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avec une apparence de réalité qui séduit par la simplicité et la clarté. La digestion est une suite d'opérations chimiques; au contact de la salive du suc pancréatique et de la bile, il se produit dans les aliments des réactions, des fermentations, des effervescences. Dans la profondeur des organes ce ne sont encore qu'actions et réactions chimiques, combinaisons d'acides et d'alcalis; formation de sols et production de scories. L'archée vital de Van Helmont disparaît, il est remplacé par un corps subtil, mais matériel, analogue à l'esprit-devin!
Même système en pathologie. La maladie est comme l'expérience chimique qui échoue parce qu'on s'est trompé de flacon. Les âcretés alcalines ou acides des humeurs en sont la cause. De la des réactions imprévues des humeurs les unes sur les autres, des effervescences résultant d'un sang trop acide avec une bile trop alcaline; aussi l'indication thérapeutique qui découle d'une semblable théorie est-elle de calmer les acrimonies des humeurs; et le meilleur moyen est d'employer les ressources que la chimie met à notre disposition.
La chimiatrie fut bien accueillie en Angleterre, où elle compte parmi ses principaux adeptes Thomas Willis (1622-1666), d'abord professeur de philosophie naturelle à l'université d'Oxford, puis membre de la Société Royale de Londres. Ce médecin célèbre n'avait guère de chance dans sa
pratique; « Il me tue plus de sujets qu'une armée ennemie » disait le roi Charles II. Willis adopta la plupart des idées de Sylvius, mais étendit encore en pathologie le rôle de la fermentation. Ses principaux ouvrages sont les deux Diatribes, l'une sur la fermentation, l'autre sur les fièvres; son Anatomie du système nerveux, qui est célèbre, sa Pathologie cérébrale et nerveuse. Malgré l'autorité de Willis, l'iatro-chimisme ne tarda pas à être attaqué en Angleterre d'abord par Robert Boyle au nom de la chimie, puis par Sydenham au nom de la médecine. Plus tard Pitcairn tenta de lui substituer son système iatro-mécanique. Rapidement la chimiatrie envahitl'Europe. En Allemagne, elle triomphe facilement, mais partout ailleurs elle doit soutenir des luttes vigoureuses, en Italie, en Hollande, son pays natal, et surtout en France, où les partisans de l'humorisme galénique lui défendent le terrain pied à pied. On peut le dire à leur louange, leur héroïsme était à la hauteur des coups qui les frappaient. Le sang circulait, la lymphe se détournait du foie; on ruinait, comme à plaisir, « tant de dogmes succulents et de thèses magnifiques. » Et voilà que les chimiâtres entraient en lice, avec leurs théories et leurs poisons! l'antimoine, leur médicament favori, fut l'étincelle qui mit le feu aux poudres ; deux décrets du parlement avaient condamné l'antimoine comme un dangereux poison. Il ne fallut rien moins que la maladie de Louis XIV,
en 1658, que Guénaut traila par l'antimoine, et un décret du parlement en 1665 pour le réhabiliter. La guerre avait duré près d'un siècle : elle se terminait encore une fois à la confusion de Galien.