SECTION VU
Anatomie pathologique microscopique et Histologie pathologique.
Malgré l’importance des premiers résultats introduits dans la science médicale par l’anatomie pathologique, telle qu’on peut la faire à l’oeil nu, il est facile de comprendre ce que ces résultats ont d’incomplet et de borné, si on les compare à ceux que l’on peut obtenir à l’aide de verres grossissants.
La structure intime des lésions serait toujours restée inconnue, et eut échappé aux recherches des médecins s’ils n’avaient pu aider le sens visuel ordinaire par le secours des amplifications du microscope.
La date de ce secours est celle d’un nouveau progrès de connaissances anatomiques, et si ce progrès s’est un instant ralenti, la
reprise qui s’est faite de nos jours a été si heureuse qu’elle a changé la face de l’anatomie pathologique. Comme toujours on a dépassé le but en prétendant à l’impossible. On s’est cru armé d’un instrument qui donnait le dernier mot des choses. Par son aide, Hook a même cru évaluer le nombre des idées matérielles dont il fait monter le nombre à trois mille millions. On a cru découvrir le dernier de la division des tissus vivants et saisir l’unité organique de la vie. Au lieu de s’en tenir à une sage observation des faits nouveaux, on a entassé hypothèses sur hypothèses pour les expliquer, sans comprendre que dans les infiniment petits, comme dans les infiniment grands, les lois de la nature et de la vie sont partout les mêmes, dominant toutes les créatures du monde visible ou invisible.
Qu’il s’agisse de l’atome, delà cellule, de la fibre, de l’organe entier ou de l’être qui renferme ces éléments, il faut toujours en revenir à ce principe : que les éléments obéissent à une force extrinsèque qui est l’agent vital, ou bien qu’ils renferment en eux-mêmes la propriété et la sagacité de se rendre là où il faut pour faire tel tissu ou tel organe indispensable, et que la matière s’organise ellemême. La micrologie moderne nous a donné le spectacle de cetté dernière hypothèse. Triomphera-t-elle dans ses prétentions 1 C’est ce qui me paraît fort douteux.
Quoi qu’il en soit, et en dehors de toute philosophie, l’intervention du microscope dans les études anatomiques et anatomo-pathologiques aura eu pour résultat de faire connaître la structure normale des tissus dans leurs éléments et, dans beaucoup de cas, la composition des tissus morbides (1). C’est là un fait capital dans l’histoire de la science. Il ne faut pas l’oublier.
Les premiers microscopes furent construits en 1620 par Corneille Drebbel et Zacharie Jansen (Priestley, Histoire de V optique, p. 64). C’est à Malpighi qu’on attribue l’honneur de s’en être servi le premier en physiologie et en médecine, ce qui lui permit de venir en aide à Harvey, car, au moyen de cet instrument, il annonça en 1661 qu’on pouvait voir la circulation des petits vaisseaux dans le mésentère des grenouilles. — C’est lui qui découvrit la structure lobulaire et vésiculaire des poumons, qui annonça que les fibres du cerveau devaient être considérées comme une expansion de la moelle épinière — qui vit la différence de la cicatricule d’un œuf fécondé d’avec celle d’un œuf stérile et qui montra les premières traces du punctum saliens ; — enfin qui découvrit les follicules de la langue et la structure du tissu glandulaire.
(1) Voyez le chapitre Anatomie générale et Histologie.