‹ Histoire de la medicine et des doctrines médicales (volume 2)Chapitre 10 sur 141 · BOL'CHUT. II · texte numérisé non relu

BOL'CHUT. II

relative et absolue des principes minéraux constitutifs des liquides de l'économie. De là celte doctrine de Yàcreté des humeurs qui a eu un si grand retentissement et qui a survécu à son auteur assez longtemps pour avoir encore aujourd'hui des représentants dans la demiscience des gens du monde. — Il considérait comme acres tous les esprits acides et tous les sels lixivieux, c'est-à-dire les substances acides et alcalines, et en conséquence, selon la prédominance de ces éléments dans les humeurs, il dut admettre deux sortes d'àcretés, l'une acide, l'autre alcaline, offrant chacune de nombreuses variétés. — Cette doctrine était appelée à remplacer l'ancienne doctrine humorale de Galien, et elle y réussit auprès de beaucoup de médecins. A côté des choses vraies, ce qu'elle renferme d'hypothèses est incroyable.

Ainsi, la peste était due à une âcreté alcaline produite par le sel volatil qui tient le sang dans un état de fluidité anormale, et s'oppose à sa coagulation. Ce qui le prouve c'est qu'une solution de ce sel injectée dans les veines produit les symptômes de la peste (Hoefer, Hist.de la chimie, p. 216, tom. II) et les meilleurs moyens prophylactiques ou curalifs de cette maladie reposent sur l'emploi des acides.

La bile devenait acide, s'épaississait et occasionnait des obstructions, où elle était alcaline et produisait le frisson et les fièvres. — Son mélange avec le sang et son âcreté produisaient l'ictère sans obstruction du foie. Son effervescence avec le suc pancréatique engendrait la plupart des autres maladies.

L'âcreté acide du suc pancréatique et l'obstruction des conduits du pancréas étaient la cause des fièvres intermittentes et par son âcreté plus grande de l'hystérie et de l'hypocondrie. — Son effervescence avec la bile produisait une humeur acide visqueuse qui accablait les esprits vitaux du cœur et devenait cause de syncope, de palpitations ou d'épilepsie; son effervescence avec la lymphe engendrait les spasmes et les convulsions.

La lymphe acre et acide jointe à l'obstruction pancréatique était la cause de la goutte, de même pour la petite vérole, pour la syphilis, pour la gale, etc.

Presque toutes les maladies résultaient de l'acide acre de la bile, de la lymphe et du suc pancréatique ; quant aux âcretés alcalines elles étaient peu nombreuses, et c'est à elles qu'il attribuait les fièvres malignes. — Elles résultaient de la surabondance des sels volatils et de la ténacité du sang.

Beaucoup d'affections de l'estomac avaient pour cause un principe acide et ce qui le prouve c'est que les meilleurs remèdes employés pour les guérir consistent dans l'emploi des matières alcalines ou

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d'autres substances qui se combinent avec les acides (Praxis med., lib. 1, cap. II, §5).

Les douleurs intestinales dépendent soit de sucs acides, soit d'àcretés salines et d'esprits volatils que l'on neutralise par des substances possédant des qualités opposées, et si les aliments passent trop vite de l'estomac dans l'intestin sans être suffisamment digérés c'est à cause d'une prédominance des sels acres de la bile ou de l'acidité trop grande du suc pancréatique. — Dans ce cas, les alcalins, et particulièrement l'eau de chaux, devaient être prescrits aux malades.

La goutte localisée dans les ligaments articulaires avait pour cause une humeur acre, bilieuse, mêlée à un sel lixivieux ou acide d'où une goutte alcaline et acide qu'on distinguait par la nature et l'intensité de la douleur.

Dans cette pathologie, les solides ne jouent qu'un rôle secondaire et tout ce qui concerne la nature des maladies s'y trouve rapporté aux humeurs, à leur fermentation et à leur effervescence ou à leur acrimonie, c'est-à-dire à la présence d'éléments acres, acides, lixivieux salés, c'est-à-dire alcalins, muriatico-acïdes, ou aux altérations de la bile et de la lymphe modifiées d'une façon analogue. C'est aux yeux de bien des médecins le comble de l'hypothèse, mais il paraît qu'en ce temps ce langage était parfaitement compris, mieux que cela, il était accepté comme l'image de la vérité et, pendant de nombreuses années, il s'est trouvé des hommes fort instruits, avec des habitudes positives de l'esprit pour s'en faire les chauds et sincères disciples.

D'ailleurs cette doctrine des ferments pathologiques semble reparaître, car nous acceptons la réalité du ferment salivaire, du ferment gastrique; les virus sont considérés comme des ferments et les maladies virulentes sont appelés zymotiques.

La thérapeutique était conforme à la pathogénie. — Elle reposait surtout sur l'emploi des médicaments chimiques contraires aux acres acides et alcalins qui étaient supposés être la cause du mal. — Ainsi Sylvius prescrivait les purgatifs salins dans les maladies dues à l'effervescence alcaline de la bile; il modérait l'âcreté de celle sécrétion par l'opium ; et pour corriger l'acidité de la lymphe ou du suc pancréatique, il avait recours aux sels volatils qui sont alcalins ; enfin il prescrivait les absorbants dans ce qu'il appelait acrimonie d'estomac, ce que nous faisons encore aujourd'hui. Il employait les boissons acidulés dans les maladies dues à une effervescence alcaline ; les acides et les éthers contre la dissolution des humeurs, puis, selon l'occasion, les diurétiques acides ou alcalins, les sudorifiques, les corroborants, la saignée, etc.

Tout cela se faisait sans nul sonci de la marche et de la période de crudité ou de coction des maladies. — On n'avait jamais rien vu de semblable et assurément, lorsqu'on croyait avoir réalisé un progrès en abandonnant les hypothèses humorales et naturistes de Galien, on était tombé dans une autre chimie hypothétique, mille fois plus dangereuse pour les malades que l'Humorisme ancien.

De plus longs détails sur les pratiques de la Chimiâtrie sylvienne seraient inutiles. Ce que j'en ai dit peut suffire pour les faire apprécier et pour faire voir de combien d'erreurs se couvre une vérité, avant de se faire jour. Malgré ces erreurs, le système a prévalu, et pendant longtemps a joui de l'estime générale. Qui sait s'il n'est pas au moment de reparaître avec la redécouverte des ferments et si les essais de pathologie zymotique, c'est à-dire de fermentation pathologique récemment mis à l'ordre du jour, ne seront pas prochainement l'origine d'une chimiâtrie nouvelle.

Si, malgré ses absurdités, l'Humorisme de Sylvius trouva des partisans très nombreux, il eut de vigoureux adversaires à la faculté de Paris dans Riolau et Guy-Patin qui, tombant dans un excès opposé, repoussaient toute alliance de la chimie et de la médecine, se firent de nouveau les défenseurs de la doctrine galénique et étaient à ce point hostiles qu'ils n'avaient jamais voulu employer de préparations antimoniales. — Le dernier surtout était si passionné qu'il appelait les chimiâlres faux monnayeurs de la médecine (lettres, tom. I, page 96, 1691) et qu'il déclara que l'antimoine avait fait périr plus d'hommes que la guerre de 30 ans n'en avait moissonné dans les champs de l'Allemagne.

La lutte fut si vive que la faculté de Paris intervint et rendit un arrêt de proscription contre l'antimoine et les remèdes arabes. On n'y voulait point entendre parler de cet humorisme chimique.

C'est en Angleterre que cet Humorisme chimique trouva d'abord des défenseurs. — D'abord appuyé par les travaux de Charleston, il devint la doctrine de Thomas Willis qui se rapproche de Paracelse plutôt que de Sylvius.

SYSTÈME CHIMIATRIQUE DE WILUS

Willis (1622-1675) admettait, comme le premier des alchimistes, que le soufre, le sel et le mercure formaient tous les corps de la nature et en expliquaient les changements (1), qu'un ferment acide de l'estomac uni au soufre des aliments formait le chyle dont l'effer-

lj Renouard, Hist. de la méd.,l. Il, p. !is7.

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