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BOERHAAVE

Boerhaave est le seul médecin qui ait tiré de l’Iatro-mécanisme des applications médicales raisonnables, et qui ne se soit pas dérobé aux conséquences de la physiologie mécanique. Tous les autres iatro-mécaniciens, à l’exemple de Baglivi, ont en effet essayé de séparer leurs théories de la pratique, et après avoir professé l’iatromécanisme physiologique, on les voit, en médecine, se transformer en chimiatres; en observateurs n’ayant d’autre guide que l’expérience. — Boerhaave a été plus hardi. Seulement, il a su, en grand clinicien qu’il était, se défendre des erreurs du système mécanicophysiologique. Il n’en a pris que ce qu’il fallait pour édifier sa doc-

trine, conformément aux exigences de l’observation clinique, afin de rester dans le vrai et d’éviter l’erreur. Pour qui saura comprendre ses écrits, et redonner à certains mots vieillis ou démodés le sens qu’ils doivent avoir, on y verra l’expression d’un sens clinique très-fin, et une science réelle infiniment moins chargée d’hypothèses que celle des autres iatro -mécaniciens. — Il est d’ailleurs l’auteur d’une théorie médicale importante dont le titre seul a disparu, mais dont le principe resté dans la science redevient en très-grand honneur aujourd’hui. Je veux parler de la théorie de l’obstruction , qui s’appelle maintenant Embolie.

En pathologie Y obstruction caractérise médicalement Boerrhaave, comme Y acrimonie des humeurs caractérise Sylvius et les fermentations rappellent Van Helmont.

Herman Boerhaave, 1668-1730, né à Leyde où il devint professeur, eut un tel succès d’enseignement qu’il encombrait la ville de ses élèves venus de tous les pays voisins, et sa réputation médicale se répandit si loin dans les différentes parties du monde que Fontenelle rapporte qu’on lui adressait des lettres avec cette suscription : A M. Boerhaave, en Europe. — On n’usurpe pas une pareille renommée ; le charlatanisme seul y peut prétendre, mais les contemporains jaloux n’ont parlé de ce médecin qu’avec la plus grande considération, et il est probable qu’il n’a dû la célébrité qu’à son talent.

Au reste je vais en faire juger par l’analyse de quelques-uns de ses travaux qui sont très-nombreux, et particulièrement par son traité des Explications mécaniques appliquées à la médecine, par ses Aphorismes, et par ses Institutions de médecine dont La Mettrie nous a laissé une bonne traduction.

Parmi ces différents travaux, les uns sont relatifs à la physiologie et les autres à la médecine et à la chirurgie.

Vus dans leur ensemble, ils sont l’expression très-accentuée de la doctrine mécanique alliée en petite proportion à la chimiâtrie.

En physiologie, après avoir fait ses réserves en faveur de lame dont il ne croit pas devoir rechercher le mode d’action, il limite ce qu’il va dire aux fonctions de la vie matérielle qu’il considère comme étant le résultat d'un agencement mécanique. Laissant de côté les dernières causes métaphysiques et les premières causes physiques tels que les éléments, l’origine de la première forme, des semences et du mouvement, qu’il déclare inutiles et impossible à un médecin de rechercher, il soutient qu’on ne doit adopter que ce que l’expérience pure et simple a véritablement démontré en anatomie, en chimie, en mécanique et en physique.

DE L’IATRO-MËCANISME EN HOLLANDE — BOERHAAVE 2?3 Ainsi le corps humain est composé de solides et de fluides. Les premiers ( Aphor . XL) sont, ou des vaisseaux qui contiennent les humeurs ou des instruments tellement construits, figurés et liés entre eux, qu’il se peut faire par leur fabrique particulière certains mouvements déterminés, s’il survient une cause mouvante.

On trouve en effet dans le corps des appuis, des colonnes, des poutres, des bastions, des tégumens (Institutions de médecine , Aphor. XXVII), des coins, des leviers, des aides-leviers, des poulies, des cordes, des pressoirs, des soufflets, des cribles, des filtres, des canaux, des auges, des réservoirs.

La faculté d’exécuter des mouvements par le moyen de ces instruments, s’appelle fonction ; ce n’est que par des lois mécaniques que ces fonctions se font, et ce n’est que par ces lois qu’on peut les expliquer.

Voici maintenant ce que sont les fluides (1). « Pour les parties fluides, elles sont contenues dans les solides, mues, déterminées dans leur mouvement, mêlées, séparées , changées. Elles meuvent les vaisseaux avec les instruments qui sont liés avec eux, usent, changent leurs parois, et réparent les pertes qu’elles y ont causées. Ces actions se font suivant les lois hydrostatiques et mécaniques. On doit donc les expliquer conformément à ces lois, quand on est venu à bout de connaître auparavant la nature de chaque humeur en particulier, et les actions qui en dépendent uniquement, autant qu’on peut les découvrir par toutes sortes d’expériences. »

Du rapport convenable de ces liquides et des solides, résulte la vie, c’est- à-dire l’entretien du commerce réciproque de l’âme et du corps , dont les phénomènes physiques constituent le domaine du médecin. Pour les étudier, Boerhaave commence par la digestion, et d’abord par les aliments. Il les suit dans la mastication, acte musculaire mécanique qu’il décrit dans tous ses détails anatomiques (Aphor. LX) ; dans le broiement par les dents ; dans l’humectation par la salive qui ramollit et produit la fermentation, comme dans la farine (Aphor. LXVI) ; dans l’aération qui favorise le mélange ; dans la déglutition dont il détaille le mécanisme physique avec un luxe de développements presque incroyable, enfin dans l’estomac où ils sont soumis à une pression mécanique associée à la chaleur du corps et au mélange des sécrétions muqueuses qui y viennent sans cesse. — Comme on le voit, il ne parle point du suc gastrique ni de la fermentation gastrique. C’est qu’en effet pour lui la triturait) Institutions de médecine, tome I, page 130.

bouchut. il. — 18.

tion et la chaleur de l’estomac semblent suffire à la première élaboration des aliments.

Il montre ensuite les aliments dans le duodénum imbibés de la bile cystique et de la bile hépatique qui neutralisent les acides, de la lymphe pancréatique qui forme le chyle en état de pénétrer dans les vaisseaux. — Dans tout cela, comme on le voit, il y a peu de chimiatrie, et les opinions de Sylvius de le Boë et de Yan Helmont ne sont même pas signalées.

La circulation du sang est le résultat de l’action d’une machine hydraulique dont le cœur est le piston (1) et il combat résolument l’opinion de ceux qui croyaient à une fermentation, à une ébullition et à une effervescence dans le cœur et dans le sang ( Aphor . CLXXVII).

La respiration est également un acte mécanique dont certains muscles assurent l’exécution, et l’hématose n’est que le mélange plus parfait du chyle et du sang accompli mécaniquement par la pression de l’air sur les vésicules pulmonaires. « Et c’est ici principalement que commence à se former la couleur rouge qui est la marque essentielle d’un sang bien conditionné (Aphor. CC). — Ici, plus de mélange de l’air au sang, comme le professait Borelli, plus de rafraîchissement du sang par l’air introduit dans le poumon, eomme l’a dit Sylvius, point d’incorporation au sang d’un fluide aérien subtil nitreux qui lui donne sa couleur rouge, comme le pensait Lower. — Non : il ne s’agit que d’une action mécanique destinée à favoriser la circulation. Et cependant Boerhaave sent bien que son explication est incertaine et laisse à désirer, car tournant autour de la vérité, qui ne devait apparaître qu’avec Lavoisier, il dit : « Cependant outre les effets dont nous avons parlé, l’air en a encore d’autres qui tournent au profit de celui qui respire ; car s’il n’est point renouvelé sans cesse, il devient mortel, non à cause de sa chaleur, ou de sa densité, mais par rapport à une autre cause oeculte. Est-ce parcé que ce qui constitue proprement ses parties élastiques se consume? Serait-il l’aliment caché de la vie, comme se l'imaginent les alchimistes ? pourquoi la respiration vitale 11e peut-elle se faire sous l’eau, et y est-on saisi d’une suffocation qui cause très-promptement la mort, quoique le thorax et le poumon ayant la faculté de se dilater et de se resserrer réciproquement paraissent pouvoir faire la mémo chose que l’air. Question trèsdifficile. »

La sécrétion du fluide nerveux est pour lui, comme pour les autres iatro-mécaniciens, « le résultat de l’atténuation du sang qui

(I) De usu raliocinii meehaniciin medioins.

DE L’JATRO-MÉCANISME EN ÜOLLANDE - BOERHAAVE 275

arrive au cerveau contre la pesanteur avec moins de force et divisé par d’innombrables petits capillaires , et par la membrane arachnoïde.

« Ce fluide filtré au travers de la substance corticale du cerveau et du cervelet est poussé de l’un et de l’autre, à chaque instant de la vie, par l’action du cœur et des artères dans les nerfs et par leur canal dans toutes les parties du corps ; circulation aussi réelle et aussi constante que celle du sang et de la lymphe ( Aphor . 286).

« Cette humeur est si simple, si mobile, si parfaitement volatile qu’on l’appelle l’esprit nerveux, lequel se divise en naturel, vital et animal ( Aphor . 291).

« Mais comme la sécrétion de ces esprits n’est jamais interrompue, qu’il s’en refait toujours de nouveaux pour réparer ce qui s’en perd ou s’en consume, il paraît que ceux qui ont rempli entièrement leur emploi passent des derniers filaments des nerfs dans les petites veines lymphatiques ; de là ils sont portés dans d’autres veines un peu plus grandes, puis dans les vaisseaux lymphatiques communs, d’où ils se rendent au cœur par les veines sanguinifères ; et aussi ce fluide subtil circule incessamment dans ces vaisseaux, comme les autres humeurs (Aphor. 292). »

Les sécrétions dans les glandes sont aussi l’effet de la résistance que le tissu glandulaire apporte au cours du sang artériel, une partie de ce sang rentrant dans les veines, et l’autre plus ténue, plus fluide, transparente, proportionnée au diamètre de leur ouverture de passage, qui n’est plus du sang, forme la sueur, la matière de la transpiration, la matière des pores, les larmes, une cire adipeuse, la matière cérumineuse, la mucosité, la salive, les crachats, la lymphe, le sérum, la bile, le sperme, le lait, la graisse, etc. — C’est l’effet de la distance des glandes au cœur, et la conséquence d’une foule d’autres influences mécaniques.

« Ainsi la distance de l’artère au cœur, sa situation par rapport au cœur, et au tronc dont elle sort, sa différente complication, ses diverses divisions à ses extrémités, la différente vitesse du sang par son canal, sa proportion du rameau particulier au tronc, la différente force exprimante externe et interne , le séjour dans la cavité commune; de là ensuite sa distribution dans des lieux dont la structure change la nature des humeurs, la séparation ou l’évaporation des parties les plus liquides de l’humeur dout la sécrétion s’est faite; voilà autant de causes qui séparent non-seulement du même sang différentes humeurs en divers lieux, mais qui, après leur sécrétion, en changent eneore la nature d’une façon surprenante (Aphor. 252) ».

Pour lui « cette fabrique se déduit avec une parfaite évidence des lois mécaniques » sans qu’il soit nécessaire « d’imaginer des pores de figure diverse » et encore moins « d’avoir recours à aucun ferment particulier ».

Il en donne une nouvelle preuve en examinant l’action physiolo gique des reins :

« On conçoit de là le mécanisme de la sécrétion de l’urine. Le cœur étant assez proche des reins qui d’ailleurs est muni de fortes artères, il suit qu’un sang aqueux est fortement poussé dans les petits vaisseaux des reins; et comme ces vaisseaux se fléchissent, se contournent en mille façons et opposent une extrême résistance, ce sang aqueux reçoit une infinité d’impressions, de mouvements et de secousses différentes; et enfin trouvant des tuyaux qui ne sont qu’un peu plus étroits que les vaisseaux sanguins qui l’ont apporté, sa partie la plus liquide s’y sépare, s y amasse, y prend son cours et en est expulsée ( Àphor . 359). »

Sa théorie de la contraction musculaire diffère entièrement de celle du chef de l’école. Borelli l’attribuait à l’effervescence produite par le mélange du suc nerveux avec le sang des muscles tandis que Boerhaave n’y voit, sans action chimique ni fermentation aucune, qu’un afflux dé l’esprit vital qui « remplit les membranes des fibres, change leur figure oblongue en une plus ronde, augmente les plus petits diamètres, diminue les grands et rapproche les tendons l’un de l’autre ».

Il étudie ensuite les fonctions de la peau ; — l’excrétion de la sueur ; — la transpiration de Sanctorius ; — l’accroissement et le décroissement des parties dont le mécanisme physique se trouve indiqué aux Aphorismes 452 et 453; •— enfin les organes des sens, le tact, l’odorat, le goût, l’ouïe et la vision.

Toute cette physiologie, un peu confuse, remplie d’erreurs, est bien conforme au programme de lTatro-mécanisme, et tout y relève des actions physiques plutôt que de la Chimiatrie qui n’y apparaît presque point, différence considérable avec la physiologie des autres iatro-mécaniciens. A part ce point de vue personnel, elle ne renferme rien d’original, et elle ne reproduit aucune des expériences de l’auteur. Cela ne saurait surprendre puisqu’elle n’est qu’un résumé aphoristique de la science et que cette forme exclut les développements de détail.

La Pathologie de Boerhaave me plaît davantage. C’est dans cette école iatro-mécanique, celle qui renferme le moins d’hypothèses chimiques et mécaniques. — Le médecin y retrouve ce qu’il est habitué avoir, ce qu’il connaît et, malgré les différences de forme, il

DE L’IATRO-MÉCANISME EN HOLLANDE — BOERHAAVE 277 sent bien vite qu’il a sous les yeux le travail d’un observateur plutôt que d’un érudit. — Elle est renfermée dans un volume d! Aphorismes traduits en assez mauvais français par de La Mettrie en 1745.

Après avoir établi ce que c’est que la maladie, la nécessité de connaître la physiologie, Boerhaave déclare que la méthode d’apprendre la médecine a pour base l’observation ou l’expérience et l’analogie ou comparaison ; — qu’il faut commencer par les maladies les plus simples, qui sont celles des solides, et dans celles-ci les lésions de la fibre simple élémentaire. — C’est un essai de Pathologie fïbrillaire basé sur l’étude de ce qui était alors le dernier terme de la divisibilité de la matière constituante des organes, comme aujourd’hui nous parlons des lésions de la cellule élémentaire primitive qui forme ce que Virchow a appelé la Pathologie cellulaire.

Boerhaave reconnaît dans les fibres solides simples différentes altérations : elles sont faibles et lâches et elles résistent peu à l'effort de mouvement des liquides ; ce qui amène les tumeurs, le croupissement des liquides, la putréfaction et une infinité d’autres effets, que nous appelons aujourd’hui congestions passives, hypostases, atonie; ou bien elles sont raides et élastiques, résistant à l’action des fluides devant lesquelles elles cèdent pour conserver la santé, mais comme elles rendent les vaisseaux moins flexibles plus étroits, plus courts, il en résulte des obstructions, des obstacles aux sécrétions, etc. — Ces altérations sont l’élément des maladies des viscères faibles et lâches ou des viscères forts et raides. — J’ai vu des érudits ne pas comprendre ce langage. Cela ne m’étonne point, mais il n’est pas un clinicien qui ne voie sous ces titres surannés, ce qui a fait la base de la théorie du strictum et du laxum , ou des théories dynamiques récentes de Fr. Hoffmann, de Cullen, de Brown, etc., enfin ce que nous connaissons en clinique sous le nom de tempérament mou, humide, lymphatique et de tempérament sec ou sanguin.

Il s’occupe ensuite des vices les plus simples des humeurs qu’engendre l’alimentation ; d’abord Y acrimonie acide produite par les farineux, les sucs acides crus, les végétaux fermentés, la disette de beau sang, la faiblesse de la fibre et l’inaction qui est vraiment la viscosité glutineuse ; puis Y alcalinité résultant de l’excès de nouriture animale excepté le lait, la nourriture au poisson, aux oiseaux voraces, les végétaux alcalescents, l’abondance de sang, etc., qui amènent souvent la putridité ou la dissolution de ce fluide. Il y a là un souvenir de la chimiatrie de Sylvius qui ne saurait échapper, mais c’est un bien pâle reflet de cette doctrine, car ni l’effervescence, ni la fermentation, ni l’âcreté n’en font partie, et il était

impossible de moins emprunter à moins de s abstenir entièrement Or il n’est pas de médecin qui, en parlant des altérations

des humeurs, ne fasse de la Chimiatrie sans être pour cela un chimiatre.

Viennent ensuite les maladies de la circulation qui jouent le rôle important dans Tlatro-mécanisme de Boerhaave ; d’abord celles qu’engendre le seul excès de la circulation dû à la contraction plus fréquente et plus forte du cœur, lorsque le cerveau et le cervelet y envoient une trop grande quantité d’esprits, dans les passions de l’âme, dans la douleur, ou bien à l’irritation exercée par le retour du sang veineux accéléré par l’exercice, les matières âcres, aromatiques, salines, acides, alcalines, purulentes, putrides, etc. , puis les maladies dues à un défaut de circulation ; à la pléthore qui amène la dilatation des vaisseaux, le dérangement des sécrétions, la compression des veines, l’étranglement de la circulation, l’inflammation; la rupture des vaisseaux, etc., enfin Y obstruction qui semble être le point capital de cette pathologie mécanique.

L ’ obstruction est un engorgement de canal qui empêche l’entrée du liquide vital sain ou morbifique qui doit y passer, et qui a pour cause la disproportion qui se trouve entre la masse du liquide et le diamètre du vaisseau.

Elle vient donc, de l’étroite capacité du vaisseau, dè la grandeur de la masse qui doit y passer ou du concours des deux.

« Un vaisseau se rétrécit, parce qu’il est extérieurement comprimé, ou par sa propre contraction , ou enfin par l’épaississement de ses membranes. »

« La masse des molécules s’augmente par la viscosité du fluide ou par le vice du lieu où il coule, enfin, par ces deux causes à la fois, lorsque les causes de l’un et de l’autre mal concourent ensemble.

« Les vaisseaux sont extérieurement comprimés par une tumeur voisine inflammatoire, purulente, squirrheuse, chancreuse, œdémateuse, variqueuse, anévrismale, topheuse, pituiteuse, calculeuse, calleuse, — parla fracture, la luxation, la distorsion, la distension des parties dures, qui compriment les vaisseaux, qui sont des parties molles; — par toute cause qui tiraille trop et allonge les vaisseaux, soit une tumeur, soit la pression d’une partie dérangée de sa place, soit l’action d’une force externe ; — par des vêtements étroits, par des bandages, par le poids du corps tranquillement couché sur une partie, par des ligatures, par le mouvement, par le frottement, par le travail. »

« La cavité d’un vaisseau se rétrécit quand sa propre contraction celle des fibres longitudinales, et principalement de ses fibres spi-

DE L’iATRO-MÉCANISME EN HOLLANDE — BOERllAAVE 279 raies, augmente. Cette contraction a pour cause tout ce qui augmente le ressort des fibres des vaisseaux et des viscères, la trop grande plénitude des petits vaisseaux qui forment les parois et la cavité des grands, la diminution de la cause qui dilataient les vaisseaux soit que ce fût l’inaction ou l’inanition. C’est pourquoi les vaisseaux coupés retiennent "bientôt leurs liquides. L’augmentation de l’épaisseur des membranes même du vaisseau, vient de toute tumeur qui se forme dans les vaisseaux qui composent ces membranes ou de callosités membraneuses cartilagineuses, osseuses, qui s’y forment. La masse des parties fluides s’augmente jusqu’au point de devenir imméable. Lorsque leur figure sphérique se change en une autre qui présente plus de surface à l’ouverture des vaisseaux ou, lorsque plusieurs particules qui étaient auparavant séparées se reunissent en une seule petite masse. »

« Ce changement de figure arrive principalement lorsque les molécules fluides n’étant plus également ni en même temps pressées de toutes parts, sont abandonnées à leur propre ressort; c’est-â-dire lorsque le mouvement languit, ou que le tissu du vaisseau est relâché, ou que la quantité du fluide est diminuée. »

« L’union des molécules vient du repos, du froid, de la gelée, du dessèchement, de la chaleur, de la violence de la circulation, et de la forte pression du vaisseau, de coagulans acides, autres Spiritueux, absorbans, de matières visqueuses, huileuses. »

« Les parties d’un fluide deviennent imméables par le vice du lieu où il coule, lorsqu’elles ont été poussées avec force dans un vaisseau dilaté vers sa base et trop étroit vers son extrémité dans laquelle elles ne peuvent finir leur circulation. La pléthore, l’augmentation du mouvement, la raréfaction des liqueurs, le relâchement du vaisseau sont les principales causes de cette dilatation, surtout lorsqu’elles sont immédiatement suivies des causes contraires. On connaît par là les causes et la nature de toutes sortes d’obstructions. »

Effet des obstructions. — « Quand elles se trouvent formées dans un corps vivant, elles s’opposent au passage des humeurs qui y doivent couler ; elles arrêtent tout ce qui vient heurter contre elles, elles en reçoivent l’effort, expriment lés parties les plus subtiles, réunissent les plus épaisses, extendent les vaisseaux, les dilatent, les atténuent, les brisent, condensent le fluide dont elles causent la stagnation , suppriment les fonctions qui dépendent de l’intégrité de la circulation, désemplissent et dessèchent les vaisseaux qui en doivent être arrosés, diminuent la capacité qui leur est nécessaire pour transmettre les liqueurs, augmentent la quantité et la vélocité des liqueurs dans les vaisseaux libres et produisent

enfin tous les maux qui en peuvent dépendre. Ges effets se manifestent différemment selon la différente nature du vaisseau obstrué, et de la matière de l’obstruction.

Elle produit une inflammation du premier genre dans les artères sanguines, un autre du second genre dans les artères lymphatiques, un œdème dans les grands vaisseaux lymphatiques, des douleurs sans tumeur apparente dans les petits, d’autres effets dans les conduits adipeux, osseux, médullaires, nerveux, biliaires. Celui qui connaîtra bien le siège, la nature, la matière, les causes, les effets des différentes obstructions dont j’ai parlé, ne se trompera point aux signes qui manifestent l’obstruction, qui font prévoir celle qui doit arriver et les effets. Et toutes les espèces de ce mal étant connues, il ne sera pas difficile de trouver la cure propre à chacune.

En effet, celle qui vient d’une compression externe indique la nécessité d’ôter la cause de cette compression, si cette ablation est possible.

Celle qui vient de l’augmentation de la contraction des fibres se connaît non-seulement par les signes de la rigidité des fibres des vaisseaux, des viscères, mais encore par les signes clairs de la cause, si. c’est la contraction produite -par la seconde cause , ainsi que l’autre que nous avons attribuée au même lieu, à l’inanition qui a précédé. Cette obstruction se dissipe, par les remèdes propres à corriger la trop grande rigidité des fibres des vaisseaux, principalement si on peut les appliquer à la partie même affectée sous la forme de vapeur, de fomentation, de bains, de liniments, de clystères, en désemplissant les vaisseaux trop pleins qui composent les membranes par des évacuans en général, mais surtout par des laxatifs , des délayans, des dissolvans, des atténuans, des détersifs, des purgatifs appliqués à ces petits vaisseaux, par des médicaments qui ont la vertu de fondre les callosités. Mais il est bien rare que l’on guérisse (si on le fait jamais) l’obstruction qui naît de cette cause. Les meilleurs remèdes sont les émolliens et les relâchans. Tant il est vrai que la mort est inévitable, et qu’il est très-difficile de se procurer une vie longue par le secours de la médecine.

La difficulté qu’ont les fluides à passer par les vaisseaux , laquelle vient de ce qu’ils ont perdu leur figure sphérique, se fait aisément connaître par l’examen de ses causes, car elles sont ordinairement sensibles.

L’on y remédie en rétablissant cette figure, c’est-à-dire en augmentant le mouvement des liqueurs dans les vaisseaux et dans les viscères par les irritans, les fortifiants, l’exercice. Quant aux concrétions du sang, elles se forment par tant de causes différentes

DE L’iATRO-MÉCANISME EN HOLLANDE — BOERIIAAVE 281 qu’elles exigent divers remèdes ou diverses méthodes selon la circonstance. C’est cette variété soigneusement recherchée en chaque maladie qui indique les secours nécessaires et la.manière de s’en servir.

Cependant on les guérit, en général, parle mouvement réciproque du vaisseau, par des délayans en y portant une liqueur fluide qui atténue la matière, par son mélange et son mouvement, en faisant cesser la cause coagulante.

On donne du ressort aux vaisseaux en diminuant, leur tension par la saignée, par les fortifians, par le frottement, et l’action des muscles, par les irritans. L’eau délayée surtout si on la prend chaude en boisson, en injection sous la forme de fomentations ou de vapeurs déterminées vers le siège. de la concrétion, les attractifs, dérivatifs, sont bons aussi à cet usage. Les atténuans sont, l’eau, le sel marin, le sel gemme, le sel ammoniac, le sel de nitre, le borax, le sel fixe alcali volatil, les savons faits d’alcali et d’huile, naturels, composés, fuligineux, volatils, fixes, la bile, les préparations mercurielles qu’on détermine vers la partie affectée par des dérivatifs , des attractifs, des propulsifs. On détruit la cause coagulante en la faisant passer dans une autre qui l’attire.

C’est ainsi que les alcalis absorbent les acides, les huiles, etc., et c’est principalement par des expériences chimiques qu’on fait ces découvertes.

Lorsqu’un fluide qui a été poussé dans les lieux étrangers y de vient impénétrable et forme par là des obstructions , plusieurs maladies malignes s’en ensuivent. C’est pourquoi ce genre de mal mérite d’être examiné attentivement.

On le connaît lorsqu’on sait qu’il a été précédé de ses causes, qu’il est ordinairement assez aisé d’observer ; que des causes contraires leur ont ensuite succédé quand on voit clairement les effets. Il est aussi facile d’en prévoir les suites selon ce qui a été dit. La cure consiste à faire rétrograder la matière de l’obstruction dans de plus grands vaisseaux, à la résoudre, à relâcher les vaisseaux, à la faire suppurer. Ce mouvement de rétrogradation se procure, en évacuant par de grandes et subites saignées les liqueurs qui par leur mouvement forçaient la matière de s’engager davantage : et par ce moyen lé vaisseau à force de se contracter, la fait rétrograder , par des frictions faites de l’extrémité du vaisseau vers la base.

La matière de l’obstruction se résout par les remèdes écrits cidevant.

Toute cette théorie, ^formulée en termes un peu confus, est cependant très-exacte et elle est justifiée dans un grand nombre de cas par l’observation moderne. On la retrouve dans toute la pathologie

de Boerhaave, à quelques exceptions près pour des maladies dont

une autre explication mécanique peut rendre compte. »

Ainsi, la douleur apparaît, « toutes les fois qu’une libre nerveuse qui prend son origine du cerveau est tellement tendue ou autrement disposée qu’elle est prête à le rompre (Aphor. 220). »

« Les convulsions dépendent de l’afflux de suc nerveux dans les muscles attaqués (Aphor. 231). »

L’inflammation dépend du croupissement du sang artériel dans les plus petits vaisseaux (aph. 371), et le croupissement a pour cause ce qui rétrécit tellement ies extrémités coniques des vaisseaux que le diamètre de leur orifice devient plus petit que le diamètre du globule de sang et toutes les causes d’obstruction qui sont énumérées successivement les unes après les autres. — Alors... « les artères capillaires et à peine visibles obstruées déjà s’augmentent étant dilatées par le sang, ce qui forme une tumeur rouge. La même chose arrive aux vaisseaux lymphatiques artériels, auparavant transparents et invisibles : ce qui augmente la rougeur surtout, les vaisseaux les plus délicats et les vésicules du pannicule adipeux se trouvant remplis d’un sang engagé de force, épais, et privé de sa partie la plus liquide. »

Les petits vaisseaux à force d’être tiraillés ou tendus sont prêts à souffrir rupture dans leurs petites fibrilles : de là vient la douleur piquante. Les solides et les liquides agissent et réagissent fortement les uns sur les autres : d’où naissent en la partie la dureté et la résistance. De la résistance, de l’impulsion et de la compaction, du rétrécissement des vaisseaux non obstrués par la tumeur que cause les obstrués, provient la grande et mutuelle attrition des solides et des fluides qui produit la chaleur et l’ardeur. Et parce que le sang que le cœur a poussé avec force vers l’extrémité du vaisseau bouché, en dilate les parois, on sent une pulsation. Les fibres se trouvant irritées et le sang circulant avec trop de célérité dans les vaisseaux qui lui sont ouverts, reporté qu’il est par les veines et retenu en plusieurs artères, le mouvement du pouls est accéléré; la fièvre survient accompagnée de soif, de débilité, d’inquiétudes, de veilles, de tristesse. »

Telle est l’inflammation qui n’a pas encore atteint son état.

Si les humeurs qui circulent sont douces, si leur cours est modéré, si la cause de l’obstruction est petite et a principalement son siège dans les artères, ou dans le commencement des vaisseaux lymphatiques; si les vaisseaux sont mobiles et lâches, le véhicule délayant, on résout l’inflammation en rendant au sang sa fluidité, le mouvement à celui qui est en stagnation et en le faisant rétrograder. »

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