DÉCOUVERTF.S DE LA PHYSIOLOGIE CONTEMPORAINE
Sans amoindrir la physiologie du xvii* siècle qui par la découverte de la circulation du chyle et de la lymphe , par celle de la structure des glandes et des spermatozoaires a été la cause des plus
• grands progrès de la médecine dans l'époque moderne, on peut citer avec orgueil les découvertes de la physiologie contemporaine. Elles sont relatives à la respiration et à la chaleur animale ,• aux mouvements et bruits du cœur^ à la digestion, aux sécrétions, à la
fonction glycogénique du foie, aux fondions du système nerveux; aux appareils enregistreurs appliqués à l'élude des mouvemenls | du cœur et du pouls, elc.
DE l'hématose pulmonaire ET CAUSES DE LA CHALEUK ANIMALE — LAVOISIER.
La première de toutes ces découvertes au xix' siècle, celle qui est relative à la respiration , à Mxêmatose pulmonaire et à la chaleur animale, est essentiellement chimique. On la doit àLavoisieren 1785 et si elle a eu quelque importance en physiologie, elle en a eu bien davantage pour la chimie dont elle a renouvelé les bases. — Son apparition a été la ruine des théories de la respiration de Galien, de l'école iatro-mécanique de Borelli et de la théorie phlogistique de Stahl. — Elle a complété la découverte de Harvey en lui donnant un supplément de lumière et en faisant un magniûque ensemble de l'appareil circulatoire et pulmonaire. — Dans cette théorie de la respiration, l'air inspiré par les forces mécaniques des muscles inspirateurs pénètre dans les vésicules du poumon, agit sur le fluide veineux contenu dans les capillaires à travers leurs parois, lui donne une couleur rouge par cession d'une partie de son oxygène qui se combine au carbone du sang en produisant de la chaleur et reçoit en échange de l'acide carbonique qui est rejeté au-dehors. — C'est un acte de combustion lente opérée par endosmose du gaz oxygène * dans les vaisseaux, exosmose du gaz acide carbonique dans les bronches, changement de couleur du sang et production de chaleur. — Si l'on joint à ce fait, l'exhalation d'une petite quantité d'azote et de vapeur d'eau, le tout apprécié par des chiffres qu'il est inutile de reproduire ici, on peut se faire une idée générale de l'état actuel de nos connaissances sur la respiration, sur la conversion du sang veineux noir, en sang rouge artériel, et sur la production de la chaleur animale, qui n'est plus la chaleur innée de Galien, mais un simple phénomène chimique. Disons toutefois que l'on ne considère plus aujourd'hui la chaleur animale comme entièrement formée par l'acte respiratoire et que, d'après Regnault, il semble résulter qu'elle s'engendre par tout le corps sous l'influence de toutes les combinaisons chimiques qui s'y accomplissent.
A cette théorie de larespiralion, de l'hématose et de la calorification se rattache une grande découverte médicale, qui est la théorie deV asphyxie par Goodwin, par Legallois en 1787 et par Bichat, elc — En efl'et, dès que l'hématose est suspendue par défaut d'air respirable, quelle qu'en soit la cause, occlusion du larynx, paralysie du poumon ou des muscles respirateurs, air vicié, etc., le sang reste noir au lieu
ANATOMISME ET ECOLE ANATOMIQUE — CARDIOGRAPHIE 449
de devenir rougé, il se remplit d'acide carbonique et anesthésie tous les tissus (i) jusqu'à produire rapidement la mort du sujet. Du mécanisme de la respiration, bien entendu et convenablement , apprécié, est aussi résultée la découverte de l'Auscultation, moyen physique d'exploration des poumons et du cœur, mais il en sera question ailleurs. (Voir Organoscopie.)
Physiologie du cœur.
La circulation sanguine, anatomiquement déterminée par Harvey, mathématiquement étudiée par Borelli et par l'école iatro-mécanique, ; a été en ce siècle l'objet d'études de perfectionnement sur le calcul de 1 la force du cœur, sur la vitesse du sang et sur la composition chimique (de ce liquide. De plus, elle a fourni l'occasion d'une grande découverte, celle des bruits cardiaques et vasculaires , qui n'est pas : moins importante pour la médecine que pour la physiologie.
Aux exagérations de calcul de Borelli, de Reill et de Haies sur I la force du cœur, il a fallu substituer l'appréciation plus exacte faite en 1860 par Poiseuille, au moyen d'un manomètre, et ensuite par JMagendie et Bernard. On a de même élucidé toutes les questions [relatives à la vitesse du sang, et à la tension artérielle par l'intro- Lduction des appareils enregistreurs pour l'étude des mouvements i du cœur et du pouls, ou même pour celle de la vitesse de la volonté, ce qui est un immense progrès (2). J'en reparlerai plus loin.
Pour ce qui concerne la composition du sang et l'hématologie pathologique, préparée par Schencke, Prévost et Dumas, Lecanu, et perfectionnée de nos jours par Andral et Gavarret, Becquerel et Rodier, j'en ai indiqué les résultats à l'occasion de l'Humorisme et tje n'y reviendrai pas.
C'est surtout la découverte du mécanisme des bruits du cœur et leur analyse étiologique qui est la découverte importante de la physiologie de la circulation au xix* siècle. A Laennec, en]1819, l'honneur d'avoir commencé ces études, mais à Rouanet, en 1832, celui i'en avoir ifaitcoryiaître la véritable cause. En effet, Laennec atlriouait le premier bruit à la contraction sonore des ventricules et le Mecond à la contraction des oreillettes, tandis que pour Rouanet
/ol^; I^ouohut. Recherches turV anesthésie dans le croup. Paris 1858 W Marey, De la circulation, Paris, 18G4; et du Mouvement dam les fonctions i« la vie, Pans, 1868.
UOICHUT.
ces bruits dépendent surtout du redressement des valvules, ce qui est généralement adopté. (Voir Organoscopie.)
A ces découvertes se rattachent pour la médecine : 1" le retour heureux à un Humorisme chimique, basé sur l'expérience et qui vint remplacer le Solidisme trop systématiquement adopté au commencement du siècle (Voir Humorisme) ; 2° la découverte de certaines altérations de composition du sang dans les maladies, et le retour de l'iatro -chimie; 3° la découverte par Bennett et^Yirchow au moyen du microscope d'une nouvelle maladie due à la prédominance des globules blancs du sang ou leucocythémie ; enûn A° la découverte des bruits anormaux du cœur et des artères, corrélative de l'étude des bruits normaux, ce qui a permis de donner au diagnostic des maladies cardiaques et des anévrysnies artériels une certitude inconnue jusque-là. et qui sera toujours l'honneur de la médecine française.
1" DE LA CARDIOGRAPHIE, — DE LA SPHYGMOGRAPHIK
Ce qu'on savait des mouvements du cœur et du pouls serait encore obscur pour beaucoup de médecins, si en Allemagne, de 1850 à 1857, l'introduction des appareils enregistreurs en physiologie par Ludwig, Helmholtz et Vierordt n'était venue permettre de transcrire, au moyen de ces appareils de précision, la vitesse du courant ner- •veux, la forme de la contraction musculaire, les modifications du pouls et des contractions cardiaques , c'est-à-dire la tension des artères et du cœur lui-même. La France n'est entrée dans celle voie féconde qu'un peu plus tard.
Ainsi MM. Faivre et Chauveau, en 1862, sur un cheval abattu par section du bulbe rachidien et chez lequel on entretenait la respiration artificielle, après avoir constaté la succession des phénomènes de contraction auriculaire aphone, de contraction ventriculaire avec premier bruit sourd, de dilatation des ventricules avec second bruit an commencement, ont pu avec M. Marey, en 1863, faire écrire le tracé de ces mouvements avec un appareil enregistreur ou cardiographe. — Du même coup, 1 instrument écrivait le tracé des contractions successives de l'oreillette, au-dessous et en même temps, celui des contractions du ventricule, et enfin, au-dessous encore, le tracé des chocs du cœur contre la paroi Ihoracique.
D'une autre part, Vierordt, qui a imaginé un instrument analogue, appelé sphygmographe, pour les artères, a essayé de prendre le tracé du pouls normal et pathologique de façon à ce qu'on puisse suivre les maladies des vaisseaux d'une façon rigoureuse et précise. L'ins-
trument était peu commode et a été abandonné. Il est remplacé chez nous par le sphygmographe de M. Marey qui a montré qu'on pouvait écrire les tracés du pouls dans l'état normal, dans les rétrécissements et dans les insuffisances des orifices du cœur, dans les anévrysmes, dans les fièvres, etc., de manière à déterminer le degré de tension des artères et d'apprécier leurs maladies.
M. Marey s'est trompé peut-être dans les explications qu'il a données sur la tension artérielle, car il la place en dehors des contractions primitives plus ou moins fortes du cœur. C'est une erreur, ainsi que j'ai essayé de l'établir dans mon Traité de Pathologie générale (2^ édition, page 1081 et 1090), mais, en laissant les explications de côté, les faits de sphymographie sont incontestables. — En donnant ainsi le moyen d'avoir les tracés du pouls dans les incrustations calcaires des artères, dans les anévrysmes, dans les maladies des orifices du cœur et dans les fièvres, ce physiologiste a rendu un véritable service à la science et la clinique profitera longtemps de ses recherches.