BAGLIVI
Baglivi (1664-1706) fut un partisan de l’Iatro-mécanisme ,. par exception assez ennemi de la chimiâtrie. — Médecin à Rome, on lui doit de remarquables travaux sur la fibre motrice et morbide, sur la médecine pratique, sur l’usage et l’abus des vésicatoires, sur les qualités de la salive, de la bile et du sang, etc.
Mécanicien et solidiste dans sa physiologie, laissant un peu en arrière l’influence pathogénique, il resta hippocratiste partisan du Naturisme (1) en médecine distinguant avec grand soin ce qui concerne la science et la théorie et ce qui a trait à la pratique. — C’est un des esprits les plus distingués du xviii® siècle.
Son travail sur la fibre motrice et morbide renferme toute sa théorie solidiste. — Croyant avec raison que le galénisme, la chimiâtrie avaient accordé un rôle prépondérant au déplacement des humeurs, à leur fermentation et à leur acrimonie, il essaya de démontrer en complétant la théorie de Borelli qu’il admirait beaucoup, que les solides doivent être considérés comme ayant la prépondérance, soit à l’état de santé, soit à l’état de maladie, «c Je me suis livré tout entier à l’observation des symptômes -pendant la vie et à l’étude des lésions cadavériques après la mort et je me suis convaincu par mes yeux que l’influence des solides est plus grande que celle des liquides même dans la génération des maladies ».
(1) Baglivi, Médecine pratique, aphorisme 1 .
Toutefois ce traité contient une erreur qu’il importe de signaler, et qui a été commise avec beaucoup d’autres, au nom de l’expérience, tant il est vrai qu’il ne suffit pas de dire qu’on procède par l’expérimentation, pour donner un crédit de vérité à tout ce qu’on affirme. — Il divisait les fibres motrices simples, en fibres charnues musculaires, tendineuses, qui ont leur origine dans le cœur, et en fibres membraneuses dérivées des membranes encéphaliques et des humeurs, servant à former les vaisseaux, les membranes, les glandes et les autres tissus. — Toutes ont des vaisseaux, des - nerfs, sont creuses, susceptibles d’irritation et de mouvement, et dans leur ensemble elles composent tous les tissus, glandes, viscères, muscles, vaisseaux, nerfs, membranes et même les os.— Elles sont mises en mouvement par le cœur et par la dure-mère, qui étreint le cerveau dans ses mouvements de diastole et de systole, mais il soupçonne même que le cœur ne s’agite que par la dure-mère, car leur contraction et leur dilatation se font au même instant. — D’après lui ce double mouvement de la dure-mère exprimerait du cerveau, par compression, un fluide qui refluerait le long des nerfs jusqu’à leurs extrémités. — Enfin ce serait à ces oscillations formant une impulsion descendante ou à leur transmission par renvoi au cerveau lors de l’irritation des tissus que seraient dues les sympathies. Il n’y a qu’un malheur pour cette théorie, c’est que cette compression mécanique du cerveau par la dure-mère n’existe pas et que les mouvements d’expansion ou d’abaissement de cette membrane bien réels, ne sont qu’une conséquence de l’impulsion du sang dans le cerveau par les contractions cardiaques.
Quoi qu’il en soit, étant donné cette fibre primitive partout disséminée, Baglivi lui reconnaît deux genres d’affections, l’un caractérisé par la tension exagérée et l’autre par un relâchement plus ou moins considérable. C’est là le fond de toutes les maladies. — Comme on le voit, dans ce mécanisisme, il y a une souvenance de l’hypothèse du s trictum et du laxum de Thémison et une incursion très-évidente dans le Méthodisme (Voir ce chapitre).
Cependant il ne paraît pas que Baglivi soit franchement un méthodiste, car il accepte les principales données, de l’Humorisme et il admet que les affections chroniques peuvent provenir d’une altération des humeurs, "que les fièvres résultent d’une âcrelé alcaline qu’il faut combattre par les acidulés et que malgré l’usage en faveur des alcalins dans les maladies inflammatoires il faut éviter leur usage qui augmente l’àcreté du sang et aggrave l’état des malades. — Le voilà maintenant au milieu d’une. chimiâtrie modérée dans laquelle, selon les nécessités de l’observation, il trouve quelques données utiles.