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Histoire de la médecine. Étude sur nos traditions

Jamais, à une autre époque plus qu’à la nôtre, l’étude de nos traditions n’a été plus nécessaire. L’enseig“nement de la Faculté de Paris est comme pris de vertig*e oü comme une g*irouette affolée tournant à tous les vents, surtout aux mauvais, ne sachant où retrouver le terrain solide des principes qu’on a depuis long*temps abandonné. Et si quelques hommes, avec des aspirations que nous devons louer, comprennent encore vag’uement qu’on ne retrouvera ce terrain des principes que chez nos maîtres de la tradition, ils manquent eux-mêmes des régules premières qu’il leur faudrait suivre pour réussir dans leurs recherches; car il faut bien le reconnaître : pour voir, iJ faut avoir été enseig-né à voir.

L’étude que nous nous proposons d’entreprendre ne manque donc pas absolument d’actualité, encore qu’elle doive prendre pour but de remuer la cendre de nos vieux auteurs.

J’aurais pu lui donner le titre d’histoire de la médecine, si ce titre n’était trop prétentieux pour ce que je me suis proposé. En effet, une histoire suppose bien des détails dans lesquels je n’ai pas à entrer. En faire sim- Frédault. 1

plement le résumé nous empêcherait, d’un autre côté, d’aborder des détails que je voudrais prendre à tâche de relever. Ce n’est ni une histoire ni un abrég*é d’histoire que nous avons en vue, c’est plutôt une sorte de g*uide pour l’étude de l’histoire, où on trouverait l’ensemble des idées, le mouvement et le prog*rès de la science, et des éclaircissements sur les doctrines capitales, chaque jour si mal interprétées.

Il y a quinze ans, j’avais entrepris, avec plus de témérité que de forces, sans doute, un g*rand travail sur les Jnstitiites de médecine , et je dus à cette occasion revoir, la plume à la main, une g*rande partie de nos auteurs classiques. Les Institutes doivent comprendre cinq parties, selon la tradition : des prolégomènes historiques, la physiologie générale, la pathologie générale^ la thérapeutique générale et la diététique. J’amassai pour chacune d’elles des notes fort nombreuses, j’esquissai la première partie et je fis beaucoup de plans. Enfin je me concentrai sur la physiologie générale, que j’ai publiée en 1863, et qui a emporté avec elle un peu de mon ardeur première, je l’avoue. J’ai reculé devant le travail qu’il m’aurait fallu, et dans le peu de temps dont je puis disposer, je me suis consolé lors de la publication de la Médecine générale de J.-P. Tessier, esquisse magistrale qui, bien que très-courte, suffit à marquer les principes.

Il m’a semblé cependant qu’en reprenant une étude générale de nos traditions, telle qu’on pourrait la mettre en tête des Institutes, la développant même et y faisant rentrer beaucoup des remarques que j’aurais voulu placer, soit dans la pathologie, soit dans la thérapeutique générale, je rendrais encore quelques services dans la mesure où je me dois tenir. Enfin, tant l’imagination a de puissance, je me suis dit que, peut-être même,

présentées sous cette forme un peu historique, les doctrines de notre tradition auront encore une force qu’elles n’auraient pas eues autrement.

Que le lecteur veuille donc bien ne voir dans les pag’es qui suivront rien autre chose que ce que nous lui proposons : une suite d’études sur nos traditions, une sorte de g*uide dans l’examen de nos anciens auteurs, un tableau de la marche de notre science, des remarques sur les points qui ont une plus g*rande importance à propos de nos doctrines.

L’histoire de nos traditions peut être partag*ée en deux g*randes périodes : l’une ancienne^ hippocrato-g'alénique, comprenant toute l’antiquité jusqu’au xvi® siècle, et dans laquelle régnèrent, sauf des divergences particulières, les doctrines promulguées par Hippocrate et Galien ; l’autre, moderne^ pendant laquelle des réformes nombreuses furent introduites dans la science, où, tout en conservant les principaux dogmes posés par Hippocrate (et qu’on peut considérer comme immutables), on rejeta l’interprétation galénique sur la plupart des points, et on accrut le domaine scientifique d’un grand nombre de découvertes.

Chacune de ces deux périodes comprend elle-même plusieurs époques. La période ancienne comprend : 1° une époque d’origine et de fondation commençant avec toutes les traditions antiques, et se terminant dans Hippocrate, qui résume les connaissances acquises et constitue la science écrite ; 2“ une époque d’interprétation, dans laquelle on cherche à exphquer les enseignement hippocratiques ou à les rectifier ; elle commence immédiatement après Hippocrate et finit à Galien, qui la résume ; 3° une époque de diffusion et de transition

qui commence à Galien et finit au xvi® siècle de notre ère; elle embrasse la décadence de la science chez les Grecs et les Romains, sa diffusion chez les Arabes et en Occident, et se termine dans les écoles occidentales par la préparation à des réformes.

La période moderne commence assez rég’ulièrement avec le xvi® siècle, bien qu’on dût la considérer comme inaugurée plus tôt, et se continue jusqu’à nos jours. Chacun des siècles écoulés depuis la partage assez justement en autant d’époques secondaires. Ainsi, le XVI® siècle est l’époque d’inauguration de la fondation iatro-chimique ; le xvii® siècle est celui de l’iatromécanique; le xviii® est celui du vitalisme dans son ensemble; le xix® semble une époque de transition et de reconstitution éclectique.

En résumé, on peut partager notre histoire en sept époques principales :

1® Des origines jusqu’à Hippocrate.

2® Depuis Hippocrate jusqu’à Galien.

3° Depuis Galien jusqu’au xvi® siècle.

4° Le XVI® siècle.

5° Le XVII® siècle.

6® Le XVIII® siècle.

7° Le XIX® siècle.

C’est l’ordre que nous suivrons.

Parmi les ouvrages que l’on peut consulter pour éclairer l’histoire générale, nous citerons les principaux :

D. Leclerc. — Histoire de la médecine, plusieurs éditions; 1696, 1702, 1723, 1726, 1729. Les dernières éditions sont préférables, parce que l’auteur, qui s’était arrêté au temps de Galien environ, a donné im plan de continuation jusqu’aux temps modernes.

Preind. — Histoire de la médecine. Elle fait pour ainsi dire uue suite à celle de D. Leclerc et s’arrête à la renaissance du xvi® siècle. Il a plusieurs éditions latines, et une traduction française de 1727.

Manget. — Bibîiotheca scriptorum medicorum veterum et recenlio rum ; 1731, in-folio, 4 vol.

HAT.T.ER . — Bibîiotheca anatomica. 1774, in-4, 2 vol. — Bibîiotheca chirurgica, 1774, in-4, 2 vol. — Bibîiotheca medicinæ practicæ, 1776, in-4, 4 vol. — Bibîiotheca botanica, 1771, in-4, 2 vol.

ÉiiOT. — Dictionnaire historique de la médecine, 1773, 2 vol., in-8. — 1778, petit in-8, 4 vol.

AcKERMAJf. — Tnstitutiones histotiæ medicinæ, 1792, in-8, trèsestimé.

Toxjrtelle. — Histoire philosophique de la médecine, 1804 (an XII).

K. Sprengel. — Histoire de la médecine, traduction de Jourdan, 1813-1820. C’est l’ouvrage le plus étendu et le plus complet pour ce qui regarde les temps qui se sont écoulés depuis Galien jusqu’à nos jours. Pour les premières époques il est inférieur à D. Leclerc. On peut lui reprocher un mauvais esprit.

Dezeimeris. — Dictionnaire de l’histoire de la médecine, 1828-1837, 7 vol. in-8. Ouvrage utile pour la bibliographie, mais incomplet sur beaucoup de points.

Biographie médicale sans nom d’auteur, 2 vol. in-8, 1840, faisant partie de l’Encyclopédie des sciences médicales, publiée sous les auspices de Bayle. C’est une compilation ampbfiée du Dictionnaire de Éloy.

Renouard. — Histoire de la médecine; Paris, 1846, 2 vol. in-8.

De Blainvxlle et Maupied. — Histoire des sciences de l’organisation; Paris, 1847, 3 vol. in-8.

PoucHET. — Histoire des sciences naturelles au moyen Paris, 1833, in-8.

Sur l’histoire de la médecine en France, on peut consulter :

Naudé. — De antiquitate et dignitate scholæ medicæ parisiensis; Paris, 1628, in-8.

Chômer. — Essai historique sur la médecine en France; Paris, 1762.

Astruc. — Mémoire pour servir à l’histoire de la Faculté de Montpellier; Paris, 1161, inS.

Moreau ide la Sartbe). — Mémoire sur Vhistoire de l'école de médecine de Paris ; Paris, 1814, in-4.

Bérard. — Doctrine médicale de Montpellier; MontpeUier, 1819, in-8. C’est l’apologie de cette école.

Bûchez. — De la Faculté de Médecine de Paris, depuis le xn® siècle, jusqu’à la fin du xvm® siècle. Dans le journal des progrès des sciences médicales, 182 ^ 1.1.

Sabatier. — Recherches historiques de la Faculté de Médecine de Paris, depuis son origine jusqu à nos jours; Paris, 1833, in-8.

Il y a en outre un grand nombre de traités et de mémoires sur des époques ou des questions particulières de Thistoire, Nous aurons lieu d’en citer plusieurs. De même, nous citerons des textes pris dans les grands maîtres, dont nous aurons à parler. Mais le médecin vraiment soucieux de sa science et de son art, doit au moins parcourir quelques-unes des histoires particulières, et prendre une connaissance directe des principaux auteurs qui ont illustré notre tradition. Le seul but que nous voulons poursuivre, est de donner un guide qui aide à se retrouver dans les dédales de ce vaste enseignement historique, en fixant le mouvement de la science, les noms saillants et les principales doctrines.. 11 est clair que nous supposons ainsi au lecteur le désir d’étudier les maîtres eux-mêmes dont nous lui parlerons. Nous avons d’ailleurs résumé souvent nos devanciers, en cherchant à présenter leurs travaux sous un jour plus grand, souvent en les rectifiant ou même en les complétant, sur des points qu’ils nous ont paru avoir négligés.

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