‹ Histoire de la medecine et des doctrines medicalesChapitre 77 sur 125 · DU TRANSFORMISME BN MÉDECINE · texte numérisé non relu

DU TRANSFORMISME BN MÉDECINE

Si le Transformisme a quelque importance en histoire naturelle lar la prétention qu'il a d'expliquer l'origine de la vie, celle de lonime et des espèces animales, il n'a aucune raison d'être en

IlISTOmiî DE LA MÉDECINE

médecine. Ce mol, importé en anatomie normale et pathologique, n'a plus la même signification. Il est le même pour l'oreille, mais il n'a plus le même sens pour l'esprit.

En cherchant à établir que les espèces actuelles ou passées dérivent par transformations successives d'un proto-organisme formé spontanément selon Lamarck, et dont la naissance reste mystérieuse pour Darwin, ces naturalistes ont posé un problème possible dont la solution peut n'être pas satisfaisante , mais les faits leur permettaient d'envisager la question de cette manière. — Ils ont cru pouvoir démontrer qu'une espèce animale se modifiait au point de pouvoir engendrer une espèce animale différente. C'était une question générale et d'ensemble sur la formation des types spécifiques de l'individu et nullement sur le mécanisme élémentaire de leur développement.

Il n'en est pas de même en médecine, où il n'est question que des transformations cellulaires du même individu. Quand Virchow émet ce principe que dans l'homme et chez les animaux tout provient d'une cellule primitive qui se transforme selon l'âge, le sexe, la constitution et les différentes influences extérieures de manière à constituer les différents éléments anatomiques de l'organisation ou qu'il y a des métamorphoses progressives et quelquefois régressives, comme celles d'où résulte la formation de races nouvelles, il ne prétend pas que la cellule primitive du canard pourra jamais engendrer des éléments cellulaires de l'homme. Il ne touche en aucune façon au problème de la variation des espèces animales. La question est infiniment moins élevée dans l'ordre philosophique et n'est qu'une affaire de détail relative au développement cellulaire dans l'individu. — 11 n'y a donc pas d'équivoque possible. — Le transformisme ou Darwinisme est pour l'histoire naturelle la solution du problème de l'origine des espèces, tandis que le Iransftn misme médical, ou transformisme cellulaire, n'est qu'une explication relative au développement des tissus par la métamorphose de leur cellule primitive.

Parleurs éludesde physiologie et de pathologiecellulaires, Schwan, Schleiden, Remak, Virchow, Kolliker et Robin sont les anatomisles qui ont le plus contribué à l'élucidation de ce point de doctrine. Virchow a dit : Omnis cdlula à cellulâ et, repoussant ainsi toute génération spontanée, il affirme que chez l'homme toutes les cellules normales et pathologiques dérivent par voie de transformation successive d'un type primitif qui change par degrés dans le cours de la vie, selon les circonstances extérieures. Pour Robin au contraire, les éléments pathologiques qui ne sont pas toujours cellulaires peuvent naître

ANATOMISMli ET ÉCOLE ANATOMIQUE— DU TRANSFORMISME 4'^3

par génération spontanée dans un blaslème selon les propriétés physiques et chimiques. — Sous ce rapport il reste étranger à la théorie du transformisme cellulaire.

Dans les idées de Remak, toutes les cellules normales dérivent de la cellule ovulaire et, pour Virchow, toutes les cellules pathologiques proviennent par transformation progressive des cellules de tissu conjonctif.

L'ovule est l'unité organique par excellence et il représente une sorte de proto-organisme renfermant virtuellement l'individu. C'est de lui que par scission, bourgeonnement ou formation endogène sortent toutes les autres cellules si différentes qui forment les tissus et les organes et dans lesquelles avec Schleiden et Schwan on admet une membrane d'enveloppe, un contenu, un noyau et un nucléole.

Jusques-là tout est logique -, reste à voir si cette doctrine est en rapport avec les faits. Or, avant la formation de la cellule, il y a l'apparition des granulations ou monades organiques, du nucléole et du noyau, et ces éléments qui précèdent toute création cellulaire peuvent être pris comme des unités organiques extrêmement simples, dont le rôle ne sauraitêtre oublié. — Les monades organiques ont la vie, comnle l'aura plus tard la cellule qu'elles sont appelées à former, et c'est une affaire de convention que de commencer l'étude histologique par la cellule plutôt que par le noyau qui la forme.

De plus, il paraît certain que tous les tissus ne dérivent pas de cellules préexistantes et qu'il en est qui se forment par transformation d'un seul noyau entouré d'une zone de sarcode ou protoplasma, substance amorphe, contractile, douée de mouvements sarcodiques, et n'âyant pas d'enveloppe.

Ainsi, les globules blancs du sang chez l'homme, les cellules de la moelle des os dans la couche de développement, toutes les cellules embryonnaires d'où sortent les tissus conjonclifs, cartilagineux et osseux, les cellules des muscles de la vie organique, les cellules nerveuses n'ont pas de membrane d'enveloppe, et ne sont que des masses de protoplasma entourant un noyau.

Ces faits qui résultent des observations de Schultze, de Recklinghausen, Ruhne, L. Beale, etc., et qui sont acceptés de tous les histologistes auraient dû modifier la manière de raisonner des transformistes. Ils renversent complètement la doctrine et dès l'instant qu'un noyau entouré de proloplasma sans membrane d'enveloppe peut comme ailleurs une cellule véritable engendrer des tissus il n'y a plus de physiologie ni de patholygie cellulaires et en consé-

quence plus de prototype cellulaire se transformant en cellules différentes.

Il n'y avait qu'un moyen de faire cadrer l'observation avec la théorie : c'était de changer le sens du mot cellule. Or, l'esprit de système, qui ne recule devant rien, n'a pas hésité à introduire cette confusion dans le langage habituel et, dans un jargon scientifique presque incroyable, il parle des cellules sans paroi, qui ne sont autres que ces noyaux entourés de sarcode contractile , dépourvu d'enveloppe, comme si des esprits habitués à parler français pouvaient les comprendre. Dans toutes les langues, il n'y a pas de mot plus clair et mieux compris que celui de cellule, qui est synonyme de réclusion, et les savants qui croient pouvoir admettre des cellules sans parois, c'est-à-dire une prison sans murailles, n'ont guère de chances d'être pris au sérieux que par les condamnés à l'emprisonnement cellulaire.

On ne change pas arbitrairement le sens des mots d'un dictionnaire. Un long usage le fait quelquefois, mais la chose n'est guère au pouvoir de quelques individus. L'idée de cellule implique celle d'une enveloppe, et si tous les tissus normaux et pathologiques résultent de cellules formées aux dépens d'une cellule primitive, le transformisme cellulaire est exact. — Mais s'il faut pour maintenir la doctrine contre les résultats de l'observation, admettre qu'il y a des cellules sans parois, et que les tissus se forment aux dépens *de ces cellules qui n'en sont pas, il n'y a plus de doctrine cellulaire et on ne peut la maintenir que par un acte de complaisance auquel la vraie science ne peut souscrire.

Ce que je viens de dire ne s'applique qu'à la systématisation doctrinale tirée de l'évolution cellulaire normale et pathologique , mais cela ne détruit en rien l'importance des faits de détails que la médecine doit à l'histologie. — J'admets toutes les transformations progressives ou régressives dont les éléments cellulaires ou autres sont le siège et par lesquels ils forment les tissus normaux et pathologiques. — Ce sont là des observations qui complètent très-heureusement l'anatomie et la pathologie en révélant le travail invisible qui s'accomplit dans la trame des tissus et des organes, mais jusqu'à présent il n'y faut pas chercher autre chose. Une plus heureuse généralisation pourrait peut-être montrer le lien qui unit toutes ces métamorphoses des éléments organiques, mais celle qui a fait du Transformisme cellulaire la base de l'anatomie de structure cellulaire est beaucoup trop en dehors de l'observation pour être acceptée. Voyez Histologie et Cellulaius.me.

Page 1