‹ Histoire de la medecine et des doctrines medicalesChapitre 78 sur 125 · PHYSIOLOGIE NORMALE ET PATHOLOGIQUE · texte numérisé non relu

PHYSIOLOGIE NORMALE ET PATHOLOGIQUE

L'Ânatomisme n'a pas eu seulement pour effet d'éclairer la méidecine sur la connaissance des parties du corps humain, de créer des systèmes de pathologie, des doctrines médicales et des méthodes thérapeutiques, il a encore été le point de départ de deux sciences importantes dont le développement lui est presque endèrement subordonné. — Ces sciences sont : la Physiologie et la Chirurgie. — En ce qui touche la physiologie, c'est-à-dire l'étude les fonctions, il est évident que c'est à la connaissance de l'organe ju'on doit d'avoir eu l'idée d'en rechercher l'usage, et il n'en pourrait Hre autrement.

Mon intention n'est pas de tracer ici une histoire même abrégée le la physiologie. Conformément au plan que j'ai adopté et qui est de :uivre les doctrines médicales de leurs principes à leurs conséquen- ■es, je veux seulement démontrer que la Physiologie relève de 'Anatomisrae afin de mieux établir tout ce que l'anatoraie a eu d'aanlageux pour les sciences médicales.

Il ne faut pas étudier bien longtemps notre histoire pour apirendre que l'anatomie et la physiologie sont intimement liées 'une à l'autre, même dans l'erreur, qu'elles se suivent dans leur narche et dans leurs progrès, qu'elles ont grandi ensemble en se frétant un mutuel appui, et que les découvertes de la première ont rresque toujours été pour l'autre le point de départ de quelque avantage nouveau.

Comment étudier le mécanisme et la fonction d'organes ou d'un nsemble d'organes dont on ne connaîtrait pas la disposition et la tructure? Dune autre part, comment la découverte d'une action Ihysiologique nouvelle ne rectifierait-elle pas ce que l'anatomie ■ourrait encore avoir d'obscur ou d'ignoré? On en pourra juger par ?es exemples. Ainsi, parla découverte deMalpighi sur la structure des landes on a pu déterminer la physiologie des sécrétions, et, par celle e la circulation, les anatomistes ont pu reconstituer l'arbre circu- ■itoire dont ils ne connaissaient que les branches, de façon à en ire un mécanisme complet. Ce que l'anatomie du foie n'avait pu ire pour en révéler les fonctions, la découverte de la circulation • réalise en montrant d'après le cours du sang quel devait être le iritable rôle de celle glande et, la dccouverle des lymphatiques

niSTOlRE DE LA MEUILCINË

et du réservoir de Pecquet, révélant le cours du chyle, montra un nouveau mécanisme de la digestion appelé à remplacer celui de Galien , mécanisme dans lequel le chyle était supposé passant dans le foie.

Et de même pour toutes les découvertes anatomiques et physiologiques se modifiant les unes par les autres et recevant les unes des autres une lumière inattendue.

Il n'est pas jusqu'aux erreurs anatomiques qui n'aient eu leur conlre-coup en physiologie car, au temps de Malpighi, lorsque l'on crut avoir trouvé un canal dans les nerfs, on se crut obligé d'admettre un suc nerveux matériel destiné à le parcourir.

La physiologie est donc une science anatomique née de l'étude des organes et de la structure des tissus, mais pouvant à son tour éclairer l'anatomie dans les obscurités de configuration que le scalpel seul ne peut faire disparaître. — Elle a en outre l'avantage d'être pour la pathologie un de ses plus solides appuis, car il est difficile de se rendre compte des troubles fonctionnels ou pathologiques, si l'on n'a pour terme de comparaison le mode fonctionnel normal. Quoi que puissent dire nos historiens, en cela plus érudits que véritables médécins , si c'est un abus que d'en faire la base et le principe de la médecine, son usage est du plus précieux secours pour la science et il n'y a de vrai que la médecine physiologique.

En suivant la marche de la médecine dans l'histoire, on voit en effet que ses progrès sont ceux de l'anatomie et de la physiologie.

Si la médecine Hippocratique , malgré ce qu'elle a de grandeur comme observation dans son naturisme et dans son pronostic, laisse tant à désirer sous le rapport du diagnostic, c'est par son insuffisance anatomique et physiologique. Toute sa théorie des humeurs et de la fièvre repose sur des erreurs de physiologie. On en peut dire autant de la médecine d'Athénée, de Galien, et il a suffi de faire connaître la circulation pour entraîner la chute de la vieille médecine grecque et romaine qui n'a pu sauver du naufrage que son Naturisme et ses traditions empiriques d'observation dégagées de tout esprit de système. — Sur ce terrain, elle est restée inattaquable, car les bonnes observations ne vieillissent pas, et comme elle nous en a laissé d'innombrables, il y a là un fond de science dont tout le -monde a profité et que rien ne peut détruire.

Il y a trois époques dans l'histoire de la physiologie et des doctrines médicales auxquelles elle a donné naissance : 1° L'époque d'Hippocrate et de Galien avec les théories humorales de la maladie; 2° l'époque de la renaissance des études anatomiques, chimiques et mécaniques lorsque la physiologie devint mécanique cl

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chimiàtrique et engendra comme doctrine l'Ialro-mécanisrae et rialro-chimie; 3° enfin l'époque moderne qui date de Lavoisier et qui après avoir débuté par la théorie chimique de la respiration et de la chaleur animale nous a laissé un grand nombre de découvertes physiologiques importantes dont je parlerai plus loin.

J'ai longuement exposé dans l'analyse des œuvres d'Hippocrate et de Galien, la physiologie de ces temps reculés, telle qu'on a pu la faire avec une anatomie humaine très-imparfaite et telle qu'elle a régné dans la science des xv« etxvie siècles. (Voir Naturisme, Eiçpocrate, chap. i, et GaUen, chap. m.) Je n'y reviendrai pas. Ce qu'il faut dire à l'avantage de Galien, c'est que nul parmi les anciens n'a fait plus d'efforts pour arriver par une bonne méthode, à la connaissance du mécanisme des fonctions. Ce qu'on lui doit d'expériences sur les animaux est considérable et on peut le considérer comme le créateur de la physiologie expérimentale. — Il faut sans doute que l'expérience soit difficile, pour qu'à son aide un homme de cette valeur ait pu émettre autant de théories d'abord acceptées comme vraies et que l'expérience ultérieure a pu convaincre d'inexactitude.

Sans raconter ici les hypothèses de la physiologie naissante dans les essais d'Alcméon deCrotonfe, d'Empédocle d'Agrigenle et de Démocrite sur le rôle des quatre éléments, sur l'exercice des fonctions, ni la théorie d'Anaxagore sur les Homéoméries relatives aux affinités des parties du corps pour les molécules homogènes des aliments destinées à leur réparation, je préfère résumer la physiologie de l'antiquité en la personnifiant dans ce qu'elle a-eu de plus complet à l'époque de Galien, — On aura ainsi, en regard de l'anatomie du temps, un tableau général de la physiologie telle qu'elle a été professée pendant plusieurs siècles, jusqu'au moyen-âge, et il sera dès lors possible de bien se rendre compte de l'importance des progrès réalisés dans les époques suivantes, surtout après la renaissance de l'anatomie.

Après Galien, et pendant tout le règne du Galénisme, la physiologie ne fit aucun progrès; on reproduisait les idées du maître et voilà tout. Ainsi la digestion avait pour but de convertir les aliments en chyme et, comme Galien ne connaissait pas le suc gastrique, et qu'il rejetait les idées de putréfaction, de fermentation et de trituration déjà admises de son temps, il expliquait cette œuvre divine par la création de facultés inhérentes à l'estomac. Il admettait qu'une lacullé altractrice, née de la faim, portail l'homme à introduire les aliments ; qu'une faculté altéralrice les dissociait ou déterminait leur conversion en chyme et que, cela terminé, la faculté expultrice fai-

sait passer le bol alimentaire dans l'intestin pour y subir une élaboration nouvelle.

Comme on le voit, il ne savait pas un mot des phénomènes de la digestion stomacale. Le chyme porté dans le foie par l'absorption des veines mésaraïques fournissait des matériaux par lesquels cet organe en préparait la bile et, une fois débarrassé de ces matériaux, il subissait du même organe une action qui en faisait du sang, lequel revenait au cœur.

La rate était aussi un organe de purification du sang, en même temps qu'un organe sécréteur, comme le foie. Elle recevait le san? dont elle séparait la bile noire ou atrabile qui revenait dans l'estomac par les vaisseaux courts et où elle agissait par son acidité pour la formation du chyme.

La circulation avait pour principal organe le foie d'où partaient les deux veines caves supérieure et inférieure distribuant dans les parties hautes et basses du corps, le sang nutritif formé aux dépens du chyme, arrivé par les veines mésaraïques et préparé par la glande. — Une partie de ce sang arrivait à l'oreillette droite et au ventricule correspondant, passait dans l'artère pulmonaire, pour nourrir le poumon et s'insinuer dans les veines pulmonaires, à travers leur paroi en même temps qu'une portion traversait le pertuis de la cloison interventriculaire pour arriver dans le ventricule. — Là, le sang des veines pulmonaires, chargé d'air ou pneuma pris dans le 'poumon, se mêlait au sang du ventricule gauche et préparait, au milieu d'un grand dégagement de chaleur, cet esprit vital qui avec le sang de l'aorte courait dans toutes les artères du corps.

La respiration avait pour but d'emporter au dehors ce qui a été brûlé dans le cœur {De usu partium, lib. VI). Galien professait en elTet que l'air entrait dans les poumons, agissait par contact sur le sang qui devenait rouge, le rafraîchissait, et qu'il s'y mêlait à lui, en produisant Vesprit vital. Ainsi vivifié et ayant tempéré l'excès de chaleur animale, il allait en nature dans toutes les parties du corps entretenir la vie, revenait en partie au poumon qui le rendait au monde extérieur, pour rejeter les parties fuligineuses brûlées dans le cœur.

L'air introduit parla respiration avait aussi pour but de produire le rafraîchissement du sang dans toutes ses parties. Car le cœur était en même temps le foyer de la chaleur animale, chaleur innée, qui rayonnait par les artères dans tout le corps. Il servait en même temps à la formation de l'esprit animal dans les ventricules du cerveau où il était porté par l'action de sa carotide et à travers la lame criblée de l'ethmoïde.

Le cœur et les arlères renfermaient donc de l'air et du sang et le [pouls résultait de la systole du cœur.

Le cerveau était considéré comme une glande chargée de la sécréition du phlegme ou pituite s'écoulant par la lame criblée de l'ethmoïde, mais pour Galien ce n'était que chose secondaire, et cet organe était le siège de l'intelligence du mouvement et du sentiment, ique d'autres plaçaient formellement dans le cœur.

Il s'y formait, dans les ventricules latéraux, un esprit animal qui se perfectionnait dans le troisième ventricule, passait dans le quatrième par l'aqueduc de Sylvius et de là dans la moelle et dans les nerfs, en s'entrecroisant dans la moelle allongée. Par conséquent il admetlait l'action croisée des lobes cérébraux sur le côté opposé du corps. .Quant à la moelle épinière, d'après de nombreuses expériences, il [admettait qu'elle conduisait le mouvement et la sensibilité, mais ici il m'admettait plus l'action croisée et il ne partait que de l'action directe :du côté droit et du côté gauche sur les parties correspondantes du corps.

Pour ce qui concerne les humeurs, Galien admettait une humeur principale , le sang formé par le foie et d'où provenaient toutes les autres, la bile jaune, la bile noire ou atrabile, la. pituite, 'urine, la sueur, la matière de la transpiration insensible et les fu- I iginosités ; mais c'étaient particulièrement la bile, l'atrabile et la oituite dont la rétention anormale, la prédominance ou les altérarions jouaient un rôle dans la constitution des tempéraments et llans la formation des maladies.

J'ai déjà fait précédemment dans mon analyse des travaux de )}alien, les remarques critiques que cette physiologie méritait qu'on lui adressât. — Ce n'est pas le moment d'y revenir. Le résumé que -e viens d'en faire, n'a d'autre^but que de montrer ce qu'était la physiologie ancienne, ce qu'elle fut dans sa transmission au moyen- Jige et jusqu'au xvi* siècle, lorsqu'une renaissance de l'anatomie iillait la précipiter dans un juste oubli.

Déjà ébranlée parles attaques de Paracelse et des chimiâtres, la Physiologie galénique relative aux humeurs et aux phénomènes de la digestion, le fut bien davantage par les travaux de Vésale et de ifîes successeurs sur la disposition et l'exercice des organes. — Le (prestige avait en partie disparu. Tout en étant encore dominé par 'autorité de Galien, beaucoup de médecins ne croyaient plus aveu- ;lément aux traditions du passé. — Ils voulaient voir et n'accepter •omme vrai que ce qu'un examen de la nature leur avait démonré tel. Ainsi Van-IIelmont, comme son maître Paracelse, montra le ôle des ferments dans la digestion ; — Sylvius, une nouvelle physio-

logie des humeurs; —Vésale établit qu'il n'y avait pas de pituite descendant des ventricules du cerveau dans les cavités nasales ; — Michel Servet découvrait la petite circulation, dite pulmonaire; — Colombus signalait la coïncidence de la systole du cœur et du pouls dans la diastole des artères ; — Césalpin faisait pressentir la grande circulation qui devait nettement apparaître un peu plus tard dans la description d'Harvey; — Félix Plater plaçait la vision dans la rétine et non dans le nerf optique, etc.

Le galénisme dominait cependant encore, mais au xviie siècle, la découverte de la circulation sanguine et de la -circulation lymphatique que j'ai décrite précédemment à l'occasion des découvertes inspirées de l'anatomie, renversa définitivement l'autorité de Galien dans l'esprit des hommes indépendants et amis du progrès. — Alors apparaissent : une nouvelle physiologie du foie exclusivement destiné à faire la bile et ne recevant plus le chyme ; — les théories mécaniques de l'action du cœur dans la circulation; — l'appréciation au moyen du calcul de la force musculaire ; — la théorie mécanique de la digestion par trituration à l'aide de l'estomac ; — le calcul de la vitesse du sang dans les vaisseaux; — la structure des glandes et le mécanisme des sécrétions par filtration à travers les pores selon les uns ou par attraction spéciale des atomes selon les autres ; — le passage des globules du sang dans les capillaires ; — l'irritabilité des tissus comme principe de mouvement interstitiel; — le rôle des animalcules spermatiques dans la génération; — la possibilité de 'faire renaître un mourant d'hémorrhagie par la transfusion ; — le frottement du sang dans les vaisseaux comme cause de la chaleur animale ; — la théorie du fluide nerveux coulant dans les tuyaux nerveux? et produisant les mouvements tumulteux du sang et des tissus, etc.

Vraies ou fausses toutes ces découvertes résultent des découvertes auatomiques de l'époque et des applications de la chimie, des mathématiques et de la mécanique à l'étude des organes en activité. — Qu'il y ait beaucoup à laisser dans ces productions physiologiques cela n'est pas douteux, mais à côté des erreurs inséparables qu entraîne une trop grande ardeur de recherche, il y a un grand nombre de vérités physiologiques qui sont restées dans la science et pa^ dessus tout, il y a le triomphe du principe d'examen et d'expérimentation sur le principe d'autorité et d'idolâtrie scientifiques. Chaque découverte anatomique amenait, selon sa nature, une série d'expériences destinées à révéler l'usage des parties nouvellement étudiées, et sans nul souci des traditions du passé quand il avait torl on ne se préoccupait que d'une chose, établir par l'expérience les fonctions des tissus et des organes. Comment se fait-il (in'avec cotte

méthode, on ne soit pas arrivé du premier coup à chasser toutes les hypothèses de la médecine, c'est, comme je l'ai déjà dit, que l'expérience est chose difficile et qu'on fait trop souvent de ce mot le synonyme de clairvoyance. Il ne suffit pas d'opérer un animal pour avoir fait une expérience. — Galien en avait ouvert un grand nombre. — Il connaissait par expérience comme nous la disposition du

' cœur et des artères et des veines, mais il n'a pas eu la clairvoyance de la circulation. Il en est de même de tous les expérimentateurs,' qui de nos jours croient qu'ils ne font pas d'hypothèses parce qu'ils se livrent à des expériences sur les animaux et qu'ils croient qu'il suffit de tuer une bête pour avoir du génie. — Le nombre des hypothèses expérimentales est incroyable. Il est vrai qu'elles vont rejoindre les autres hypothèses expérimentales de Paracelse, de Van-Helmont, de Sylvius, de Borelli, de Keil, de Pitcairn, de Boer-

ihaave, etc., en attendant qu'au milieu de toutes ces expérimentateurs, apparaisse l'homme de clairvoyance qui pourra extraire de

! l'observation une vérité durable, fût-elle même obscurcie encore par les déductions de l'hypothèse.

Quoi qu'il en soit, aux xvii« et xviii' siècles tous les physiologistes ont été en même temps des anatomistes, et souvent des chimiâtres,

'OU des iatro-mécaniciens. Ils avaient compris que la physique, la chimie, la mécanique et le calcul sont les auxiliaires indispensables d'une bonne physiologie. — Il faudrait les citer tous pour être juste à leur égard, mais parmi eux , je mentionnerai seulement : Harvey,

^Aselli, Pecquet, Malpighi, Sténon, Sanctorius, Perrault , Glisson, Wepfer, Willis, Bohn, Lower, Wirsog, Conrad, Brunner; — De Graaf, Swammerdam, Stahl, Fr. Hoffmann, Haller, du Tremblay, Spallanzani, Duhamel ; — Pourfour Dupélit, John Hunter, Blumenbach , Vicq d'Azyr, etc., Buffon, Bonnet, etc., qui sur différents points de

i physiologie ont laissé des travaux de grande importance que je ré-

^sumerai un peu plus loin dans un ensemble sur la physiologie de

I l'époque.

Ce qui frappe surtout dans ce siècle, comme étude de physiologie générale ayant exercé la plus grande influence sur les doctrines médicales, c'est la découverte de Virritahilité dont je vais parler.

DE l'irritabilité

Déjà en 1677, Glisson avait signalé l'existence de l'Irritabilité ■ comme propriété de la fibre élémentaire distincte de la sensibilité. ' Un peu plus tard , Gorter avait repris cette étude en l'étendant à toute espèce de fibres, mais ces recherches n'avaient que médiocre-

HISTOIRK DE L\ MÉDECINE

ment frappé ralteniiofi des physiologistes et des médecins et réussi à captiver l'allention. Ce n'est qu'après les publications de Haller en 1752 que l'irritabilité devint un sujet à la mode et joua un grand rôle en physiologie et dans les systèmes de médecine.

Pour Haller, l'irritabilité est cette propriété qu'ont les muscles et la fibre musculaire de réagir sous l'influence des stimulants, en dehors de l'action du système nerveux. Elle leur est inhérente, révèle une de leurs propriétés caractéristiques et est tout à fait distincte de la sensibilité. Pour lui, l'irritabilité est à tort synonyme de contractilité. Certaines parties ne sont que fort sensibles sans être irritables, c'est-à-dire contractiles; les nerfs par exemple, et d'autres ne sont qu'irritables, sans être sensibles. — Par d'innombrables expériences, Haller a déterminé le degré d'irritabilité et de sensibilité des tissus, mais les objections vinrent en foule et les parties considérées par lui comme insensibles se montrèrent très-douloureuses dans l'état d'inflammation de même que certains tissus vivants non musculaires parurent irritables.

Tout cela est très-vrai, mais alors, à côté de cette irritabilité hallérienne, on doit admettre avec Glisson et Gorter le fait de l'irrilabililé de la fibre en général qu'on pourrait appeler l'irritabilité glissonnienne. Dans ce sens il s'agit alors d'une propriété des tissus vivants, musculaires ou autres, fibreux ou cellulaires, appartenant aux animaux, aux végétaux ou aux infusoires et indépendante de * toute action du système nerveux. Alors l'irritabilité n'est plus synonyme de contractilité, c'est un attribut de la vie qui représente mieux le mot à'impressibilité ou faculté inconsciente de sentir suivie de mouvements plus ou moins appréciables.

Quoi qu'il en soit de ces différentes manières de comprendre l'irritabilité, on voit que c'est là une découverte importante et, comme son influence sur les doctrines médicales a été considérable, je vais en donner une exposition complète.

La découverte de l'irritabilité des tissus ne s'est pas faite d'un seul coup, et elle résulte des observations d'un grand nombre d'anatomistes et de physiologistes qui avaient remarqué le phénomène sans y ajouter une suffisante attention, et sans le regarder avec cette clairvoyance qui n'appartient qu'aux esprits supérieurs. — On avait vu palpiter des chairs séparées du corps, battre le cœur sorti de la poitrine et se tordre l'intestin séparé du ventre; on savait qu'un mouvement profond des tissus faisait cheminer dans leur intérieur, loin de l'action des vaisseaux, les éléments de leur nutrition, mais de ces connaissances éparses à l'idée d'un allribul général de la vie se révélant par la contractilité et le sentiment insensible des parlies

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élémentaires il y avait loin (1). — Une fois, il est vrai, un premier pas a été foit dans cette voie, mais on s'arrêta pour revenir en arrière, et ce n'est qu'après bien des hésitations qu'il a été possible de constituer la doctrine.

La première idée qui fui émise sur l'irritabilité était excellente, et avait donné de bons résultats, mais elle fut modifiée par Haller qui détourna le mot de sa signification et il fallut bien longtemps pour retrouver la bonne voie.

C'est dans Glisson, célèbre en anatomie par ses recherches sur le foie {anatomia hepatis) , en médecine par son traité du rachitisme, et par ses recherches de physiologie, qu'il faut chercher de curieuses études sur l'irritation et sur l'irritabilité des tissus. On peut même dire qu'elles ont une bien plus grande portée que celles de l'irritabilité de Haller.

Il est le premier, au dire de ce physiologiste, qui ait signalé la force vive des éléments des corps, et qui ait imaginé le mot d'irritabilité; il l'attribue à une perception naturelle qui n'est point accompagnée du sentiment, et qui dépend de l'Archée qui est l'architecte de son propre corps. (De ventriculo et intestinis, cap. 7.) Il en distingue deux : l'une dépend du sens externe, l'autre de l'appétitinterne (ihid. , cap. 6). Il rapporte aussi quelques faits pour prouver que ce mouvement se produit indépendamment du sentiment, et qu'après la mort les chairs se contractent quand on les touche avec des liqueurs âcres et piquantes. Il donne même tant de généralité à cette propriété , qu'il l'accorde aux os et aux sucs du corps humain » (Haller, tom. 1, p. 84. Dissertation sur la nature sensible et irritable des parties du corps animal. Traduction de Tissot. Lausanne, 1759).

Bien que M. Daremberg, dans un exposé plein de contradictions, fasse de Glisson un solidiste, tout mécanicien et tout matérialiste (p. 653), tendant les mains aux vitalistes par l'admission d'une espèce d'Archée, et limitant ses recherches aux seules propriétés des corps, il doit être considéré philosophiquement d'une tout autre façon. En effet, d'après ce môme auteur (p. 651), qui rapporte la définition de la vie par Glisson, ce serait au contraire un spiritualiste. «La vie est une entité subsistante par elle-même... nature énergétique de la substance, principe interne du mouvement et des opérations ». Il y a loin de celte définition ontologique de la vie à l'idée qu'il n'y a dans le corps que des propriétés de tissu. Il suffit

(1) E. Bouchut, Des Attributs de la vie, dans leurs rapporta avec la philosophie. Paris, 1862. Voyez Autocincsie, chap. 1, page 110, et Impressibilité, chao. 2 page u4 . ' >

BOUCHUT,

d'ailleurs de se reporter au temps où vivait Glisson pour comprendre qu'une telle hardiesse philosophique n'aurait pu se produire sans attirer sur son auteur une critique dont l'histoire ne fait pas mention.

Pour lui , le corps est en grande partie composé de fibres élémentaires, et ces fibres sont irritables. Comme on le voit, il ne s'agit pas ici de la fibre musculaire qui fait l'objet des recherches de Hal- 1er, mais seulement de la fibre en général.

Elle a comme propriétés : VELasticité qui est sa force de résistance du tissu et la Contractilité qui dépend de l'infiux vilal, venu du sang, et de l'influx animal, venu des nerfs, ce qui la met en contraction ou en relâchement. Elle a le sens du tact, c'est-à-dire la faculté de percevoir les irritants et l'irritabilité est en quelque sorte sa propriété vitale. — Quant à dire avec M. Daremberg « qu'elle dépend plutôt d'une sorte d'intelligence de la fibre que de la misr en activité ou en éveil d'une force effective par un excitant du dehors ou par la volonté, 5> cela n'est pas admissible, surtout si l'on fait de Glisson un matérialiste — C'est là une erreur évidente d'appréciation.

La fibre, ainsi constituée, reçoit son excitation des esprits animaux dont Glisson admet l'existence, et qui lui viennent du cerveau et des nerfs, de l'esprit vital qui lui est inhérent et qui lui arrive sans doute avec le sang, et quelquefois du consensus général des tissus *ou sympathie. C'est ce qu'il appelle irritabilité secondaire.

De cette irritabilité, résulte dans l'organisme un état permanent de contraction et de relâchement qui est le principe des mouvements normaux et des actes pathologiques dont l'organisme est le siège. — C'est, en germe, le principe des théories dynamisles de la maladie dont je parlerai plus loin.

Dans Haller, le point de vue est tout différent, il s'agit bien aussi de la fibre irritable et sensible mais, pour éviter toute confusion en ' parlant de ce sujet, il faut s'entendre sur la nature de la fibre soumise à l'expérience et à l'observation. — Pour le grand physiologiste, il ne s'agit que de la fibre musculaire, ce qui est tout différent, seulement ceux qui sont venus ;iprès Haller sont sortis de la déti nition du maître, et sont insensiblement revenus à l'idée plus large de Glisson sur l'irritabilité de la fibre en général.

Au reste, si les idées de Glisson sur l'irritabilité n'ont pas eu d'applications immédiates et n'ont pas eu tout le succès de celles de Haller, elles ont cependant été recueillies par des médecins qui en firent des applications, la pathologie, et qui en tirèrent déjà une doctrine médicale.

Bellini {de stimulis opuscul., et in lib. de missione sanguinis) parle d'une conlractilité naturelle des tissus, et il explique mécaniquement comment les acres qui peuvent irriter les fibres en sont i chassés par le moyen de cette propriété ; il déduit de là comment lies irritants peuvent faire mouvoir les muscles, accélérer le mouvement du sang, occasionner une inflammation, produire une révulsion ^ou une évacuation quelconque.

Tous les slahliens professaient avec leur maître la doctrine du tton, de la. tonicité, et de la contraction naturelle des fibres qu'ils ^attribuaient à l'âme.

Gorter et après lui Wincker considéraient aussi les mouvements i du corps humain comme le résultat de l'irritabilité des fibres par la i force du stimulus. — Il en est de même de Whytt, à cette différence jprès, que, pour lui, l'irritabilité dépendait de lame, qui, sentant ! l'impression de l'irritation, y répondait par la contraction de la fibre; Kenfin de la Meltrie (de riiomme machine, n° 18. 22) placé à un [point de vue opposé avait fait de l'irritabilité la base du système qu'il •a proposé contre la spiritualité de l'âme.

Comme on le voit, un grand mouvement scientifique s'était déjà réalisé à l'occasion du fait et de la nature de l'irritabilité lorsque lllaller, s'occupant de la question, en a fait sa propriété, par ses re- 1 cherches. Il l'a étudiée à un point de vue nouveau et plus restreint au [ moyen des nombreuses expériences de ses élèves. « Deux de mes [Mèves, dit-il, ont suivi la véritable route, pour parvenir à connaître cette propriété; l'expérience leur a appris qu'elle était, comme 'attraction, une loi de la nature, et ils ont abandonné des recherches unutiles sur la théorie. » {Haller, t. I, p. 89.)

Les recherches de Haller sur la nature sensible et irritable des oarlies du corps humain se composent de deux dissertations: l'une iur la sensibilité, l'autre sur VirritaMlité, représentant « une nouvelle division des parties,

« Quelle est la cause de ces deux propriétés? pourquoi quelques îarlies en sont-elles douées, pendant qu'on ne les trouve pas à l'autres? Ce sont des problèmes théorétiques, que je ne promets ioint de résoudre. Cachées vraisemblablement dans la texture des 'lernières molécules de la matière, hors de la portée du scalpel et ilu microscope ; tout ce que l'on peut dire là-dessus, se borne à des :onjectures, que je ne hasarderai pas; je suis trop éloigné de vouloir enseigner quoi que ce soit de ce que j'ignore; et la vanité de vouloir ,'uider les autres dans des routes où l'on ne voit rien soi-même, me paraît être le dernier degré de l'ignorance. » « Je me suis d'autant plus volontiers déterminé à travailler celte

matière que les expériences que j'annonce, sont la source de plusieurs changements dans la physiologie, la pathologie et la chirurgie, et que j'ai découvert plusieurs vérités contraires aux opinions généralement reçues. »

« Cette dernière raison m'a obligé à être extrêmement sévère sur mes preuves, parce que j'étais bien persuadé qu'un sentiment si peu prévu paraîtrait peu probable, et qu'on ne céderait qu'à la conviction. »

« Il a fallu pour cela réitérer et multiplier mes expériences, pour les élever au rang des témoignages à l'authenticité desquels les plus incrédules ne pussent pas se refuser et qui me préservassent moimême de l'erreur (1)

J'appelle partie irritable du corps humain, celle qui devient plus courte 'quand quelque corps étranger la touche un peu fortement en supposant le tact externe égal, l'irritabilité de la fibre est d'autant plus grande qu'elle se raccourcit davantage . Celle qui se raccourcit beaucoup par un léger contact est très-irritable ; celle sur laquelle un contact violent ne produit qu'un léger chaagement, l'est très-peu. J'appelle fibre sensible dans l'homme celle qui, étant touchée, transmet à l'âme l'impression de ce contact : dans les animaux, sur l'âme desquels nous n'avons point de certitude, l'on appellera fibre sensible, celle dont l'irritation occasionne chez eux des signes évidents de douleur et d'incommodité. »

a J'appelle insensible au contraire celle qui, étant brûlée, coupée, piquée, meurtrie, jusqu'à une entière destruction, n'occasionne aucune marque de douleur, aucun changement dans la situation du corps. Cette définition est fondée sur ce que nous savons qu'un animal qui souffre cherche à soustraire la partie lésée à la cause offensante, il retire sa jambe blessée, il secoue la peau si on la pique, et donne d'autres marques qui nous prouvent qu'il souffre. »

(( L'on voit qu'il n'j a que les expériences qui puissent nous fournir des définitions des parties sensibles et irritables-, et ce que les physiologistes et les médecins ont dit de ces qualités sans en avoir fait, a été la source de plusieurs erreurs. Celte même inexactitude appliquée à d'autres objets en a produit dans toutes les sciences.

« Quand M. Boerrhaave eut établi que les nerfs ét^iicnt la base de tous nos solides, il en vint bientôt à assurer qu'il n'y avait aucune partie dans le corps humain qui ne fût sensible et capable d'un mouvement propre, et ce système, dont j'ai fait voir ailleurs l'inexactitude, a été admis presque généralement.

(1) H aller, page 5.

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« Les parties du corps humain les plus simples, sont les nerfs, les artères, les veines, les vaisseaux d'un ordre inférieur, les membranes, les fibres musculaires, tendineuses, ligamenteuses, osseuses ; le cartilage, et la toile celluleuse.

« Les parties plus composées, sont les muscles, les tendons, les ligamens, les viscères, les glandes, les grands réservoirs, les conduits excrétoires, et les plus gros vaisseaux sanguins. De toutes ces parties, quelles sont celles qui sont sensibles? C'est ce que l'on découvrira à l'aide des expériences que je rapporterai dans la première partie de ce mémoire (1).

« Les parties sensibles sont le cerveau, les nerfs, la peau, les muscles, l'estomac, les intestins, la vessie, les uretères, l'utérus, le vagin, le pénis, la langue, la rétine, le cœur, mais moins que les autres muscles, les viscères et les glandes qui le sont peu en raison de leur peu de nerfs.

« Les parties insensibles sont l'épiderme, le tissu cellulaire, la graisse, les tendons, les membranes séreuses viscérales et articulaires, la dure et la pie mère des ligaments, le périoste et le péricrâne, les os, la moelle, la cornée, l'iris, les artères et les veines : mais là où les dernières parties reçoivent des nerfs, elles sont sensibles.

« Pour Haller la sensibilité réside dans les nerfs et il a raison s'il ne s'agit que de la sensibilité consciente, mais pour la sensibilité inconsciente ou sentiment insensible qu'il nomme pour en faire la critique, celle-ci, bien réelle, n'existe pas dans les nerfs. C'est un attribut de la matière vivante qui joue un très-grand rôle en physiologie et sur laquelle on n'a pas assez réfléchi. — On a tort de confondre les impressions et les sensations car ce n'est pas du tout la même chose.

Quoi qu'il en soit, après avoir indiqué les parties sensibles, Haller s'occupe des parties irritables, mais il emploie ce mot dans le sens de contractile, ce qui est fâcheux parce que cela jette de la confusion dans l'esprit. Il est bien certain que certains tissus sont irritables, subissent les influences extérieures, s'allèrent et cependant ne sont pas contractés. Cette réserve établie, voyons la dissertation sur les parties irritables de Haller :

« Je viens à V irritahilité ; elle est si différente de la sensibilité que les parties les plus irritables ne sont point sensibles et que les plus sensibles ne sont point irritables. Je prouverai l'une et l'autre do ces propositions par des faits, et je démontrerai en même temps

(1; Haller, pag. 7.

'iSS HISTOIRE DE LA MÉDECINE

que l'irritabilité ne dépend point des nerfs, mais de la fatigue primordiale des parties, qui en sont susceptibles.

« D'abord les nerfs, ceux mêmes qui sont l'organe de toutes les sensations n'ont aucune irritabilité; cela paraîtra étonnant, mais cela n'en est pas moins vrai : si l'on irrite un nerf, le muscle auquel il se distribue, entre sur-le-champ en convulsion.

« Je n'ai jamais vu manquer cette expérience et j'ai souvent fait entrer en convulsion, par ce moyen, le diaphragme et les muscles de l'abdomen dans un rat et les jambes de devant ou de derrière dans une grenouille. L'on peut voir les expériences concordantes de Swammerdam et , en les faisant, j'ai trouvé comme M. Œder que l'irritation d'un nerf ne communique de mouvement qu'aux muscles auxquels le nerf va se rendre et qu'elle n'ébranle point ceux qui tirent leurs nerfs d'ailleurs.

« J'ai aussi remarqué constamment, que la convulsion du muscle avait lieu quand on irritait le muscle avec un scapel , et qu'elle ne se fait point quand on y emploie les corrosifs. Mais pendant qu'on irrite les fibres charnues du muscle, il n'arrive point de contraction dans le tronc du nerf; je m'en suis assuré plusieurs fois dans les chiens, et surtout dans les grenouilles ; quelque irritation que j'aie donné au muscle elle n'a jamais communiqué de mouvement au nerf.

« J'ai fait ensuite la même expérience que M. Zinn à Berlin : j'ai

* appliqué un instrument de mathématique, divisé en très-petites parties le long d'un long nerf d'un chien vivant, de façon qu'il me fît apercevoir les plus petites contractions ; dans cet élat j'ai irrité le nerf, il est resté parfaitement immobile, ^^es expériences prouvent, pour le dire en passant, que la force d'oscillation qu'on avait attribuée aux nerfs n'est pas conforme à l'expérience. La peau, qui c>\ le siège de l'attouchement, les membranes nerveuses de l'estomac, des intestins, de l'urètre n'ont aucune irritabilité, et il faut bien prendre garde de ne pas confondre avec cette propriété, une espèce de mouvement vermiculaire dû à la corrosion, que l'huile de vitriol, ou l'esprit de nitre, communique aux nerfs, aux artères, à la membrane de la vessie, à la vésicule du fiel. Celle corrosion n"a rien de commun avec la vie, elle subsiste vingt-quatre heures après la mort et cela prouve évidemment qu'elle n'est point une suite du senli-

• ment.

« L'irritabilité n'est point non plus proportionnée à la sensibilité, l'estomac est extrêmement sensible, les intestins le sont moins, aussi n'éprouvent-ils pas d'aussi vives douleurs dans un homme vivant, et cependant je les ai trouvés plus irritants que le ventricule.

ANATOMISME ET ÉCOLK AiNATOMlQUE — IRRITABILITE 439

Le cœur qui esl extrêmement irritable n'est que peu sensible, et en le touchant dans un homme qui a sçs sens, on lui procure plutôt un évanouissement que de la douleur. De ce qu'une partie du corps est sensible, on ne peut point conclure qu'elle soit irritable, et la dissection d'un nerf qui détruit la sensibilité, ne détruit point l'irritabilité (1) •/

J'ai fait des expériences semblables sur les parties séparées du corps; les intestins dans cet état, privés de tout commerce avec le cerveau, conservent leur mouvement périslallique ; et si on les touche avec un couteau ou avec des corrosifs, ils offrent les mêmes phénomènes, que dans leur situation naturelle, et ils conservent leur liaison avec les nerfs et le cerveau; l'on observe la même chose dans le cœur, et dans un muscle coupé quelconque. Dans une anguille, le cœur continue pendant des heures entières ses mouvements avec la plus grande régularité, quand même il est arraché de la poitrine.

« Je crois qu'on convient qu'un animal sent, lorsque l'âme perçoit l'impression de quelque objet étranger; l'on ne soupçonnera donc pas de sentiment dans une partie du corps qu'on a séparée du reste ou à laquelle par la dissection du nerf, on a ôté toute communication avec le cerveau , en soutenant qu'il n'y avait dans notre corps de mouvement que par l'âme. M. Whytt s'est trouvé réduit à admettre la divisibilité de l'âme, qu'il croit séparable en tout autant de parties que le corps.

« J'ai réitéré bien des fois l'expérience dont je viens de parler; j'arrache le plus promplement qu'il m'est possible les intestins , je les coupe en quatre ou huit pièces, elles rampent toutes péristalliquement et se contractent par quelque irritation qu'on y excite. Woodvard avait déjà fait les mêmes expériences sur les intestins; Baglivi sur le cœur d'une grenouille et avant eux tous, M. A. Sévérin.

(( J'ai vu le cœur divisé en plusieurs petites parties, et chacune se mouvoir sur la table. M. Lups a trouvé dans les membranes de l'œuf des quadrupèdes une irritabilité qu'elles ne tirent pas du nerf, puisqu'il n'y en a point, mais je n'ai pas d'expériences à moi sur cet article. Je trouve que Baglivi a employé les mêmes arguments pour établir l'existence de l'irritabilité dans les solides et nous devons bien prendre garde à ne pas employer l'analogie des insectes, qui sont irritables et sensibles [lartoul.

« L'âme est cet cire, qui se sent, qui se représente son corps, et par

(1) Hallcr, pago 48.

le moyen du corps toute l'université des choses. Je suis moi, et non pas un autre, parce que ce qui s'appelle moi, éprouve du changement dans toutes les variations qui arrivent au corps, que ce moi appelle le sien. S'il y a un muscle, un intestin, dont les changements fassent impression sur une autre âme que la mienne, et non sur la mienne, l'âme de ce muscle n'est pas la mienne, elle ne m'appartient pas. Mais un doigt coupé de mon corps, un morceau de chair enlevé à ma jambe, n'a aucune liaison avec moi, je ne sens aucun de ces changements, ils ne peuvent me faire éprouver, ni idée, ni sensation ; il n'est donc point habité par mon âme, ni par quelqu'une des parties de celle âme; s'il l'était je sentirais ces changements; je ne suispointdans cette jambe, elle est entièrement séparée, et de mon âme, qui est restée dans tout son entier et de celle de tous les autres hommes ; son amputation n'a pas porté la moindre atteinte à ma volonté, elle reste très entière, mon âme n'a rien perdu de ses forces, mais elle n'a plus d'empire sur cette jambe, et cependant cette jambe continue d'être irritable; l'irritabilité est donc indépendante de l'âme et de la volonté.

« Ces expériences prouvent encore que toute la force des muscles ne dépend pas des nerfs, puisqu'après qu'on les a liés et coupés, les fibres musculaires sont encore capables d'irritabilité et de contraction; et un jour peut-être l'on réduira à l'usage des nerfs, par rapport aux muscles, à leur porter de quelque façon que la chose se fasse, l'impression de volontés de l'âme et à augmenter cette tendance naturelle, que les fibres ont déjà par elles-mêmes à se contracter.

(( Mais je reviens à l'histoire des expériences, par lesquelles j'ai rouvé quelles sont les parties du corps humain qui sont irritables, ^et dans quel degré elles le sont (1).

(£ Les parties irritables sont : le cœur, les muscles, le diaphragme, l'estomac, les intestins, les vaisseaux lactés, le canal Ihoracique, la vessie, les tissus muqueux, l'utérus, les parties génitales dont l'irritabilité a quelque chose de singulier.

Les parties non irritables sont : les nerfs (parce qu'ils ne se contractent pas); l'épiderme et la peau, les membranes, les artères, les veines (2), le tissu cellulaire, les viscères (3).

0) I-Ialler, p. 48.

(2) Ce qui est une erreur, car, en Trappant d'une certaine façon les veines dn dos de la main, on les voit se conlracîer el quand la peau est écliatiiïée, ti on fait une légère friction, on produit une rayure blanche duc à la contraction de? capillaires.

(3) Brown Sequard a montré que l'élcclrisation de la raie la faisait contracter.

Les conduits excrétoires n'ont qu'une irritabilité extrêmement faible et qui exige une irritation très-forte.

c( Enfln il y a des parties qui sont tout à la fois sensibles et irritables. Ce sont toutes celles où l'on trouve des nerfs et des fibres musculeuses; les muscles, le cœur, tout le canal alimentaire, le diaphragme, la vessie, l'utérus, le vagin et les parties génitales.

Ici, encore, je ferai remarquer que dans cette énumération des parties irritables ce mot irritable, pris comme synonyme de contractile, n'est pas en rapport avec ce que l'on sait des mouvements insensibles qui s'opèrent dans la trame des parties et dans leurs éléments qui sans fibres appréciables se meuvent selon les influences externes ou intérieures, pour accomplir des actes physiologiques ou morbides parfaitement déterminés. Aussi, ferai-je remarquer que dans ses conclusions Haller limitant l'irritabilité et la fibre musculaire laisse en dehors de son étude un très-grand nombre de phénomènes extrêmement importants, ce qui me fait préférer la doctrine de l'irritabilité de Glisson, de Gorter, de Winter, et des Stahliens.

Voici les conclusions de Haller :

« De toutes ces expériences réunies il parait qu'il n'y a d'irritable dans le corps humain, que la fibre musculaire et que la faculté de chercher à s'accourcir quand on la touche, est propre à cette fibre ; il en résulte encore que les parties vitales sont les plus irritables ; le diaphragme se meut très-souvent, quand tous les autres muscles ont cessé, les intestins et l'estomac se meuvent plus longtemps encore, dans le grand nombre des expériences; enfin le cœur est la partie dont les mouvements survivent à ceux de tous les autres , lorsque la graisse figée n'arrête pas sa force contractive, entre les organes vitaux et les autres.

« Les premiers, étant extrêmement irritables, n'ont besoin que d'un très-faible aiguillon, pour être mis en jeu, tel est le sang ou l'humeur qui passe par leur cavité, les autres qui le sont très-peu, ne sont ébranlés que par les déterminations de la volonté, ou par des irritations très-fortes dont l'application peut leur procurer ces mouvements violents, connus sous le nom de convulsions.

« L'irritabilité est-elle différente de toutes les autres propriétés des corps? C'est ce que je prouverais très-aisément.

« L'élasticité, qui est celle qui paraît avoir le plus de rapports avec elle, en diffère presqu'en tout. Elle appartient aux fibres sèches

et dans cet état elles n'ont plus aucune irritabilité : on peut s'en convaincre en séchant une grenouille. L'élasticité est une propriété des corps les plus durs, et l'irritabilité des corps les plus souples.

« Le polype est si irritable, que la lumière l'affecte sensiblement quoiqu'il n'ait point d'yeux. Les animaux gélatineux, et bien éloignés de toute élasticité, le sont beaucoup. M. Whytl ajoute que le mouvement du cœur cesse spontanément et recommence de même, ce qu'on n'observe dans aucune fibre élastique, et qu'en piquant de l'acier avec une aiguille on y produit aucune irritation. Guillaume Ballie fait observer que l'irritabilité est plus petite dans les vieux sujets que dans les jeunes, quoique les fibres des vieillards soient plus élastiques que celles des enfants.

« Les fibres musculaires étant composées d'éléments terrestres, et d'une mucosité gélatineuse, on peut demander dans laquelle de ces deux parties l'irritabilité réside : il paraît que c'est dans la partie gélatineuse parce qu'elle tend à se raccourcir quand on l'étend, au lieu que la terre qui est le plus sec de tous les corps, ne change jamais de figure par elle-même, et qu'étant extrêmement friable, quand ses parties sont une fois séparées elles restent constamment dans cet état. Cette idée est fortifiée parce que les enfants , chez qui la gélatinosité domine, sont beaucoup plus irritables que les adultes : la vivacité de leur pouls qui fait cent quarante vibrations *par minute, pendant que celui des vieillards ne fait que soixante et soixante-cinq, le prouve évidemment. Une autre preuve encore : c'est que les parties les plus solides et les plus terrestres de noire corps, les os, les dents, les cartilages, n'ont aucune irritabilité, et qu'on la fait perdre aux parties les plus irritables, eu les privant de leur mucus par le dessèchement.

« Il resterait à rechercher comment ce gluten, formé d'une lymphe insensible, peut devenir irritable. M. Whytt et les autres Slahliens prétendent -qu'il acquiert cette propriété, en recevant des parcelles de l'âme qui, étant sensibles au tact, contractent et retirent la fibre pour l'éviter.

« Quelque simple que soit cette théorie, et quelque comuiodili' qu'elle offre en nous débarrassant de bien des difficultés , elle ne peut [las quadrer avec les faits : premièrement, l'irritahililc des parties diffère totalement de la sensibilité, et les plus irritables sont celles qui ne sont point soumises à l'empire do l'âme, ce qui devrait être tout aulremcnl, si elle était le principe de l'irritabilité; en second lieu, l'irritabilité subsiste après la mort : dfs parties séparées du corps et entièrement insensibles, sont encon'

irritables. Rien de plus commun que de voir battre le cœur d'une grenouille, et ses muscles rester irritables, après qu'on lui a coupé la tête et la moelle épinière. M. Whjtt se tire de cette difficulté avec beaucoup d'adresse, en disant que le temps de la mort est très-incertain, et que souvent un animal a encore de la vie quoiqu'on ne lui en croie plus depuis longtemps; il le prouve par l'exemple des noyés, et des personnes qui tombent en syncope. Mais il suffit de la certitude où nous sommes que le siège de l'âme est dans la tête, et qu'elle n'a plus aucune communication avec les parties du corps quand les nerfs en sont détruits; cette remarque doit donc convaincre, puisque l'irritabilité subsiste après la destruction des nerfs, qu'elle ne dépend point de l'âme. Gela est si évident, qu'il est inutile d'ajouter que l'irritabilité s'exerce sans que l'âme sente et qu'elle n'est point soumise à sa volonté; l'exemple du cœur prouve ces deux vérités; pour en éviter les conséquences, les Animistes sont obligés de reconnaître un sentiment insensible, et des actes de volonté involontaires, c'est-à-dire, d'admettre des propositions contradictoires. »

« Qu'est-ce donc qui empêcbe d'admettre l'irritabilité pour une propriété du gluten animal, tout comme on reconnaît l'attraction et la gravité pour propriétés de la matière en général , sans pouvoir en déterminer les causes? Les expériences nous ont appris l'existence de cette propriété, elle a une cause physique sans doute, qui dépend de l'arrangement des dernières parties, mais que nous ne pouvons pas connaître, parce qu'il ne peut pas être saisi par les expériences aussi grossières, que celles auxquelles nous sommes bornés (1). »

Voilà toute la doctrine de l'irritabilité de Haller. Elle a donné lieu à bien des objections qu'avec une entière bonne foi ce grand physiologiste a reproduites impartialement dans son livre pour y répondre par de nouveaux arguments, et il termine par l'exposé de toutes ses expériences inutiles à reproduire ici.

Dans cet ensemble, relatif à un point de physiologie générale de la plus haute importance, il y a dus lacunes considérables qui donnent prise à une sérieuse critique. Ainsi, beaucoup de parties, notamment les tendons considérés par Haller comme étant insensibles, sont très-douloureux dans l'état d'inflammation (Meckel) et bien des organes vivants non-musculaires regardés par lui comme non-irritables, c'est-à-dire non-contractiles, ont au contraire une contractilité trèsréelle.

(1) Haller, page 77.

niSTOIRE DE LA MÉDECINE

Malgré ces objections, mille fois reproduites, la doctrine de l'irritabilité hailérienne eut un immense succès. Elle fut adoptée par presque tous les physiologistes. Il y eut bien quelques opposants qui contestèrent la théorie de Haller sur la cause de cette irritabilité attribuée à la gélatine animale, qui crurent à un reste d'inHuence du système nerveux dans la production du phénomène ou qui discutèrent sousle nombre des parties irritableset sensibles, entre autres Œder; Castell; Rob, Whylt; Krause; Lecat; de Haen; Bianchi; Lorry, etc. Mais le courant de l'opinion resta favorable aux expériences de Haller. En effet, il y a une irritabilité de la fibre musculaire qui paraît distincte du système nerveux puisque, celui-ci étant coupé, l'irritabilité musculaire persiste pendant plus ou moins longtemps.

Dans cette mesure, ce n'était qu'un fait intéressant de physiologie mais qui restait sans conséquences médicales. Il fallut qu'un émule, contemporain de Haller, et quelques-uns de ses disciples y ajdutassent quelque chose pour transformer la question.

Ainsi, en réhabilitant la théorie de Glisson et de Gorter et en rétablissant l'irritabilité comme une propriété de la fibre en général, c'est-à-dire comme une propriété des tissus vivants musculaires ou autres appartenant aux animaux, aux végétaux, aux infusoires, Frédéric Winler donna au fait une grande importance — alors ce ne fut plus seulement une irritabilité musculaire, mais une irritabi- • lité de toutes les fibres élémentaires existant au sein des tissus et leur donnant une force plus ou moins considérable, accrue ou diminuée selon les circonstances. — Par cette modification, on faisait de l'irritabilité un attribut de la vie , et c'est dans ce sens que la découverte a eu la plus grande importance en physiologie générale et en pathologie médicale. (E. Bouchut, des Athnbuts de la Vie.)

Il en fut de même des travaux de Georges Zimmermann (Dissertatio de irritabilitate , 4751) confirmés par Werschair, Pierre Fabre, Louis Hoffmann, Kramp, etc. Ce physiologiste fil rentrer dans les parties irritables des organes tels que les artères, les veines, les capillaires, le canal Ihoracique, que Haller avait laissés en dehors de son irritabilité, et il prépara ainsi des applications doctrinales que ne permettait pas la doctrine de Haller. — Ainsi Werschuir en lira une théorie des fièvres (1) produites par le resserrement spas modique des artères cutanées suivi d'un excès d'irritabilité du cœur et des gros vaisseaux produisant l'alternative du froid et de la clia-

(l) Dissert, inauguralis de a) ieriarium et venarum vi irrUabili ejusque in vania cxcessu, et indè ot iunda sanguinis directione ahnormi. 1766.

leur ; — Pierre Fabre y trouva une explication de l'inflammation causée par le flux et le reflux du sang dans les capillaires.

Jean-Louis Gauthier, qui n'admet aussi que l'irritabilité générale inhérente à toutes les parties, montre que la confractilité n'est qu'une manifestation de la faculté irritable des tissus et comme Werschuir admet la théorie de la fièvre et des inflammations.

Toute la médecine reflétait donc plus ou moins la nouvelle doctrine physiologique; chez les uns comme Tissot, c'était au point de vue de l'irritabilité hallérienne, chez les autres au contraire c'était dans le sens plus large de l'irritabilité générale. Quelques-uns même admettaient dans cette irritabilité des parties séparées du corps un reste d'influence du système nerveux attribué à des petits nerfs laissés dans le tissu. C'est alors que se constituèrent la doctrine du spasme et de l'atonie de Cullen, qui n'est qu'un mélange de nervosisme et d'irritabilité ; la théorie de Brown sur l'irritabilité ou Broiuyiisme ; la théorie de Bichat sur la contractibilité organique insensible et sensible; et la doctrine de Broussais sur l'irritation , théories et doctrines dont on trouvera l'exposé dans le chapitre consacré à l'étude du Méthodisme.

De nos jours, reparaît encore sous une forme nouvelle, plus restreinte et bornée au système capillaire sanguin, cette théorie de l'irritabilité dans la théorie du Sensitisme vasculo-moteur.

En effet, depuis les expériences de Pourfourdu Petit, de Cl. Bernard, de Schiff etde Brown Sequard sur le relâchement et sur le resserrement des capillaires produit par les lésions traumatiques et par les affections spontanées du grand sympathique, on admet une nouvelle classe de névroses déterminées par cette double perturbation du système capillaire — cela s'appelle des névroses vaso-motrices par paralysie ou spasme des nerfs vaso-moteurs. — Ces dénominations sont nouvelles, j'en conviens, mais pour qui pénètre au fond des choses, il est évident qu'elles ne représentent que des nuances de l'irritabilité des organes vasculaires, que ce que l'on appelle paralysie ou contractilité vaso-motrice n'est qu'une diminution ou une augmentation d'irritabilité des capillaires et qu'il y a là une filiation d'idées facile à suivre. Sous des mots nouveaux justifiés d'ailleurs par des constatations nouvelles nous retrouvons des choses semblables. A côté de l'irritabilité générale de Glisson, principe large dans ses applications doctrinales, vient l'irritabilité musculaire hallérienne dont la portée est plus restreinte et l'irritabilité capillaire

ou vaso-motrice moderne constituant le Sensitisme vasculo-moteur.

ici, un organe ou un tissu se congestionne et s'échaufl'e en pro-

(luisant des troubles fonctionnels correspondants à la nature de la partie affectée, ou bien l'organe pâlit et devient anémique, ce qui entraîne d'autres symptômes tout aussi fâcheux. L'accident peut n'être que passager et former une névrose congeslive ou ischémique, mais ailleurs sous l'influence de la congestion prolongée se produisent des lésions de nutrition qui amènent la formalion de lésions organiques plus ou moins graves, ce qui explique le développement des maladies chroniques.

Dans celte théorie, l'irritabilité accrue ou amoindrie du système capillaire dépend entièrement de l'action du système nerveux, non pas des nerfs ordinaires comme dans la théorie modifiée de Haller, mais bien des cordons du grand sympathique, ce qui est très-différent. En effet l'expérience prouve que si l'on coupe le grand sympathique au cou, le côté correspondant de la face rougit et s'échauffe par suite de la paralysie des capillaires (Pourfour du Petit, Cl. Bernard] et il n'y a que ce système organique dont l'irritabilité soit détruite, car les muscles sont aussi irritables que d'habitude. — En revanche, si l'on irrite ou galvanise le nerf ainsi coupé on fait contracter les vaisseaux et pâlir le tissu. — Ce que l'expérience a produit, se vérifie en clinique par l'observation de névroses accompagnées d'hypérémie ou d'anémie extérieure qui permettent de supposer des troubles du même genre dans les centres nerveux et que l'on attribue également à des lésions du grand sympathique. Ainsi *sont nées les névroses congestives ou ischémiques du cerveau et de la moelle donnant lieu à l'épilepsie, à l'hystérie et à certaines paralysies plus ou moins étendues. — Ici, l'irritabilité restreinte au système capillaire sanguin est indirecte. Elle est en entier sons la dépendance de l'innervation vaso-motrice activée ou paralysée par le grand sympathique.

Que deviendra cette théorie? Il est difficile de le dire, mais si on ne veut la juger que d'après la qualité des expériences qui lui servent de base, on peut affirmer qu'elle offre les plus sérieuses garanties d'exactitude et de vérité. — Elle lient de près à la doctrine de l'irritabilité et, bien que ce soit une irritabilité indirecte, restreinte à un seul appareil organique , qui est le système capillaire, elle complète les recherches antérieures de Glisson et de Haller en établissant par des expériences concluantes la réalité de faits qui avaient échappé à ces deux physiologistes.

Si l'on rapproche cette étude de Virritabililé vaso-motrice ou sensilisme vasculo- moteur des autres découvertes de la seconde époque de la physiologie et de l'analomie, on verra qu'au xyii"^ et au xviii" siècles, ces sciences ont eu sur les doctrines médicales

ANATOMISME ET ÉCOLE ANATOM[QUE

une influence rénovatrice des plus considérables qui a préparé l'avènement des connaissances de l'époque actuelle.

D'abord ce fut la découverte de la circulation sanguine qui engendra l'iatro-mécanisme; — puis la découverte de la circulation du clujle et des lymphatiques qui révéla tout un mécanisme nouveau de la digestion et de l'absorption; — ensuite la découverte de la structure des glandes qui fit comprendre le mécanisme des sécrétions; — la découverte de \a. fermentation gastrique à laquelle se rattachent les phénomènes chimiques de la digestion et les altérations chimiques des humeurs, notions qui ont servi de base à la chimiâlrie; — la découverte des animalcules spermatiques et de leur rôle dans la fécondation ; — enlin, la découverte de l'irritabilité halllérien ne qui a été le point de départ d'un grand nombre de théories et de doctrines médicales parmi lesquelles se trouvent celle du spasme et de V atonie de Fr. Hoffmann et de Cullen ; celle de yincitdbilité de Brown, celle de Virritation de Broussais, et celle du sensitisme vasculo -moteur.

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