CHAPITRE VIII
L'iatro-chimisme. — Ses précurseurs : Van Helmont. — SeB fondateurs: Sylvius de Le Boë, Willis. -t- L'iatro-chimisme en Europe, en France. — L'antimoine.
Le xvii 8 siècle est, avant tout, un siècle de systèmes. C'est à lui qu'appartiennent l'iatro-chimisme etl'iatro-mécanisme. Ces deux doctrines qui se sont partagé la médecine pendant de si longues années, sont une phase de transition entre la médecine ancienne etlamoderne. Elles marquent l'invasion dans la science de procédés nouveaux et de méthodesnouvelles; mais elles n'en apparaissent pas moins comme une dernière incarnation de l'esprit scholastique, dont un vernis superficiel d'observation et d'expérimentation est impuissant à cacher les inconséquences et les exagérations.
L'iatro-chimisme, le premier en date, est loin d'être un système nouveau. Paracelse l'avait préparé et avant lui le moine Basile Valentin, l'inventeur de l'antimoine, et même Rhazès et la plupart des médecins arabes, avaient essayé d'appliquer la chimie à la médecine. C'est à partir de Van Helmont que la doctrine se formule, ce n'est qu'après
Sylvius de Le Boë et Thomas Willis qu'elle est définitivement constituée.
Van Helmont est au moins aussi étrange que Paracelse, de puissantes affinités unissent ces deux hommes. C'est le même esprit inflexible, la même énergie indomptable chez le tribun emporté et chez le moine extatique. La foi seule peut faire de tels illuminés, et Paracelse comme Van Helmont avaient la foi. Quoique Paracelse soit grossier et ignorant, et qu'on sente chez Van Helmont le gentilhomme et l'érudit, tous deux sont nés despotes, et si la tyrannie scientifique de l'un est celle d'un chef de bande, elle rappelle chez l'autre la rigueur implacable d'un supérieur de couvent.
Van Helmont naquit en 4557 à Bruxelles; il fit ses humanités à Louvain, et les jésuites lui enseignèrent la philosophie. L'un d'eux, Martin del Rio, l'initia à la magie. Doué d'une imagination ardente, à laquelle les idées religieuses dont il était imbu imprimèrent une direction toute particulière, Van Helmont se livra sans réserve à toutes les rêveries de mysticisme. La contemplation et l'extase devinrent ses procédés habituels de réflexion. Il finit même par jouir de la contemplation des théophanies, et par apercevoir son âma sous la forme d'un cristal resplendissant. C'est sous l'empire d'une telle surexcitation cérébrale que Van Helmont abandonne sa fortune à sa sœur,
et se résout à chercher dans l'étude de la médecine un remède universel aux maux qui accablent l'humanité. Il ne tarde pas à être cruellement désenchanté. Une aventure personnelle lui montre l'inanité et l'invraisemblance des théories médicales alors en honneur. Ayant contracté la gale dans ses voyages, Van Helmont s'était mis entre les mains de deux célèbres praticiens. Il fut si souvent saigné et purgé qu'il pensa en mourir, sans que la gale diminuât le moins du monde.
Dégoûté de la médecine, Van Helmont se livre alors à l'étude de la chimie et croit y trouver les armes suffisantes pour terrasser l'humorismegalénique. Pendant trente ans, il ne sortit de son laboratoire que pour donner gratuitement ses soins aux malades. 11 mourut en 1664 d'une violente pneumonie, sans avoir voulu revoir une lancette. « Van Helmont était un grand pendard de Flamand, dit Guy Patin, qui est mort depuis quelques mois. Il n'a jamais rien fait qui vaille; il s'insurgeait fort contre la saignée faute de laquelle pourtant il est mort frénétique. »
Les principaux ouvrages de Van Helmont sont : le Traité de la guêrison magnétique des blessures, le Supplément aux eaux de Spa, la Doctrine des fièvres, le Traité de la formation des calculs, et YOrtus médicinal. Pour lui tout corps est le résultat de deux éléments, la matière première et le ferment. Il emprunte à Paracelse sa conception de
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l'Archée, sorte de principe vital inlermédiaire entre l'âme et le corps, occupant l'orifice de l'estomac, et tenant sous sa dépendance les archées secondaires qui président aux fonctions des différents organes. Il assimile le corps à un Etat, et le dote d'une organisation politique. Les archées secondaires obéissent-ils è l'archée principal, c'est la paix, c'est la prospérité, c'est la santé! La révolte se met-elle parmi eux, la guerre civile s'allume, et la maladie est constituée. La mort survient quand l'anarchie est à son comble. Quelle grande leçon de politique! La digestion est une opération chimique qui se décompose en six opérations secondaires. Le tube digestif est un laboratoire où la chaleur et les ferments fournis par les organes annexes, produisent mille réactions. Sa pathologie est un mélange de mysticisme et de chimiatrie; sa thérapeutique où il préconise l'emploi de médicaments chimiques, fourmille de remèdes extraordinaires qui ne le cèdent en rien sous le rapport de l'étrangeté, aux recettes extravagantes des vieilles commères. Faut-il s'en étonner de la part d'un homme qui vivait dans un monde imaginaire, et superstitieux au point de croire à la génération spontanée des vers, des cloportes, des scorpions et des souris.
Le véritable fondateur de l'iatro-chimisme, Sylvius ou François de le Boë, naquit à Hanau, près de Francfort-sur-Ie-Mein en 1614. Docteur à
23 ans, il visite l'Allemagne et la Hollande; en 1658, il occupe la chaire de médecine pratique à Leyde. Nourri de la lecture de Descartes et de Van Helmont, Sylvius entra franchement dans les rangs des adversaires de l'humorisme galénique. 11 se fit le défenseur de la circulation du sang, des remèdes chimiques, et notamment de l'antimoine dont nous parlerons bientôl. Bel homme, ce qui ne nuit jamais au succès, courtois et modéré dans la discussion, ce qui est rare à cette époque, éloquent et disert, ce qui assure toujours un auditoire sympathique, Sylvius fut nommé recteur de l'Université de Leyde, et mourut en 1672. Il fut enterré à l'église Saint-Pierre de Leyde : si l'on en croit son oraison funèbre, sa sobriété était fort grande; personne ne pouvait se vanter de l'avoir vu tituber ; il faut croire que c'était là une qualité peu commune parmi les Hollandais du temps.
Sylvius a laissé un grand nom comme anatomiste surtout à cause de ses études sur l'encéphale. On lui doit aussi beaucoup de reconnaissance pour avoir largement ouvert aux étudiants les portes des hôpitaux, et mis en vogue le système si utile des leçons cliniques publiques. Ses opinions physiologiques et anatomiques sont réunies sous le nom de Disputations médicales, au nombre de dix. C'est là son principal ouvrage. Le système chimiatrique de Sylvius forme un ensemble bien coordonné.
C'est encore de la spéculation pure, mais au moins