, à celle du canal sécréteur des reins, des glandes salivaires et enfin à une assez bonne description du cœur et de la circulation selon la récente doctrine de Harvey qu'il fut un des premiers à comprendre et à propager. — C'est là un fait très important et à l'honneur de Sylvius.

Sa physiologie du foie était très-singulière, pour ne pas dire plus, et elle consistait à dire que la bile était sécrétée par les artérioles ,de la vésicule et, que, de ce réservoir, elle remontait dans la glande pour se mêler au sang qui refluait des veines hépatiques dans la veine cave et d'autre part qu'elle descendait dans le duodénum. — On est tout aussi peu satisfait de sa physiologie de la rate qui est chargée de recomposer le sang et de celle des glandes lymphatiques. Tout cela est rempli d'hypothèses aujourd'hui abandonnées.

En matière de digestion, Sylvius est peut-être plus près de la vérité. La transformation des aliments est une fermentation produite dans l'eau des boissons par la chaleur ou ustion, par le sel contenu dans la salive et par les parties spirilueuses de la liquide. — Cette fermentation continue dans l'intestin sous l'influence du suc pancréatique, des sels acides et lixivieux de la bile qui font efl"ervescence etalors s'opère la transformation en chyle qui est absorbé, et en fèces qui sont rejetées au dehors. — Quant à la respiration qui rafraîchit le sang bouillant d'efl"ervescence par le mélange de la bile et de la lymphe, elle s'opère surtout parle diaphragme qui s'aplanit pendant l'inspiration et se voûte ou se redresse pendant l'expiration.

Il connaissait très-bien la difl'érence de couleur des deux sangs du cœur droit et du cœur gauche, et il attribuait la teinte rouge du

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sang artériel à l'air absorbé par la respiration (Praxis med., lib. I, cap. XXV, § I). C'était quelque chose d'analogue à la combustion et l'arlivité du phénomène était en rapport avec la température et la pureté de l'air. — L'air introduit dans le corps tempérait la chaleur produite par l'eiTervescence du sang dans l'oreillette droite et l'expiration avait pour but d'éliminer les vapeurs nées de cette effervescence {Disput. de respiratione , § 69, 73).

En pathologie Sylvius, inspiré de Galien sur beaucoup de points d'étiologie et de pathologie, se caractérise dans l'histoire de la science par le rôle important qu'il accorde aux altérations chimiques des liquides et à la doctrine pathogénique des fermentations et de Vâcreté des humeurs.

Reprenant pour lui-même la théorie des ferments de Van Helmont, il déclare qu'on ne peut supposer un seul changement dans le mélange des humeurs qui ne soit la suite de la fermentation. Cela est vrai en général. Pour lui, la digestion est une fermentation opérée par la salive acide, par la bile alcaline par le suc pancréatique acide qui font effervescence et engendrent le chyle pénétré de l'esprit volatil des aliments accompagnés d'huile subtile et d'alcali neutralisé par un acide affaibli (Sprengel, tom. V, p. 62).

La formation et le mouvement du sang résultent de l'effervescence du sel volatil huileux de la bile et de l'acide dulcifié de la lymphe, ce qui produit la chaleur vitale par laquelle le sang s'atténue et devient susceptible de circuler. C'est dans l'oreillette droite et le ventricule attenant, que le sang rencontre l'autre portion chargée de bile et, à ce contact . il se produit une effervescence comparable à celle qui résulte du contact de l'huile de vitriol étendue d'eau avec lalimaille de fer. — Que d'hypothèses ou plutôt que d'erreurs, quand oncompare cette physiologie avec la nôtre ! mais il serait bien injuste de lui en faire un sérieux reproche.

Pour lui, tous les changements survenus dans les humeurs étaient la conséquence de la fermentation. La vie était le résultat d'une fermentation de la bile et de la lymphe unies au sang et opérant dans le cœur. Le sang recevait toutes les humeurs en proportion variable dont les mélanges divers créaient les maladies. — Il y avait dans la bile, un alcali, une huile et un acide qui, par fermentation, donnaient lieu à une chaleur exagérée, imprimant au sang une activité circulatoire pins grande.

Il signale aussi l'âcrelé des diverses humeurs, leur âcreté alcaline qui produit leur dissolution, leur âcreté acide et, dans cette altération, il trouve le point de départ de sa théorie pathogénique.

Dans celte hypothèse, les maladies étaient dues à la prédominance

BOUCHUT. Il, /,

relative el absolue des principes minéraux constitutifs des liquides de l'oconomie. De là celte doctrine de Vdcreté des humeurs qui a eu un si grand retentissement et qui a survécu à son auteur assez loni^temps pour avoir encore aujourd'hui des représenlants dans la demiscience des gens du monde. — Il considérait comme acres tous les esprits acides et tous les sels lixivieux, c'est-à-dire les substances acides et alcalines, et en conséquence, selon la prédominance de cés éléments dans les humeurs, il dut admettre deux sortes d'âcretés, l'une acide, l'autre alcaline, offrant chacune de nombreuses variétés. — Cette doctrine était appelée à remplacer l'ancienne doctrine humorale de Galien, et elle y réussit auprès de beaucoup de médecins. A côté des choses vraies, ce qu'elle renferme d'hypothèses est incroyable.

Ainsi, la peste était due à une âcreté alcaline produite par le sel volatil qui tient le sang dans un état de fluidité anormale, et s'oppose à sa coagulation. Ce qui le prouve c'est qu'une solution de ce sel injectée dans les veines produit les symptômes de la peste (Hoefer, Hist. de la chimie, p 216, tom. II) et les meilleurs moyens prophylactiques ou curalifs de cette maladie reposent sur l'emploi des acides.

La bile devenait acide, s'épaississait et occasionnait des obstructions, où elle était alcaline et produisait le frisson et les fièvres. — Son mélange avec le sang et son âcreté produisaient l'ictère sans obstruction du foie. Son effervescence avec le suc pancréatique engendrait la plupart des autres maladies.

*L'âcreté acide du suc pancréatique et l'obstruction des conduits du pancréas étaient la cause des fièvres intermittentes et par son âcreté plus grande de l'hystérie et de l'hypocondrie. — Son effervescence avec la bile produisait une humeur acide visqueuse qui accablait les esprits vitaux du cœur et devenait cause de syncope, de palpitations ou d'épilepsie ; son effervescence avec la lymphe engendrait les spasmes el les convulsions.

La lymphe âcre et acide jointe à robstruction pancréatique était la cause de la goutte, de même pour la petite vérole, pour la syphi- \is, pour la gale, etc.

Presque toutes les maladies résultaient de l'acide âcre de la bile, de la lymphe et du suc pancréatique ; quant aux àcretés alcalines elles étaient peu nombreuses, et c'est à elles qu'il atlribuait les fièvres malignes. — Elles résultaient de la surabondance des sels volatils et de la ténacité du sang.

Beaucoup d'affections de l'estomac avaient pour cause un principe acide et ce qui le prouve c'est que les meilleurs remèdes employés pour les guérir consistent dans l'emploi des matières alcalines ou

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d'autres substances qui se combinent avec les acides (Praxis med., lib. 1, cap. II, § 5).

Les douleurs intestinales dépendent soit de sucs acides, soit d'âcretés salines et d'esprits volatils que l'on neutralise par des substances possédant des qualités opposées, et si. les aliments passent trop vite de l'estomac dans l'intestin sans être suffisamment digérés c'est à cause d'une prédominance des sels âcres de la bile ou de l'acidité trop grande du suc pancréatique. — Dans ce cas, les alcalins, et particulièrement l'eau de chaux, devaient être prescrits aux malades.

La goutte localisée dans les ligaments articulaires avait pour cause une humeur àcre, bilieuse, mêlée à un sel lixivieux ou acide d'où une goutte alcaline et acide qu'on distinguait par la nature et l'intensité de la douleur.

Dans cette pathologie, les solides ne jouent qu'un rôle secondaire et tout ce qui concerne la nature des maladies s'y trouve rapporté aux humeurs, à leur fermentation et à leur effervescence ou à leur acrimonie, c'est-à-dire à la présence d'éléments âcres, acides, lixivieux salés, c'est-à-dire alcalins, muriatico-acides, ou aux altérations de la bile et de la lymphe modifiées d'une façon analogue. C'est aux yeux de bien des médecins le comble de l'hypothèse, mais il paraît qu'en ce temps ce langage était parfaitement compris, mieux que cela, il était accepté comme l'image de la vérité et, pendant de nombreuses années, il s'est trouvé des hommes fort instruits, avec dos habitudes positives de l'esprit pour s'en faire les chauds et sincères disciples.

D'ailleurs cette doctrine des ferments pathologiques semble reparaître, car nous acceptons la réalité du ferment salivaire, du ferment gastrique; les virus sont considérés comme des ferments et les maladies virulentes sont appelés zymotiques.

La thérapeutique était conforme à la pathogénie. — Elle reposait surtout sur l'emploi des médicaments chimiques contraires aux âcres acides et alcalins qui étaient supposés être la cause du mal. — Ainsi Sylvius prescrivait les purgatifs salins dans les maladies dues à l'effervescence alcaline de la bile; il modérait l'âcreté de celle sécrétiun par l'opium ; et pour corriger l'acidité de la lymphe ou du suc pancréatique, il avait recours aux sels volatils qui sont alcalins ; enfin il prescrivàit les absorbants dans ce qu'il appelait acrimonie d'estomac, ce que nous faisons encore aujourd'hui. Il employait les boissons acidulés dans les maladies dues à une effervescence alcaline; les acides et les éthers contre la dissolution des humeurs, puis, selon l'occasion, les diurétiques acides ou alcalins, les sudorifiques, les corroborants, la saignée, etc.

Tout cela se faisait sans nul souci de la marche et de la période de crudité ou de coction des maladies. — On n'avait jamais rien vu de semblable et assurément, lorsqu'on croyait avoir réalisé un progrès en abandonnant les hypothèses humorales et naturistes de Galien, on était toinbé dans une autre chimie hypothétique, mille fois plus dangereuse pour les malades que l'Humorisme ancien.

De plus longs détails sur les pratiques de la Chimiàtrie sylvienne seraient inutiles. Ce que j'en ai dit peut suffire pour les faire apprécier et pour faire voir de combien d'erreurs se couvre une vérité, avant de se faire jour. Malgré ces erreurs, le système a prévalu, et pendant longtemps a joui de l'estime générale. Qui sait s'il n'est pas au moment de reparaître avec la redécouverte des ferments et si les essais de pathologie zymotique, c'est-à-dire de fermentation pathologique récemment mis à l'ordre du jour, ne seront pas prochainement l'origine d'une chimiàtrie nouvelle.

Si, malgré ses absurdités, l'Humorisme de Sylvius trouva des partisans très nombreux, il eut de vigoureux adversaires à la faculté de Paris dans Riolau et Guy-Patin qui, tombant dans un excès opposé, repoussaient toute alliance de la chimie et de la médecine, se firent de nouveau les défenseurs de la doctrine galénique et étaient à ce point hostiles qu'ils n'avaient jamais voulu employer de préparations antimoniales. — Le dernier surtout était si passionné qu'il appelait les chimiàlres faux monnayeurs de la médecine (lettres, tom. I, page 96, 1691) et qu'il déclara que l'antimoine avait fait périr plus d*hommes que la guerre de 30 ans n'en avait moissonné dans les champs de l'Allemagne.

La lutte fut si vive que la faculté de Paris intervint et rendit un arrêt de proscription contre l'antimoine et les remèdes arabes. On n'y voulait point entendre parler de cet humorisme chimique.

C'est en Angleterre que cet Humorisme chiiuique trouva d'abord des défenseurs. — D'abord appuyé par les travaux de Charleston, il devint la doctrine de Thomas Willis qui se rapproche de Paracelse plutôt que de Sylvius.

SYSTÈME CIIIMIATRIQUE DE WILUS

Willis (1622-1675) admettait, comme le premier des alchimistes, que le soufre, le sel et le mercure formaient tous les corps de la nature et en expliquaient les changements (1), qu'un ferment acide de l'estomac uni au soufre des aliments formait le chyle dont l'effer-

(i) Renouard, Hist. de la méd., t. II, p. 387.

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vescence dans le cœur avec le sel créaient la flamme vitale qui pénètre toul, enfin que les esprits vitaux étaient le résultat d'une distillation de la partie sulfureuse du sang par les couches corticales du cerveau et du cervelet, travail semblable à celui de la distillation de l'esprit-de-vin dans un alambic (1). Pour Willis chaque appareil du corps a un ferment particulier indispensable à l'exercice de ses fonctions, fait vers lequel incline aujourd'hui la science et qu'on accepte pour le foie, pour l'estomac, pour la semence.

Les ferments étaient la source de la vie qui ensuite ne se soutenait que par eux, ce qu'on admettra encore de nos jours, et comme ils étaient la source de la vie, ils devenaient l'origine des maladies.

— « Tantôt la partie soufrée et spiritueuse du sang s' exaltant à l'excès, entre en ébullition dans les vaisseaux, à l'instar du vin qui fermente et donne naissance aux affections fébriles de toute espèce; tantôt la partie saline faisant effervescence communique au sang une qualité acide, austère ou acre, qui le rend sujet à se coaguler de diverses manières ; de là découlent la plupart des maladies chroniques telles que le scorbut, les hydropisies, la lèpre, etc. (2). » Il ne manque à tout cela que la preuve.

Toutes les fièvres intermittentes sont dues à une surabondance de suc digestif non assimilé, lequel en circulant avec le sang provoque une ébullition qui dure jusqu'à ce que la matière morbifique ait été expulsée, alors seulement le calme se rétablit, une intermission plus ou moins longue succède à l'agitation fébrile. Puis, un nouvel amas de suc nutritif mal élaboré suscite un nouvel accès et ainsi de suite (3). Quand on pense que c'est au nom de l'expérience et de l'observation que se sont produites de telles théories, qu'il eu est presque toujours de même, et que de nos jours encore, certaines vérités qu'on croyait définitivement entrées dans la science en sont chassées par une découverte du lendemain, on est obligé d'avouer avec Hippocrate que l'expérience est fort trompeuse et qu'entre les mains de bien des gens, elle introduit sous l'apparence de la vérité bien des erreurs que d'autres expériences font ressortir.

— Toute celte théorie humorale des fièvres intermittentes de Willis n'existe plus que dans l'histoire des erreurs de la médecine et, comme on va le voir, il en est absolument de même de sa théorie des fièvres continues. Selon notre chimiatre « si la portion spiritueuse du sang est agitée ou échaufl'ée il en résulte une fièvre éphémère. — Si la fermentation s'étend aux particules soufrées il en

(1) Willif, De feimentatione sine motu corporam inorganioo, p. 18.

(2) Ihid, cap. V.

(8) De febrtbus, cap. ut.

résulte une fièvre putride. — Enfin, si un miasme vénéneux s'introduit dans le système circulatoire , il y provoque non-seulement l'elfervescence des molécules spiritueuses et soufrées , mais encore il désunit les éléments du sang, et donne lieu à des putridilés ou à des coagulations étranges accompagnées de symptômes alarmants de fièvre maligne, de peste, de variole, etc. (1). »

Les spasmes et les convulsions résultaient de l'explosion du sel et du soufre exerçant une action funeste sur les esprits animaux. — L'hypocondrie et l'hystérie étaient aussi l'expression d'un désordre des esprits animaux dû à la mauvaise purification du sang dans la rate, lorsqu'il s'y forme un principe fermentescible chargé de sel et de soufre.

Le scorbut était aussi une altération du sang, qu'il comparait à celle du vin éventé (2), et il en était ainsi de toutes les maladies considérées d'une façon tout aussi hypothétique comme des fermentations dont la preuve n'a jamais été faite.

La thérapeutique de Willis se ressentait de cette pathogénie humorale. Il attribuait aux fermentations produites par les agenis thérapeutiques qui augmentaient le soufre du sang et fixaient le sel volatil de ce fluide, la modification des esprits et des humeurs, capable de changer leur mouvement pour apaiser ou exciter cette fermentation de façon à agir enfin sur les solides. — C'est à ce point que Willis comparait le rôle du médecin à celui du marchand de vin qui veille à ce qu'aucune substance étrangère ne vienne troubler la fermentatiSn de son vin pour qu'elle s'opère avec régularité (3). On a aujourd'hui de la peine à comprendre que de telles doctrines aient pu se produire, et que ces excès aient trouvé créance en Angleterre, en Hollande, en Allemagne, en France ou en Italie, mais ces hardiesses de la pensée n'étaient que la minime partie de ce qu'on avait cru pouvoir déduire de ces premiers essais de la chimie en enfance. Comme certains chimistes de notre époque qui croient avoir dérobé le feu du ciel et pénétré dans les secrets de la nature, il y eut déjà chez ces apprentis chimistes le vertige de la science ambitieuse, car soutenant qu'il n'y avait aucune différence entre les corps inertes et les corps organisés, on traitait les malades en conséquence. — Pauvres malades ! Oh, que l'histoire des folies médicales donne raison à ceux qui croient que la nature médicatrice guérit plus de malades et a moins de fautes à se reprocher que la médecine des systématiques.

(1) De morhis convuls., p. 6-'i23, et Sprengcl, p. 75, t. V.

(2) De fehribus, cap. viii.

(3) De febribus, p. 1C8.

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Quelque insensé que fût l'huniorisme de Willis, il trouva des adeptes qui, le modifiant à leur tour, selon leur fantaisie et leur goût pour les hypothèses, en firent un système qui se soutint contre les observations des véritables observateurs et des vrais médecins.

En Allemagne, Martin Kerger {de Ferment atione, 4663) ; Borrick, (De ortu etprogressu chimiœ, 1674) àJClopenhague; — ThomasBar- Iholin, un peu réservé ; — en Hollande, Jacques de Hadden ; — Wolferd Senguerd ; — en Westphalie, Otton Tachenius, qui alla porter ses doctrines chimialriques jusqu'en Italie ; — à Naples, Antoine Poriius ; — à Vérone, Michel-Ange Andriolli; — à Montpellier, Pierre Fabre, Charles Barbeyrac, François Calmette; — à Lyon, Jean Bonnet; — à Grenoble, Jacques Massard; — à Paris, Nicolas Blegny, fondateur d'une académie chimialrique ; — à Toulouse, Jacques Vieussens, qui prétendit avoir isolé l'esprit acide du sang par la distillation du sang avec la terre sigillée ; — à Leyde, Jean le Mort; — à Francfort, Corneille de Boutekoé; — à léna, Wolfgang Wedel ; — à Leipsick, Ettmuller ; etc., propagèrent le systèn\e chimialrique de Van-Helmont, de Sylvius et de Willis, au milieu de critiques très-vives qui ne purent rien empêcher.

Du temps même de Willis, il s'éleva des protestations contre l'abus de ces explications chimiques. En 1661, parut le Sceptical chemist de Robert Boyle, qui, s'attaquant aux quatre éléments des anciens, et aux trois éléments des chimistes, fit un retour vers la théorie atomique et professa de nouveau que les premiers éléments des corps sont des atomes dont la réunion en quantité variable forme les vrais éléments. Il attaqua également la théorie chimique des qualités, et dans ses réflexions sur l'hypothèse de l'acide et de l'alcali, mit à néant toutes les prétentions de Sylvius. Son Humorisme était aussi modéré que possible et allié à une forte proportion de Solidisme car, en parlant des médicaments spécifiques, il déclare que leur action ne peut pas plus que celle des dissolvants chimiques s'expliquer, ni par les propriétés sensibles, ni par la figure des atonies et qu'il faut prendre en considération le rapport des particules dos médicaments aux pores du corps et aux atomes des humeurs (1). Puis il ajoute, deux pages plus loin, qu'il faut aussi avoir égard aux qualités chimiques des remèdes et des humeurs, afin d'expliquer certaines spécificités par la neutralisation des acides par les alcalis.

Malgré ces opposants, l'IIumorisme chimique tint bon et dans toute l'Europe eut de nombreux disciples considérant la fermenta-

(1) B. Boyle, Sur Ja conciliatiun de la médecine avec le système des atomes, p. 308, ei Sprengd, t. V, p. -/9.

lion des humeurs, comme le point de départ de la vie et de la lormalion des esprits vitaux, <îomme l'excédant d'acide ou d'alcali, ainsi que les précipitations organiques étaient la cause de la plupart des maladies.

La voix des Sceptiques, comme Boyle, resta d'abord sans écho, mais la protestation n'en fil pas moins bon effet. D'autres voix se firent entendre, et, parmi elles, je citerai Jean Bohii, qui montra de nouveau la différence des corps inertes et des corps organisés ; qui nia le passage de l'air en masse dans le sang, mais qui admit des particules élhérées se mêlant à lui dans les poumons, et favorisant la circulation ; qu il n'y a point de ferment acide dans l'estomac, puisque les acides troublent la digestion ; que les aliments fermentescibles sont indigestes; que la bile ne fait point effervescence avec les acides ; que la bile est sécrétée par le foie ; que les esprits animaux ne sont pas fluides car une ligature nerveuse ne produit aucun gonflement au-dessus d'elle, enfin qu'il y a lieu de douter de la prépotence des médicaments chimiques sur les médicaments galéniques.

Vint ensuite Frédéric Hoffmann, qui fut d'abord assez chimiatre jusqu'en 1681, mais qui, après avoir fait un voyage en Angleterre et vu Robert Boyle à l'œuvre, se tourna contre cette doctrine à partir de 1683. Il accumula les uns sur les autres tous les arguments qu'il put découvrir et, niant toute fermentation pathologique, il en vint à ne plus tenir compte que du mouvement des esprits arfimaux, du spasme qui en résulte et entra ainsi sur le terrain du solidisme où nous le retrouverons.

Aux coups portés à l'Humorisrae par Frédéric Hoffmann, il faut ajouter ceux qu'il reçut de l'école iatro -mécanique dans les écrits de Hermann Boerrhaave (1), de Leuvenhoeck (:2), de Camerarius (3j, d'Archidald Pitcairn, maître de Boerrhaave, etc. Mais, il faut bien le dire, tous les arguments produits contre la chimiàtrie ne sont pas également bons. Boerrhaave et Pitcairn avaient raison de nier la fermentation du sang, comme cause de sa circulation. Mais ils avaient tort de nier le ferment gastrique , parce qu'ils ne pouvaient concevoir comment ce ferment, pouvant dissoudre des aliments d'une grande solidité, ne dissolvait pas les parois de l'estomac. En effet, on sait aujourd'hui que la rénovation constante des épithé-

(1) Bobn, De m dicamentorumchymicorum et galenicorutn prmpoUentia dubid, LipsisB, 1706.

(2) Instituliones med., t. I, § 67-76; I. II, § 177.

(1) Kxperienlia el conte mpJationes, ep. 68, t. 111, p. 221. (4) Gjndcr, Diatribe De fermentis, 1689.

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liums gastriques sous l'influence de la vie, prol(^ge les parois de l'eslomac, et qu'aussitôt après la mort d'un animal en digestion, cet acte protecteur n'ayant plus lieu, le suc gastrique et la pepsine dissolvent à la fois les aliments et les parois du viscère.

Toutes ces critiques eurent un bon résultat. Elles firent voir le néant des explications chimiques de la vie et de la maladie. Elles ramenèrent dans le bon chemin ceux qui allaient s'en détourner et elles ouvrirent de nouveaux horizons à l'esprit médical. Sans anéantir l'Humorisme trop vivace pour périr même de ses excès, elles ont préparé l'avènement des succès dés doctrines de Vlatro-mécanisme de Boerrhaave, du spasme et de ïatonie de Frédéric Hoffmann et de Gullen. Mais au fond de tout cela, l'Humorisme reste debout, amoindri dans ses prétentions, expurgé, mais non guéri de ses erreurs, et toujours indispensable à étudier comme élément partiel de la plupart des maladies. Ainsi, à celte époque, Thomas Sydenham ne se laissa pas convaincre ni entraîner par ces hypothèses « qui sont les produits de l'imagination et, ne reposant point « sur l'observation, seront renversées et détruites par le temps a tandis que les jugements de la nature ne périront qu'avec la na- « lure elle-même. » Naturiste et Humoriste à la fois, ses doctrines humorales se ressentent de l'hippocralisme plutôt que de la Chiniiàtrie. Pour lui, la maladie est un effort de la nature destiné à l'expulsion du principe morbifique des humeurs. Sans chercherà préciser la nature de ce principe, dont rien ne pouvait lui révéler la composition , il se contenta d en admettre expérimentalement l'existence. Sans remonter jusqu'à l'Humorisme grec, il dédaigna les hypothèses chimiatriques et resta prudemment sur la réserve.

Il en est de même de Richard Morlon, qui resta fidèle à l'Humorisme ancien en essayant de le combiner à l'étude des altérations des solides;

De DeHaen, 1674 à 1748, quifut à la fois solidiste et Humoriste à sa manière ;

De Cheyne, 1(374 à 1748, qui, tout en donnant une assez grande part au solidisme, voyait dans la diminution du sang la cause des lièvres lentes ; dans son acrimonie la cause de la goutte {Sur la g oui te, hondves, 17:22;, dans la lenteur des mouvements des humeurs et leur acrimonie avec atonie des fibres, la cause des maladies chroniques (De fihrœ naturel ejusdemque laxœ morhis, Londres, 1745);

De Gaubius, 1705 à 1770, élève de Boerrhaave, vrai vilaliste admettant la vis vitulis, pouvant altérer les humeurs et les solides, et dans les humeurs reconnaissant les effervescences, les àcretés et les putridités;

De Huxham, 1694 à 1708, célèbre par ses travaux sur la dissolution du sang dans les fièvres putrides et qui expliquait alors les hémorrhagies de ces fièvres par le morcellement des globules emportés par un mouvement trop rapide dans les dernières ramifications du système vaculaire où ils s'échappaient par les orifices béants des vaisseaux exhalants; — de Pringle; - de Lind; — de Fordyce; — de Tissot, 1728 à 1771, élève de Haller qui allia l'humorisme à sa théorie de l'irrilabililé; — de Sloll, 1742 à 1788, qui croyait aux acrimonies et aux métastases de la bile et faisait jouer à ce liquide un rôle exagéré dans la productiorf des maladies, d'où la nécessité des Éméliques, et se partagea entre l'hippocratisme , la chimiâtrie et l'iatro-mécanisme ;

De Ziramermann, 1728 à 1795, qui professait également l'importance de l'acrimonie de la bile et la putridité des humeurs, etc. ;

De Théophile Selle, 1748 à 1800, dans sa Pyrétologie, qui soutint les mêmes doctrines; — de Hildenbrandt aux dernières années du xviii" siècle, qui considéra les crudités des preinières voies et les saburres gastriques comme ayant une très-grande inûuence sur la formation des maladies ;

De l'École de Montpellier, quia été surtout humoriste, mais qui se transforma à partir de Bordeu, de Barthez, de Grimaud et de Dumas pour s'engager dans la doctrine du principe vital.

Parmi ces Humoristes, il en est, comme Huxham, Stoll, Selle, etc., qui ont joui d'une grande réputation et dont le nom est resté dans la science. Il est bon de connaître leurs travaux.

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