DES ANCIENS MÉTHODIQUES. — CŒLIUS AURELIANUS
remède s précédents et qui sera déchargé de la vieille chair dans laquelle le mal avait son siège , en reprenne une nouvelle ou reprenne, la chair naturelle. Si la maladie s’opiniâtre nonobstant tout ce qui a été fait, il faut revenir 2 ou 3 fois à l’ellébore, reprenant entre deux des forces pour supporter ce remède. On se servira aussi des eaux minérales et des étuves sèches , et l’on entreprendra quelque longue navigation sur mer, les navigations qui se font sur les fleuves, dans les étangs ou dans les ports, n’étant pas propres, parce que ces eaux remplissent la tête d’une vapeur qui s’élève de la terre ; au lieu que les vapeurs de l’eau marine ouvrent insensiblement le corps et le dessèchent par leur salure, en sorte qu’il y arrive un grand changement. Il faut encore chercher des lieux où régnent des vents doux, ou des vents contraires à ceux qui ont accoutumée d’augmenter le mal de tête; et surtout avoir l’esprit libre, et ne s’occuper que des choses qui divertissent, particulièrement après le repas, parce qu’il n’y a rien qui remplisse la tête, comme la méditation ou le grand attachement de l’esprit sur quelque sujet (1). »'
S’il a jamais existé une méthode diététique rigoureuse, c’est bien la règle circulaire de traitement adoptée par les Méthodistes pour la métasyncrise ou la récorporation. — En effet, cette pénible hygiène devait avoir la plus grande influence sur l’organisation et on ne comprend pas qu’il y ait eu de malades assez dociles pour s’y soumettre aveuglément. — Toutefois sans rien préjuger des succès de cette thérapeutique et en ne la considérant qu’au point de vue expérimental, ce que nous savons de la méthode moderne d’entraînement des Jockeys de Course permet de conclure par analogie et de croire que la métasyncrise devait être dans quelques circonstances très-utile aux malades. —.En présence d’une pareille méthode de traitement, on comprend mieux que par un long discours la différence qui sépare les méthodistes des naturistes se déclarant les ministres de la nature croyant à ses efforts curatifs' aux sympathies, aux crises et à l’efficacité de la révulsion. — Cela explique bien la critique ardente que cette école faisait des doctrines d’Hippocrate en disant quelles n’étaient qu'une méditation sur la mort. — A côté de la thérapeutique des méthodistes, celle des naturistes pouvait en effet passer pour de l’inaction, mais entre l’une et l’autre il n’y a définitivement pas à hésiter, et l’histoire a jugé le procès en laissant le Méthodisme dans l’oubli.
(I) Daniel Leclerc. Rishire de la médecine, page 430.
SECTION III Du méthodisme moderne.
Le Méthodisme ancien, tel qu’il a été inauguré par Asclépiades et son disciple Thémison, accordant toute activité aux solides du corps et supprimant l’être moral, ne paraît pas s’être soutenu longtemps dans l’opinion des médecins. — Écrasé par la critique de Galien, devenu l’autorité médicale de son époque et des siècles suivants, il ne survécut guère à Cœlius Aurelianus, qui fut un de ses plus célèbres représentants. S’il eut encore quelques disciples, ce fut dans l’ombre et aucun d’eux ne releva le drapeau de la doctrine de façon à l’opposer au galénisme officiel, qui était un mélange intelligent du Naturisme et de l’Humorisme.
Pendant quatorze siècles, il ne fut plus question du Méthodisme, mais tant de choses reparaissent sous de nouvelles formes et sous de nouveaux noms, qu’il n'y a pas lieu d’être surpris de voir revivre les j idées de cette doctrine d’abord assez timidement dans les ouvrages de j Prosper Alpin, né en 1553 à Marostica, dans la Vénétie, mort en 1616, professeur de botanique à l’Université de Padoue. On lui doit différents ouvrages sur la médecine des Egyptiens, et sur les plantes i d’Egypte ; des prédictions sur la vie et la mort des malades et sur la médecine méthodique, qu’il pratiquait avec un mélange de galénisme et d’arabisme.
La manifestation fut un peu plus complète dans les théories de la tension et du relâchement des fibres de Baglivi ; — de l'obstruction vasculaire de Boerrhaave; — du spasme et de V atonie de Fr. Hoffman et de Cullen; — de Y excitabilité et de l’incitabilité de Cullen;
— des maladies Sthéniques et Asthéniques de Brown; — de X irritation de Broussais — et de l’irritabilité fonctionnelle , sécrétoire ou nutritive de Virchow. — Sous toutes ces formes, c’est encore le Solidisme qui essaie de détruire l’harmonie qui résulte de l’ensemble des éléments de la nature humaine pour y substituer l’arbitraire d’un seul d’entre eux, comme si l’étude d’un élément pouvait être isolée des autres.
Pas plus que l’Humorisme, ou que toute autre doctrine ne considérant qu’un des éléments de l’organisation, le Solidisme et le Méthodisme ne rendent compte de toutes les particularités de la vie humaine ni des maladies qui l’affligent. — Naturisme, Pneumatisme, Animisme, , Vitalisme, Organicisme, Gellularisme, etc., aucun de ces systèmes ne résiste à la critique d’un observateur instruit, et s’ils renferment
DU MÉTHODISME MODERNE. — FR. HOFFMANN 157 une part de vérité, leur absolutisme les rend dangereux pour lascience et ne peut conduire qu’à l’erreur. Quelle différence avec l’hippocratisme ou avec le galénisme qui ne sont que la réunion de ces différents systèmes, c’est-à dire qui ne sont que la doctrine personnelle et grandiose d’hommes n’ayant rien méconnu de ce qui constitue l’organisation humaine et qui, dans leur médecine, tenaient compte de la force naturelle ou nature qui dirige la matière, des solides en mouvement et des humeurs qui les lubréfient.
Quoi qu’il en soit, dans ce Méthodisme ou dans ce Solidisme moderne, comme on voudra, il y a des idées éminemment utiles qui n’ont que le tort de vouloir être prépondérantes, et je vais les faire connaître en parlant des hommes qui les représentent. Les plus célèbres sont : Fr. Hoffmann, Cullen, Tommasini, Rasori, Brown et Broussais.