‹ Histoire de la medecine et des doctrines medicalesChapitre 97 sur 125 · CHIRURGIE DB PAUL D'ÉGINB · texte numérisé non relu

CHIRURGIE DB PAUL D'ÉGINB

Un siècle plus lard, vers 640, nous trouvons le dernier représentant un peu célèbre de la chirurgie grecque, un compilateur utile qui nous a laissé un extrait des anciens ouvrages de médecine fait d'après Galien, Oribaze et Aétius. — C'est Paul d'Egine ou Paul Eginète, élève de l'école d'Alexandrie. — Son livre est Irès-estimé, et il forme avec ceux d'Hippocrate, d'Arétée et de Galien, la collection des quatre classiques grecs. Il nous peint assez bien l'état de la médecine et de la chirurgie au vii^ siècle. — C'est le dernier manifeste de la science, avant la destruction de l'empire d'Occident par les Arabes qui s'emparèrent d'Alexandrie en 641, mais il aura eu l'avantage de servir à l'éducation des vainqueurs qui s'en servirent pour faire leur éducation chirurgicale. Dans ce naufrage, tout périt et ce n'est que vers la fin du siècle à la suite de Rhazès, d'Avicenne, d'Albucasis, de Roger, de Roland, de Bruno, de Salicet, de Lanfranc, de Guy de Chauliac et de quelques autres, que reparut la chirurgie.

On y trouve un abrégé de toute la médecine fait avec beaucoup d'emprunts à Oribase et à Aétius. — Il renferme sept livres et le sixième entièrement consacré à la chirurgie est l'ouvrage le plus parfait qui ail été écrit avant le renouvellement des sciences. On peut en juger par la récente traduction que nous en a donné M. Briau (1).

Bien que j'aie déjà parlé de Paul d'Egine à l'occasion du naturisme auquel il appartient par le côté médical de ses œuvres, je vais y revenir un' instant pour le faire connaître sous l'autre face

(I) Chirurgie de P. d'Egine. Paris, un vol. in-8<>.

par laquelle il se présente à l'histoire. La chirurgie de l'aul d'Egine est plus complète et plus avancée sur beaucoup de points, que celle de Celse et de Galien. Mais cette époque n'était pas celle des progrès, ni des découvertes. La société aux prises avec les éléments de destruction qui devaient en amener la ruine avait autre chose de mieux à faire que de s'occuper de l'avancement des sciences. — Les chirurgiens n'avaient d'autre but que la pratique, et, sous ce rapport, le livre de Paul leur servit de guide pendant plusieurs siècles jusqu'à ce que, sous la domination arabe, de nouvelles compilations soient venues répondre aux exigences du présent.

Sans devancer la marche des temps, voyons ce qu'il y a dans ce traité de chirurgie, qui n'est que le sixième livre de ce qui reste de Paul d'Egine. — Il est divisé en deux parties : l'une qui traite des maladies de la chair ; l'autre des maladies des os. C'est la marche suivie jusque-là par tous les auteurs qui ont écrit spécialement sur la chirurgie. Il parle d'abord :

De la cautérisation au fer rouge de la peau jusqu'à l'os sur le sommet du crâne, dans les ophthalmies, dans les dyspnées et dans l'éléphantiasis ;

De Vhydrocéphalie qui comprend à tort : les céphalémalomes guérissables par incision et l'hydrocéphalie intracrànienne qu'il xonseille de ne pas opérer;

De Yartériotomie auriculaire dans les ophthalmies chroniques et l'épilepsie ;

De V angiotomie ou section des vaisseaux et des veines de la tempe dans la migraine ;

De Vhypospathisme ou incision particulière de la peau du front dans certaines ophthalmies aiguës du péricyphisme, autre incision de la peau du front dans certaines ophthalmies chroniques ;

'De la suture de la paupière supérieure dans les renversements en dedans des cils de la paupière supérieure ;

Des maladies des yeux et des paupières où il reproduit toutes les pratiques de Celse (Seulement, il y a un chapitre consacré aux hydalides de la paupière, qu'il traite par incision et énucléalion, et je ferai remarquer que le mol hydalide n'ayant pas le sens qu'on lui donne aujourd'hui, s'applique aux kystes des paupières);

De y extraction des dents avec un davier, ce qui est un progrès sur les moyens barbares qu'on trouve décrits dans Celse;

Des polypes du nez. qu'il enlève par une espèce de raclage avec la spatule ou par la cautérisation si le mal est de mauvaise nature ou par le sciage avec une ficelle à nœuds passée des narines dans le pharynx et ramenée au dehors par la bouche ;

Du filet congénial et des adhérences accidentelles de la langue traités par excision ;

Des amygdales tuméfiées à l'état chronique, excisées au moyen d'un crocliet et de l'ankylotome ;

De Vexcision de la luette un peu trop longue et de l'extraction des épines du pharynx ;

De la trachéotomie, mais il se contente de transcrire les préceptes d'Antyllus trop curieux pour n'être pas reproduits ici. — On va voir que déjà on ne voulait faire de trachéotomie que dans les maladies du larynx exemptes de complication pulmonaire. Seulement, il est permis de se demander par quels moyens, à cette époque privée de l'auscultation, on reconnaissait les complications pulmonaires.

« Nous réprouvons l'opération dans les suffocations car l'incision est inutile lorsque toutes les bronches et le poumon sont malades. Mais dans les inflammations des parties situées au voisinage de la bouche et du menton, ou quand les amygdales bouchent l'ouverture de la bronche, si la trachée artère n'est pas malade, il est raisonnable de pratiquer la trachéotomie pour éviter le danger de l'asphyxie. — Lors donc que nous nous mettrons à l'œuvre, nous inciserons une portion de la trachée artère vers deux ou trois anneaux plus bas que le commencement de la bronche ; car il serait dangereux de la diviser tout entière. Cet endroit est avanlageux, parce qu'il n'y a pas de chair et parce que les vaisseaux sont loin du lieu que l'on coupe. Inclinant donc en arrière la tête du patient de manière à rendre la bronche plus apparente nous faisons une incision transversale en la conduisant entre deux de ces anneaux afin de ne pas couper les cartilages, mais bien la membrane qui les unit. Si un opérateur n'est pas sûr de lui qu'il divise la peau en la soulevant avec un crochet (1) ; puis étant arrivé sur la trachée artère, qu'il fasse l'incision en rangeant de côté les vaisseaux s'il s'en présente par hasard. » (Briau, p. 167, Chirurgie de Paul d'Egine.)Le sifflement de l'air entrant dans la bronche et l'aphonie indiquaient que la bronche était incisée.

Sauf l'incision longitudinale adoptée de nos jours, ce qui nécessite l'introduction d'une canule et ce qui est un inconvénient, on voit que la trachéotomie était chose usuelle au vu" siècle.

Paul d'Egine continue en exposant la thérapeutique des autres maladies chirurgicales :

Des abcès qu'il traite par des incisions de forme différente suivant les régions du corps;

(1) C'est ce qu'on fait aujourd'hui avec Vairignc ou le iénaculum.

Des strumes, ou adénites dans le langage actuel; des stéaiomes des athéromes et des mélicéris qu'il propose de traiter par l'extirpation ;

De Vanévrismevrai qu'il traite par ligature au-dessus et au-dessous de l'artère après l'avoir disséquée, — et de Vanévrisme faux par blessure artérielle contre lequel il propose le soulèvement de la tumeur avec la peau, le passage d'un double fil au-dessous qu'on lie ensuite par en haut et par en bas ; seulement il conseille de n'opérer qu'aux membres et à la tête en ne touchant pas aux anévrismes des aisselles des aines et du cou (c'est tout ce qu'il y a de plus insuffisant et de plus écourté) ;

De la bronchocèle et du ganglion, maladies mal déterminées et dont le traitement consiste dans l'extirpation ;

De hphléhotomie qui est décrite avec de très-minutieuses précautions, chose assez rare dans ce livre d'une concision très-grande ;

De Vempyème par cautérisation qui est fort mal décrit ; ° ^ Du cancer qu'on traite par les médicaments avant d'en arriver à l'extirpation (c'est encore un chapitre très-insuffisant et beaucoup trop concis);

De Vhydropisie du ventre et de la paracentèse abdominale ; Des blessures du péritoine et du prolapsus des intestins ou de l'épiploon, ainsi que de la manière de faire la gastorrhaphie d'après "Galien. — Ici, Paul discute plus longuement sur les moyens de faire rentrer l'intestin en le couvrant d'une éponge imbibée d'eau chaude, mais si cela ne réussitpas, il faut agrandir la plaie. — S'il y a de l'épiploon noirci, il faut le lier et couper ce qui est en dehors du fil. — Quant aux plaies de l'intestin, il déclare que les blessures du gros intestin guérissent facilement tandis que les autres sont plus difficiles et celles du jéjunum incurables.

Viennent ensuite différents chapitres sur les maladies de la verge, telles que le prépuce écourté ; — l'hypospadias ; — le phimosis ; — le prépuce adhérent; — la circoncision; — les végélalions de gland qu'il appelle thymes ; — le cathétérisme qui est assez mal décrit et que l'on opère avec un cathéter bouché à l'extrémité vésicale par un tampon de laine tenu à un fil sortant par l'autre bout; alors l'instrument étant dans la vessie le chirurgien tire le fil et son tampon pour faire écouler l'urine, — les injections vésicales avec une seringue auriculaire ayant la forme de notre seringue actuelle, et, si cela est impossible, avec une vessie de bœuf remplie d'eau.

Dans le cbapitre sur la taille, Paul reproduit le procédé deCelse mais avec une petite modification qui consiste à faire l'incision « non

pas sur le milieu du périnée, mais sur le côté près de la fesse ; gauche. » (Briau, p. 255.) Il parle aussitôt après :

De Vhydrocèley « collection d'humeurs inutiles dans une partie iqui forme le tissu des bourses » tantôt dans la membrane élytroïde, rarement dans une tunique propre formant épigénète que l'on traite : soit par incision de la peau jusqu'au sac, et par dissection de la poche suivie de son excision ; soit par la cautérisation au fer rouge combinée à l'incision ;

Du sarsocèle opéré par extirpation et du cirsocèle entraînant l'indsion du scrotum avec la ligature des vaisseaux au-dessus et audessous de leur dilatation, mais rarement l'ablation du testicule ;

De Ventérocèle ou glissement de l'intestin dans le scrotum causé i.)ar la rupture du péritoine ou par sa distension (ce dernier seul lievait être opéré. — On faisait une incision pour énucléer le testicule et, après ligature du cordon, on coupait au-delà pour enlever ■e qui restait du sac avec le testicule. — Tout cela est justement abandonné aujourd'hui) ;

Du huhonocèle ou glissement de l'intestin dans l'aine, qu'il traitait soit par incision de la peau avec ligature du sac sans enlever le esticule, soit par la cautérisation, double pratique qui est également abandonnée;

De Veunuchisme ou manière de faire les eunuques; — des hermahhrodites traités par l'excision des parties proéminentes ; — de la lymphotomie quand le clitoris est trop saillant et produit l'éroisme; — des végétations vulvaires traitées par l'abrasion; — des l ihcès de Vutérus ouverts au moyen du dioptre (1), espèce de spéulum à valves écartées par une vis; — de l'extraction du fœtus et (le l'embryotomie, entln de la rétention du délivre. — Tout cela est '■eproduit à peu près textuellement dans Albucasis, comme nous le '■errons plus loin.

Paul continue son exposé par la description de cautérisations miltiples de l'articulation de la hanche dans la coxalgie ;

Par le traitement des fistules en général et des fistules à l'anus a particulier qui est assez longuement exposé ; ^ Par le traitement des hêmorrhoïdes et des rhagades ou con- >lylomes et végétations de l'anus par la ligature, par l'excision ou »ar la cautérisation ;

Par la cirsotomie ou traitement des varices au moyen de l'incision lutanée et de la ligature des veines ;

Par le procédé à suivre dans les amputations qui est l'incision

(1) A cette époque on se servait déjà du spéculum.

des parties jusqu'à l'os, moins les vaisseaux, le sciage de l'os, la section du reste des parties molles et la cautérisation au fer rouge des vaisseaux divisés ; — par le traitement des maladies des ongles et surtout de l'ongle incarné ; — par l'exposé assez complet et détaillé des indications relatives à Vextraction des traits; enfin par une espèce de manuel relatif au traitement des fractures et des luxations où l'on retrouve presque sans différence toutes les méthodes et toutes les règles tracées par Hippocrate.

C'est la fin du livre. Comme on le voit, toute celte chirurgie est empirique et ne s'inspire guère de recherches anatomiques nouvelles. — Elle transmet aux générations suivantes les traditions antérieures sans chercher à les modifier d'une façon sérieuse. On ne se douterait guère qu'entre elle et la chirurgie de Celse, il y a cinq siècles de distance.

CHIRUBGIB ARàBE

La Chirurgie grecque perfectionnée à Alexandrie et à Rome par les acquisitions successives, et encore bien incomplètes, de l'anatomie humaine et de l'expérience, cessa de s'accroître à partir du vi° siècle. La destruction de l'empire romain d'Occident, miné par ^ la tyrannie sans frein de ses empereurs, par le militarisme, par < l'intrigue et la corruption, et démembré par l'invasion des Barbares du Nord, en fut la première cause. Plusieurs siècles de guerre suspendirent peu à peu le mouvement de l'esprit humain. Là où il n'y a plus de sécurité, ni de liberté, les sciences, les lettres et les arts ne sauraient s'établir.

Il ne restait plus que l'Empire romain d'Occident, gouverné par les Empereurs grecs de Constantinople.

Peu après devait s'éteindre un autre foyer de lumière sous l'invasion partie de l'Orient en G22. Les Arabes, qui apportaient avec Mahomet une religion nouvelle, s'emparèrent de la Judée, de la Syrie et de l'Égypte, ils subjuguèrent le nord de l'Afrique et tout le midi de l'Espagne, semant partout la dévastation sur leur passage. — Sous le règne d'Omar second, successeur de Mabonicl, en 042, ils s'emparèrent d'Alexandrie, par ordre de leur général, Amrou ; ils livrèrent aux flammes cette superbe bibliothèque des Ptolémées où se trouvaient amassés depuis plusieurs siècles tous les trésors de l'esprit humain. D'après l'historien Abulpharage six ou sept cent mille volumes furent ainsi brûlés et servirent à chaufferies bains de la ville pendant plus de six mois. Omar consulté avait répondu : « Ou ces livres s'accordent avec ce qui est écrit dans l'Ai-

âNATOMISME et école ANATOMIQUE — DE LA CHIRURGIE 491

coranou ils en diffèrent; s'ils s'y accordent, ils sont inutiles; s'ils ne s'y accordent pas, il faut les détruire. » Sauf six cents volumes où

■ se trouvèrent des livres de médecine d'Hippocrate, d'Aristole, de Galien et de Dioscoride, considérés comme utiles, tout fut détruit,

■et la nuit de l'ignorance se fit pendant plusieurs siècles sur le monde. Une fois enrichis par les victoires et par leurs conquêtes, les

^Arabes attirèrent à eux les débris des lettres, des sciences et des

iarts. Leurs Califes se firent les protecteurs des savants, et donnant l'exemple d'une tolérance religieuse peu commune, ils reçurent

lavec empressement, sans distinction de croyance et de pays, tous ceux qu'un mérite réel signalait à leur attention. Les ouvrages de médecine grecque sauvés des flammes qui dévo-

rrèrent la bibliothèque d'Alexandrie furent traduits en syriaque, du

^syriaque en latin et du latin en arabe, ce qui explique les nombreuses altérations du texte primitif.

C'est par ces traductions, et par les médecins romains chassés de

•leur pays par la décadence des institutions, que s'est créée la médecine arabe, qui sert de pont entre la médecine greco-romaine

'et la médecine du moyen-âge.

Bien qu'il existât chez les Arabes une école de médecine à Nibur, fondée par Sapor en 272, et où quelques médecins grecs avaient

lapporté les doctrines d'Hippocrate, la science médicale était encore peu avancée dans ces pays. Il fallut les événements terribles dont je viens de parler pour y transplanter les connaissances de l'Egypte et de l'Italie, et pour acclimater les merveilles de la civilisation grecque. D'autre part, les Califes encourageaient les sciences et surtout la médecine par des récompenses considérables; ils créaient des écoles

■et faisaient prendre copie des meilleurs livres de Constantinople

laprès avoir obtenu l'autorisation de l'empereur, puis ils les faisaient traduire par des interprètes juifs ou grecs chrétiens. Aristote et Galien furent ainsi traduits, et commentés ou altérés par les tra-

;ducleurs, de façon à n'être parfois plus reconnaissables.

Du vue au x« siècle, à la suite des invasions de l'empire romain

'd'Occident, de la Palestine et de l'Egypte par les Arabes, la chirurgie eut le sort commun des sciences et des lettres. Elle vécut sur son passé et n'eut d'autres représentants que ceux de l'empirisme et de l'ignorance de ces temps barbares. Il en fut de même en Orient, mais là au moins la civilisation fil un violent efl"ort pour ramener la chirurgie et la médecine au point de splendeur où elles étaient précédemment.

Des représentants de la médecine arabe dans tous les pays soumis à la dominalion musulmane, Sérapion; Mesué; llali-Abbas ;

"^92 niSTOIRE DE LA MÉDECINE

Avicenne; à Médine; Rhazès, qui vint de Bagdad à Cordoue; Avenzoar également à Cordoue; Averroès , Albucasis , sont les plus célèbres, mais c'est ce dernier, au xii* siècle, qui parmi eux représente spécialement la chirurgie. Son ouvrage est arrivé jusqu'à nous, et il a servi de guide, ainsi que les livres de Gelse et de Paul Eginète, à ceux qui ont entrepris la restauration de la science. Nous en avons une traduction française toute récente, par Lucien Leclerc, qui permet d'apprécier exactement ce que l'on faisait à cette époque.

CHIRURGIE D'aLBUCASIS

L'ouvrage d' Albucasis se compose de trois livres consacrés : l'un à la cautérisation, par le feu et par les caustiques; — l'autre aux incisions, aux ponctions, à la saignée et aux abcès en général ; — le troisième à la réduction, c'est-à-dire au traitement des fractures et des luxations. C'est la reproduction légèrement modifiée de Paul d'Egine,et, sous une forme magistrale qui révèle une véritable expérience personnelle, on retrouve l'ensemble des principes de la chirurgie gréco-romaine.lC'est d'abord une importance exagérée des caustiques; une réserve très-grande relative à l'emploi de l'instrument tranchant, ce qui s'explique par l'absence d'études anatomiques sérieuses, et le même ordre d'idées relatif au traitement des luxations et fractures.

Dans son introduction, Albucasis annonce que la chirurgie est en décadence, et qu'elle n'est connue que par la transcription erronée des ouvrages anciens qui sont devenus inintelligibles. Puis il montre à quelles conditions il faut, obéir pour la pratiquer convenablement. — On ne parlerait pas autrement de nos jours.

« La cause pour laquelle on ne trouve pas aujourd'hui d'habilOi opérateur, la voici. L'art médical demande du temps ; celui qu^ veut l'exercer doit préalablement étudier l'anatomie, telle que l'a décrite Galien, afin de connaître le rôle des organes, leurs formes, leurs tempéraments, leurs rapports et leurs divisions; de connaître les os, les tendons et les muscles, leur nombre et leur trajet; les veines et les artères, ainsi que les régions qu'elles parcourent. A ce propos, Ilippocrale a dit : il y a beaucoup de médecins de nom, mais peu de fait, surtout en matière de chirurgie. »

« Nous commençons ce livre par quelques mots ayant trait à cette question, »

« Si l'on ignore les connaissances anatomiques dont nous avons

parlé, on tombera nécessairement dans l'erreur et on tuera les malades. J'en ai vu beaucoup qui se vantaient de posséder cet art et iqui n'avaient ni connaissance, ni expérience. J'ai vu un médecin .ignorant inciser sur une tumeur scrofuleuse au cou d'une femme, ouvrir les artères cervicales et entraîner une hémorrhagie telle que la femme tomba morte entre ses mains. J'ai vu un autre médecin 'entreprendre l'extraction d'un calcul, chez un homme très-âgé : le ■calcul était volumineux; il en opéra l'extraction et enleva une porliion de la substance vésicale, le malade mourut en trois jours. Moi-même, j'avais été appelé pour extraire ce calcul, mais son volume et l'état du malade m'avaient décidé à ne rien entreprendre, l'en ai vu un autre, attaché à la personne d'un chef du pays, et ii)ensionné en qualité de médecin, auquel on amena un jeune nègre, lUteint de fracture, avec plaie de la jambe au voisinage des malléoles. Dans son ignorance, il s'empressa d'appliquer un bandage rrès-serré sur la plaie, avec accompagnement de compresses et l'attelles, sans laisser d'issue à la plaie. 11 abandonna ainsi queljues jours le malade à lui-même, lui défendant d'enlever le baulage. Alors le pied et la jambe se tuméfièrent, et le malade fut en danger de mort. On m'appela; je m'empressai d'enlever l'appareil; l y eut du mieux et la douleur tomba. Cependant la corruption l'était emparée du membre, je ne pus la contenir; elle ne fit que p randir, et le malade mourut. J'ai vu encore un médecin ouvrir une umeur cancéreuse. La partie s'ulcéra au bout de quelques jours et aûection s'aggrava. En effet le cancer, qui est le produit spécial t e l'humeur atrabilaire, ne doit pas être attaqué par l'instrument ranchant, à moins qu'il ne soit fixé dans un organe d'où il soit I ossible de l'extraire radicalement.

« Vous saurez, mes enfants, que les opérations chirurgicales se iivisent en deux classes : les unes qui profilent au malade, et les lutres qui le tuent le plus souvent. Partout où il le faudra, je nomi dans ce livre les opérations où il y aura du danger et de la rainte; il faut alors être prudents et vous abstenir, pour ne pas ■onner aux ignorants un prétexte de propos malveillants. Gonduisezous avec réserve et précaution : ayez pour les malades de la dousur et de la persévérance ; suivez la bonne voie, celle qui conduit 1 bien et aux heureuses terminaisons. Abstenez-vous d'entrefendre des traitements périlleux et difficiles. Evitez ce qui pouriiil vous léser dans votre honneur ou dans vos biens : c'est le meilleur parti pour votre réputation et le plus conforme à vos inléits dans ce monde et dans l'autre. Galien a dit quelque part : Ne aitez pas de mauvaises maladies, sous peine de passer pour un

mauvais médecin (L. Leclerc, p. 7). Ceux qui praliquenl le plus lionnêtement la médecine ne parlent pas assez aujourd'hui. ^

Dans le livre consacré à la cautérisation, Albucasis débute par des considérations générales sur l'emploi de ce moyen relatif aux (empéraments et sur les avantages du feu qui ne dépasse pas l'organe cautérisé, enfin sur les caustiques qui agissent au-delà de l'organe cautérisé. C'est un chapitre excellent de thérapeutique générale.

Il conseille la cautérisation de la tête, quelquefois jusqu'à l'os dans la céphalalgie opiniâtre, dans les flux abondants de la têle, vers les régions de l'œil ! dans l'apoplexie et les paralysies, après l'emploi inefficace des médicaments internes ;

La cautérisation du pourtour de Voreille dans les douleurs de cet organe ;

La cautérisation de la tempe^ vis-à-vis la partie supérieure de l'oreille, dans le tic douloureux de la face ;

La cautérisation du milieu de la tête, de Vocciput et des bosses frontales dans l'épilepsie, dans la mélancolie, dans la cataracte, dans le larmoiement, dans la punaisie ; au-dessus des sourcils dans le relâchement des paupières ;

La cautérisation du sac lacrymal dans certains cas de fistule.

De même aussi dans certaines fissures des lèvres, dans les fistules de la bouche, dans l'odontalgie, dans les scrofules, il propose aussi la cautérisation.

Ce moyen lui semble également utile dans l'enrouement et la dyspnée, dans les maladies du poumon, et alors on cautérisait la fosse sussternale, le bas de la colonne cervicale et entre les deux mamelles.

Les maladies de l'estomac et du foie étaient aussi traitées de cette façon, principalement les abcès, mais là où se révèle la chirurgie prudente et sage, c'est lorsqu'il dit, après avoir engagé de ponctionner l'abcès hépatique avec le fer rouge : « Cette sorte de cautérisation ne devra être tentée que par un chirurgien expérimenté qui aura rencontré dans sa pratique plusieurs cas de ce genre ; dans de telles conditions il peut entreprendre d'opérer. Sinon, il vaut mieux, selon moi, s'abstenir. i

Il cautérisait aussi les parois de la poitrine dans la pleurésie, et ; s'il y avait du pus, avec un cautère styliformë rouge; il conseillait de ;(i pénétrer entre les côtes, au centre de la tumeur, pour évacuer le T liquide. — « Cette pratique est périlleuse, dit-il, le malade peut i l mourir à l'instant ou bien il se formera une fistule incurable. »

De môme aussi sur l'hypochondre gauche, dans les maladies de la ; rate; — autour du nombril dans l'hydropisie ascile et dans le fl"^ i du ventre; — sur les pieds et sur les jambes dans l'aiiasarque; — '

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