HUXHAM
Ce médecin, né en 1694 et mort en 1768, àPlymoulh, a joui d'une renommée bien acquise par des travaux de premier ordre. On le considère généralement comme un humoriste en raison de ses travaux sur la dissolution du sang dans les fièvres putrides ou maligues, mais cela est un peu exagéré. 1\ en est d'Huxham comme d'Hippocrate. Tout en accordant un rôle palhogénique considérable à certaines altérations des humeurs, il tenait également compte des altérations du solide, de l'irritabilité et de la contraclibilité ou du relâchement des fibres ainsi que de la nature médicalrice. Il n'y a que ceux qui n'ont pas lu ses œuvres qui puissent en faire un doctrinal humoriste. — Dans ce qu'il a écrit il y a au contraire un mélange de naturisme , de solidisme, d'iatro mécanisme, de méthodisme et d'humorisme qui atteste un esprit dégagé de toute entrave doctrinale.
Ainsi c'est lui qui a écrit ces mots : « Si la fièvre est un effort de la nature qui tend à expulser la matière morbifique comme il n'y
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a pas lieu d'eu douter, il est certain qu'il n'est pas toujours avantageux de l'abattre... » {Essai sur les fièvres, page 396.Édit. de l'Encyclopédie médicale.)
Ailleurs, il parle de la tension des fibres et de leur relâchement (loc. cit., page 369 et 370), car « la santé parfaite consiste dans un juste milieu entre la trop grande tension et la trop grande flexibilité des fibres. Le trop de raideur dissipe trop promptement les sucs nourriciers et produit à la fm le marasme, comme le trop de lâcheté des vaisseaux les expose à être surchargés, et amène la leucophlegmasie ou l'hydropisie » (page 373).
« .... La doctrine du strictum et du laxum des anciens méthodistes bien entendue peut être d'une très-grande utilité dans la pratique de la médecine, quoiqu'ils les aient souvent confondus dans la théorie et dans la pratique; mais Boerrhaave a fait sur les maladies qui reconnaissent pour causes les fibres trop lâches ou trop tendues d'excellentes observations, qui sont d'un très-grand usage en pratique. Il y a un autre état des fibres dont personne n'a parlé jusqu'ici; on peut le nommer l'état des fibres tendres, ou la constitution trop délicate des solides, qui rend les personnes qui ont cette constitution plus sensibles au plaisir et à la peine : les filaments qui composent ses files sont si déliés, qu'un rien peut les rompre : c'est ce qu'on observe fréquemment dans les personnes minces et belles, d'une complexioii délicate, mais extrêmement vives et dans lesquelles la vivacité de l'esprit l'emporte sur la force du tempérament. Elles sont souvent exposées aux hémoptysies ou autres hémorrhagies, aux colliquations, aux phthisies pulmonaires et finissent par la consomption. »
« Nous venons de voir en raccourci les mauvais effets que produit la trop grande tension des solides; nous allons maintenant examiner, le plus rapidement qu'il nous sera possible, les désavantages qui résultent de leur trop grand relâchement, des vaisseaux faibles n'agissent pas suffisamment sur les fluides qu'ils contiennent; ils ne broycnt point assez les molécules du chyle, ils ne les arrondissent et ne les assimilent pas comme il faut. En efl"et, le chyle n'est jamais bien préparé, lorsque les organes de la digestion sont trop faibles. Quand les vaisseaux ont le ton qui leur est nécessaire, qu'ils agissent avec force sur les sucs nourriciers qu'ils reçoivent de l'estomac, on ne trouve plus de parties chyleuses dans le sang quelques heures après le repas, au lieu que chez les personnes leuco-phlegmaliques et d'une complexion faible, elles ne se changent jamais ou du moins qu'après un très-Ion;' temps en globules rouges et en sérosité.
Il n'esl pas jusqu'aux obstructions telles que les entendait Boer rhaave dont il n'accepte la réalité, et si la viscosité, l'acidité, la putridité du sang ainsi que l'acrimonie de la bile jouent un rôle dans la forme des maladies, ce rôle est pour lui très souvent une chose secondaire.
Ce que Huxham a laissé a encore aujourd'hui une réelle importance; relativement à nos habitudes présentes de concision, c'esl peut-être un peu prolixe, surchargé de théories que nous n 'admettons plus. — Les faits n'ont point toute la netteté désirable, mais à travers ce qui les obscurcit, le médecin reconnaîtra toujours un observateur sérieux et un esprit distingué.
Dans son Essai sur les fièvres, il admet :
Des fièvres simples, compliquées, inflammatoires, qui dépendent : de la seule augmentation d action des solides sur les fluides et de la réaction de ceux-ci sur les premiers; de l'obstruction des pores de la peau lorsque les fibres sont tendues et le sang épais; de la tension des fibres d'un sujet dont le sang est visqueux et qui boil un liquide stimulant tel que le vin.
Des fièvres intermittentes produites par un air épais, humide,
chargé des exhalaisons d'un tené submergé marécageux qui
relâche les fibres, produit les viscosités du sang d'où résultent des obstructions et des stagnations dans les derniers rameaux des artères sanguines.
C'est là où il admet : que chaque espèce de fièvre étant un effort "Se la nature pour la débarrasser de quelque chose qui l'opprime, il faut favoriser son travail par les moyens que l'expérience nous a fait connaître. On y arrive en considérant la nature, la force, la qualité de la maladie, ainsi que la constitution du malade et pour y parvenir, on doit connaître : V Vétat des solides, '2° celui des fluides (page 373).
T(jul un chapitre est consacré à Vétat des solides, et le chapitre suivant est relatif à Vétat des fluides, comprenant la dissolution et la putréfaction du sang, titre par lequel le nom de Huxham est surtout resté dans l'esprit des médecins.
Après avoir montré qu'il existe une surabondance du sang ou pléthore et une diminution des globules rouges ou atiémie, il entre en matière sur la dissolution et la putréfaction du sang. — C'esl là où il dit :
« .... Outre les deux états du sang que nous venons de décrire, il y en a un troisième beaucoup plus dangereux : je veux parler de celui qui tend plus immédiatement à la dissolution et à la putréfaction. Tel est l'état de quelques scorbutiques, qui sans presque aucun dcrangeinenl précédent, si l'on eu excepte une espèce de lassitude
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et de langueur, sont tout à coup couverts de taches violettes, livides, ou même noires et bleues, et éprouvent des hémorrhagies abondantes, dangereuses et souvent funestes dans un temps qu'ils croient à peine être malades, les exemples n'en sont pas rares : j'en ai vu un très-grand nombre, tant parmi les enfants que parmi les adultes, et j'ai souvent prédit les hémorrhagies dont ils étaient menaces Les femmes à qui il survient de ces éruptions, ou des marques noires ou bleues semblables à des coups de fouets, ou de grandes taches irrégulières comme des meurtrissures, sont toujours sujettes à de grandes pertes si elles n'éprouvent pas quelque autre hémorrhagie. Les personnes de l'un et de l'autre sexe, qui sont affectées de ces sortes de taches, sont exposées à perdre beaucoup de sang, pour peu qu'elles se blessent, et souvent même sans s'être blessées, des gencives, du nez, par le fondement ou pour la voie des urines Le sang qu'on tire de ces personnes pour arrêter l'hémorrhagie (méthode qui, pour le dire en passant, est très-dangereuse à moins qu'il y ait des signes manifestes de pléthore) paraît toujours comme une espèce de sanie qui ne se partage pas en caillot et en sérosité, mais reste en une masse uniforme à demi figée, en général d'une couleur livide et plus foncée qu'à l'ordinaire , et quoique dans certains cas il conserve sa couleur vive et brillante pendant longtemps il se putréfie toujours très-proraptement. On remarque même que l'haleine de ces personnes est ordinairement très-puante avarlt l'éruption, et que leur urine sent souvent trèsmauvais; ce qui indique bien évidemment un commencement de putridité dans les humeurs qui, devenant de plus en plus acrimonieuses, corrodent à la fin les vaisseaux. Car ces espèces d'hémorrhagies arrivent souvent à des personnes qui n'ont pas le moindre signe de pléthore, qui n'ont le pouls ni trop plein ni trop vif, qui n'ont que peu ou presque point de fièvre, pas même lorsqu'elles font un exercice violent. D'où il est naturel de conclure qu'elles sont produites par l'érosion des vaisseaux, plutôt que par leur rupture occasionnée par une trop grande quantité ou un trop grand mouvement de sang. Il y a à la vérité des personnes d'une constitution si faible et si délicate, que le plus petit effort suffit pour crever leurs vaisseaux trop minces comme on l'observe dans des personnes qui sont sujettes aux hémoptysies, ou saignement de nez par le plus petit accident; mais ces hémorrhagies sont rarement précédées ou suivies de taches livides ou violettes, etc. Dans ces cas une petite saignée convient pour déterminer l'effort du sang contre les vaisseaux trop faibles lors même qu'il n'y a point de pléthore apparente. Quoique je sois très persuadé que ces hémorrhagies naissent le
HISTOIRE DE L\ MÉDECINR
plus souvent de l'acrimonie des humeurs qui détruit la contexlure du sang et ronge les extrémités capillaires, je n'ignore pas qu'elles viennent quelquefois aussi du lissu trop lâche des globules rouges qui n'ont pas été assez condensés par l'action du cœur des arlères, etc., faute de quoi ils forment des sphéroïdes allongés ou des molécules irrégulières au lieu de sphères régulières, et par conséquent ont un plus grand diamètre et un tissu moins solide que dans l'état naturel. On observe avec le microscope solaire, que les globules du sang, en passant dans les plus petites ramifications des artères sanguines, changent leur figure globulaire en une figure oblongue pour pouvoir passer au travers de ces petits vaisseaux ; il est aisé de concevoir comment ces globules si peu liés peuvent se briser dans leur passage, puisque l'augmentation de leur diamètre rend leur passage plus difficile. Ces parties brisées étant d'un beaucoup plus petit diamètre .que les globules primitifs, elles peuvent entrer facilement et même passer par les tuyaux excréteurs et transsuder par diapedèse, comme s'exprimaient les anciens. C'est ce que semblent prouver les urines et les déjections sanguinolentes et les autres hémorrhagies qui surviennent quelquefois sans douleurs, sans mouvement violent, ou sans qu'on puisse soupçonner qu'il se soit rompu quelque vaisseau » {loe cit., pag 377).
Pour Huxham cette dissolution du sang est l'altération qui accompagne toutes les fièvres putrides et malignes, c'est-à-dire nos fièvres typhoïdes graves; — certaines varioles malignes hémorrha- "giques ; — enfin, certains cas où il a été fait abus des alcalins. — Tout cela est très-vrai. — Nous nous exprimons peut-être autrement aujourd'hui, mais le fait clinique n'a pas changé.
A ce chapitre en succède un autre sur les fièvres lentes nerveuses où il n'y a pas de dissolution du sang et où la mort peut arriver en vingt-cinq ou trente jours, avec du délire et des accidents gastriques. — Ici, je crois que Huxham s'est trompé. — Nous ne reconnaissons plus cette fièvre lente nerveuse, et la description qu'il en donne, se rapporte plutôt à une de nos formes actuelles de la fièvre typhoïde, dite ataxique.
On doit aussi à Huxham un Essai sur la petite vérole qui n'a rien de plus que ce qu'on trouve dans le traité de Sydenham ; — une dissertation sur les pleurésies et les peri-pneumonv s où l'on trouve une excellente description de la fausse peri-pnenmonie, ce que nous appelons à présent la pneumonie calarrhale; — un Traité de la colique du Devonshire, où le mal est attribué à la mauvaise qualité des pommes de ce comté. — Ici, il y a une erreur. Cette colique, attribuée à la mauvaise qualité des pommes
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ayant servi à fabriquer la boisson des habitants, se traduisait par des phénomènes de douleurs abdominales, de vomissements, de constipation avec rétraction du ventre, quelquefois de délire, d'amaurose et de paralysie des mains que nous considérons aujourd'hui comme le résultat d'une intoxication saturnine. Il est probable, mais je n'oserais l'affirmer, que cette colique du Devonshire n'a été qu'une endémie de la colique de plomb. — Dans la préparation du cidre, et pour l'adoucir, on aura peut-être mis du sucre de Saturne ou acétate de plomb, ce que l'on fait encore dans quelques pays de France, au risque d'être condamné par les tribunaux, ou bien on aura conservé le cidre dans des vases de plomb où il se sera chargé de sels plombiques. Si cette opinion est exacte, la colique du Devonshire ne serait qu'une intoxication saturnine et les symptômes décrits par Huxham autorisent à faire cette supposition.
Un autre travail très-important de Huxham, c'est la dissertation sur les maux de gorge gangreneux. — On y trouve la description de ce que nous appelons à présent Vangifie couenneuse et le croup dans leurs rapports avec les épidémies de scarlatine. C'est la reproduction des récits d'Arétée de Cappadoce et d'Aëtius sur Vulcère syriaque. — A part notre façon de raconter la maladie, et la différence des expressions, le fond est le même, de sorte que le croup n'est pas une maladie nouvelle et on peut dire qu'il a été connu dans les temps les plus reculés. Voici la description d'Huxham :
« Après quelques heures de maladie et quelquefois dès les premiers mouvements on apercevait une enflure du cou, et le malade sentait de la douleur dans la gorge; les amygdales devenaient trèsenflées et très-enflammées, souvent même les parotides et les glandes maxillaires enflaient beaucoup et très-subitement, même dès le commencement, quelquefois au point que le malade était en risque d'étouffer. Le fond de la gorge paraissait bientôt d'un rouge vif, ou plutôt d'un rouge cramoisi, il était luisant et éclatant, le plus ordinairement on apercevait sur la luette, les amygdales, le voile du palais et la partie postérieure du pharynx plusieurs lâches blanchâtres ou de la couleur de cenires, dispersées çà et là, qui quelquefois augmentaient Irès-promplement et couvraient bientôt une amygdale ou toutes les deux, ou la luette, etc., c'étaient les escarres d'ulcères superficiels, qui quelquefois cependant rongeaient très-profondément; dans ce temps la langue quoique blanche seulement, et humide à sa pointe, était très-sale à sa racine et couverte d'une croule épaisse jaunâtre ou brune. L'haleine commençait alors à devenir très-puante, et celle puanteur augmentait d'heure en heure, de sorte (ju'à la fin elle devenait dans quelques-uns insoutenable aux
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malades eux mêmes. Le second ou troisième jour tous les symptômes devenaient plus graves et ceux qui l'avaient le mieux soutenue pendant (rente ou quarante heures ne lui résistaient plus. Le défaut de sommeil, les anxiétés et la difficulté d'avaler auj^menlaient excessivement-, la tête était étonnée, douloureuse et pesante, il y avait toujours plus ou moins de délire, quelquefois une perte totale de sommeil, et une phrénésie perpétuelle quoiqu'il y en eût d'autres qui fussent comme stupides, mais souvent ils avaient des tressaillements et marmottaient entre leurs dents.
On leur trouvait beaucoup de chaleur à la peau qui était sèche et rude; rarement avaient-ils de la disposition à suer. Les urines étaient crues, souvent jaunâtres et troubles. Q ielqiiefois ils éprouvaient des vomissements considérables, et quelquefois un trèsgrand dévoîment, surtout les enfants, les escarres étaient forl étendues et d'une couleur plus foncée ; ce qui les environnait paraissait d'une couleur de plus en plus livide. La respiration devenait plus difficile, avec une espèce de râlement comme si malade étranglait ; la voix était rauque et creuse, ressemblant exactement à celle des gens qui ont un ulcère vénérien dans la gorge. Le bruit qu'ils faisaient en parlant et en respirant, était si particulier, que pour peu qu'on fût familiarisé avec cette maladie on la reconnaissait facilement à ce bruit extraordinaire; c'est ce qui a fait nommer cette maladie parles médecins espagnols, Garotillo, mot qui désigne'le bruit que font ceux qu'on étrangle avec une corde. Je n'ai jamais observé dans aucun le glapissement qu'on entend dans les esquinancies inflammatoires. L'haleine de tous les malades était très-nauséabonde ; dans quelques-uns même elle était insupportable surtout aux approches de la crise; il y en avait beaucoup qui vers le quatrième jour crachaient une grande quantité de mucosité fétide et purulente, quelquefois teinte de sang, quelquefois entièrement livide et d'une odeur abominable. Chez plusieurs aussi les narines étaient extraordinairement enflammées, et excoriées, dégouttant continuellement une matière sanieuse si excessivement acre, que non-seulement elle corrodait les lèvres, les joues et les mains des enfants qui étaient attaqués de la maladie, mais même les mains des gardes qui en prenaient soin; lorsque les narines commençaient à s'ulcérer, les malades ne cessaient d'éternuer, surtout les enfants; car j'ai vu peu d'adultes qui fussent afl'eclés de ce symptôme au moins à un degré un peu considérable. 11 était étonnant de voir la quantité de matière que les enfants rendaient par cette voie et, comme ils s'en barbouillaient le visage et les mains, ces parties étaient couvertes d'ampoules ; la suppression subite de cet écoulement de la bouche et des narines a fait périr
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plusieurs enfants ; il y en avait qui en avalaient une si grande quantité que cela leur occasionnait des excoriations dans les intestins, de violentes tranchées, la dysenterie, etc., et même des excoriations à l'anus et aux fesses. Non-seulement les narines et la gorge étaient affectées par cette matière si acre, mais encore la trachée -artère elle-même en était quelquefois corrodée, et on voyait les malades cracher des morceaux entiers de sa tunique interne, avec beaucoup de sang et de matière corrompue. » (Loc. cit., page 452.)
Il n'est pas de médecins qui ne reconnaissent dans cette description, ce que l'on appelle la diphiérite, et le croup. — Seulement aujourd hui quelques personnes rejettent l'angine gangréneuse qui existe bien réellement ainsi que l'angine couenneuse. C'est un tort, ce sont deux formes anatomiques de la même maladie, et le croup aujourd'hui décrit comme une maladie particulière est également la conséquence de l'angine gangréneuse et couenneuse. Il n'est pas jusqu'aux fausses membranes rejetées du larynx par les malades qui n'aient été signalées par Huxham bien qu'il n'en connût pas exactement la nature, car il les croyait formées par la membrane interne des voies aériennes. — A cela près, les faits de cette époque sont entièrement semblables à ceux que nous observons encore aujourd'hui, — et les Cliniciens trouveront dans la dissertation de l'auteur anglais une description très-exacte des symptômes de l'angine couenneuse et du croup.
iMAXIMILIEN STOLL
Ce médecin, venu cent ans après Sydenham, 174-2-1788, était un Humoriste de la vieille école. Désigné par Storck comme suppléant de De Haen à Vienne, il y fit une clinique très-renommée et il paraît s'être attaché à montrer l'influence des constitutions annuelles et saisonnières sur la forme des maladies. Dans sa palhologie, les altérations des humeurs jouent un rôle très-prépondérant, ainsi qu'on peut le voir dans son livre de Médecine pratique. Pour lui, toute la Constitution Épidémique de 4796 à 1780 est due à la prédominance de la bile et alors les catarrhes, les rhumalismes, les pleurésies, les pneumonies, ont toutes un caractère bilieux trèsprononcé. Il admet l'acrimonie de cette humeur, ses métastases et, selon le lieu où elles s'effectuent, il en résulte des cataractes, des amamoses, l'apoplexie, le rhumatisme, l'hémoptysie, la dysenterie, l'érysipèle, etc.
Dans la première et deuxième partie de ce livre, il n est question pour chaque mois, que du froid, de la chaleur, de l'humide, du
BOUCHUT. II, 5
vent, des nuages, du degré de la température, de l'élévation ou de l'abaissement du baromètre. Il en est de même pour chaque jour, comme si l'auteur allait établir quelque rapport entre ces tableaux météorologiques et la forme des maladies qu'il a observées.
Cependant l'espoir du lecteur est trompé, et c'est à lui de voir si ce rapport existe, car on lui laisse à déterminer quelles sont lesdifférences apportées à la forme des maladies par ces variations barométriques et thermométriques.
StoU ne tire aucune conclusion de ses recherches de météorologie, et il n'en parle plus dans le cours de ses dissertations cliniques. Il déclare seulement que la bile vient en été, et que la phlogose se montre en biver. Pour reconnaître l'été de l'hiver, il n'est assurément pas besoin de baromètre, ni de thermomètre, et l'on peut dire que les éphémérides de Stoll pour chaque mois lui ont été à luimême inutiles pour déterminer ce qu'il appelle la Constitution médicale. D'ailleurs Stoll peut être mis facilement en contradiction avec lui-même. La bile vient en été — dit-il, et à cette époque les maladies ont une forme hiliev^e très-prononcée ; qu'on lise la narration des maladies de l'hiver, et on verra qu'à ses yeux, elles ont à peu de chose près le même caractère.
Au point de vue de la Constitution médicale, Stoll, préoccupé de son idée, voit presque toujours la bile en mouvement, hiver comme été, mais davantage en cette dernière saison. — De là le vomitif, le purgatif et rarement la saignée.
« Il n'y aurait rien à dire à ces observations que l'auteur répète avev un peu de monotonie, si les symptômes réputés bilieux étaient reconnus exacts par les observateurs modernes.
Quels sont, pour Stoll, les signes de l'état bilieux : — l'étal jaune de la langue, le goût amer delà bouche, les envies de vomir éprouvées par les malades, la coloration jaunâtre de la couenne des saignées — et par-dessus tout l'évacuation de matières bilieuses par le vomissement ou par les selles après l'administration d'un vomitif ou d'un purgatif.
Mais, à ce titre, toutes les maladies sont bilieuses. — Il n'est pas de phlegmasie qui ne présente ces symptômes. — Au début de toute affection inflammatoire, la bouche est amère, il y a des nausées et la langue est souvent jaMne. Est-ce d'après cette coloration qu'on juge de l'état bilieux? — Assurément non. — La couenne du sang est toujours jaune, elle l'est plus ou moins et voilà tout. — D'ailleurs ce n'est pas dans la couenne du sang qu'on trouve la matière colorantede la bile quand elle existe dans ce liquide, c'est surtout dans le sérum ; mais elle s'y trouve dans l'étal normal ; b
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quantité peut en être augmentée dans l'état pathologique de manière à être visible à l'œil, cependant ce n'est pas là l'état bilieux.
Le symptôme le plus caractéristique c'est l'évacuation de matières vertes par le vomissement. Raisonnant d'après cet aphorisme : naturam morborum ostendunt Curationes, Stoll donne un émélocatharlique, le malade rend de la bile et guérit ; alors c'est qu'il avait une affection hilieuse : cet argument ne vaut pas la peine d'être réfuté.
Discutons la valeur de l'évacuation de matières vertes par le vomissement comme signe de l'état bilieux. — Stoll dit : le malade rend de la bile, donc il est bilieux; ceci semble péremptoire, mais, à ce compte, tout le monde est bilieux et il n'y a pas d'exception. — Un vomitif donné à un homme bien portant détermine par les contractions mécaniques de l'estomac, du diaphragme des parois àu ventre, une pluie de bile dans l'estomac qui sort avec chaque effort de vomissement, mêlée aux liquides ingurgités dans ce viscère.
De tous les symptômes d'état bilieux donnés par Stoll, il n'en est pas un qui soit vraiment pathognomonique, et on peut lui en fournir d'autres qu'on ne trouve pas indiqués dans les affections qu'il déclare être de nature bilieuse. Ils sont cependant beaucoup plus importants et indiquent, à n'en pas douter, le passage de la bile dans le sang. — C'est l'ictère, c'est la coloration des urines, des sueurs, des conjonctives, du dessous de la langue et de la peau.
Une pneumonie qui au début présente de tels caractères et des crachats verts peut passer pour pneumonie bilieuse, sans avoir d'ailleurs les autres symptômes bilieux de Stoll.
Cependant dans les pneumonies bilieuses de Stoll aucune ne présente ces symptômes.
D'un bout à l'autre de l'ouvrage, de légers symptômes du côté de la langue et du goût ont servi de fondement à l'épithète bilieuse et pituiteuse donnée aux fièvres de toutes sortes, continues, exanthématiques, aux pneumonies, aux pleurésies, aux angines, etc. Il n'y a pas jusqu'à une coqueluche chez un enfant de cinq ans, qui ne soit décrite sous le nom de fièvre d'été pituiteuse avec tou\ convulsive. Fièvre d'été, à cause de la saison, cela va sans dire; pituiteuse , parce qu'en toussant l'enfant rendait des glaires : est-ce qu'il n'en est pas toujours ainsi dans la coqueluche? Est-ce que les efforts de toux ne sont pas la cause de ce vomissement sans avoir besoin d'invoquer la pituite? — C'en est pour tout de même.
La faute de Stoll en tant que systématisateur de la doctrine des constitutions médicales, c'est d'avoir fait jouer à la bile un rôle qui n'est pas suffisamment justifié par l'exposition des symptômes.
Stoll se trompe évidemment en réputant bilieuse i'atfeclion d'un malade qui rend de la bile à la suite de l'adniinislralion d'un vomitif. Sa conclusion est fausse.
Comme on le voit, lui-même ne sait paê nettement reconnaître les caractères de la saburre gastrique, et de l'état bilieux de l'estomac. Inquiet des conséquences pratiques de sa théorie, il dit quelque part (page 518, tome I) qu'il ne faut pas faire vomir jusqu'à ce que la langue ne soit plus amère, qu'elle soit nette et que l'estomac ne soit plus douloureux. D'abord, ces symptômes dépendent de la saburre {saburre vraie), mais quand cette saburre est évacuée, ils continuent d'avoir lieu {saburre fausse), non par cette première cause, mais par l'extrême faiblesse de l'estomac et l'afflux vers cet organe des humeurs salivaires et bilieuses dont le stimulus du vomitif a augmenté la sécrétion et l'excrétion. On peut dès lors se demander à quels caractères on reconnaîtra la saburre vraie de la saburre fausse! Cela devrait être possible si les idées de Stoll n'étaient pas purement spéculatives.
La troisième partie est consacrée aux maladies de 1778 et 1779. C'est à peu de chose près la répétition des deux premières et la même critique peut lui être appliquée.
Il y a ensuite une longue dissertation sur la dysenterie qui est excellente.
Stoll rapporte ensuite des faits d'ictère fort nombreux, tous rapportés avec raison à des obstacles à la circulation de la bile dans le ifqie, dans le canal cholédoque, hépatique ou cystique, ou à la suite d'altérations cancéreuses du pylore et du duodénum qui avaient le même résultat.
A la suite de ce traité de médecine pratique, Stoll nous a laissé des aphorismes qui sont infiniment plus remarquables et qui révèlent un observateur attentif et clairvoyant. C'est, à mes yeux, son oeuvre la plus méritoire, et bien qu'elle ait un peu vieilli, le médecin peut encore la lire avec profit.