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Histoire de la médecine

La médecine n'est pas seulement l'art de guérir; elle est encore et surtout la science de la vie ; elle confine à toutes les connaissances humaines, empiète souvent sur leur domaine, et profite de leurs découvertes comme celles-ci profitent des siennes. Son histoire suit pas à pas les phases de développement de l'esprit humain. Les progrès qu'il réalise, les arrêts qu'il subit, la marche rétrograde que lui impriment les grands cataclysmes politiques ont leur retentissement sur la médecine. Manifestation permanente d'un effort intellectuel sans cesse dirigé

vers le même but, elle enregistre fidèlement les grandes oscillations de la pensée, comme elle s'imprègne des idées, des espérances et des superstitions régnantes. La médecine d'un peuple donne la mesure de sa capacité cérébrale, comme la médecine d'un siècle nous renseigne sur son développement intellectuel.

On conçoit facilement que l'invasion brutale de la maladie qui terrasse en quelques heures un homme plein de force et de santé, que l'extension mystérieuse des épidémies, que le spectacle terrifiant de l'agonie et de la mort soient bien faits, en vérité, pour dérouter l'intelligence des peuples encore en enfance, et que ceux-ci, dans la terreur religieuse qui les frappe, l'apportent aux divinités dont leur ignorance peuple le monde, des faits qui dépassent les limites de leur raison. Cette phase théologique est vraisemblablement la première que la médecine ait eu à traverser chez tous les peuples ; phase transitoire chez les uns que leur perfectibilité intellectuelle dégage bientôt des réseaux du mysticisme et de la crédulité, phase persistante et définitive dont ne sortiront peut-être jamais ceux que condamne au statu qao l'infériorité de leur organisation cérébrale.

De cette foi aveugle à l'intervention des puissances supérieures dans la vie et la santé des hommes, résulte une confiance illimitée dans le pouvoir de ceux qui personnifient ces puissances

sur la terre. Et c'est ainsi que les mages, que les rois-médecins de l'Egypte, que les druides joignent à leur ministère le privilège de guérir les maladies ; que les évêques et les rois guérissent les écrouelles par l'imposilion des mains ; que l'épilepsic devient une maladie sacrée ; que toute une catégorie d'affections nerveuses considérées comme produites par la possession démoniaque, n'ont de remèdes que dans l'exorcisme, ou de guérison que dans les flammes du bûcher. « De là l'intervention des prêtres dans les temples antiques, des mages, des magiciens, des astrologues, des devins, des oracles, des pylhonisses, des sybilles, des sorciers, des thaumaturges, des magnétiseurs, des pèlerins et des pèlerinages aux lieux profanes et sacrés, des religieuses, des amulettes, des somnambules, des homœopathes, des hydrologues, des charlatans et des imposteurs de toute nature. » (Bouchut, Histoire de la médecine et des doctrines médicales , t. I , p. 9.)

L'Orient, qui vit naître et briller les grandes civilisations primitives, dut entendre les premiers balbutiements d'une médecine analogue, médecine tout à fait à part, mélange de mysticisme et de superstition, conséquence inévitable du fatalisme qui constituait le fond moral et religieux des Aryas. C'est dans leurs hymnes héroïques, dans les Védas, que l'on peut retrouver comme des vestiges de ce que devait êlre chez ces peuples l'idée médicale.

Le Rig-Véda mentionne quelques maladies telles que la lèpre et la phtisie ; un de ces hymnes est consacré aux cent quatre plantes médicinales; la prière, la magie, les incantations, les conjurations, sont les seuls remèdes aux maux qui frappent l'humanité. L'étroite parenté des Aryas et des Hellènes ; l'unité probable de la grande famille indo-européenne que semblent démontrer les travaux modernes de philologie et d'archéologie, permettent de supposer que la phase mystique n'a pas plus manqué à la médecine des anciens Hellènes qu'à celle de leurs frères les Aryas ; mais tandis que les uns se sont immobilisés pour ainsi dire dans l'état où ils étaient il y a plus de trois mille ans, tandis que l'Indien actuel est comme l'image fidèle de son ancêtre, l'auteur des Védas, les Hellènes au contraire, se trouvent emportés dans un admirable mouvement d'évolution progressiste qui à travers la période homérique, aboutit à l'apothéose splendide du génie grec, au siècle de Périclès.

Et voilà que déjà, à l'époque d'Homère, la médecine grecque a su s'élever au-dessus de l'atmosphère étouffante du mysticisme et de la théurgie ; voilà qu'appuyée sur les systèmes philosophiques, première ébauche de la liberté de pensée et d'examen, et surtout sur l'observation attentive des faits, elle a su se constituer en tant que connaissance humaine sur des bases solides ; de

façon que « dès cette époque et contrairement à l'opinion généralement admise, on peut affirmer que la médecine comme la chirurgie possèdent une existence réelle. » (Daremberg.)

Sans doute la crédulité n'a pas perdu des droits dont elle use encore au xix° siècle ; et les malades continueront de se rendre en foule dans les temples do Titane, de Tricca, d'Épidaure et de Pcrgame, pour y chercher la guéiïson dans des pratiques superstitieuses. On peut dire même que la médecine d'alors reçoit plutôt une influence néfaste d'une philosophie essentiellement métaphysique où les grands problèmes de la santé, de la maladie et de la mort sont discutés ; où la physiologie s'éveille dans des théories cosmogoniques qui pour être le plus souvent le fruit de conceptions a 'priori, n'en revêtent pas moins un caractère de grandeur imposante, et témoignent d'une élévation de pensée qui confond. Mais à côté des Asclépiades, prêtres d'Esculape et desservants de ses temples, à côté des grands philosophes, des Thaïes, des Zenon, des Diogène d'Apollonie, des Heraclite, des Pythagore, et des Ëmpédocle, il existait toute une génération médicale descendant d'Esculape et de ses fils Machaon et Podalire dont parle Homère, et qui représentent la médecine scientifique et laïque.

Longtemps avant Ilippocrate, des écoles médicales célèbres llorissaient à Cos, à Cnide , à

Cyrène , à Crotone, et c'est de ces écoles que sortirent ces Asclépiades laïques, dont les uns, appelés période u tes ou voyageurs, allaient de ville en ville exercer leur art, dont les autres « médecins publics ou pensionnés, existaient dans toutes les villes importantes, à Athènes, à Samos, à Egïne, et jusqu'à la cour des rois de Perse. » ( Daremberg.)

Il ne nous est rien resté des écoles de Rhodes, de Crotone et de Cyrène. Quant aux écrits qui émanent de celles de Cos et de Cnide, ils forment la Collection hippocratique, due à un certain nombre d'auteurs, parmi lesquels le plus connu est Ilippocrate, surnommé le Père de la médecine.

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