DÉTERMINATION DU RHYTHME ET DB LA CAUSE DES BRUITS DU CŒUR
ROUANKT, CHAUVEÂU
La découverte de l'Auscultation parLaennec, qui permit de constater, mieux que ne l'avaient fait Harvey et Haller, la succession des mouvements et des bruits du cœur, ouvrit à la physiologie un nouveau champ d'observations dans lequel il y eut beaucoup à faire Laennec montra en 1819 (1) que les mouvements avaient lieu par couples formés d'un bruit sourd coïncidant avec le choc des parois thoraciques et d'un bruit clair suivi. d'un moment de repos, mais il se trompa en attribuant la cause des bruits aux contractions alternatives des diverses parties de l'organe. — Rouanet en 1832 établit, ce qui est à présent consacré par de nombreuses expériences, et surtout par celles de Chauveau en 1862, que les bruits du cœur étaient dus le pr'emier au redressement des valvules milrales et tricuspides coïncidant avec le choc des ventricules sur les côtes et le second à la tension des valvules sigmoïdes de l'aorte et de l'artère pulmonaire d où le norn de claquement valvulaire donné à ces bruits dans 1 état normal. Tout ce qui a été dit depuis lors n'a fait que confirmer cette ingénieuse explication, et sur elle repose toute la séméiotique des maladies du cœur pour le diagnostic des rétrécissements et des insuffisances valvulaires, lorsque ces claquements valvulaires ont
(I) Laennec, Traité d'auscultation, 2 vol. in-8. Première édition. Paris, 1819.
disparu et sont remplacés par des bruits anormaux. Je n'ai pas à indiquer ici ces bruits, pas plus que leur siège ou leur rapport avec le premier ou le second bruit, c'est une affaire de diagnostic ; on trouvera (V. Organoscopie) dans tous les livres de pathologie et je ne voulais que mentionner la découverte physiologique de la cause de ces bruits, ce qui a été pour la médecine une cause de progrès considérable.
Découvertes relatives à la digestion.
La digestion telle qu'on la comprend aujourd'hui rappelle singulièrement la manière dont on l'expliquait au temps de Sylvius. Les termes du langage sont différents, mais la pensée est la même. Ce n'est plus la fermentation sylvienne, ni la trituration de l'école iatromécanique, mais c'est un mécanisme analogue justifié par une infinité de découvertes chimiques extrêmement importantes.
Ainsi, d'après Tiédemann et Gmelin, dans la bouche, avant d'arriver à l'estomac, les aliments broyés sont dilués par la salive pour faciliter la déglutition, alcalisés par elle, et d'après Mialhe leurs parties féculentes saccharifiées par la diastase salivaire.
Une fois dans l'estomac, ils y sont soumis à uue température de 39 degrés centigrades , triturés par les contractions de l'organe, imbibés de suc gastrique acide, qui les désagrège, surtout la fibrine, • (Tiédemann et Gmelin] ; et associés à un ferment appelé pepsine qui achève de les convertir en albuminose assimilable (Mialhe).
Sortis progressivement de l'estomac par le pylore qui les conduit dans l'intestin, les aliments ainsi préparés en chyme se mêlent à la bile qui empêche leur putréfaction (Cl. Bernard), au suc pancréatique qui saccharifie les matières féculentes, dissout les matières grasses (Cl. Bernard), désagrège la fibrine (Corvisart), et au suc intestinal. Il en résulte un chyle blanchâtre qui est absorbé parles chylifères et un détritus qui abandonne peu à peu ses matières assimilables et ses gaz pour former un résidu excrémentiliel rejeté par la défécation. Tout ce travail est aidé par les mouvements de l'intestin et des muscles du ventre, de sorte que, d'un bout à l'autre de l'intestin, la digestion n'est qu'une série de phénomènes mécaniques et chimiques très-compliqués qui sont connus d'une façon plus précise qu'au temps de Sylvius et de Boerhaave, mais qui n'en rappellent pas moins, à la perfection près, les théories chimiâtriques du passé.
A cette étude si complète et si minutieuse des phénomènes mécanico-chimiques de la digestion, faite par une foule de physiologistes
exercés aux pratiques de la chimie, se rattachent les théories médicales de la dyspepsie qui n'a jamais été mieux traitée qu'à notre époque. — Par elle, on a mieux compris ce qu'est la dyspepsie acide qui exige l'usage des alcalis ; — la dyspepsie flatulente à laquelle on oppose les poudres absorbantes ; — la dyspepsie féculente contre laquelle on emploie la diastase; — la dyspepsie albuminoïde qui exige l'administration de la pepsine ; — la dyspepsie graisseuse par le suc du pancréas ou pancréatmc, etc. — De pareilles découvertes en physiologie ne pouvaient rester sans application en médecine et, sans savoir ce que les âges futurs penseront de notre chimiâtrie, il est certain qu'elle n'est qu'une déduction rigoureuse des phénomènes chimiques nouvellement connus de la digestion.