‹ Histoire de la medecine et des doctrines medicalesChapitre 71 sur 125 · VIRCHOW · texte numérisé non relu

VIRCHOW

Ce qui suit fera comprendre les prétentions de Id. imthologic cellulaire.

« Tandis que le règne inorganique a pour dernière expression la molécule, le règne organique (végétaux et animaux) présente en dernière analyse un élément particulier, possédant toujours des caractères communs, c'est la cellule, caractérisée par le noyau et le nucléole, le contenu et la membrane d'enveloppe (1). Il faut la présence de tous ces éléments pour que le nom de cellule vivante soit légitime. L'homme provient d'une cellule. Certains animaux ne sont composés que d'une seule cellule (2). »

« La cellule naît de la cellule. Les arguments de M. Pouchet (3) n'ont pas pu nous convaincre : il n'y a pas de génération spontanée. Il n'existe dans le corps aucun noyau primitif libre pouvant former une cellule : omnis cellula cellulâ (4). »

(( La formation cellulaire se fait de diverses manières : »

« 1° Par la division de cellules préexistantes [décrite d'abord par Vunsburg et Breuer (5).] Les noyaux se divisent, et la division de la cellule se produit ensuite. Remarquons, dans ce cas, que la cellule mère disparaît, et qu'elle est remplacée par deux ou plusieurs cellules filles.

(( 2° Par le bourgeonnement cellulaire. — Virchow donne ce nom à une espèce de nouvelle formation que l'on observe très-souvent chez les animaux inférieurs. Les cellules préexistantes envoient des prolongements, des ramifications, etc., qui deviennent peu à peu de nouvelles cellules. Les travaux de Virchow sur les villosités du placenta fœtal (6), et ceux de Joseph Meyer sur le développement des vaisseaux, ont établi ce mode de formation.

3° Par la formation cellulaire endogène. — On voit se former de nouveaux éléments dans l'intérieur des anciens, le plus souvent auprès d'un noyau préexistant. On les remarque dans des espaces vésiculeux décrits par Virchow et nommés par lui espaces générateurs {Brutraume) .

Virchow n'admet point qu'un exsudât, qu'un épanchement de

(1) Gela est faux, car la cellule renferme un noyau et un nucléole qui la précèdent, et ses parois, qui môme peuvent manquer, ne sont formées que d'atomes agglomérés ayant une vie particulière qui les conduit dans le cycle vivant destiné à construire une cellule conjonctive, musculaire, nerveuse, etc.

(2) Certains protozoaires (Kolliker et Siehold) .

(3) Potichel, Ilélûrogénie, ou Traité de la gd7iéralion spontanée basé sur de nouvelles expériences. Paris, 1839, in-8°.

('«) Virchow, Beilr. z. Spec, Pathologie und Thérapie, 1854. — Remak {Huiler's Archiv, 1852) avait dit : « Omnis cellula incclluld. » (y) Breuer, Melctem. circa evolutionem ac formas cicatricum. VatrlslaviaJ.

(6) Gesammelle Abhandlungeti, p. 788.

lymphe puisse s'organiser. C'est un point capital de la doctrine (i). — On sait l'importance que les travaux de Hunter avaient donnée au rôle des vaisseaux, dans l'organisation. Pour Hunter, la lymphe plastique était la base nécessaire de toute organisation (2). On supposait que la fibrine, l'albumine, divers corps protéiques s'épanchaient des vaisseaux et devenaient des substances histogénéliques, des corps blastématiques. La théorie de Schwann fit alors naître au milieu du blastème amorphe un noyau : autour de ce noyau se précipitait une membrane, et l'endosmose formait le contenu cellulaire. La découverte de Kolliker, de la segmentation du vitellus et de la multiplication des cellules vilellines, vint donner les premières bases de la théorie de l'enveloppement ; on abandonna la théorie des liquides formateurs et de la cristallisation. On modifia la théorie de Schwann, et la théorie de l'enveloppement des globules, des granules formateurs fut admise. En même temps, on tâchait d'étudier la prétendue organisation des caillots sanguins et d'exsudats (Gulliver, Helbert, Gluge, Melsens), ou de produire des cellules de toutes pièces au moyen des principes du sang, en mélangeant du sérum, soit avec de la graisse (Ascherson, Bennett), soit avec des sels calcaires (Beneke).

Panum fut plus heureux que les autres; il créa des cellules, ou plutôt des formations celluloïdes, en mélangeant du chloroforme avec de l'albumine. Cependant Wittich (3) démontra que la membrane haptogène d' Ascherson était due à la saponification de l'huile par l'alcali combiné avec l'albumine. La couche albumineuse, perdant son alcali, devient insoluble et se précipite. Harting (i) a produit, d'un autre côté, des pseudo-cellules en agitant de l'albumine avec du mercure. Mais toutes ces formations, résultats de phénomènes chimiques ou mécaniques (5) (Melsens), manquent des qualités essentielles de la cellule vivante, la conservation et la reproduction. Peu à peu, on en vint à mettre en doute la plasticité des

(1) Je ferai observer qu'il n'y a pas de tissu sans liquide interposé, et que c'est aux dépens de ce liquide que naissent, se développent, se mulliplient et s'entretiennent les cellules. — De plus, en disant qu'un exsudât ne s'organise pas, Virchow oublie que les vaisseaux de nouvelle formation des séreuses, que les adhérences et que les cicatrices sont la conséquence des métamorphoses produites dans l'exsudation inflammatoire dont une partie se résorbe, dont l'autre facilite la vascularisation nouvelle et que le dernier terme de ce travail est une organisation.

(2) John Hunter, Œuvres complètes traduites avec des notes par G. Richelot. Paris, 1843, tom. III, p. 52.

(3) Melsens, BuUelin de l'Académie de Belgique, 1850.

(4) Harting, Nederlandsche Lauc, septembre I80I. (,5) De hymcncgonia albuminis. Regimonlii. I80O.

ANATOMISME ET PATHOLOGIE CELLULAIRE — VIRCHOW 369 exsudations. Addison et G. Ziramermann firent provenir du sanc Jui-même les cellules que l'on voyait dans les caillots et les exsudais. Paget sépara en deux catégories bien nettes l'exsudat corpusculaire et 1 e.xsudat amorphe. Enfin parurent Remak(l) et Virchow qui nièrent la libre formation cellulaire, et qui, en physiologie' comme en pathologie, considérèrent le développement cellufe conime une succession régulière et légitime des générations m

Ainsi tout tissu vivant doit posséder des cellules (ce mot étant pris dans sa véritable acception).

Tantôt les cellules sont serrées les unes contre les autres, et se touchent par toutes leurs parois (végétaux, épithélium); tantôt elles ^ont séparées par une substance intercellulaire solide (os) : tantôt la substance intercellulaire est élastique et résistante (cartilage enchondrome); tantôt enfin le tissu intercellulaire est lâche et même hquide (sang pus). L'élément vital caractéristique, celui qui a son existence en lui-même, qui régit son territoire de substance inter- <îellulaire, qui inûuence les éléments voisins, tout en gardant son autonomie particulière, cet élément, le même pour tout le règne

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sable a la vie; plusieurs tissus n'ont point de capillaires; il est im-

possible de suivre les tubes nerveux dans certaines parties du cor^s E pourtant ces parties, ces tissus, vivent : ils possèdent des cellules, un système de vascularisation spécial, grâce à des prolongements cellulaires et aux anastomoses des membranes de cellules Ces anastomoses, analogues aux vasa serosa, qui cependant n'existent pa, remplacent parfaitement le capillaire et facilitent l'échange mo eculaire, assurent les rapports des parties et la nutrition. Le ecieur suivra avec intérêt le développement de cette idée dans les leçons sur les tendons, les cartilages inter-articulaires et les os

i)e la cellule passons à l'étude des tissus qui résultent de la reunion des cellules. Virchow les divise en trois grandes classe Les tissus sont composés de cellules se touchant directement les unes les autres (tissu épidermique).

Les tissus sont composés de cellules séparées par une substance intercellulaire (tissu de substance conjonctive) substance

Enfin, les cellules ont acquis une organisation particulière snémle au règne animal (appareils nerveux et musculaire, vaisseaux,

(1) Loc. cit. Remak admit la formation inlracellulaire comme ioi trén^n..)„ Ujutero. donner, en ce ,ui touche ia pathologie, des preuves uï^ttr

(2) Virchow, Specielle Pathologie und Thérapie, Erlangen, n.^328 32q

BOUCHUT. ' ' ■

Parmi ces tissus, il en est un qui présente un intérêt tout spécial pour la Pathologie cellulaire. C'est le groupe des tissus de substance conjonctive. On considérait autrefois ce tissu, qu'on nommait tissu cellulaire, comme composé d'un assemblage de fibrilles, formant les faisceaux ondulés que l'on trouve partout. Ces fibrilles étaient, d'après Reichert, des replis, un plissement particulier d'une substance homogène. Pour Schwann et Lebert (1), ces fibrilles provenaient d'une cellule dite fibro-plastique, dont les extrémités s'effilaient, se subdivisaient, le noyau restant enclavé au milieu de ces subdivisions. Pour Henle (2), les noyaux existaient primitivement au milieu d'un blastème amorphe.

Pour Yirchow enfin, les cellules allongées et étoilées existent aussi bien chez l'embryon que chez l'adulte; elles sont séparées par un tissu intercellulaire qui peut prendre l'aspect ondulé : dans tous les tissus de substance conjonctive, on retrouve toujours la cellule, dont la forme varie, il est vrai [et cela est de peu d'importance au fond), mais qui se retrouve entière et parfaitement conservée avec son noyau, son contenu, sa membrane. Tous les élèves de Vircho'v\-. la plupart des micrographes allemands, s'accordent pour partager cette manière de voir, que quelques personnes continuent à regarder comme une hypothèse.

Le rôle du tissu coujonclif est immense. Comme Virchow le démontre, il se substitue physiologiquement et pathologiquement à .divers tissus. De plus, il. est répandu dans tout le corps; c'est la grande charpente du corps humain; il entre dans la structure des organes, dont il entoure les éléments; il forme la névroglie, le soutien de la substance nerveuse cérébrale et spinale. Le tissu conjonctif nous fournit dans tous les points de l'organisme des germes de cellules qui, par leur prolifération, par leur multiplication, deviendront le point de départ de néoplasies, de formations pathologiques, de tumeurs.

Les tissus- inférieurs étudiés, Virchow aborde les tissus supérieurs. En peu de mots il fait justice de la prétendue conlractililc des capillaires, de l'activité des vaisseaux. Pour lui, plus le vaisseau sera actif, plus ses éléments musculaires se contracteront, et moins l'afflux sanguin sera considérable. L'étude du saug et de la lymphe

(1) Lebert Physiologie pathologique, ou Recherches cliniques expérimentales et microscopiques sur l'inflammation, la tuberculisation, les tumeurs, la formattor, du cal, etc. Paris, 1845, t. II, pag. 505.

(2) Henle, Traite d'anat. générale, ou Histoire des tissus et de la composiuo» chimique du corps humain. Trad.de rallcm, par Jourdan, t. I, Pans, 184^in-8», p. 381.

ANATOMISME ET PATHOLOGIE CELLULAIRE — VIRCflOW 371 le conduit à celle des organes hémato-pœéliques. Les ganglions lymphatiques et leurs équivalents, la rate, les follicules de la base de la langue, les glandes de Peyer, tous ces composés semblables de follicules clos, jouent un rôle important dans la formation et la préparation des globules blancs du sang.

Ces études sur les formes cellulaires étant faites, Virchow examine la fonction. Tout élément vivant du corps humain répond à une excitation en manifestant son activité. L'activité est réveillée pour trois raisons différentes : c'est pour faire fonctionner, pour nourrir pour former une partie. D'où trois sortes d'irritations ; celle qui augmente la fonction organique [irritation fonctionnelle); celle qui s'accompagne d'une exagération de nutrition [irritation nutritive); celle enfm qui produit de nouvelles parties {irritation formative). Cette manière de voir rend plus claire l'idée d'inflamraaiion, qui se manifeste de deux manières pour, l'auteur : l'inflammaiion purement parencbymateuse, celle qui se passe dans l'intérieur <.es organes, sans qu'on puisse trouver de liquide sécrété librement • rinHammation sécrétoire, plus spéciale à la superficie des organes' et dans laquelle les liquides provenant du sang se mêlent aux sucs produits par les éléments de l'organe et les entraînent au dehors A côte des processus inflammatoires dans lesquels les cellules sont actives, Virchow étudie une série d'altérations qu'il nomme Vrocessus passifs. Dans ces derniers les éléments normaux peuvent être complètement détruits (dégénérescences), ou bien être privés d une partie de leur activité. Virchow sépare nettement les cas dans esquels l'élément normal persiste, quoique altéré, dans sa structure (et par conséquent dans ses fonctions], de ceux dans lesquels l'élément normal a disparu, tout en donnant naissance à d'autres éléments nouveaux, ne ressemblant pas au premier. Dans ce dernier cas il y a nécrohiose : l'élément a disparu, il nous est du nioiu« impossible de le retrouver sous sa forme primitive. Virchow démontre que ces formes destructives ont aussi des analogies physiologiques. Les types normaux de ces évolutions pathologiques se retrouvent dans la sécrétion physiologique des glandes sébacées de la peau, dans celle du coloslrum, dans la formation du corps jaune de 1 ovaire. A propos des dégénérescences, nous signalerons au lecleur 1 intéressante description de la formation athéromateuse dans les artères et des altérations de la maladie de firight. Les altérations amyloKles du foie, de la rate, du rein, des ganglions lymphatiques, etc., sont l'objet d'une analyse minutieuse. C'est à Virchow comme on le sait, qu'est due la découverte de la réaction toute spéciale de la matière amyloïde, substance singulière, qui lient de

l'amidon et de la graisse : l'iode seul la rougit; l'addition d'une faible quantité d'acide sulfurique lui donne la coloration brune ou violette. Nous arrivons à la classification des tumeurs.

On sait l'importance de ce point de la doctrine. L'école micrographique française attachait l'idée de malignité à l'hétéromorphie. La Pathologie cellulaire restreint cette manière de voir, et insiste spécialement sur diverses conditions trop longtemps négligées par une école absolue et désireuse d'avoir une formule simple : conditions dont on doit nécessairement tenir compte, si l'on veut faire accepter par la clinique les conclusions de l'examen microscopique. Voici la division que Virchow propose pour le classement des tumeurs.

1« Dans une néoplasie, il peut se faire que le nombre des anciens éléments ne varie pas, ces derniers augmentent seulement de volume en s'assimilant des particules homologues : hypertrophie simple.

2° Le nombre des éléments augmente :

a. Les éléments nouveaux présentent le type des anciens éléments : hétérométries, hypertrophie numérique, hyperplasie.

b. Les éléments nouveaux prennent un type hélérotope ou hétérochrone : dégénération, hétéroplasie.

Toutes les néoplasies pathologiques ont des analogies dans les types physiologiques, et sont la reproduction de formes régulières. Seulement le type peut se produire dans un lieu où il ne doit pas exister normalement (hétérotopie), ou à une époque où il ne se produit pas normalement (hétérochronie).

Ainsi le tissu normal de l'épiderme peut se trouver dans l'intérieur d'un muscle : un tissu de tous points semblable à la gelée de Wharton peut se former dans la joue d'un adulte. Dans les deux cas, il y aura hétéromorphie : les nouveaux tissus différeront du tissu musculaire et de celui des joues ; mais, dans le premier cas, il y aura aberration de lieu, dans le second aberration de temps.

La forme des néoplasies ne peut donc servir à les juger : la vitalité de leurs éléments nous permettra de le faire d'une manière plus rationnelle.

A ce point de vue, les tissus peuvent se diviser en : 1" Tissus transitoires. Ce sont des tissus composés de cellules simples, dont la durée peut du reste varier beaucoup : ainsi le pus se détruit promptcment; l'épiderme très-lentement au contraire.

2" Tissus permanents. Ce sont particulièrement les tissus de substance conjonctive. Ici existent encore des différences suivant la tendance de ces éléments à la dégénérescence ou à l'atrophie. Ainsi,

le tissu conjonctif mou, le colloïde et le tissu muqueux se détruisent très-promptement.

3° Tissus mixtes. Dans ce cas, il peut arriver que les éléments transitoires se détruisent, tandis que les autres se modifient et persistent. Dans le cancer, dans le sarcome, les cellules sont détruites par la métamorphose graisseuse nécrobiotique : il se forme des nodosités cicatricielles et fibreuses qui ne ressemblent pas à la tumeur primitive. Les éléments transitoires disparaissent, les éléments persistants demeurent.

Pour juger une tumeur, il faut de plus tenir compte de son rapport avec le plan typique du point du corps sur lequel elle se développe. Ainsi, une néoplasie osseuse, qui est d'une grande utilité lorsqu'elle se forme entre les deux fragments d'un os fracturé, devient nuisible quand elle se produit à l'extrémité d'un moignon d'amputé.

Enfin, il faut aussi tenir compte des anastomoses, et de la consistance des éléments : il faut savoir s'ils produisent des sucs particuliers pouvant exercer sur les organes voisins une influence contagieuse ou irritante. Ainsi, l'idée de malignité ne s'attache pas nécessairement aux tumeurs hétérologues. Des tumeurs homologues peuvent, suivant les cas, avoir pour le malade une marche beaucoup plus grave que certaines tumeurs hétérologues. Le siège de l'affection doit aussi entrer en considération. On voit donc que des conditions bien diff'érentes déterminent la bénignité ou la malignité des tumeurs : c'est pour les avoir négligées que l'Histologie pathologique s'est si souvent trouvée en contradiction avec la clinique.

Mais il est un point essentiel de la doctrine biologique de Virchow : c'est l'importance qu'il donne à l'activité des éléments particuliers (cellules), activité dépendant de la composition intérieure de l'élément, et surtout des propriétés physiques et chimiques du contenu cellulaire. Pour Virchow, tout élément particulier peut non-seulement exercer une fonction particulière et spécifique (muscle, nerf), mais il peut encore, grâce à des affinités particulières et spécifiques, attirer à lui certaines substances, se les assimiler et les transformer. Cette manière de voir est la base d'une théorie de l'irritation entièrement nouvelle; son importance est immense, non-seu^ement pour la doctrine de l'inflammation mais encore pour tous les processus pathologiques des néoplasies.

Telle est la doctrine pathologique et physiologique do Virchow. -- Comme ingéniosité il ne lui manque rien, elle est riche de dé-

lails intéressants, mais elle pèche par sa base. — Son point de départ est faux. Le dernier terme de l'analyse de la matière vivante n'est pas la cellule, c'est la granulation moléculaire, la molécule, ou monade, aux dépens de laquelle se font les cellules, et on peut à volonté sur ce point de départ créer une Pathologie cellulaire ou nne pathologie moléculaire. lia en effet, comme l'a dit Ch. Robin, dans l'analyse des tissus vivants, des éléments figurés qui sont les cellules et les granules, et des éléments non figurés qui sont la matière amorphe et le liquide interposé. — En ne prenant qu'un de ces éléments, on fait de l'arbitraire, et il en résulte un système qui pèche par la base. Cela est si vrai, que dans les cas où on trouve pour point de départ des tissus des granulations sans cellules, il y a des histologistes, entre autres Kolliker, qui admettent des cellules sans paroi ! Ainsi, les cellules embryonnaires, qu'on rencontre dans l'ovule et plus tard dans tous les tissus de l'organisme; les cellules de la moelle des os dans la couche de développement, les globules blancs du sang, les cellules nerveuses, etc., n'ont pas de membrane d'enveloppe.

En vérité, c'est presque à n'y pas croire. — Quoi ! pour les besoins de la pathologie cellulaire, pour l'empêcher de tomber, il faut recourir à l'invention de cellules sans parois, c'est-à-dire des prisons sans murailles. Il est difficile de compter davantage sur la faiblesse d'esprit ou sur la légèreté de son lectenr,, et il est regrettable de vjair se produire de pareils arguments. — Si donc, d'une part, la cellule n'est pas le premier terme de l'organisation, il n'y a pas de pathologie cellulaire, et de l'autre, si on est obligé d'inventer des cellules sans parois pour soutenir le système, c'est qu'il est contraire à l'observation.

Soit qu'on n'ait pas compris en France tout ce qu'avait de vicieux comme langage, et de contraire à la réalité comme fait, le système allemand de pathologie cellulaire dont je viens de parler, ce système fut adopté par un grand nombre de jeunes médecins. Ch. Robin resta seul d'un avis opposé et, avec un peu plus de réflexion et de sévérité d'observation, ceux qui l'ont adopté auraient pu faire de même.

Récemment encore Cornil et Ranvier ont publié un ouvrage tout en faveur de la pathologie cellulaire , et qui fournit les plus sérieux arguments contre cette théorie. C'est un livre à lire pour profiter des détails histologiques qu'il renferme, mais, comme on va le voir, tout ce qui est relatif à la systématisation des faits laisse place à un débat contradictoire, et je montrerai chemin faisant tout ce qu'il y a de vicieux dans le classement de ces découvertes histologiques.

CORNIL ET RANVIEB,

Avec Sclileiden, Schwann, Remak, Reichert, Virchow , Kolliker, Donders, etc., Cornil et Ranvier, considèrent la cellule comme l'unité organique primitive, d'où sortent les autres cellules et les tissus de l'organisme.

Ils n'admettent pas avec Schwann qu'elle se forme spontanément dans un liquide générateur ou Blastème placé dans des circonstances convenables, en commençant par des granulations qui se réunissent pour former un nucléole autour duquel apparaissent de nouvelles granulations qui s'entourent d'une membrane et forment un noyau, lequel s'environne de nouvelles granulations et d'une membrane formant la cellule.

L'ovule d'où, sortent les mammifères et l'homme est une cellule dont l'enveloppe, appelée la membrane vitelline, renferme le vitellus, contenant un noyau qui est la vésicule germinative et un mucléole appelé tache germinative. — Toutes les cellules et pseudo-cellules de l'Embryon en dérivent.

Après la fécondation, le Vitellus se divise eu deux, chaque moitié en deux, ce qui fait quatre, chaque fragment en deux pour faire huit cellules de segmentation, puis seize, puis trente-deux, etc., qui viennent s'appliquer à la face interne de la membrane vitelline en formant une couche de cellules appelée le Blastoderme. Celuici se divise à son tour en trois couches de cellules qui, par segmentation, bourgeonnement ou formation endogène, forment de nouvelles cellules dites embryonnaires ou cellules sans parois, d'où dérivent tous les tissus normaux (1).

C'est de cette métamorphose que Virchow a tiré sa pathologie cellulaire en émettant celte idée : quetoute formation nouvelle de cellules et toute néoplasie n^étaient que le développement continu de cellules préexistantes. Cornil et Ranvier souscrivent à cette opinion, sans s'apercevoir que cette doctrine tombe devant les résultats des recherches de Max Schultze, de Rechlingausen, Kuhne, L. Beale, etc., qui établissent que beaucoup de prétendues cellules n'ont pas d'enveloppe et sont formées d'une petite molécule de sarcode ou protoplasma sensible et contractile comme les amibes avec un noyau central. — C'est le mouvement sarcodique de Dujardin ou mouvement amïboide. — Les globules blancs et toutes les cellules dites embryonnairess ont dans ce cas. Ce sont des cellules

(I) Les cellules embryonnaires sont ce que d'autres histoiogietes ont appelé des noyaux fibro-plastiques.

sans parois, autrement dit des prisons sans murailles, et les histol.)gisles en sont arrivés à dire que dans une cellule la membrane n'en constitue que la partie accessoire (Cornil et Ranvier, p. 5). Ils la délinissent : « une masse de protoplasma renfermant un noyau » (W., p. 6).

Avec celte manière de changer la langue et le sens des mots, on peut édifier toutes les théories qu'on voudra, mais il est certain aussi qu'on ne peut aboutir qu'à la confusion.

Ainsi, « les cellules qui n'ont pas d'enveloppe sont 1° les cellules de l'Embryon avant qu'elles aient pris une forme déterminée- 2o les cellules de la moelle des os dans la couche de développement; 3° les cellules mères que l'on rencontre dans les mêmes points; 4° les globules blancs du sang )> (Ibid., p. 6) c'est-à-dire la majorité des cellules de l'organisme. — Pourquoi les appeler ainsi? Ce ne sont que des monades organiques amorphes et pas autre chose.

Quoi qu'il en soit de ce point de départ essentiellement vicieux et un peu fantaisiste, ce sont les cellules embryonnaires saiis parois ou Pseudo- cellules; qui donnent naissance aux cellules avec parois qu'on trouve dans les tissus.

Ainsi, dans le groupe des tissus conjonctifs, qui comprend les tissus muqueux, fibreux, adipeux, réticulé, élastique, on voit qu'ils sont tous formés de cellules embryonnaires diversement modifiées. Il en est de même des tissus cartilagineux et osseux où on ne trouve pas de cellules à parois.

Dans le groupe des tissus musculaires et nerveux, le premier de ces tissus renferme les muscles de la vie organique dont les éléments « sont des cellules fusiformes plus ou moins longues, ayant de 40 [A à 200 [X sur lesquelles on n'est pas arrivé encore à distinguer de membrane d'enveloppe et qui semblent formées dans toule leur masse par une substance albuminoïde transparenle et amorphe j> (Id., p. 24). Encore des cellules sans par ois. D'après les histologistes, ces cellules musculaires dérivent directement des cellules embryonnaires dont le prolaplasma subissant des modifications successives, se transformerait en substance musculaire et dont le noyau s'allongerait en forme de bâtonnet » (Ibid., p. 24). — Mais alors, si les faisceaux de muscles de la vie organique proviennent de la monade de protoplasma sans paroi, ils ne sont pas la transformation d'une cellule préexislante et la théorie cellulaire n'a rien à voir dans leur développement.

11 en est de môme des faisceaux musculaires striés à contraction volontaire de la vie de relation qui se développent aux dépens des cellules embryonnaires, sa^is parois, he protoplasma s'allonge , se

ANATOMISME ET PATHOLOGIE CELLULAIRE 377 change, devient strié et le noyau devient ovoïde et se multiplie. Pendant ce temps, il se forme une enveloppe à la pseudo-cellule et cette enveloppe forme le sarcolemme. Ici, c'est une cellule qui provient de la masse de protoplasma.

Dans le tissu nerveux, les cellules nerveuses « sont bien manifestement dépourvues de membranes » (Ibid., p. 26) et elles n'en prennent à aucune époque de leur existence. Ce ne sont donc pas des cellules. Mais comme en adoptant cette manière de voir voulue par le dictionnaire de la langue française, cela renverserait le Cellularisme, il est à craindre que les hislologistes ne continuent à se servir du langage exceptionnel qui leur permet de continuer la discussion de leur système.

Restent les tubes nerveux. Ceux-ci procèdent également des cellules embryonnaires, sans parois, s'allongent, s'anastomosent et s entourent d'une membrane qui forme le nevrilème, tandis que le cylindre d'axe semble naître aux dépens du protoplasma. Ici, la cellule complète qui formera le tube nerveux se développe entièrement a une cellule sans paroi.

Dans les tissus épithéliaux au contraire il n'y a que des cellules avec parois de formes très-variées selon leur âge, leur situation et leurs usages, celles-là rentrent dans la règle.

Sur cette physiologie cellulaire, toute de convention et qu'on ne peut admettre que sous de grandes réserves, se greffe une pathologie cellulaire limitée aux altérations que présentent les cellules, avec ou sans parois. Voyons donc comment les hislologistes entendent cette pathologie.

MM. Cornil et Ranvier divisent les altérations des cellules et des ISSUS en deux groupes : 1" les altérations nutritives; — 2° les leswns dues à la formation nouvelle de cellules.

Les lésions de nutrition des éléments et des tissus sont • 1° les ' iesions occasionnées par la mort de ces éléments ; 2° les lésions occa- ^sionnees par une nutrition insuffisante; 3» l'infiltration séreuse et -albumineuse; 4° l'infiltration muqueuse et colloïde; 5» l'infiltration ■amyloide; 6» l'mfiltration graisseuse ou adiposité; 7" l'infiltration ipigmentaire; 8" l'infiltration calcaire; 9» l'infiltration uratique^ ; lu les lésions causées par un excès de nutrition. [ Parmi ces lésions, les unes ne sont pas le résultat de la malale et sont la conséquence du travail naturel de l'exercice des fonc- •ons ce sont des lésions physiologiques! Exemples : la mue des epillie lums qui se détruisent, meurent et se renouvellent continuels21 '' des muscles et des organes qui se renouvellent

^ans cesse et sont remplacés par des éléments plus jeunes, etc. Si ce

sont des lésions cellulaires, elles ne sont pas le résultat de la maladie, et ce n'est que par suite d'une confusion déplorable de langage qu'on les voit figurer dans la pathologie.

II n'en est pas de même des lésions cellulaires qui résultent d'un arrêt de la circulation, ou d'une modification primitive des cellules dont la cause est peu connue.

Après un arrêt de circulation limité dans une partie d'organe, celle-ci meurt et il en résulte une esc/iare de gangrène qui s'élimine par suppuration ou un infarctus qui se résout lentement en corps soluble par dégérescence graisseuse ou autre.

Les globules du sang perdent leur matière colorante et laissent déposer des cristaux d'hématoïdine (Virchow); les globules blancs se dessèchent, s'infiltrent de graisse et forment une masse caséeuse-, les tissus conjonctifs, les os et les cartilages s'infiltrent de graisse et il en est de même dans les muscles et dans les éléments du tissu nerveux.

Quand la mort des tissus résulte d'une lésion primitive des cellules comme dans l'athérome artériel, la carie et les maladies chroniques, il y a quelquefois élimination des parties mortifiées par l'inflammation, mais si la portion d'organe altérée reste en place, elle s'infiltre de graisse et de matières calcaires. Ici ce sont de véritables altérations cellulaires pathologiques.

Les lésions des cellules dues à leur nutrition insuffisante sont * rares et peu connues. On ne les a guère vu que dans les cellules adipeuses qui perdent leur graisse, dans les tubes urinifères comprimés dont les cellules deviennent graisseuses, ou dans les cellules hépatiques en cas d'hypertrophie interstitielle du foie. En général l'atrophie porte plutôt sur la masse de l'organe, que sur ses éléments en particulier, et il n'y a pas là de lésion d'atrophie cellulaire caractéristique; c'est là un fait dont les histologistes admettent la possibilité plutôt qu'ils n'en démontrent la réalité.

Ïj infiltration séreuse et albumineuse des cellules se caractérise par une tuméfaction trouble avec augmentation de leurs granulations et dilatation de leurs noyaux et nucléoles, comme Cornil Ta observé dans les cellules du corps muqueux de Malpighi. — C'est là le point de départ de l'altération des faisceaux musculaires qui aboutit à la dégénérescence cireuse décrite par Zenker. Quant aux œdèmes en général l'infiltration séreuse n'est pas dans les éléments du tissu conjonclif , mais dans ses interstices, ce qui laisse celte lésion en dehors de la pathologie cellulaire.

VinfUtration muqueuse et colloïde soit par de la mucine précipitant par l'alcool et ne se redissolvant pas dans l'eau, précipitant en

outre par l'acide acétique, soit par de la matière colloïde qui ne précipite pas par l'acide acétique se produit, la première dans les catarrhes des muqueuses, dans la diphlérite , et la seconde dans certaines tumeurs de la thyroïde et dans quelques kystes ou dans les tumeurs épithéliales et cancéreuses.

Vinfîllration amyloïde reconnaissable à sa couleur acajou par Teau iodée, puis à la teinte bleuâtre qu'elle prend ensuite par l'acide sulfurique, existe à l'état normal dans la prostate et à la périphérie de la moelle, mais elle se montre dans l'inflammation chronique i<lu cerveau, des viscères et des petites artères ou des capillaires.

L'adiposité ou surcharge graisseuse se fait dans les cellules mortifiées, et dans les cellules à l'état physiologique dans des conditions encore mal déterminées : — c'est souvent un effet pathologique, mais idans bien des cas c'est un résultat qui est entièrement physiologique. Ce peut être une maladie cellulaire, mais ce n'est certainement pas une maladie dans le sens habituel que les médecins [donnent à ce mot.

Vinfdtration pigmentaire au moyen de granules de pigment in- ;troduites dans les cellules n'est pas une maladie des cellules, car on l'observe également dans l'état physiologique sur les éléments de la rate, du foie, de la choroïde et, à l'état pathologique, à la suite des îémorrhagies pulmonaires dans l'épithélium du poumon. — Ce n'est l^ue lorsque cette infiltration pigmentaire est très-abondante qu'elle ' orme une maladie que l'on appelle mélanose, mais alors c'est la noasse elle-même qui fait la maladie. — Sans l'agglomération la

■ ésion pigmentaire de quelques cellules reste sans conséquence.

Vinfiltration calcaire des cellules est également un fait physiologique de la substance fondamentale du cartilage, et un fait pathologique à la suite des lésions existant depuis très-longtemps dans un tissu.

yinfUtratioyiuratiqueeslun fait physiologique des cellules épithéliales du rein et des tubes urinifères du nouveau-né, mais c'est lussi un lait pathologique chez les goutteux, dans leurs os, dans eurs cartilages et dans leurs membranes synoviales.

^Q?> lésions causées par un excès de nutrition des cellules Qiàes

■ issus sont caractérisées parle gonflement du noyau, du nucléole et du proioplasma qui change la forme cellulaire et la rend globuleuse. 1 in • ^^"^ lésions physiologiques, pour parler le faux langage »e \ histologie. On les observe dans la période de développement des 'ssijs, mais ce sont aussi des lésions pathologiques dans l'irritation lu tissu conjonclif et des autres tissus.

Dans le second groupe qui comprend les altérations dues à la

formation nouvelle des cellules, MM. Cornil el Ranvier admettent avec Virchûw que les cellules seules sont capables de se multiplier et que ce travail s'observe à l'état physiologique et pathologique. Seulement, rappelons qu'il s'agit encore ici à la fois des cellules sans parois, comme les cellules embryonnaires, etc., et des cellules vraies garnies d'une membrane d'enveloppe.

Dans cette multiplicalion, les nouvelles cellules qui se forment ressemblent aux cellules mères. C'est ce que Yirchow a appelé Vhyperplasie. Ailleurs, elles en diffèrent mais leur forme se retrouve toujours dans quelque tissu de l'économie et elles constituent un tissu nouveau. C'est Yhétéroplasie.

Dans Vhyperplasie la multiplication des cellules se fait toujours par suite du gonflement du nucléole et du noyau, lequel se divise en s'enlourant de protoplasma, et forme deux ou trois cellules semblables aux cellules embryonnaires, c'est-à-dire sans parois, et qui prennent ensuite une forme plus caractéristique.

J'ai dit plus haut, d'après Yirchow, que la formation des cellules nouvelles qui concourent à la constitution du tissu où elles ont pris naissance caractérisait Vhyperplasie et que lorsqu'il en résultait un tissu différent du générateur, c'était de Vhétéroplasie. Mais ces expressions sont fautives. En effet, dans certains tissus, tels que le tissu osseux, l'irritation amène la résorption des travées osseuses et la formation de tissu médullaire embryonnaire qui est une véritable hétéroplasie. Cependant si l'irritation cesse, cette hétéroplasie redevient de l'os absolument comme s'il s'agissait d'une hyperplasie. Il en est de même dans le cartilage et dans le tissu conjonctif. — Ces mots n'indiquent que le résultat définitif du travail consécutif à la multiplication cellulaire, et ne s'appliquent qu'au cas où par exemple du tissu épithôlial ou fibreux, se serait formé dans le tissu d'un os ou dans un autre tissu.

De plus, lorsque les cellules en prolifération engendrent ainsi des cellules embryonnaires, c'est-à-dire sans parois, celles-ci, si l'irrilatation cesse, reviennent à leur état primitif et reforment leur tissu générateur, ce qui est un travail physiologique, mais si l'irritation continue elles forment du pus ou s'organisent en tissu dévié du type primitif pour créer des tumeurs, ce qui est un travail pathologique.

Ainsi, voilà une altération due à la formation nouvelle qui est à la fois physiologique et pathologique. Elle est physiologique quand elle se produit en faveur du développement régulier des tissus, elle est encore physiologique lorsque par accident elle naît d'une irritation peu intense qui aboutit à une prolifération d'éléments qui

aboutissent la formation de leur tissu générateur, et elle n'est pathologique que lorsqu'elle aboutit à du pus ou à un tissu morbide. — Tout dépend alors du résultat, et il est évident qu'il faut attendre la formation d'un produit pour savoir si ce travail de la multiplication cellulaire est physiologique ou pathologique.

Cornil et Ranvier s'occupent ensuite de l'inflammation. Après avoir déclaré que les caractères cliniques de chaleur, de rougeur, de douleur et de tuméfaction suivis de résolution ou d'induration, de suppuration et de gangrène, n'ont pas toute l'importance caractéristique de l'inflammation qu'on leur a accordé, MM. Cornil et Ranvier signalent une autre théorie, diie vasculaire, de l'inflammation, mais ils la déclarent insuffisante parce qu'elle ne s'applique qu'aux tissus pourvus de vaisseaux et ils accordent la préférence à la théorie de l'irritabilité de Brown et de Broussais relative au mode de réaction des tissus sous l'influence des irritants. — C'est la théorie que Virchow s'est appropriée en essayant de l'établir sur les résultats • de l'histologie. En effet, cet auteur considère l'irritation des éléments anatomiques comme étant la cause de leurs modifications physiologiques et pathologiques d'où l'irritatibilité fonctionnelle, nutritive et formatrice des cellules.

Partis de cette idée, ils définissent l'inflammation « la série des phénomènes observés dans les tissus ou dans les organes, analogues à ceux produits artificiellement sur les mêmes parties :par l'action d'un irritant physique ou chimique, » et ils exposent ensuite toutes les altérations cellulaires de l'inflammation.

Il y aurait beaucoup à dire, médicalement parlant, sur cette manière de réduire ce que la clinique appelle inflammation à de simples lésions cellulaires, en laissant de côté les troubles de circulation et de sécrétion qui précèdent, ainsi que les autres phénomènes ' concomitants, mais ce serait une discussion inopportune en cet enidroit. Cela se retrouvera plus loin. Disons seulement qu'avant I toute altération cellulaire, il y a sous l'influence de l'irritation d'une [partie, soit un phénomène de contractilité capillaire suivi de relàichement, de stase sanguine et d'oedème local, soit un phénomène i de sécrétion séro-albumineuse pour les parties non vasculaires dont iil faut tenir compte. Alors, viennent les lésions cellulaires comme acte deutéropalhique, et comme un effet du premier phénomène anatomique de l'inflammation. Sans cette première réaction des I tissus contre l'irritant qu'ils ont senti, aucune lésion cellulaire ne ! pourrait se produire. Ces lésions ne sont que le moyen de répara- I tion employé par la nature pour obvier au premier trouble matériel des tissus.

Quoi qu'il en soit, voyons quelles lésions cellulaires se produisent dans les parties irritées qui n'ont pas de vaisseaux et dans celles qui en sont pourvues. Ici, encore, nous verrons qu'un ^and nombre de ces lésions sont improprement appelées cellulaires, car il s'agit du développement de cellules sans parois, c'est-à-dire de corpuscules qui ne sont pas des cellules, dans la signification que le dictionnaire de la langue française accorde à ce mot.

Dans les tissus non vasculaires comme le cartilage, sous l'influence d'un irritant, par suite d'une action endosmotique le tissu st gonfle de sérosité et, au bout de quelques jours, on voit au delà de la partie irritée une raréfaction du cartilage dont les lacunes sont fort dilatées par l'abondance du protoplasma. — Les noyaux de ces lacunes se gonflent, se divisent et forment d'autres noyaux entouré? de protoplasma sans paroi cellulaire. — Puis, sur la surface irritée se forment des cellules embryonnaires, c'est-à-dire sans paroi entre lesquelles se forment des vaisseaux sanguins qui viennent des parties voisines. — Dans tout ce travail, il n'y a que multiplication des noyaux cartilagineux qui restent entourés de protoplasma et formation de noyaux embryonnaires, mais de véritables cellules il ne s'en fait point.

C'est la même chose dans certaines parties de l'épiploon, là où les cellules épithéliales reposent sur du tissu conjonctif sans vaisseaux. A la suite de l'irritation, les cellules se multiplient, restent adhérentes ou se détachent pour végéter dans le péritoine. « Elles ne présentent pas de membranes et sont constituées par un protoplasma mou, granuleux, susceptible de prendre les formes les plus variées et de donner naissance à des prolongements amiboïdes » (p. 75). Puis, il transsude de la sérosité fibrineuse des vaisseaux et il se forme des cellules de pus que MM. Cornil et Ranvier considèrent comme ne provenant pas des vaisseaux qui selon eux ne sont pas nécessaires à cette formation. — Comment le savent-ils puisque d'une part il y a des vaisseaux et que d'autre part une recherche microscopique de ce genre laisse une telle place à l'erreur, qu'il est impossible de se prononcer d'une façon aussi catégorique sans faire d'hypothèse.

Dans l'inflammation des tissits vasculaires, le premier acte des phénomènes consécutifs à l'irritation est le resserrement des capillaires, leur dilatation, la stase sanguine, l'exsudalion séro-fibrineuse et c'est alors que commence l'apparition des cellules embryonnaires, qui forment le pus (p. 08 et 91), à moins que l'on adopte la théorie de Conheim qui attribue l'accumulation du pus à la sortie des globules blancs à travers les vaisseaux (p. 8:2).

Viennent ensuite les terminaisons de l'inflammation parmi lesquelles MM. Coruil et Ranvier oublient la résorption et le passage à l'état chronique qu'il eût été important d'étudier et qui, après la suppuration, sont la formation des vaisseaux nouveaux, les bourgeons charnus, la cicatrisation et les dégénérescences consécutives.

Celles-ci sont : la dégénérescence graisseuse des cellules de pus et du tissu conjonctif, et ailleurs, la gangrène sous forme d'escharre volumineuse ou la gangrène moléculaire qui forme une espèce de phagédénisme.

MM. Cornil et Ranvier auraient bien pu ajouter à cette trop courte énuméralion des dégénérescences, l'induration, les dégénérescences fibreuses, cartilagineuses, calcaires, caséeuses ou tuberculeuses, et ce qui est de leur part l'objet d'un autre chapitre la formation des tumeurs, car toutes résultent d'un premier travail d'irritation suivi d'une multiplication de tous les éléments de la partie affectée.

Après l'inflammation, vient l'étude descriptive et dogmatique des tumeurs. — Parla manière dont ces histologistes exposent le sujet, on verra combien il y a d'équivoque et de confusion dans le langage adopté.

Des tumeurs. En commençant la description des tumeurs qu'ils définissent ainsi : « Toute masse constituée par un tissu de nouvelle formation (néoplasme) ayant de la tendance à persister ou à s'accroître, » MM. Cornil et Ranvier émettent une opinion qui trouvera difficilement crédit auprès des médecins cliniciens. Les tumeurs, disent-ils, « diffèrent des produits inflammatoires en ce qu'elles ont une tendance absolue à persister ou à s'accroître tandis que les néoformations inflammatoires tendent toujours à disparaître ou à reproduire le tissu qui leur a servi de matrice ». Je ne crois pas que cela soit exact, et pour ne citer que deux exemples, je mentionnerai celui des tumeurs gommeuses syphilitiques ou des périostoses de même nature, réputées non inflammatoires, qui disparaissent très-bien sous l'influence du mercure et de l'iodure de potassium et, dans l'autre catégorie, l'exemple des engorgements inflammatoires des glandes cervicales ou du sein qui souvent persistent d'une façon désolante pour les malades.

De plus, ils font du mot tumeur le synonyme de néoplasme et ils changent aussi la signification grammaticale de cette dénomination qui, selon eux, ne s'applique ni aux bosses sanguines, ni aux hernies, ni aux hygromas des bourses séreuses, etc. Tout cela est bien arbitraire , car il se trouve que des granulations miliaires tubercu-

leuses sont des tumeurs, et qu'un kyste séreux des tendons, des ovaires, une hydrocèle ou un anévrysme n'en sont pas. Je ne sais si la science doit beaucoup gagner à ces essais de réforme du langage usité, mais très-certainement, au début, avant que la réforme soit admise, ce n'est que de la confusion.

Dans les tumeurs prises comme synonymes de néoplasmes, la structure relève, dil-on, des deux lois suivantes : l'une de J. Muller et l'autre de Virchow.

1° Le tissu qui forme une tumeur a son type dans un tissu de l'organisme à l'état embryonnaire ou à l'état de développement complet (J. Muller).

2° Les éléments cellulaires d'une tumeur dérivent d'anciens éléments cellulaires de l'organisme, et proviennent de la transformation des cellules de tissu conjonctif ("Virchow),

Ni l'une ni l'autre de ces lois ne sont vraies, car pour renverser la première, il suffit de citer les tumeurs parasitaires de la peau et pour combattre l'autre, il n'y a qu'à mentionner les tumeurs épithéliales qui ne proviennent en aucune manière du tissu conjonctif et à montrer que les éléments cellulaires proviennent souvent de noyaux plasmatiques qui n'ont aucune enveloppe. (V. Transformisme et Cellularisme.)

Quoi qu'il en soit, après avoir critiqué la division assez \Taie des tumeurs de Virchow et celle de Foerster, ils s'arrêtent à la classification suivante : elle est basée sur l'analogue des tumeurs avec les tissus normaux.

Le premier groupe, ou Sarcome, comprend les tumeurs constituées par un tissu embryonnaire : ce sont les tumeurs fibreuses albuminoïdes de J. Muller; fibro-plastiques de Lebert; erabrjo-plastiques de Robin. On y trouve aussi les tumeurs à myeloplaxes (Robin) et les glyomes de Virchow.

Le second groupe renferme les tumeurs constituées par un tissu dont le type appartient au tissu conjonctif qui est muqueux ou ■m j/a;ome ; fibreux ou /ibrome ; adipeux ou lipome; hypertrophique ou carcinome, atrophique comme dans le tubercule, les tu^ meurs morveuses et les gommes syphilitiques.

Le troisième groupe comprend les tumeurs formées par des tissus cartilagineux ou Chondromes.

Le quatrième groupe renferme les tumeurs à tissu osseux ou Ostéome.

Le cinquième groupe comprend les tumeurs à éléments musculaires lisses ou striés ou My ornes.

Le sixièmegroupe renferme les tumeurs consliluées par du tissu nerveux ou Névr ornes.

Le septième groupe contient les tumeurs formées par des vaisseaux ou Angiomes.

Le huitième groupe est relatif aux tumeurs formées par des vaisseaux lymphatiques ou Angio-lymphomes et par des corpuscules lymphatiques ou Adéno-lymphomes.

Le neuvième groupe renferme les tumeurs constituées par de l'épithélium en masse, sur des papilles, dans des culs-de-sac ou dans des cavités d'où les Épithéliomes, les papillomes, les adénomes, et les kystes.

Dans le dixième groupe enfin, se trouvent les tumeurs mixtes offrant un grand nombre' de tissus.

Cornil et Ranvier décrivent ensuite avec le plus grand soin les caractères de toutes ces tumeurs, et leurs différentes variétés.

Mais, si au point de vue analomo-palhologique cette description représente l'étal de l'histologie, on verra que sous le rapport médical et clinique, il y a dans chaque genre de tumeurs, des maladies qui, n'ayant rien de commun, doivent se trouver très-surprises d'être ensemble.

i'' Genre. Sarcomes. — Ce sont les tumeurs constituées par du tissu embryonnaire pur ou subissant une des premières modifications qu'il présente pour devenir un tissu adulte.

Les cellules ont des formes très-variées, selon leur état d'imbibition et d'après leur siège ou leur mélange avec d'autres éléments. Elles sont sphériques, quelquefois irrégulières avec des prolongements, ou bien plates et minces. Elles renferment un à plusieurs noyaux, quelquefois 30 à 50 dans les myeloplaxes de Robin. Elles n'ont en conséquence aucun caractère spécifique, et ce qui les distingue, c'est qu'elles se touchent dans une substance unissante traversée par de petits vaisseaux.

Ces sarcomes comprennent à titre de variété le tissu e^icèphaloide, ou cancer encéphaloïde ; le sarcome /"asdcMÎâ avec des fil)res ou tumeurs fibro-plasliques ; le sarcome myeloïde toujours dans es os et dont les cellules ressemblent à celles de la moelle des os • le sarcome ossifiant dont le tissu embryonnaire a de la tendance à s ossifier, et qui se trouve dans les épulis ; le sarcome névroglique des centres nerveux dont le tissu ressemble à la névroglie (tissu conjonctif du cerveau) névrogliomes ou glyomes de Virchow

U sarcome angiolithirjue qu'on observe dans les méninges'et qui prend la disposition du plexus choroïde ou psammomes de Virchow.

BOUCHUT.

niSTOIRE DE LA MÉDECINE

Le sarcome muqueux quand les cellules embryonnaires se transforment en tissu muqueux.

Le sarcome mélanique dont les cellules s'imprègnent de pigment, ce qui formait jadis le cancer mélanique.

Si quelques-unes de ces tumeurs offrent une gravité redoutable d'extension, de reproduction après enlèvement et de généralisation, il en est d'autres, telles que le sarcome névroglique et angiolithique, qui sont de nature tellement différente par leur marche et par leurs conséquences qu'il est impossible cliniquement de les mettre à côté des cancers encéphaloïde, fibro-plaslique et mélanique. — Il y a là un rapprochement anatomique que la médecine clinique ne pourra jamais consacrer.

2* Genre. Myxomes. — Ce sont les tumeurs formées par le tissu muqueux, jadis confondues avec les tumeurs colloïdes. Leur tissu est gélatiniforme, tremblotant, parcouru par des vaisseaux et formé de cellules déformes variées, rondes, anguleuses ou allongées en fuseau avec prolongements et un ou plusieurs noyaux. Quelques histologistes affirment qu'elles n'ont pas de membrane d'enveloppe.

Il y a le myxome pur, entièrement formé de cellules stellaires ou fusiformes et de vaisseaux; le myxome à fibres élastiques, et le myxome lipomateux.

Ils constituent les polypes muqueux des fosses nasales, les moles • du placenta, les tumeurs du cordon, les tumeurs muqueuses des muscles, certains névromes qui se distinguent des névromes vrais où se trouvent des éléments nerveux ; des tumeurs verdâtres du cerveau appelées collonémas par J. Miiller ; des tumeurs de la glande mammaire qu'on prend pour des adénomes, etc.

Ici, encore, l'histologie se met en opposition avec la clinique, car elle rapproche par leur structure des maladies comme les polypes du nez, avec des maladies bien différentes par leur marche et par leur terminaison, telles que certains névromes, certaines tumeurs du cerveau ou de la mamelle, etc.

3e Genre. Fibromes. — Ce sont les tumeurs fibreuses, que dans une regrettable multiplicité de mots nouveaux on appelle des fibroïdes, oudermoides, ou fibromes, ou innomes. — Elles sont formées soit de substance fasciculée, de tissu fibreux avec des cellules plasmatiques interposées, soit d'une substance amorphe à peine fibrillaire avec des cellules aplaties, d'où deux espèces : 1° les fibromes à cellules aplaties aie milieu d'une substance fondamentale amorphe. On les observe sur les séreuses, la plèvre, le péricarde et le péritoine, et 2° les fdnomes fascicules moUuscoïdes,

s'ils sont infiltrés de sérosité ; muqueux s'ils renferment des kystes ; graisseux; calcaires; etc.

Ces derniers renferment le molluscum vrai de la peau ; certains polypes rétro -pharyngiens ; quelques tumeurs de la mamelle et du périoste; quelques tumeurs du rein, etc.

A' Genre. Lipomes, ou tumeurs formées par l'accumulation de tissu adipeux — comprenant à titre de variétés, le lipome pur, le lipome myxomateux, fibreux et érectile.

5« Genre. Carcinomes. — C'est ce qu'on a appelé jusqu'ici le cancer. — Ce sont des tumeurs de tissu conjonctif. Elles sont formées d'un stroraa fibreux limitant des alvéoles communicantes remplies de liquide et de cellules libres. — Ces cellules et ce liquide forment le suc du cancer. Les cellules offrent une grande variété de formes et de dimension avec deux, trois à vingt noyaux volumineux renfermant plusieurs raucléoles. — Elles n'ont rien de caractéristique du cancer. — Quant à la charpente fibreuse, elle est composée de fibres, de tissu conjonctif avec artères, veines (Bilroth) et lymphatiques (Schraeder van der kolk), ce qui explique le fait si connu des engorgements ganglionnaires voisins de la partie affectée.

Comme variété, le carcinome présente : le carcinome fibreux dur lorsque domine la charpente de tissu fibreux; le carcinome encéphaloïde plus ou moins vasculaire, quelquefois érectile ou héraatode, lorsque la charpente fibreuse est faible et que les alvéoles sont plus nombreuses ; le carcinome ou colloïde lipomateux quand le tissu est infiltré de graisse; le carcinome muqueux, lorsque les alvéoles sont remplies de tissu muqueux; enfin le carcinome mélanique, lorsqu'il y a de la mélanose.

Dans cette description histologique du carcinome, fort exacte comme observation, se trouve une nouvelle preuve de la distance et de l'opposition qui existent entre l'histologie actuelle et la clinique. — Ilistologiquement, le carcinome fibreux, encéphaloïde, colloïde et mélanique différent des sarcomes fasciculés encéphaloïdes, colloïdes et mélaniques, mais cliniquement, il n'y a aucune différence. Ce sont des cancers envahissants, qu'il faut enlever, qui se reproduisent sur place après l'ablation, qui gagnent les ganglions voisins et qui engendrent la diathèse cancéreuse. C'est sans doute un fait curieux d'histologie que de savoir que ces maladies dont les caractères symplomatiques, la marche et les terminaisons sont semblables, ont : les carcinomes des cellules énormes irrégulières, et les autres des cellules embryonnaires, c'est-à-dire sans enveloppe, mais au point de vue médical ce n'est qu'un détail sans importance qui n'infiue

en rien sur la conduite du chirurgien vis-à-vis de son malade.

Il y a plus : ces faits prouvent que la pathologie cellulaire n'a pas de bases solides et qu'elle doit rester une histologie pathologique. En effet, pour mériter son litre ambitieux, la pathologie cellulaire aurait dû montrer que les maladies produisent des altérations cellulaires, et que la découverte de ces altérations était corrélative des symptômes. — Or, cela n'est pas, puisque des maladies semblables et identiques sont en rapport avec des déformations cellulaires différentes, et même avec la présence d'éléments faussement appelés cellulaires puisqu'ils n'ont pas de membrane d'enveloppe. — Les altérations cellulaires sous une forme définie ne sont donc pas la cause des maladies. — Dans la lésion pathologique, elles ne sont qu'une partie arbitrairement choisie par l'auteur de ce système. — Les éléments voisins jouent un rôle, comme les cellules et les pseudo-cellules. Les vaisseaux sanguins et lymphatiques y sont pour quelque chose, et il n'y a pas jusqu'aux granulations et à la matière amorphe qui est le blastème de tous les éléments pathologiques réunis, qui n'ait sa part dans la lésion et dans la maladie. — C'est l'ensemble des éléments d'une lésion qu'il faut voir, et non quelques-uns d'entre eux au détriment des autres. Employé de cette façon, le microscope rapetisse évidemment les conceptions du médecin en proportion du volume qu'il donne aux infiniment petits.

• 6" Genre. Tubercules. — Pour l'histologie, les tubercules sont de bien petites tumeurs, car ce sont des granulations grisâtres demitransparentes, ayant de un vingtième de millimètre à deux millimètres.

Elles deviennent opaques au centre et tout à fait jaunes, ce qui forme le tubercule cru, et en se réimissant à des granulations voisines qui se convertissent également en granulations opaques, elles forment des masses plus considérables qui deviennent quelquefois énormes.

On y trouve surtout des corpuscules jadis considérés comme caractéristiques par Lebert, et qui ne sont « que des cellules quelconques desséchées, fragmentées, ayant perdu toute propriété vitale » (Cornil, p. 200). Ce sont des cellules embryonnaires sans paroi, altérées, en voie d'atrophie, ayant quelquefois entre elles de grandes cellules comme celles du carcinome, des cellules fibro-plastiques et quelquefois de l'épilhélium. On y trouve des vaisseaux toujours oblitérés par de la fibrine granuleuse. Le centre est formé d'éléments condensés et atrophiés, tandis qu'on voit à la circonférence une zone de prolifération cellulaire embryonnaire Irès-caraclérisée.

Foerster croit que ce sont des productions de cellules lymphatiques, tandis que d'autres les considèrent comme formées d'éléments jeunes de tissu conjonctif.

Quoi qu'il en soit, la granulation première grossie de celles qui l'entourent, forme une masse jaunâtre qui se ramollit, devient caséeuse et constitue un foyer demi-liquide, qui chemine au dehors quand cela se peut, ou qui se dessèche et subit la transformation calcaire.

Ces granulations sont, à ce qu'il paraît, identiques aux granulations de la morve aiguë, de sorte que si l'on s'en tenait à la classification histologique des maladies, au lieu de se laisser guider par la clinique, on arriverait à conclure que ces productions cellulaires étant semblables, leur nature est la même, et que la morve et la tuberculeuse sont des maladies de même espèce. — Si c'est là où conduit la pathologie cellulaire, il faut le dire franchement et déclarer qu'elle n'a aucun rapport avec la pathologie ancienne, que les micrologues peuvent qualifier de routinière, mais qui est à coup sûr l'expression plus vraie des résultats de l'observation des malades.

Nos deux auteurs parlent ensuite des tumeurs cellulaires ayant leur type dans le tissu cartilagineux, ce sont les chondromes. — Les uns se développent sur le tissu cartilagineux , bien qu'elles soient formées de tissu du cartilage. Ce ne sont pas des chondromes. — Ce sont des ecchondroses. — Pourquoi en pathologie cellulaire les tumeurs formées de cartilage ne .sont-elles pas des chondromes? On n'en sait rien. — Pour être des chondromes, il faut qu'elles c( ne se développent jamais aux dépens du tissu cartilagineux préexistant. y>

Elles renferment toutes les variétés de tissu cartilagineux, combinées avec des cellules embryonnaires du tissu fibreux {chondrofîbromes) du tissu glandulaire {adéno- chondromes), etc. On les trouve sur la peau, dans les os, dans les glandes, dans le poumon, dans les muscles, le tissu cellulaire, etc.

Ces tumeurs plus ou moins volumineuses se reproduisent sur place après leur ablation ; elles donnent quelquefois lieu à une altération de même nature des ganglions correspondants, et enfin elles produisent une généralisation du mal dans les viscères, comme le carcinome.

Est-ce donc le tissu cartilagineux de ces tumeurs qui a pris d'autres qualités que celles du tissu cartilagineux normal, au point de produire une maladie infectieuse. Au point de vue de la pathologie cellulaire, prenant la production anormale des cellules d'un certain type comme base des classifications nosographiques, cette

conclusion est la seule logique. Elle est cependant contraire à l'expérience. — Dans une tumeur où dominent les éléments cartilagineux, il y a d'autres éléments non figurés : des granulations, de la matière amorphe et une circulation spéciale. — C'est tout cet ensemble qui est la maladie, et non pas un seul des éléments de la tumeur arbitrairement choisi comme étant le principe du mal. — Il n'y a pas deux natures de cartilage, l'un inoffensif et l'autre toxique. Or, si dans un cas de tumeur où il y a des éléments cartigineux en abondance formant le chondrome, on observe une altération humorale ou diathèse qui fait périr le malade, le système médical qui ne voit là qu'une production des cellules de cartilage, laisse évidemment de côté la plus importante partie delà question pour le médecin.

La classe qui comprend les tumeurs formées de tissu osseux renferme les Ostéomes.

Viennent ensuite des descriptions relatives aux tumeurs constituées par du tissu musculaire ou myomes à fibres striées (1) et à fibres lisses dans les muscles de la vie organique de l'utérus et du scro tum; — aux tumeurs constituées par du tissu nerveux ou névromes : médullaires dans les centres gris de l'encéphale et de la moelle, ou fasciculés dans les nerfs ; — aux tumeurs formées de vaisseaux sanguins ou angiomes, c'est-à-dire taches de naissance et tumeurs érectiles; — aux tumeurs formées par des vaisseaux lymphatiques ou lymphangiomes et lymphadénomes ; — enfin aux tumeurs ayant leur type dans le tissu épithélial et comprenant les épithéliomes; quand la tumeur forme une masse n'occupant pas un organe particulier, les papillonnes, quand la production épithéliale recouvre les pïipilles et les adénomes, quand la végétation épithéliale a la disposition qu'on observe dans les glandes.

Ici, quelques détails sont nécessaires. Les épithéliomes ou cancers épithéliaux sont aussi ce qu'on appelle cancroïdes. Ce sont des tumeurs : formées tantôt découches stratiûées d'épithélium pavimenteux comme sur la peau, et tantôt d'une seule couche d'épithélium cylindrique.

Les tumeurs formées d'épithélium pavimenteux se présentent à l'état lohulé, et les lobules offrent des couches superposées do cellules à divers degrés de développement, à l'état perlé quand les cellules en dessication sont devenues cornées, et à l'état tuhulé, lorsque la charpente de la tumeur est percée de tubes tapissés d'une couche d'épithélium pavimenteux.

(1) Observé dnns les testicules. (Rokislansky ; Billroth).

Les tumeurs formées d'épithélium cylindrique ne présentent qu'une seule espèce.

En étudiant avec plus de soin les épithéliomes on voit que :

1° Uépithéliome pavimenteux lobulé constitue ce qu'on a appelé le cancroïde de la peau et des muqueuses. Il est constitué par des lobules d'épithélium reliés entre eux par des traînées de cellules épidermiques dans lesquels on trouve des lamelles épilhéliales de différentes formes pavimenleuses, fusiformes avec prolongements, de globes épidermiques et de quelques cellules colloïdes. — Dans la charpente qui sépare les lobules se trouvent du tissu conjonctif, des artères capillaires et veines qui ne vont jamais dans la masse épilhéliale.

Ces épithéliomes s'ulcèrent par suite des altérations de nutrition qu'engendre l'oblitération de leurs vaisseaux, et à leur surface se forment des bourgeons charnus plus ou moins abondants. Ils peuvent même se gangréner en partie. On les observe surtout aux lèvres, à la langue, aux paupières, au col de l'utérus, à la peau, dans les follicules pileux et sébacés, etc. — Ils ont une gravité considérable, et se généralisent aisément dans les ganglions voisins et dans les viscères.

Dans leur pathologie cellulaire, les histologisles affirment que l'épithéliome se produit aux dépens des parties épithéliales de la peau et des muqueuses, mais cela n'est pas exact car, ainsi que Rindfleisch l'a établi, il y a des cas où le nouveau tissu épilhélial se développe à côté des cellules préexistantes, et non à leurs dépens. De plus le développement de tissu conjonctif et des vaisseaux dont ils ne tiennent aucun compte est le point de départ de la lésion, de la prolifération cellulaire épithéliale, de son ulcération et de sa gangrène, ce qui est à considérer, car cela forme un des éléments du mal plus important en médecine que la multiplication de l'épithélium. Mais c'est là une discussion sur laquelle je reviendrai plus loin.

2° Uépithéliome pavimenteux perlé, appelé cholesteatom.es par J. MuUer, ne renferme cependant guère de choleslérine et est surtout formé de paillettes de lamelles épithéliales desséchées dans un tissu conjonctif qui n'a pas de vaisseaux. — Ces tumeurs n'ont aucune gravité, ce qui prouve bien que l'élément cellulaire n'est pas la maladie, et que l'élément vasculaire y joue le rôle prinfipal. En effet, un épithélium vasculaire est mortel, tandis qu'un épilhélium non vasculaire est inoffensif. — Ilistologiquement, et pour la pathologie cellulaire, c'est la même affection, tandis que pour la médecine, ce sont deux maladies dont le développement, les symptômes, la marche et les terminaisons n'ont rien de commun.

«jy-^ HISTOIRE DE LA MÉDECINE

3" V Epitheliome tiibulé appelé tumeur hétéradénique owpolyadenome est formé de cylindres pleins d'épithélium pavimenleux ne subissant pas d'évolution épidermique et logés dans une charpente de tissu embryonnaire muqueux et fibreux. Il se développe à la peau, dans les glandes sudoripares, dans la mamelle, etc. — Ordonnez croit cependant que les histologistes se sont trompés et que ce qu'ils ont pris pour des productions épilhéliales ne sont que le développement d'un parasite que j'ai nommé alga Ordenie (V. Path. gén., 2e édit., p. 778, fig. 152, article Parasitisme.)

4° L'épithéliome à cellules cylindriques signalé par Bidder était considéré comme cancer encéphaloïde et colloïde. Il s'en sépare par la structure histologique, mais il s'y confond toujours par sa marche et ses conséquences. — C'est une tumeur creusée de petites cavités tapissées d'épithélium cylindrique implantées perpendiculairement à la paroi et placées dans une charpente de tissu fibreux de vaisseaux. — Elles renferment souvent de la matière colloïde et des hémorrhagies.

On les trouve dans l'estomac et dans l'intestin, dans les narines, au col de l'utérus, etc., elles s'ulcèrent souvent et se propagent aux organes voisins, et elles ont absolument le même aspect que le cancer encéphaloïde.

C'est la même maladie au point de vue clinique, pour le médecin, mais il n'en est pas ainsi pour le médecin anatomiste et pour l'his- Hologiste qui veut classer les classes d'après les altérations qui se produisent dans les cellules des tissus altérés.

5° Papillomes. — Il se fait souvent des productions anormales d'épithélium corné ou muqueux sur les papilles hypertrophiées de la peau et des muqueuses, d'où les papillomes cornés et muqueux. — Ce sont alors des épithéliomes papillaires qu'on appelle papillomes et que Foerster confond avec les angiomes en raison des vaisseaux nouveaux qui s'y trouvent.

Dans les papillomes cornés se trouvent les cors, les durillons, les verrues et les cornes.

Dans les papillomes muqueux se placent certaines végétations papillaires épilhéliales de l'eslomac, du larynx, de la langue, de la vessie, de l'urètre, des grandes lèvres, et du prépuce, ce qui forme les choux-fleurs, puis les végétations des séreuses des ventricules du cerveau et des synoviales articulaires.

Dans cet assemblage de maladies si diflérentes pour le médecin, l'histologie ne voit que des lésions cellulaires à rapprocher les unes des autres. — Les choux-fleurs de la vulve se trouvent à côlc des papillomes mortels de l'estomac. — C'est peut-être une grande dé-

ANATOMISME ET PATHOLOGIE CELLULAIKE

couverte aualomique au point de vue de la pathologie cellulaire et ; le rapprochement est alors parfaitement justifié. Mais, au point de vue médical, il y a là une confusion de choses et de mots que la clinique aura peine à accepter.

6° Adénomes. — Ces tumeurs ne sont autres que les hypertrophies glandulaires de Lebert, appelées tumeurs adénoïdes; polyadénomes ; hétéradénomes, etc.

Ce sont des tumeurs ayant la même structure que les glandes, t Elles forment 1° les adénomes acineux constitués par des culs-de- « sacs disposés les uns auprès des autres, tapissés d'épithélium pavimenteux entre du tissu lîbreux, restant dures, faisant peu de pro- . grès et ne produisant pas d'accidents de généralisation, et 2° les adénomes tubulés à cellules cylindriques à la surface des muqueuses.

Les premiers s'observent dans les glandes parotide, mammaire, lacrymale, dans le pharynx et sur le voile du palais où ils forment des tumeurs plus ou moins considérables. Les autres se montrent sur les muqueuses qui ont des glandes en tube, dans l'intestin grêle, dans l'estomac, au col utérus, dans le rectum et, en outre de la production épithéliale, ils se dilatent souvent au point de faire des kystes plus ou moins volumineux qui augmentent et forment des vésicules apparentes ou des polypes. — Ainsi se préparent les œufs de naboth à la muqueuse vaginale du col utérus, certains polypes de l'utérus qui peuvent arriver dans le vagin jusqu'à la vulve, quel- .ques polypes des fosses nasales et enfin des tumeurs mixtes dans lesquelles l'hypertrophie des glandes se réunit à des néoformations papillaires variées que l'on enlève et qui en se reproduisant affectent des formes cellulaires différentes.

9° Des Cystomes ou kystes. — Ce sont les tumeurs formées par aberrations glandulaires.

Tel est le résumé des recherches de pathologie cellulaire ou d'histologie pathologique entreprises en France par deux médecins dont •la compétence ne saurait être mise en doute, et qui nous ont donné ■ce qu'il y a de plus récent sur le sujet. Les détails y abondent. Ils sont extrêmement instructifs et nous apprennent ce qui se passe ;dans les tissus altérés par la maladie. — Leur systématisation seule -laisse à désirer, et le médecin qui les envisage au point de vue qui lest en définitive le but de ses études, c'est-à-dire au point de vue 'de l'observation clinique et de la conduite à tenir vis-à-vis des malades confiés à ses soins, les trouve classés d'une façon si contraire avec ce qu'il observe journellement qu'il est obligé de faire de grandes réserves au sujet de la doctrino. Tout en adoptant le

faits, il peut se demander si le lien qui les unit est naturel et conforme à l'observation ; si leur classement résulte d'une entente vraie de la nature, et s'il n'y a pas quelque grave erreur dans la théorie qui s'y rattache. Le désaccord est si grand entre les conclusions de l'anatomie des histologistes et les résultats de l'observation médicale sur le même objet que cela donne à réfléchir. Jusqu'ici l'anatomie pathologique s'est donné la mission d'éclairer la médecine, et c'est parce qu'elle a réussi que la médecine a accepté ses services, mais si, au lieu de produire la lumière, l'anatomie pathologique n'apporte que la confusion, il est à craindre que la médecine ne considère comme illusoire la théorie dont elle ne trouve pas la justification au lit des malades.

Il faut donc chercher la raison du désaccord qui existe non entre les faits histologiques et la clinique, car je place les faits hors de toute contestation, mais la raison du désaccord de leur classement et de leur théorie avec l'observation. Là est le vice du système et c'est la doctrine appelée pathologie cellulaire qui, dans un arbitraire fort discutable, ayant pris un seul élément des produits pathologiques, la cellule, comme point de départ, est la cause de toute cette discordance. — Qu'on supprime cette théorie de laboratoire qui sans voir les malades a cru pouvoir formuler des résultats contraires à l'observation clinique, et qu'on donne une part égale à tous les éléments que l'histologie permet de découvrir dans les productions morbides * la face des choses changera, et du même coup l'histologie et la cli nique se prêteront un mutuel appui.

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