CHIRURGIE AU XVIII" SIÈCLE
Ce que l'anatomie et la chirurgie de la seconde moitié du xvne siècle avaient fondé se déroule largement dans le xvme, car la plupart de toutes ses illustrations chirurgicales appartiennent aussi à la fin du siècle précédent, et sont aussi des célébrités de l'anatomie. — C'est une continuation de méthode et d'idées d'un siècle à l'autre, et non un réveil de la science, semblable à ceux que signale l'histoire de la chirurgie. Dans la plupart des pays de l'Europe, l'anatomie acclimatée avait exercé la main des opérateurs de façon à lui donner la hardiesse et l'habileté convenables, en même temps que l'anatomie pathologique avait permis de déterminer un peu mieux la nature des altérations chirurgicales. — Par l'anatomie, on devenait physioogiste et chirurgien et il est facile de comprendre pourquoi, à cette époque de diffusion des connaissances anatomiques, il y a eu tant de chirurgiens importants et justement célèbres.
Bien que la cause de ce progrès fut dans la nature même des idées de liberté philosophique en honneur, et dans le goût de l'observation réelle substitué aux fantaisies de l'autorité scientifique, diverses circonstances y contribuèrent beaucoup. Ainsi les chirurgiens Bienaise (1638-1681) et Roberdeau rétablirent à leurs frais, à Saint- Côme, plusieurs charges de démonstrateurs d'anatomie et de chirurgie et Louis XIV, sollicité par ses chirurgiens, fatigué des réclamations rétrogrades de la faculté, créa au Jardin des Plantes dit Jardin du Roi un enseignement d'anatomie et de chirurgie qui fut confié à Dionis et qui eut le plus grand succès. — En même temps, le roi comblait d'honneurs ses chirurgiens, Clément et Mareschal, ce qui dédommageait la profession en général du mépris qu'elle recevait des médecins. Des leçons anatomiques et cliniques faites par
Duverney, par Littre, par Mery, par Winslow, par J. L. Petit attiraient la foule. Malgré l'opposition de la Faculté, Lapeyronie obtenait du roi en 1724 pour l'École Saint-Côme la création de cinq places de démonstrateur d'anatomie et de chirurgie, et, comme c'était trop peu, Lapeyronie en ajouta une sixième payée de ses deniers, à l'égal des autres, en môme temps qu'il créait un nombre égal d'adjoints et qu'il faisait également cadeau à la ville de Montpellier de quatre professeurs et de quatre adjoints pour l'enseignement de la chirurgie.
Si de telles largesses immortalisent le nom d'un homme, elles ont en même temps des résultats incalculables pour le progrès de la science auxquelles on les applique. C'était enfin la chirurgie enseignée par des chirurgiens.
A côté de ces fondations de propagande pour la science élémentaire, si l'on ajoute comme couronnement de l'édifice le décret du roi de 1743 qui rejette de la société des chirurgiens la communauté des barbiers, la création en 1749 d'une société libre d'enseignement supérieur qui fut l'Académie royale de chirurgie, on comprendra quelle force et quelle puissance dut avoir la chirurgie du xvme. Mais cela ne dura guère. La chirurgie, comme tout le reste, fut tout à coup brisée par la révolution, pour reparaître quelques années plus tard, unie dans une parfaite égalité de droits avec la médecine, lors de la constitution de l'Ecole de santé, et depuis lors, entre ces deux branches de l'art médical il s'est fait une fusion indestructible.
Si, dans le xvine siècle, la chirurgie a marché d'un pas presque égal dans toute l'Europe, c'est en France que se trouve l'initiative par suite des travaux d'hommes restés célèbres dans l'histoire de la science. Ne pouvant les indiquer tous, je citerai seulement les principaux d'entre eux :
Jean Guichard Duverney (1679 à 1730), professeur d'anatomie et de chirurgie au Jardin du Roi. — Il a publié un traité des maladies des os relatif aux fractures, aux luxations, au rachitis, au ramollissement des os et à la carie ; dans lequel se trouvent des vues neuves fort appréciées de son temps.
Alexis Littre, de 1658 à 1725, anatomiste et chirurgien de Paris, auquel on doit un grand nombre d'observations de chirurgie et la création d'une méthode d'établissement d'anus artificiel dans la région de l'S iliaque.
Pierre Dionis (1673), chirurgien éminent de Paris qui fut désigné par le roi pour inaugurer au Jardin Royal renseignement de l'anatomie, de la chirurgie, surtout de la circulation telle que l'entendait Harvey, afin de lutter contre l'obscurantisme de Riolan qui, à la
Faculté, professai! encore les théories de Galien. — On lui doit des publications remarquables sur l'anatomie et la physiologie de l'homme, — sur les opérations de chirurgie et sur les accouchements. — Homme de progrès, au courant des découvertes récentes, son livre de chirurgie eut un immense succès en raison de la méthode qui préside à toutes les descriptions des procédés opératoires et du sens pratique qu'on y découvre. — Il se compose de dix chapitres : 1° sur les opérations en général avec leur instrumentalion et leurs appareils; 2° sur les opérations du bas-ventre; 3° sur les opérations de la vessie, de la verge et de la matrice ; 4° sur l'histoire des hernies et de la fistule à l'anus; 5° sur Pempyème, l'amputation des mamelles, la bronchotomie qu'on ne pratique pas assez souvent et qu'il faut pratiquer d'un seul coup, etc.; 6° sur le trépan; 7° sur les polypes du nez, le bec-de-lièvre, etc. ; 8° sur les maladies des extrémités et sur les amputations, enfin sur l'extraction des corps étrangers et les instruments nouveaux que cela nécessite. — Il ya dans ce livre, qui résume 50 ans de pratique, des vues sages et des aperçus nouveaux qui peuvent encore être utiles à consulter.
Frère Jacques ou Baulieu (1651-1720), célèbre comme empirique, par sa pratique de la taille, par le grand et petit appareil, et il fut un de ceux qui commencèrent à latéraliser l'incision.
Belluste, 1700, chirurgien français qui a publié de 1696 à 1725 une chirurgie d'hôpital où il s'élève contre le pansement trop fréquent des plaies et l'usage des tentes, absolument comme Magatus, et c'est à lui qu'on doit l'usage d'une plaque de plomb après le trépan pour défendre la dure mère ou le cerveau, etc. Il a beaucoup employé les préparations mercurielles, et a laissé une formule relative à des pilules qui portent son nom.
Poupart, chirurgien de l'Hôtel-Dieu de Paris, mort en 1708, a publié un ouvrage de chirurgie qui est la reproduction de ses cours publics, et qui ne renferme rien de nouveau ; on a aussi des observations d'anatomie pathologique intéressantes et des considérations analomiques sur les ligaments qui portent son nom et qui, allant de la crête de l'os des îles à la crête du pubis, soutiennent les muscles de F abdomen.
Mauquest de La Molle (1718), célèbre chirurgien accoucheur de Paris, qui a publié outre une mauvaise théorie de la génération, un excellent traité d'accouchements et un bon traité de chirurgie rempli d'observations personnelles. Dans cet ouvrage, il défend la doctrine de Magatus sur la rareté du pansement des plaies, il se montre favorable au trépan, et paraît peu enthousiaste de la taille.
Daviel (1606-1762), oculiste célèbre de Paris, qui a été attaché
à la personne du roi, et qui a joui d'une célébrité méritée par de bonnes études préalables de chirurgie à Rouen et à Marseille. — Il est l'auteur d'un procédé d'extraction de cataracte par lambeau triangulaire de la cornée dont la base était vers le grand angle de l'œil.
— Mieux vaut l'incision demi-circulaire inférieure et encore mieux la demi- circulaire supérieure pour éviter l'écoulement du corps vitré.
— Il n'a publié que quelques lettres dans le journal de médecine et dans le journal des savants.
Maitrejan (1707), chirurgien de Mery-sur-Seine renommé pour son traité des maladies de l'œil, pour ses études sur le siège de la cataracte dans le cristallin, et pour quelques observations de chirurgie.
Saint-Yves (1722), chirurgien célèbre de Saint-Côme auquel on doit un très-bon traité des maladies des yeux dans lequel se trouve la distinction de la cataracte membraneuse et de la cataracte cristalline; une approbation du procédé d'opération par l'extraction; l'observation des décollements de la rétine, de l'atrophie rétinienne, etc.; son nom est encore cité avec honneur par les oculistes de notre époque.
Morand (1G97 à 17G8), chirurgien très-célèbre de Paris qui a publié un excellent traité de la taille par le haut appareil; un mémoire sur la taille latérale; des opuscules de chirurgie et un grand nombre d'observations sur la cataracte, sur les plaies de la vessie, sur une plaie du cœur; sur le remède lithontriptique de MUe Stephens; sur les pierres de fiel; sur le ramollissement des os, etc. — C'est un des plus illustres chirurgiens de ce temps.
Duhamel-Dumonceau (1739), physicien de l'académie Royale des sciences, n'a pas fait de chirurgie pratique, mais ses recherches sur la teinture des os par la garance pillées par Flourens; sur le développement des os par leurs extrémités; sur l'ossification par le périoste et sur le rôle de cette membrane dans la formation du cal des os fracturés ont énormément contribué à l'avancement de la chirurgie. Elles sont le point de départ des tentatives d'extirpation souspériostique de certains os nécrosés suivies de la reproduction d'un os nouveau remplaçant l'ancien. — Sans celte connaissance physiologique, Blandin et Ollier surtout n'auraient pu faire ces résections sous-périostiques heureuses qui sont un grand honneur pour la chirurgie du xixe siècle.
Le Cat (1700 à 1708), 'grand chirurgien de Rouen surtout renommé pour la lithotomie et ses travaux sur les pierres de la vessie. On lui doit un traité important sur les sens, une dissertation sur le fluide nerveux, sur l'insensibilité du cerveau et l'irritabilité hallérienne; un
traité des sensations et des passions, des observations sur le Carcinome des mamelles, etc.
LeDran (1729), un des plus grands chirurgiens de ce siècle à Paris, qui a publié un très-beau parallèle des différentes manières de tirer la pierre hors de la vessie; un traité des opérations de chirurgie et des observations chirurgicales sur les plaies d'armes à feu, etc.
Arnaud-de-Roufil (1748), chirurgien professeur de Saint-Côme auquel on doit un excellent traité des hernies et des observations sur les anévrysmes.
Goulard (1745), habile chirurgien de Montpellier qui s'est fait connaître parun travail sur les maladies de l'urètre et sur l'heureux effet de l'emploi des bougies — par des recherches sur les préparations de plomb et l'extrait de Saturne d'où l'eau de Goulard; et par la description de divers instruments nouveaux de chirurgie.
Jean Méry (1645 à 1722), chirurgien de Paris qui eut une trèsgrande renommée et auquel on doit des recherches anatomiques sur l'oreille et sur un grand nombre d'organes, plus des observations sur la manière de tailler de frère Jacques; sur les hernies, sur le glaucome et la cataracte, etc.
Jacques \Vinslow(1669àl760), originaire d'Ostende, vint à Paris où il fut disciple de Duverney et professeur très-célèbre d'anatomie, mais il n'a fait que peu de chirurgie. On lui doit un mauvais livre sur l'incertitude des signes de la mort, en 1740.
Barthélemi Saviard (1656 à 1702), dont le recueil d'observations chirurgicales renferme des faits rares et curieux sur le trépan ; sur l'anévrysme du bras et de la cuisse; sur les abcès du foie; sur un cas remarquable de ramollissement des os, etc., mais il ne s'y trouve aucune découverte importante.
François de la Peyronie (1678 à 1747), professeur d'anatomie et de chirurgie d'abord à Montpellier, puis à Paris au jardin du Roi, l'un des fondateurs de l'académie de chirurgie, est un de ceux qui par ses largesses a le plus contribué aux progrès de la science. Comme je l'ai déjà dit un peu plus haut, il a fondé de ses deniers une charge de chirurgien démonstrateur titulaire et a obtenu du Roi la création de cinq places de démonstrateurs à Saint-Côme, en même temps qu'il créait quatre places du même genre à Montpellier. — On lui doit une quantité de mémoires chirurgicaux importants sur l'usage d'un plumasseau imbibé de l'essence de térébenthine pour arrêter une hémorragie produite par l'arrachement d'une phalange; sur les pertes de substance du coronal ; sur les hernies ; sur les pertes de substance du cerveau n'affectant pas les fonctions de
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l'âme, etc., mais si ce sont là des œuvres de chirurgien éminent, elles n'ont rien qui indique le novateur.
Jean Louis Petit (4074 à 1750), anatomiste et chirurgien de premier ordre à Paris qui a exercé une très-grande influence sur les progrès de la science. On lui doit un traité des maladies des os qui a provoqué de grandes controverses et dans lequel se trouvent : 1° les maladies des articles, avec des procédés nouveaux de réduction et quelques appareils nouveaux ou mouffles qu'il a imaginés pour réduire les luxations; 2° les fractures avec des règles spéciales à suivre pour l'extraclion des esquilles, et, en cas de fracture avec plaie, les règles de l'application du bandage à dix-huit chefs ; 3° les ruptures des tendons contre lesquelles il ne veut point de suture, voulant se contenter des bandages. Il est l'auteur d'un grand nombre de mémoires particuliers de chirurgie où se révèle un véritable génie inventif et, parmi eux, il faut citer celui où se trouve l'invention du tourniquet destiné à empêcher les hémorrhagies pendant les amputations. Comme chirurgien, c'est peut- être le premier parmi ceux dont s'honore la chirurgie française moderne.
LaFaye (1740), célèbre professeur de chirurgie, disciple de Dionis dont il a refait une édition en l'expurgeant et en y ajoutant des découvertes nouvelles. On lui doit aussi un livre important sur les principes de chirurgie; sur les becs-de-lièvre compliqués et sur différents procédés ou instruments nouveaux d'amputation dans lesquels se montre une ingéniosité de bon aloi.
Garengeot (1688-1759), élève de Winstow et de Méry, protégé de Mareschal, professeur de chirurgie à la place de Morand, publia différents ouvrages d'anatomie et de chirurgie fort critiqués de son temps. On lui doit aussi un traité des instruments de chirurgie au nombre desquels s'en trouve un qui porte son nom et qui sert à l'avulsion des dents molaires. C'est la clef, qui a l'inconvénient, par saforce, de briser souvent l'alvéole, et on s'en sert de moins en moins aujourd'hui.
Chabert (1G49-1724-), chirurgien assez célèbre de Marseille auquel on doit le résumé de 50 ans de pratique, dans un recueil d'observations chirurgicales, où se trouvent les faits les plus curieux, qu'on peut lire avec intérêt.
Brasdor (1721-1776), chirurgien professeur d'anatomie et d'opérations à Paris, auquel on doit différents mémoires sur la fracture delà clavicule; sur les amputations dans les articles; et surtout une méthode de traitement des anévrysmes par la ligature de l'artère audessous du sac applicable à certains cas particuliers. C'est un procédé très-important mentionné partout, excepté dans l'histoire des sciences médicales de M. Darember<?.
Louis (1 723- 1 792), chirurgien de l'hôpital , de la Charité, célèbre secrétaire de l'Académie de chirurgie à laquelle il communiqua la plus vive impulsion en dirigeant ses travaux. 11 a écrit des éloges officiels où la science chirurgicale des morts est toujours présentée avec un art infini, sous un style agréable et fin, qu'on pourra longtemps citer comme le modèle du genre. On lui doit en outre différents travaux d'anatomie, de médecine et de chirurgie : sur la grenouillette; — sur le bec-de-lièvre ; — sur labronchotomie ; — sur la taille; — sur les amputations des grandes extrémités où il montre qu'il ne faut pas suivre de règles générales ; — sur les concrétions calculeuses de la matrice; — sur la certitude des signes de la mort, en opposition avec les idées de Bruiner et de Winslow ; — sur les noyés, — sur l'électricité ; — un cours de chirurgie sur les plaies d'armes à feu; — sur la cure des hernies intestinales avec gangrène où il faut enlever les parties mortifiées, etc.
Désault (1744-1795), célèbre chirurgien de l'Hôtel-Dieu-de- Paris, n'a rien laissé d'écrit de sa main pour la postérité, mais son enseignement clinique et ses idées, recueillies par ses élèves dans le journal de chirurgie, ou en volume dans ses œuvres chirurgicales, en ont fait un homme extrêmement célèbre. Anatomiste consommé autant que bon physiologiste, il préconisait surtout l'anatomie chirurgicale particulièrement destinée à guider la main de l'opérateur dans les régions difficiles. — On lui doit une foule d'aperçus ingénieux et nouveaux sur les fractures et sur les bandages, — sur différents procédés des amputations, sur le traitement des anévrysmes, de la hernie ombilicale, des maladies des voies urinaires, etc. — On venait de tous les côtés pour assister à ses leçons cliniques, que l'on a longtemps citées comme des exemples, et il est peu de chirurgiens qui aient eu autant de succès que lui.
En Allemagne, je citerai :
George-Wolfang Wedel (1645-1710), professeur d'anatomie et de chirurgie à Jena qui a publié une quantité très-considérable d'observations chirurgicales intéressantes dans l'Académie des Curieux de la nature, mais il n'a fait aucune découverte chirurgicale digne d'être mentionnée. Il a joui d'une renommée qu'il ne méritait pas car il était peu instruit.
Platner (1694-1747), célèbre professeur de chirurgie à Leipsik, auquel on doit plusieurs monographies anatomiques et chirurgicales et de plus un livre d' 'Institutions de chirurgie très-apprécié où se trouvent les indications et contre-indications des opéraàons, l'exposé du trépan qu'il employait beaucoup ; — de la cataracte dans
sa forme membraneuse et cristalline ; — de la bronchotomie chez les noyés ; — du spina bifida ; — de la suture dans les plaies des tendons, etc.
• Frédéric Ruysch (1G31-1716), professeur d'anatomie et de chirurgie à Amsterdam, et l'un des plus grands anatomistes connus. Il avait imaginé un procédé de conservation des pièces anatomiques dont le secret est malheureusement perdu. — Ce fut un chirurgien très-répandu auquel on doit la publication d'un recueil d'observations de chirurgie sur les pierres et polypes de l'utérus ; sur le renversement de la matrice ; sur le spina bifida ; sur la carie des côtes ; sur les pieds bots ; sur les hernies ; sur la pratique des accouchements, etc., mais il n'a attaché son nom à aucune découverte chirurgicale importante.
Jean Bohn (1 G 10 à 1718), anatomisle, médecin et chirurgien de Leipsik auquel on doit différents opuscules d'anatomie, de physiologie et de chirurgie assez estimés mais n'offrant aucune recherche vraiment originale.
Jean Palfyn (1702 à 1730), chirurgien distingué de Gand, ayant étudié à Paris sous Duverney, à Londres, à Leyde, auquel on doit un traité d'ostéologie et différents travaux anatomiques dont quelquesuns ont été édités par Boudou sous le titre d'anatomie chirurgicale.
Heister de Francfort (1683-1758), qui a publié un grand traité de chirurgie fort estimé, car il a été traduit dans toutes les langues de l'Europe, mais dont il ne reste plus grand'chose ; on lui doit aussi différents mémoires sur la cataracte, sur sa nature et sur son traitement par abaissement ; un compendium d'anatomie et un très-grand nombre d'observations de chirurgie sur la taille ou petit appareil, sur l'hydrocèle, etc.
Denys Jacques (1732), célèbre lithotomiste de la Hollande, élève de Raw dont il suivait les procédés.
A. G. Piichter (1794), chirurgien célèbre de Gœttingue auquel on doit un recueil d'observations de chirurgie sur les maladies des yeux et sur le traitement de la cataracte par abaissement ou extraction du cristallin dans sa capsule ; — sur le cancer du sein ; — les hernies qu'il n'opérait qu'en cas d'étranglement; sur les abcès des sinus frontaux; sur la trachéotomie, etc. On lui doit aussi un énorme traité de chirurgie assez estimé pour être traduit en italien par Volpi, et qui n'est cependant qu'une reproduction des connaissances contemporaines faites par un homme compétent et pratique.
En Italie, je citerai :
Anel (1698-1732), chirurgien originaire de Turin auquel on doit
l'invention d'une seringue aspiratrice des épanchements du crâne ou de la poitrine ; — un traitement nouveau de la fistule lacrymale infiniment moins barbare que l'ancien, et inspiré des connaissances anatomiques de la région, puisqu'il consiste dans la désobstruction du sac par les points lacrymaux ; enfin un procédé très-anatomique de traitement des anévrysmes par la ligature de l'artère au-dessus du sac et sans l'ouvrir, comme on le fait, d'après les méthodes transmises par l'antiquité. — Pour un charlatan, comme l'appelle l'auteur d'une histoire récente des Sciences médicales où ne se trouve même pas mentionné la découverte du traitement des anévrysmes, ce sont de beaux titres au respect de la postérité.
Pallucci(1750), chirurgien de Florence, ayant étudié à Paris, auquel on doit quelques perfectionnements sur le procédé opératoire de l'abaissement de la cataracte par une nouvelle aiguille glissant dans une gaine qu'il employait à l'abaissement après avoir retiré le dard, et un mémoire sur la lithotomie par les différentes méthodes. — Dans ce travail, il conseille de laisser une canule dans la plaie qui succède au grand appareil et, en ce qui touche la taille hypogastrique ou haut appareil, il donne le précepte de percer d'abord la vessie et l'hypogastre avec un trocart avant de faire l'incision, ce qui est excellent. — Il est aussi l'auteur de quelques procédés de cure de la fistule lacrymale par des mèches garnies d'onguents et par des clous de plomb.
Daviel (17G0), chirurgien de Marseille, attaché comme oculiste du roi à Paris, reconnu de son temps pour les opérations de cataracte qu'il faisait très-habilement. C'est par erreur, sans doute, qu'un de nos historiens (Hist. des Sciences médicales, p. 1213), a imprimé que Daviel faisait l'extraction de la cataracte en ponctionnant la cornée, et que cette méthode était généralement adoptée !
Scarpa (1747-1832), anatomiste célèbre, et professeur de clinique et d'opérations chirurgicales à Pavie. On lui doit des recherches chirurgicales très justement appréciées et qui se trouvent mentionnées partout. Ces recherches sont relatives à l'abaissement du cristallin cataracte qu'il remit en honneur contre la méthode d'extraction; à la formation d'une pupille artificielle par décollement de la circonférence de l'iris ; — aux hernies ; à la ligature des artères ; — au traitement des anévrysmes par la méthode d'Anel, c'està-dire la ligature au-dessus du sac ; — sur la taille latéralisée en opposition avec la taille recto-vésicale, etc. C'est un des premiers chirurgiens de la fin du xvme siècle.
En Espagne :
Gimbernat (1793), chirurgien espagnol auquel on doit la description du canal crural et de l'expansion fibreuse qui porte ce nom.
En Angleterre, je citerai :
Guillaume Cowper (1G91), chirurgien célèbre de Londres, plus connu par ses recherches d'anatomie que par ses travaux de chirurgie. — Il a cependant inventé une nouvelle aiguille pour abaisser la cataracte et proposé la perforation de l'os unguis avec le cautère actuel dans la fistule lacrymale. — On lui doit un mémoire sur la guérison d'une division du tendon d'Achille par division, procédé ancien qui devait disparaître par les recherches de J. L. Petit.
Alexandre Monro (1097-1767), un des premiers analomistes anglais, professait à Edimbourg. Outre ses recherches d'anatomie, il a publié des travaux de chirurgie ; d'abord sur la paracentèse, en changeant le lieu d'élection qu'il porta à quatre pouces au-dessous et en dehors du nombril; ensuite sur latympanite; sur la fistule salivaire; sur les anévrysmes, sur les amputations des grandes extrémités, sur les hernies inguinales chez l'homme et sur les fausses hernies, sur la carie des os, etc., travaux qui indiquent un observateur sérieux et un chirurgien habile.
Woolhouse (1096-1730), chirurgien oculiste de Londres qui a parcouru les principales villes d'Europe en traitant les maladies des yeux. — Il a joui d'une renommée qu'il ne méritait pas, car il était peu instruit. — Comme les anciens, il croyait que la cataracte avait pour siège la membrane cristalline et il combattait l'opinion de ceux qui croyaient à l'opacité du cristallin. — Il a publié plusieurs mémoires sur les instruments nécessaires aux opérations sur les yeux ; sur ces opérations; sur le glaucome et différents articles de polémique contre ses contradicteurs.
Turner (1709), chirurgien renommé à Londres, mais dont les publications n'offrent pas un grand intérêt.
Guillaume de Cheselden (1688-1751), chirurgien de l'Hôpital Saint-Thomas à Londres, auquel on doit la guérison si célèbre d'un aveugle de naissance par iridectomie et non par opération de cataracte; cela s'imprime partout (1). Il est également l'auteur d'un beau traité d'anatomie ; d'un ouvrage d'ostéographie ; d'un traité de l'opération de la taille où il vante le procédé de Franco par le haut appareil, pour revenir ensuite à l'opération de la taille latérale, et de quelques autres opuscules de chirurgie.
S. Sharp (1739), célèbre chirurgien de Londres très-renommé pour
(t) Morand. Eloge de Cheselden. (Histoire de VAcad. de chirurgie).
son traité de chirurgie et pour ses opérations de taille, car il était disciple de Cheselden. — Il se servait beaucoup des bougies contre les rétrécissements de l'urètre. Sharp est le premier inventeur de l'appareil inamovible avec du carton collé en cas de fracture. Daremberg, qui le cite aussi comme élève de Cheselden, le fait vivre en 1765, Cheselden étant mort en 1751.
Benjamin Bell (1770-1794), célèbre chirurgien anglais auquel on doit un livre intitulé : Système de chirurgie, qui représente avec talent, mais sans originalité, l'état de la chirurgie de l'époque sur différents sujets séparés. Ce livre n'est qu'une suite de mémoires chirurgicaux sans ordre : sur la saignée, l'hydrocèle, les calculs vésicaux, les hémorrhoïdes, la fistule à l'anus, la bronchotomie, l'empyème, les plaies de tête, les hernies, les anévrysmes, le cancer du sein, les brûlures, les tumeurs, les sutures, la saignée, les fractures, les luxations, etc.
Percival Pott (1713-1788), chirurgien anglais, très-remarquable par son originalité et par son talent d'observation, auquel on doit une série de monographies chirurgicales suivies d'observations importantes : sur l'hydrocèle et ses variétés ; — sur les polypes ; — sur la mortification des orteils ; — sur les maladies des yeux et la cataracte ; — sur les différentes espèces de fistule lacrymale ; — sur les amputations à lambeaux qu'il approuve beaucoup ; — sur les plaies de têle et la commotion ou compression du cerveau, dans lesquelles il vante les effets de la saignée, puis du trépan si le cerveau est comprimé ; — sur les tumeurs qui ont amolli les os ; — sur la carie vertébrale qu'il a si bien décrite qu'on la désigne trèssouvent sous le nom de mal de Pott ; — sur les fractures pour lesquelles il a perfectionné l'emploi des appareils inamovibles imaginés par S. Sharp, et à l'occasion desquelles il s'élève contre les violents efforts de réduction prescrits par quelques chirurgiens; — sur les hernies dont il blâme les moyens de cure radicale et qu'il ne faut maintenir qu'avec des bandages, ce qui guérit chez les enfants, mais jamais chez l'adulte et le vieillard, enfin sur les hernies étranglées qu'il faut opérer de bonne heure pour réussir; — sur la fistule à l'anus et ses différences avec les abcès de la marge de l'anus ; — sur le cancer du scroîum dit cancer des ramoneurs, etc.
John Hunter (1728-1793), l'un des plus grands chirurgiens de l'Angleterre et l'élève de Pott, a laissé une œuvre considérable justement honorée, dans laquelle la physiologie normale et pathologique, l'anatomie et la chirurgie figurent avec de grands détails. — Parmi les choses importantes, on y trouve un traité des hernies ; un mémoire sur la rupture du tendon d'Achille traité par l'immo-
bilité sans suture préalable; — un impérissable mémoire sur l'histoire naturelle des dents, sur leurs maladies et le moyen de les traiter ; — un traité de la syphilis comprenant la gonorrhée et les maladies consécutives de l'urètre, de la prostate ou de la vessie, le chancre et le bubon, la syphilis constitutionnelle dont les périodes se trouvent précisées mieux qu'on ne l'avait jamais fait jusqu'alors ; — un mémoire sur l'invagination intestinale ; — sur la paralysie de l'œsophage ; — sur l'opération des anévrysmes par ligature de l'artère au-dessus et loin du sac sans découvrir et vider la tumeur comme le faisaient les anciens ; mais bien qu'on appelle ce procédé méthode de Hunter, tous les médeciens savent que l'idée estd'Anel, qui a ainsi opéré un malade ayant un anévrysine de l'artère brachiale ; — un traité des principes de la chirurgie où se trouvent des considérations de premier ordre sur la vitalité des tissus, sur les maladies locales et constitutionnelles , sur l'inflammation en général, sur l'inflammation adhésive et suppurative et sur les applications pratiques de la doctrine aux différentes maladies chirurgicales (fracture, empyème, cystite, péritonite, hydrocèle, plaies de tête, maladies des os, tumeurs, etc.,) formant le plus bel ensemble de physiologie pathologique qu'on puisse étudier ; — enfin un traité du sang, du l'inflammation et des plaies d'armes à feu que tous les chirurgiens doivent lire et méditer.
Que se dégage-t-il des noms plus ou moins célèbres que j'ai choisis au milieu de beaucoup d'autres analomistes et chirurgiens du xvn et du xvme siècle, sans vouloir les mentionner tous? Quels perfectionnements et quelles méthodes, quelles découvertes et quel agrandissement de la science faut-il attribuer à la chirurgie moderne ? — Voilà ce qui me reste à dire pour clore cette énumération de chirurgiens illustres et pour lui enlever tout ce qu'elle pourrait avoir laissé de fatigue et de confusion dans l'esprit du lecteur.
Ce qui frappe tout d'abord, c'est l'affirmation de la science chirurgicale longtemps confondue avec un métier, délaissée et méprisée par ceux-là mêmes qui avaient mission de l'encourager et de la répandre, c'est sa lutte opiniâtre pendant ces deux siècles avec la faculté de médecine qui s'honore aujourd'hui d'en être la dispensatrice. 11 fallait qu'elle fût bien sûre d'elle même et bien fière de ses moyens pour oser entreprendre de s'élever an niveau de ceux qui voulaient la tenir esclave de leurs privilèges. Mais l'opinion était avec elle. La reconnaissance de ceux qu'elle avait soulagés et guéris lui servit d'auxiliaire. Ce que les vérités qu'elle propageait ne put faire en sa faveur lui arriva par les services
qu'elle seule avait pu rendre. — La lumière se fit enfin. On comprit qu'elle était la moitié de la médecine et qu'elle avait droit égal à ses honneurs et à ses privilèges, qu'il n'y avait aucune raison pour mépriser une thérapeutique manuelle inspirée des plus délicates recherches anatomiques et physiologiques, soumise aux mêmes obligations morales que la médecine, et la chirurgie prit sa place au foyer de la science médicale.
Ce qu'elle fit pendant ces deux siècles est considérable, mais le perfectionnement des procédés connus y tient plus de place que l'invention de méthodes nouvelles. Grâce à l'habitude générale prise par les anatomistes plutôt que par les médecins, d'aller dans les différentes universités étrangères célèbres, et dans les villes où l'on pouvait apprendre l'anatomie avec plus de facilité, il y eut un mouvement scientifique d'exportation d'un pays à l'autre et primitivement de l'Italie sur la France, le nord de l'Allemagne et l'Angleterre, qui eut les plus heureuses conséquences. Avant de se fixer définitivement quelque part, tous les chirurgiens avaient passé par plusieurs grandes villes d'Europe pour y apprendre ce qu'on ne leur pouvait enseignerchez eux. C'est par ces communications d'un peuple àl'autre et par ces échanges de savants à élèves, que la chirurgie a pu se répandre aussi vite en Europe et atteindre, par deux ou trois générations, le but qu'elle poursuivait inutilement depuis plusieurs siècles.
On lui doit :
Vaurification des dents atteintes par la carie, imaginée par Arcolani.
L'emploi des canidés simples garnies d'oreilles protectrices dans la Bronchotomie, par Fabrice d'Aquapendente.
Les injections médicamenteuses dans les veines par Christophe Wren en 165-i, par Clarke, par Robert Boyle, Richard Lower etPurman de Breslaw.
Les yeux artificiels imaginés par Antoine Nuck, pour ceux dont l'œil perdu forme un moignon.
La ligature des artères au-dessus du sac, qu'on ne devait plus ouvrir dans les cas d'anévrysme, par Anel et plus tard par John Hunster.
Le traitement de la fistule lacrymale par la désobstruction du sac au moyen des injections par les points lacrymaux, imaginé par Anel.
La ponction de la vessie vers l'hypogastre avant l'incision dans la taille hypogastrique de Pallucci.
La ponction de l'abdomen entre V ombilic et la crête iliaque dans l'ascite, de préférence à la ponction ombilicale, par Monro.
Uiridectomie, par Cheselden.
Les appareils inamovibles de carton collé dans les fractures, par Sharp
La transfusion, par Denys.
La taille latéralisée de frère Jacques dit Beaulieu.
Le traitement de la cataracte par l'extraction du cristallin cataracte, en faisant un lambeau triangulaire horizontal, par Daniel (1746).
La distinction de la cataracte membraneuse et de la cataracte cristallinepar, Saint-Yves.
Les dissolvants alcalins de la pierre dans la vessie, par Mlle Stéphens.
L'invention des bougies pour le traitement de rétrécissements de l'urètre, par Goulard et Chay, à peu près au même moment (1739-1745).
Le tourniquet des hémorraghies, par J. L. Petit, les bandages à plusieurs chefs dans les fractures; l'abolition de la suture dans les plaies des tendons.
La clef de garengeot pour l'extraction des dents molaires.
La ligature des artères atteintes d'anévrysme au-dessous du sac de Brasdor .
La seringue aspiratrice employée au traitement des dépôts du liquide dans la plèvre et dans le crâne, par Anel.
La compression des artères; d'abord de la carotide par Parry, deBath, imité ensuite par Kellie, Livingslon, Earle, Liston, Blaud, etc., contre l'épilepsie et différentes maladies; — de l'aorte par la main sur le ventre dans les hémorrhagies puerpérales, imaginée par Saxthorph de Copenhague (1 774), « est abdomen manibus facile comprimere, » par Ludwig Rùdiger de Zubingue (1797) (Journal de chirurgie de Loder, à Iena) ; — par la main indroduite dans la matrice alors développée, et comprimant l'aorte sur le corps des vertèbres observation praticable et pratiquée avec succès, par Loeffer (1801), au moyen d'un sachet de laine contenant dix à vingt livres de sable.
La compression méthodique indirecte dans le traitement des anévrysmes exécutée par Desault en 1779, et depuis lors en 1825 par Guiller Latouche.
Le cathétérisme de la trompe d'Eustache pour y injecter des liquides, par Guyol, étranger à la médecine (1724).
Enfin une foule de perfectionnements dans les procédés opératoires, daus les appareils de fracture, dans les moyens de réduction des luxations et dans l'anatomie pathologique chirurgicale, qui attestent les plus remarquables qualités d'observation et de prati-
que, sans atteindre un mérite d'ingéniosité digne de mention spécale dans ce court résumé des découvertes de la chirurgie moderne. Plus haut, j'ai indiqué le progrès et, dans ce dernier coup d'œil d'ensemble, je n'ai gardé de place que pour ce qu'on peut appeler l'invention.
DE LA CHIRURGIE AU XIXe SIÈCLE
Le xix^ siècle est pour la chirurgie la consécration du traité de paix signé dans le siècle précédent entre les médecins et les chirurgiens. Séparés pendant plusieurs siècles par une question d'amourpropre et de préséance, la révolution française qui les sépara devait au jour de la réorganisation les réunir dans l'Université nouvelle, pour y partager fraternellement les devoirs de l'enseignement commun et de la collation des grades aux élèves. Egaux désormais en privilèges dans les hôpitaux et dans les Académies, leurs regrettables luttes d'invidualisme professionnel ont pu s'éteindre et chacun a pu librement et paisiblement se livrer , dans la mesure de ses forces et selon la portée de son esprit, au culte exclusif de la science.
Dirai-je quels sont tous les chirurgiens qui ont illustré la première moitié de ce siècle? Cela me serait difficile. Il me faudrait parler d'hommes tellement rapprochés de l'époque actuelle, et tellement mêlés aux luttes et aux rivalités de la carrière médicale, que je risquerais de ne pas les apprécier avec toute la justice désirable. Je devrais citer tout le monde. Mieux vaut m'abstenir.
Mais si, comme pour la chirurgie moderne, je ne choisis pas comme exemple les plus illustres entre des égaux, que les circonstances ont peut-être empêché de se produire d'une façon aussi éclatante, si je ne mentionne pas tous les noms de ceux qui ont occupé une place importante dans la chirurgie, je montrerai par le récit des découvertes chirurgicales contemporaines, tout ce qu'a produit la première moitié de notre siècle.
A mon point de vue, sous le rapport du perfectionnement des méthodes et des découvertes, ce siècle est supérieur au précédent.
Il a vu naître : la lithotritie ou broiement de la pierre dans la vessie lorsque le corps étranger n'est pas trop considérable et lorsque la vessie n'est pas très-malade. L'honneur en revient à M. Civiale, qui a réhabilité la sonde droite, la pince à trois branches, et à Leroy d'Etiolle, qui, peu après, a inventé le brise-pierre percuteur. Cependant, dans l'Ecole d'Alexandrie, Ammonius avait déjà inventé un instrument pour broyer la pierre dans la vessie, et Antoine Bénivieni. en 1503, ai-je dit plus haut, a fait une lithotritie chez la femme.
lïanesthésie chirurgicale : 1° au moyen delà respiration des vapeurs d'éther, préconisée par Jaksonenl842, etparMorton en 1846; 2° avec les vapeurs du chloroforme par Flourens et Simpson d'Edimbourg en 1847 ; 3° par la respiration du protoxyde d'azote; enfin •4° par Yemploi du chloral hydraté à l'intérieur par 0. Liebreich en 1870.
V écrasement linéaire pour enlever certaines tumeurs sans production d'hémorrhagies, inventé par Cbassaignac, ainsi que le drainage ou application de petits tuyaux souples de caoutchouc perforé dans les foyers profonds pour faciliter d'une façon permanente l'écoulement des liquides.
Ce sont les faits de ligature ordinaire de petites tumeurs, avec un fil, amenant leur section, et leur chute sans écoulement de sang, qui ont heureusement inspiré ce chirurgien.
Cbassaignac, né en 1812, publia ses premières recherches en 1852. Après avoir fait construire un écraseur ou chaîne de fer articulé qu'on manœuvre au moyen d'une crémaillère fixée sur une tige, il l'employa pour 1 écrasement linéaire des tumeurs pédiculées et non pédiculées très-volumineuses, qu'on n'aurait pu opérer qu'à l'aide de l'instrument tranchant.
6e moyen prévient les hémorrhagies et l'infection purulente; à ce titre, il mérite d'occuper une place honorable dans la chirurgie si belle du xixe siècle.
La pression lente et progressive exercée sur les tissus, rapproche les parois des vaisseaux contenus dans leur intérieur, les agglutine et quand la section est opérée en moins d'une heure, il n'y a pas de plaie et pas d'hémorrhagie possible. Voici comment on procède :
Si la tumeur est pédiculée, rien n'est plus simple, on opère comme avec un serre-nœud ordinaire, mais si elle n'est pas pédiculée, on forme un pédicule au moyen d'aiguilles fortes qui transversent la base, et on enlève la tumeur en plusieurs temps ou par l'application de deux écraseurs à la fois.
L'instrument est droit ou courbe à volonté, et il permet de mesurer le degré de compression nécessaire pour son action. De cette manière on peut suivre pour ainsi dire les progrès de la section.
L'instrument est bon pour les tumeurs vasculaires, parce que les tours imprimés à la vis peuvent être aussi limités que l'on veut, et parce que l'écrasement peut être fait extrêmement lentement.
Pour les tumeurs pédiculées, situées profondément, on peut se servir d'un simple serre-nœud muni d'un fil de fer simple ou double.
BOUCHUT II. — 35
Pour appliquer les écraseurs, on embrasse la base d'une tumeur ou des portions de tumeurs. On passe les chaînes ou le fil de fer autour de la tumeur, ou bien avec une aiguille enfilée d'un fil qui les conduit à travers les parties. Puis on endort les malades et l'on serre, selon la vascularité de la région, en avançant d'un cran ou d'un tour de vis toutes les dix minutes, toutes les deux minutes. On cesse de donner le chloroforme lorsque le sommeil est complet, et l'on recommence dès que le malade se réveille (il n'est pas prudent de laisser respirer le chloroforme tant que dure une opération). Lorsqu'on sent une résistance vaincue, les organes sont coupés, pour enlever l'instrument qui tient encore aux parties, on le tourne sur lui-même jusqu'à ce qu'il se détache.
On panse les plaies à la surface de la peau avec l'eau froide, au moyen d'un pansement simple ou d'un cataplasme froid. Sur les plaies des muqueuses, on se borne à faire des lotions avec des collutoires et des injections détersifs.
Les accidents immédiats de l'écrasement linéaire sont une persistance de la douleur et, tout à fait exceptionnellement, une hémorrhagie, mais cela n'arrive que pour la langue. On remédiera à la douleur par les préparations opiacées; quant à l'hémorrhagie elle sera traitée par la cautérisation avec le fer rouge ou par l'application d'un tampon de charpie imbibé de perchlorure de fer.
Les accidents consécutifs n'existent que pour les bourrelets hémorrhoïdaux.
On doit aussi à Chassaignac une bonne traduction française des œuvres d'Astley Cooper (Paris, 1 vol. in-8, 4835), et la découverte du drainage chirurgical.
Ce moyen très-ingénieux consiste à passer dans les grands foyers de suppuration, dans les kystes, dans la plèvre remplie de pus, etc., là où on ne veut pas faire de grandes incisions pour éviter la putridité, un petit tube en caoutchouc ou drain criblé de trous pour l'écoulement progressif des liquides. Pour introduire ce drain, il faut l'aide d'un trocart droit ou courbe qui fait deux ouvertures et le drad étant retiré, on y passe le tube élastique perforé de distance en distance, on retire ensuite la canule du trocart. De celte façon le liquide pathologique entre dans le drain et sort par ses extrémités. Ce drainage peut servir également à faire des injections détersives, excitantes ou antiputrides au fond des foyers purulents ou autres.
Viridectomie de Cheselden appliquée par Graefe, de Berlin, à la guérison du glaucome.
La renaissance de la transfusion par Blorulell (1818), Waller; Doubleday ; Brigham; Nelalon (1850), elc.
La méthode des sections sous-cutanées de J. Guérin, appliquée au traitement des difformités par la section sous-cutanée des tendons dans les difformités du cou, des pieds ou de la colonne vertébrale, méthode ayant pour but d'empêcher le contact de l'air et d'éviter la suppuration (1836).
Les résections sous-périostées de Blandin et de Ollier ; mais si parmi les conquêtes de l'anatomisme, il faut mentionner la régénération des os enlevés ou détruits par la maladie, aux dépens du périoste, je dois dire que les applications de cette découverte anatomique à la chirurgie, ne sont pas chose entièrement nouvelle.
Hippocrate avait déjà dit (Aphor. 19, sect. vi) : ubi dissectum fuerit os, aut cartilago, aut genae pars tennis, aut praeputium, neque augetur, neque coalescit. Mais cela était oublié, et c'est Scultet (Armamentarium chirurgicum) qui le premier a annoncé le fait d'une régénération complète du cubitus et du tibia, ce que Duhamel a revu depuis en indiquant les conditions de cette régénération aux dépens du périoste. Plus tard, en 1780, Bousselin a fait de semblables observations, en disant que le périoste sécrétait le suc réparateur auquel il servait de moule. (Mém. de la Soc. de méd., 1780, p. 295.) David de Rouen, Troja, Weidmann (Traité sur la nécrose), ont vérifié ces faits, encore peu connus lorsque Flourens, en 1838, et Blandin en parlèrent de nouveau. Ce sont les faits qui servent de point de départ aux recherches si intéressantes de M. Ollier en 1866, et qui ne sont, comme on voit, qu'une démonstration péremptoire très-étendue du phénomène de la régénération des os, signalée par Scultet en 1645.
Le traitement des anévrysmes par les injections coagulantes d'acide nitrique imaginées par moi (1842), et réalisées par Pravaz en 1852 au moyen de l'injection de perchlorure de fer.
Varrêt des hémorrhagies cutanées par le perchlorure de fer trouvé par Pravaz.
La ponction de V hydrocéphalie par les lames criblées de l'ethmoïde au moyen de deux longs trocarts, capillaires afin d'avoir un écoulement de liquide par les parties déclives. (Bouchut.)
La torsion des artères coupées, comme moyen hémostatique au milieu d'une opération, par Amussat, en 1826.
L'extraction de la cataracte par lambeau supérieur de la cornée par Desmarres.
La découverte de la lymphangite ou angioleucite en 1823, par Velpeau.
La Phlébite adhésive, seule cause de la phlegmatia alba dolens (Bouchut).
La pratique des résections dans certaines maladies articulaires pour éviter une amputation et conserver le membre par Wkgtt.
Le traitement de la fistule vésico-vaginale par dissection de la paroi vésicale et glissement autoplastique du lambeau sur l'ouverture de la fistule, par Jobert.
Les sutures intestinales sur virole par Jobert, comme conséquence du principe de l'adossement des séreuses (1824).
L'urétrolomie dans les cas de rétrécissement infranchissable de l'urètre, par Reybard, en 1833.
La suture des os et la griffe métallique imaginée par Malgaigne pour réunir les deux fragments d'une rotule cassée.
L'invention des serres-fines par Vidal, contre les hémorrhagies et pour le rapprochement immédiat des plaies.
La découverte des sutures métalliques avec fis d'argent remplaçant les fils cirés, pour la réunion des plaies (Marion Sims, 1858).
La découverte de V ophthalmoscope en 1851 par le physicien Helmholtz, ce qui a permis de connaître sûrement les lésions locales de la rétine, de la choroïde et du nerf optique, mais par les connexions de ces parties avec le cerveau et la moelle, j'ai pu voir dans leurs altérations les signes diagnostics des différentes maladies du système cérébro-spinal. — De cette dernière étude, en 1803, date la naissance de la Cérébroscopie.
La découverte du laryngoscope par Senn pour opérer les polypes du larynx ou pour cautériser ses ulcérations.
La création de la médecine opératoire par^Lisfranc, en 1834, c'est-à dire, la promulgation des principes généraux de tous les
genres d'opérations de la chirurgie, comme préface de tous les procédés opératoires particuliers.
La découverte de la cataracte diabétique dans le cours de la glycosurie, par Lecorché. — La découverte de Vamaurose albuminurique par Landouzy et les lésions de la rétine ou de la choroïde produite par cette maladie.
L 'électricité mise à Vusagede la médecine et de la chirurgie, soit par les courants d'induction et les courants continus dans les paralysies, soit par la galvano-caustique inventée par Middeldorpf de Breslau en 1864, pour l'ablation de certaines tumeurs, soit par Yèlectrolyse ou procédé de destruction des tumeurs par l'électricité, par Crussell de Saint-Pétersbourg. A celte découverte se rattache celle du stylet électrique destiné dans les plaies d'armes à feu à découvrir les projectiles métalliques dans la profondeur des tissus; et comme ce stylet révèle avec la plus grande sûreté l'or, l'argent, le fer et le plomb, il est très-utile.
La simplification du pansement des plaies à Vaide de linges humectés d'eau ou d'eau alcoolisée de préférence aux corps gras, plumasseaux de charpie et bandes roulées interminables.
L'application de la pâte caustique de chlorure de zinc en flèches, pour détruire certaines tumeurs cancéreuses de préférence au bistouri. (Canquoin. Girouard.)
L'introduction de Vair dans les veines, dans les opérations du cou suivies de mort subite, signalée par Beauchène (1818).
La Bronchotomie ou Trachéotomie dans le croup, mentionnée dans l'antiquité par Gelse, Antyllus, P. d'Egine, Albucasis, etc., tombée dans l'oubli et remise en honneur par Maunoiren 1802, par Caron en 1812, puis par Bretonneau et ses élèves en 1826.
La distinction du chancrenon virulent d'avec le chancre syphilitique, c'est-à-dire la division des ulcérations primitives de la verge dans la syphilis ou chancres en deux espèces, l'une comprenant le chancroïde, accident local non infectant et l'autre renfermant le chancre proprement dit, suivi d'infection générale de l'économie (Bassereau).
L application deVanesthésie du chloroforme et de la résolution musculaire qui l'accompagne à la réduction des luxations.
La dilatation des veines de la rétine et l'œdème du nerf optique dans la compression traumatique du cerveau à la suite des coups et des chutes sur la tête, par Bouchut, en 1863.
Vostéo-my élite ou inflammation de la moelle des os par Reynaud.
La guérison de Vanus contre nature suite de hernie, parl'enlérotomie de Dupuytren.
Vhématocèle péri-utérine et le phlegmon péri-utérin découverts par Récamier.
Le spéculum uteri de Paul d'Egine tiré de l'oubli et réinventé par Récamier (1805).
Les injections irritantes dans les cavités closes affectées d'épanchement, par Sabatier.
Vovariotomie pratiquée en 1809 pour la première fois par MM. Ephraïm Mac Dowel (de Dansville-Kentucky), puis en Angleterre par Baker Brown, Spencer-Wels, et en France par Kceberlé ; en Italie par Emiliani de Faenza en 1815, par Chisman d'Isny en Wurtembéry en 1819, par Lizard d'Edimbourg eu 1825.
L'irrigation permanente d'eau froide sur les plaies contuses et compliquées pour éviter l'inflammation (Rognetta, 1835).
Les pansements ouatés par occlusion avec de la ouate sur le moignon pendant quinze à vingt jours à la suite des amputations, par Alph. Guérin, en 1871.
En fait de découvertes chirurgicales, c'en est plus que le dixhuitième siècle tout entier, et jamais dans l'histoire de la chirurgie, on n'a déployé autant de génie pour donner à cette branche de la thérapeutique toute l'importance qu'elle mériie. Jamais il n'y a eu à la fois autant de chirurgiens éminents dans notre pays, et si les renommées sont moins bruyantes, c'est qu'elles sont plus nombreuses et que l'accaparement de la célébrité n'est plus possible. L'École de clinique chirurgicale fondée par Desault en a créé d'autres, qui toutes ont fait de nombreux élèves, et l'École des hôpitaux, à son tour, a engendré à Paris, et dans les principales villes de France, une quantité de cbirurgiens également familiarisés avec l'anatomie et la physiologie, imbus des mêmes principes de pratique chirurgicale, qui se sont ainsi disséminés partout, de telle sorte
ANATOMISME ET ECOLE ANATOMIQUE — HE LORGANOSCOPIE 551
que la science, n'étant plus le privilège d'un seul, il est difficile à toute grande individualité de se produire.
De l'émancipation des chirurgiens est née la chirurgie, et de la dissémination des connaissances anatomiques et chirurgicales la multiplicité des bons chirurgiens. Vienne enfin la liberté d'enseignement, c'est-à-dire la faculté laissée à tous d'agir en dehors de la science universitaire de façon à laisser à chacun l'initiative du progrès, et l'on verra la chirurgie marcher d'un pas plus rapide encore vers des acquisitions nouvelles dont pourra bénéficier l'humanité.