‹ Histoire de la medicine et des doctrines médicales (volume 2)Chapitre 111 sur 141 · DÉCOUVERTE DES NERFS TROPHIQUES — A. COMTE ; SAMUEL ; ROMBERG · texte numérisé non relu

DÉCOUVERTE DES NERFS TROPHIQUES — A. COMTE ; SAMUEL ; ROMBERG

Une découverte récente de physiologie et qui aura, en médecine, les plus importantes conséquences, est celle qui établit entre les nerfs une catégorie particulière pour ceux d'entre eux dont la lésion produit une altération de nutrition dans les organes où ils se rendent. Je veux parler des nerfs trophiques, signalés par Auguste Comte en 1854 (3) , par Samuel en 1860 (4) et démontrés par Romberg en 1860, qui, à l'occasion d'une atrophie de la face, a introduit dans la science le mot de Tropho-névroses (5).

Ainsi, la section du nerf sciatique et du nerf crural d'un seul côté a produit l'hypertrophie du squelette dans le côté correspondant

(1) Donders, Resserrement de la pupille.

(2) E. Bouchut, Pathologie générale, 2e édition.

(3) « Outre celte influence générale, le centre cérébral se rattache particulièrement au corps par les nerfs spéciaux de la nutrition. — Ils remplissent envers elle, avec moins d'énergie, un office de perfectionnement analogue à celui des nerfs moteurs pour les fonctions musculaires. » Politique positive, t. IV, p. 237.)

(4) S. Samuel, Die Trophischen Nerven. Leipzig, 1800.

(5) Romberg, Die Nerven Krankheiten.

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(Schiff, Brown Séquard) (4). Certaines plaies des nerfs ont produit des éruptions huileuses et eczémateuses (Mougeot(2), Weir Mitchell, Morehouse et W. Kean). L'altération des nerfs intercostaux et des ganglions de la racine antérieure a été observée dans le Zona(Recklinghausen , Danielssen , Baerensprung, Haight, Weidner, Wagner, Esmarch, Oscar Wyss (de Zurich), etc.). — Il en est, de même de la névrite sciatique avec le zona de la cuisse (Bouchut), — de la névrite du bras et de la jambe (Charcot), dans le zona du bras.

La névralgie de la 7me paire a pu occasionner l'hypertrophie de la lèvre (Duval, Friedreich). — La section du pneumo-gastrique au niveau de l'anneau œsophagien avec les branches du nerf grand sympathique arrête la sécrétion du suc gastrique (Pincus).

L'extirpation des ganglions cervicaux du grand sympathique produit souvent l'hydropéricarde (Schiff). — L'ablation du ganglion cervical inférieur produit la pleurésie (Cl. Bernard).

L'ablation du ganglion cervical supérieur a déterminé h pneumonie (Idem). — La piqûre du plancher du 4me ventricule produit la glycosurie et quelquefois l'hypérémie des reins avec albuminurie.

Les névralgies faciales un peu intenses produisent quelquefois la salivation (Valleix). — La névrite de la branche ophthalmique de la 5rae paire produit souvent la fonte de l'œil correspondant.

La myélite des cordons antérieurs et postérieurs dans la substance grise détermine souvent l'hypérémie de la papille, puis, avec le temps, l'atrophie et l'amaurose.

La névralgie cardiaque, quand elle se prolonge, fait l'hypertrophie du cœur.

Certaines gastralgies en modifiant la quantité ou la qualité du suc gastrique occasionnent la gastrite chronique, et, à un certain âge, le cancer de l'estomac.

Les sciatiques rebelles produisent l'atrophie du membre (Valleix, Louis, Notta, Bonnefin). La]"névralgie du cubital a produit l'atrophie de l'avant-bras (J. Franck).

DES APPAREILS ENREGISTREURS DES MOUVEMENTS DU POULS, DES MOUVEMENTS DU CŒUR, DES CONTRACTIONS MUSCULAIRES ET DE LA VITESSE DU COURANT NF.RVEUX DE LA VOLONTÉ

C'est à l'introduction des appareils enregistreurs en médecine

(1) Brown Sequard, Sur les altér. pathol. qui suivent la lésion du nerf sciatique. (Comptes rendus delà Soc. de Biologie, t. I, lSiD, p. 136.)

(2) Mougeot, Recherches sur quelques troubles de nutrition consécutifs aux affections des nerfs. — Thèse, Paria, 1SR7.

que l'on doit la connaissance de la pression du sang ou de la tension artérielle et des mouvements du pouls; — des mouvements du cœur; — de la contraction musculaire, et, chose plus admirable, de la vitesse de la volonté.

Ludwig, en 1840, est le premier qui ait employé un appareil destiné à enregistrer la pression du sang dans les artères. Il l'appelait Kymograpliion, de xîifjia, vague, et ypa-pw, j'écris. C'était sur la colonne de mercure du manomètre un flotteur surmonte d'une longue tige ayant perpendiculairement une autre tige terminée par une pointe écrivant sur un cylindre tournant garni de papier enfumé. Peu après, Ifelmholtz imagina le myographe, destiné à enregistrer la contraction musculaire et la vitesse de l'action nerveuse; puis, en 1851, Yierordt employa un instrument analogue pour écrire le tracé du pouls de l'homme vivant, et créa ainsi \a.sphygmographie, que M. Marey introduisit en France en perfectionnant les appareils et en construisant un sphygmographe dont l'emploi est aujourd'hui général en physiologie et en médecine (1).

Il faut ne pas s'être servi de ces appareils enregistreurs, ou ne les avoir pas vus à l'œuvre pour nier leur utilité. Sans eux, nulle recherche précise sur la tension artérielle, sur les mouvements du cœur, sur la contraction musculaire, n'est possible. Par eux nous avons la sphygmographie et la cardiographie dont les résultats viennent d'être indiqués, et qu'on retrouvera plus loin dans le chapitre consacré à YOrganoscopie. Nous leur devons les études de la contraction musculaire dans le vol des oiseaux, par M. Marey, et enfin la connaissance de la vitesse du courant nerveux de la volonté dont je parlerai dans un instant. Ce sont des instruments de première nécessité, et leur découverte constitue pour la physiologie une source réelle de progrès.

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