‹ Histoire de la médecine et des doctrines médicales. Tome 2Chapitre 51 sur 130 · MÉCANISME NEWTONIEN — ÀRCHIBALD PITCAIRN — G. COLE — JACQUES KEILL · texte numérisé non relu

MÉCANISME NEWTONIEN — ÀRCHIBALD PITCAIRN — G. COLE — JACQUES KEILL

— CHEYNE — VAINEWRIGHT — NICOLAS ROBINSON — MARTINE — STEVEN¬ SON — RICHARD MEAD — CLIFTON WINTRINGHAM — ED. BARRY, ETC.

La faveur de l’Iatro-mécanisme en Italie où Ton arrivait de toutes les contrées de l’Europe pour s’instruire de la nouvelle méthode , en apparence si précise, introduite en psychologie et en médecine, engendra des sectaires qui reportèrent chez eux les principes de Borelli et de ses disciples. — L’Angleterre ne resta pas étrangère à ce progrès. — Pitcairn, qui avait étudié la méthode à Montpellier, la reporta en Hollande, puis dans son pays natal où il l’installa pour plusieurs années.

Ce ne fut d’abord que TIatro-mécanisme italien dégagé de toute

DE L’iATRO-MÉCANISME ANGLAIS 265

chimiatrie, réflétant à moitié la doctrine de l’homme-machine de Descartes, mais peu à peu on le voit changer de forme et s’inspirer de la philosophie de Newton. On y introduit l’attraction, la loi de la chute des corps, l’éther animal, les courbures vasculaires, laforme des atomes, le calcul, etc., qui doivent expliquer : soit le rôle des molécules attirées ou repoussées dans les fonctions des glandes sécrétoires, soit la vibration d’un éther animal ou courant du suc nerveux admis jusque-là dans les nerfs, — soit la force du cœur et la vitesse du sang selon les courbures et les flexuosités vasculaires. C’est au fond le même principe, mais les applications en sont un peu différentes sans être pour cela plus privilégiées contre la création des hypothèses.

Parmi ces iatro-mécaniciens, je citerai entre les plus renommés :

Archibald Pitcairn (1652-1713), Écossais d’origine, d’abord professeur de médecine à Leyde, où il eut Boerrhaave pour élève, revint ensuite en Angleterre où il professa llatro-mécanisme le plus exagéré en le séparant tout à fait de la chimiatrie.

On lui doit des recherches sur l’anastomose des artères et des veines faites dans le but d’établir que le sang ne s’épanchait pas dans les chairs et circulait dans des canaux non interrompus ( De Motu sanguinis per vasa minima) 1693; — des évaluations mathématiques sur la force contractile du cœur et des artères absolument comme chez les autres iatro-physiciens, mais avec des cbiflres différents .

Pour lui, le sang prenait mécaniquement sa couleur vermeille dans les poumons sous l’influence de l’air qui distend les vésicules pulmonaires à chaque inspiration ; mais qu’on n’aille pas croire qu’il s’agisse là d’une action chimique, non, ce phénomène est le résultat d’une action mécanique comparable à l’effet d’un piston qui broie un liquide dans un mortier.

Les sécrétions ne dépendent pas de la différence de diamètre des pores du crible sécrétoire , comme l’ont affirmé quelques mécaniciens de l’École italienne, mais seulement d’une différence de vitesse du sang.

La digestion est un pur effet mécanique de trituration exécuté par l’estomac, le diaphragme et les muscles du bas-ventre qui malaxent les aliments comme nous pétrissons une pâte dans la main, sans qu’il soit besoin d’aucun ferment, ni de suc gastrique pour les désagréger. — Tout au plus le suc gastrique pourrait-il dissoudre les aliments comme l’eau dissout le savon, mais s’il pouvait atta- • quer la viande il digérerait l’estomac. Celui-ci a une force immense qu’il évalue à 12,951 livres, trois fois plus considérable, dit-il, que la force du cœur estimée à 3,000 livres environ par Borelli. — Tout

cela est bien exagéré, bien faux même , mais ce fut alors une vérité qu’il ne fallait pas trop contredire. Astruc, qui eut à cet égard une polémique avec Pitcairn, fut même assez impoliment maltraité, et de ce qu’il ne croyait pas cette effroyable force des muscles du ventre dans la digestion, Pitcairn se permit de lui dire : Credo A. ... nun quant cacas se.

L’innervation résulte de l’action réciproque du cerveau et du cœur : le premier séparant le suc nerveux du sang qui lui est envoyé, et l’autre n’envoyant de sang qu’en raison de la plus ou moins grande contractilité musculaire que lui donne le suc nerveux. — Le mouvement dépend de l’afflux nerveux aux muscles, et les sensations de son reflux vers le cerveau.

La menstruation est un résultat de pléthore externe et de la pesanteur qui, agissant sur les vaissaux utérins sans soutien , provoque leur rupture et l’apparition du sang.

Quelle physiologie et que d’erreurs ! C’est partout la répétition des mêmes hypothèses déduites d’expériences vicieuses, d’observations mal comprises et de calculs erronés. En pathologie, c’est la même chose.

Pour Pitcairn, la maladie est le résultat d’une circulation augmentée ou diminuée par la fluidité du liquide ou par la stase sanguine, et elle dépend en général du trouble des évacuations naturelles et surtout de la perspiration cutanée.

La fièvre est une circulation augmentée par la raréfaction du sang, et les inflammations une circulation arrêtée partiellement par le sang épaissL

Nulle part dans cette physiologie et dans cette pathologie, il n’est question des réactions chimiques acides ou alcalines, ni de la fermentation et, dans une dissertation spéciale (1), il combat résolument tout le système chimiatrique auquel il n’accorde point d’importance; — c’est là une différence considérable que nous retrouverons également, un peu moins accentuée chez Boerhaave, entre cet Iatro-mécanisme et celui de l’école italienne.

Aussi l’usage thérapeutique des alcalins et des acides est-il complètement banni et les médications favorites de Pitcairn consistent dans les émissions sanguines qui raréfient le sang ; dans les sudorifiques qui favorisent l’action de la peau ; dans les vomitifs et dans les purgatifs qui enlèvent les causes morbifiques du tube intestinal; enfin dans un certain nombre de spécifiques, quelquefois réels mais trop souvent ridicules.

(1) Dissertatio brevis de opéra quam praestant Corpora acida vel alcalica tn curatioiMe moi borum.

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