‹ Histoire de la medicine et des doctrines médicales (volume 2)Chapitre 120 sur 141 · CHIRURGIE DU MOYEN AGE · texte numérisé non relu

CHIRURGIE DU MOYEN AGE

La chirurgie grecque, qui est le point de départ de la chirurgie Alexandrine et de la chirurgie Romaine, anéantie subitement par la destruction de l'Empire romain d'Occident, se reconstitua peu à peu en Orient sous l'influence de la civilisation Arabe. Elle revient ensuite dans le midi de l'Europe, surtout en Espagne avec Albucasis, puis en Italie dans l'Ecole de Salerne.

Mais, tandis que les Sarrazins avaient profité de leurs conquêtes pour s'approprier les lettres, les sciences et les arts des pays soumis à leur domination, les barbares du Nord, qui au même moment

avaient envahi l'Empire romain, ne surent en rien profiter de leur triomphe. La France et l'Allemagne restèrent dans les ténèbres d'une ignorance et d'un mysticisme medico-chirurgical presque absolu. Pendant que les Arabes s'avançaient à grands pas dans le domaine des sciences qu'ils surent accaparer au grand profit du genre humain, les peuples du Nord livrés à l'influence monastisque n'avaient en fait de médecine et de chirurgie que les pratiques de l'Empirisme le plus répugnant et du Supernaturalisme le plus grossier.

Pour les uns, livrés aux frères S* Antoine, aux Alexiens, aux Cellites, aux Béguines, aux sœurs noires (tome II, 345, Sprengel), c'était l'influence des prières, des reliques, des martyrs, de l'eau bénite et de la communion ou des pèlerinages sacrés de sainte Ida, de saint Martin, etc., qui remplaçaient l'usage des médicaments.

Pour d'autres au contraire , c'étaient des moines ou bien des clercs, instruits superficiellement par la lecture de Celse, d'Aurelianus, de Sextus Placitus et d'Apuleius qui faisaient la médecine, ou bien des opérateurs ambulants espèce de périodentes barbares qui se chargeaient de la chirurgie, sous la loi d'une responsabilité trèssévère édictée par Théodoric, roi des Visigoths.

La chirurgie était alors assez méprisée, et comme elle resta ainsi pendant longtemps par le fait même des ordonnances ecclésiastiques qui en interdisaient la pratique à ceux qui par leur connaissance des livres grecs et arabes auraient pu la faire progresser, elle ne put que dégénérer chaque jour davantage.

Il fallut un événement considérable dans l'histoire pour changer cette situation. La prise du Saint-Sépulcre par les Tartares ou Turcs qui vint exciter le fanatisme religieux des peuples du Nord, leur fit entreprendre les croisades et, dans ces migrations de l'Occident en terre sainte, les croisés rapportèrent des pays qu'ils traversèrent les notions médicales et chirurgicales qui furent le germe du développement de la science en Allemagne, en Angleterre et en France.

Dans ces incursions en Orient, et dans leur passage en Italie et à Conslantinople, ils trouvèrent la vieille chirurgie grecque restaurée par les Arabes, altérée par les moines et conservée tant bien que mal par les moines de Monte- Cassino et par les bénédictins fondateurs de l'Ecole de Salerne. Depuis le vme siècle, cette école fonctionnait sans bruit à quelque distance de Naples. Ils en rapportèrent quelques copies des ouvrages d'Aristote et des médecins Arabes, et ce fut le point de départ des nouvelles études qui se firent dans le nord de l'Europe, en luttant contre l'Empirisme et le Mysticisme de l'époque.

La science de l'Ecole de Salerne plus médicale que chirurgicale

est donc le point dedépart des premiers progrès chirurgicaux del'Italie et des peuples de l'Occident à partir du xie siècle. Tous les historiens en rapportent le plus grand honneur à Constantin l'Africain. Ce savant avait longtemps étudié à Bagdad et en Egypte. Il fit de nombreuses traductions des livres Arabes, et ses ouvrages publiés à Bcàle en 1537 sont, d'après Dezeimeris, les premiers qui, en Occident d'Europe, depuis l'invasion des Barbares, présentent un tableau régulier des connaissances chirurgicales. Ce sont des reproductions plus ou moins exactes des idées de Galien, de Paul d'Egine et des médecins Arabes. Il n'y a là aucun progrès à signaler.

De Salerne, au xie siècle, sont également sorties les œuvres chirurgicales de Gariopontus, œuvres perdues, à ce qu'il paraît, et qui n'étaient, dit Sprengel, qu'une reproduction d'Oribase, d'Aétiusoude Galien plutôt qu'un résumé des écrits Arabes; — un traité des maladies des femmes d'Eros ou Trotula qui semble tiré d'Ali-Abbas, et différentes compilations chirurgicales qui n'ont plus d'intérêt pour nous.

Au xne siècle, on cite Gérard de Crémone dont Malgaigne croit avoir découvert l'existence, car il dit : « Vainement vous chercherez le nom de Gérard dans les dictionnaires historiques consacrés à la médecine. » (Introduction aux œuvres oVAmb. Paré, p. xxvn.) Il est cependant cité par Sprengel comme ayant traduit Galien et la plupart des auteurs Arabes (tom. II, p. 38). D'après Malgaigne, c'est à son influence que sont dus le déplacement de la littérature médicale en Lombardie et le délaissement progressif de Salerne.

Viennent ensuite au xme siècle, Pierre d'Abano, né en 1250 à Padoue, plus médecin que chirurgien et qui écrivit : sur la cautérisation avec le fer, de préférence à l'or; sur la paracentèse, sur la bronchotomie, etc.; — Roger de Parme, auteur d'un traité de chirurgie appelé Rogérine qui longtemps fit loi dans toute l'Italie, et auquel on attribue l'usage de l'éponge de mer dans la scrofule; — Roland, disciple et commentateur de Roger, qui recommande l'ablation des chancres, l'extirpation des tumeurs scrofuleuses et du goitre de préférence aux moyens internes; — Hugues deLucques qui a signalé les avantages de la compression dans les anévrysmes, et qui était fort partisan des pratiques de Galien et d'Avicenne ; — Bruno qui suivit presque pas à pas les doctrines de Galien, d'Avicenne et d'Albucasis auquel on rapporte très à tort (1) l'idée du traitement de la fistule à l'anus par incision, car elle se trouve dans Albucasis; — Théodoric, frère prêcheur, devenu évêque tout en restant chirurgien, et

(1) Dezeimeris, p. 140.

auquel on doit aussi un traité de chirurgie; — Guillaume de Salicet de Plaisance, professeur à Bologne et à Vérone, mort en 1280, qui a laissé un grand nombre d'observations intéressantes de chirurgie, dont la nature atteste chez leur auteur une véritable expérience personnelle; — enfin, Lanfranc de Milan, son disciple, qui importa la chirurgie italienne en France, et, sous ce rapport, qui contribua singulièrement à ses progrès dans le xive siècle.

Chassé de son pays par la discorde civile des Guelfes et des Gibelins, il choisit avec quelques-uns de ses compatriotes la France comme terre d'exil. Il s'arrêta à Lyon où il publia une petite chirurgie, puis il vint à Paris où il acquit une grande célébrité par ses cours publics et où il publia sa grande chirurgie en 1295. Malgaigne (page xliv) le considère comme le véritable créateur de la chirurgie en France — Ce n'est pas tout à fait exact. Il n'en a été que l'importateur en reproduisant les principes chirurgicaux d'Hippocrate, de Celse, de Galien, d'Avicenne, d'Albucasis, de Constantin, de Roger, de Roland et de son maître Salicet dont il connaissait parfaitement les œuvres. Malgré cela, moins par sa faute que par celle de son siècle, la chirurgie ne prospéra guère. Elle resta entre les mains des barbiers qui faisaient aussi les scarifications de la saignée, qui appliquaient les sangsues et les cautères en concurrence avec les cnirurgiennes. Lanfranc lui-même avoue qu'il n'opérait ni l'ouverture du ventre dans l'ascite, ni la cataracte, ni les hernies, ni la pierre. (Chirurgia magna, folio 245, c. ) Que lui restait-il donc à faire?

Au xive siècle, la chirurgie est surtout représentée par Jean Pitard, qui a fait avec saint Louis les expéditions de la terre sainte. Ce chirurgien dont parle beaucoup Malgaigne n'a rien écrit. On lui attribue la fondation du collège chirurgical de Saint-Corne qui eut une très grande influence sur les progrès de la chirurgie autant par le décret de saint Louis qui interdisait les opérations à ceux qui n'avaient pas l'approbation de cette société (Malgaigne, p. xliv) que par ses luttes avec la faculté de médecine et les chirurgiens barbiers. C'est là où vinrent étudier Henri de Mondaville, élève de Pitard qui fut aussi à Paris chirurgien du roi; — les Anglais Gilbert (1300), Jean de Gaddesden (1320), Jean de Ardern (1349), Richare, etc. , — Guy de Chauliac (1300 à 1363) avant d'être professeur à Montpellier (Malgaigne, p. lxi), etc.

Malgré tous ces travaux, la chirurgie restait une science traditionnelle reproduisant de génération en génération, mais en s'affaiblissant toujours, la chirurgie de l'antiquité. Gouvernée par l'Empirisme comme base principale d'action, l'insuffisance anatomique

des chirurgiens ne pouvait leur rien permettre d'entreprendre, et une timidité bien naturelle retenait leur main indécise. Cela se comprend et n'a pas besoin d'explication. Comment oser porter l'instrument, plonger des instruments au sein d'organes et de parties dont on ignore la situation respective et la configuration ! Cette ignorance anatomique cause de l'arrêt des connaissances chirurgicales pendant plusieurs siècles, comme de leur routine dans les errements des Grecs et des Arabes, pèse encore sur le quatorzième siècle, même sur Guy de Chauliac, dont l'histoire vante beaucoup les œuvres.

Guy savait plus d'anatomie que ses devanciers, car il avait pu l'étudier dans le manuel anatomique de Mondini qui avait été publié en 13520, et à Bologne, dans les dissections de Berlruccius. De plus, dans toutes les universités, une ou deux fois par an, on ouvrait des cadavres humains, mais l'usage ne s'en établit à Montpellier qu'en 1376 (Aslruc, Morb. Millier., lib. IV, p. 173), c'est-à-dire treize ans après la publication de la grande chirurgie ou inventaire. Quoi qu'il en soit, il paraît que plus familiarisé avec l'anatomie que les chirurgiens du siècle précédent, Guy avait une chirurgie plus active que celle de Lanfranc, et n'était pas moins érudit. Assez indépendant, moins routinier, plus libre dans ses appréciations, il offre une certaine originalité de pensée et d'action qui a illustré son nom. Cependant la partie anatomique de son livre ne contient rien de neuf et laisse beaucoup à désirer, car il est évident qu'elle n'est pas faite d'après la dissection de cadavres humains.

Sa chirurgie est extraite de Galien, d'Oribase, de Paul d'Egine, de Rrliazès, d'Avicenne, d'Albucasis, de Roger, de Roland, etc.; elle ne renferme pas de choses neuves, mais on y admire un discernement et un choix dans l'appréciation des méthodes qui en font encore un ouvrage utile à consulter. Pour Malgaigne « c'est un véritable chef-d'œuvre. » En tout cas, ce livre, publié en 1363 et ' réédité en 1632 par Laurent Joubert qui y a joint un volume d'annotations, a été le guide de la chirurgie française pendant le siècle suivant, et une grande partie du treizième.

Il se compose de sept livres et d'une préface, capitum singulare ou chapitre singulier « auquel sont promises certaines choses fort nécessaires, à quiconque veut profiter en fart de chirurgie. » Là il montre que la. chirurgie est une science et un art; science quand elle enseigne et « tel la peut auoir qui rien aura iamais travaillé, » ou art » que nul la peut scauoir qui n'en ait veu opérer, la quelle est nombrée d'Aristote entre les arts méchaniques. » Puis il expose les progrès de la chirurgie depuis

Hippocrate en nommant tous les autres Grecs, Latins et Arabes qu'il a consultés sauf Celse et Aëlius,en indiquant qu'il n'est pas toujours au pouvoir du médecin de guérir les malades; les uns sont guéris par l'art, les autres préservés ou soulagés de leur mal, les derniers, enfin, guéris par la nature « quand le mal de soy est guérissable. » Il parle ensuite des moyens à employer, « les uns sont médecinaux, les autres ferrements, » des conditions, des opérations, des sectes rationnelles, empiriques, mystiques de son temps. C'est à l'occasion de ces dernières qu'il dit : La 5e est celle des femmes et de plusieurs idiots qui remettent les malades de toutes les maladies aux S. S. tant seulement : se fondant sur cela. Le Seigneur me Va donné ainsi qu'il luy a •pieu. Le Seigneur me Vostera quand il luy plaira, le nom du Seigneur soit bénit. Amen. Et pour ce que telles sectes seront réfutées de ce livre soyons obmises pour le présent. Mais oùj'esbahis d'une chose quels se soulèvent comme les grues. Car Vun ne dit que ce que l'autre a dit, etc. Puis il parle des qualités du chirurgien presque dans les mêmes termes que Galien, Celse, Albucasis, qui tous, se répètent presque textuellement à cet égard.

Des sept livres de l'ouvrage, le premier est relatif à l'anatomie que l'on commençait à faire à Montpellier sur le cadavre des suppliciés, mais il ne paraît pas qu'il ait fait de recherches spéciales, car elle ne renferme rien, sauf les planches de Henri de Mondaville, qui mérite d'être signalé. C'est encore l'ancienne anatomie de Galien.

Le second livre comprend les apostèmes, c'est-à-dire les tumeurs, excroissances et enflures partielles ou générales. Il y a les grands apostèmes qui se développent dans les parties charnues, les petits qui ne sont que les éminences, les pustules et les boutons de la peau. Il y a les "apostèmes chauds qui viennent soit du sang comme le phlegmon, l'anthrax, la gangrène, etc., soit de la bile comme l'érysipèle, les vésicules et les apostèmes froids, tels que l'œdème, la tympanite, les hydropisies, le squirre, le cancer, etc.

Le troisième livre est consacré aux playes, en général des playes ou la chair quand elles sont simples contuses ou venimeuses ; des playes avec flux de sang des veines et artère aux hémorrhagies, traitées par cousture, mesches, tostale incision de la veine, ligature et adustion ; des playes, des nerfs et de leur section; des os, et cartillages, enfin de la curation des playes en particulier dans toutes les régions du corps.

Le quatrième livre comprend les ulcères en général dont la définition est tirée de Galien ; les ulcères virulents et corrosifs ; les ul-

cères sordides et pourris; les ulcères profonds et cancéreux, les fistules, les chancres et enfin les ulcères en particulier dans chaque région du corps.

Le cinquième livre traite des fractures et dislocations et de la rebilleure des os rompus et desnoùez.

Dans le sixième se trouvent les maladies qui ne sont ni apostèmes ni ulcères ni passions des os pour lesquelles on a recours aux chirurgiens. On y trouve : la goutte « ou artélique douleur des jointures engendrée de la fluxion des humeurs aux jointures, et les eunuques ne sont podagres qu'icelle passion est faite quelque humeur deffluant aux jointures ; — la ladrerie et sa thérapeutique où se trouve l'emploi des serpents ; — le morphée (je ne sais ce à quoi s'applique la description), la dartre, impétigo rongue et demangement, des pous eyrans et leurs semblables ; — de l'extemation et engrossissement des corps et des membres; — de lacheute, offenscou ou heurt, extension et submension ; — de la brusleure ; — des porreaux, verrues et cornées; — des membres superflus qu'il faut amputer et des corps morts qu'on veut garder, mais dans ce cas si l'on n'ampute pas dans l'article ou près de la jointure, d'après le procédé d'amputation qui est décrit par Guy de Chauliac, la mortification s'étend : « Et si elle vient aux gros os de la cuisse ou du bras, il n'y a aucun engin qui le puisse guérir, comme dit Albucasis, ainsi c'est la mort du malade ; parquoi il faut le laisser à Dieu et ses saints » de la teigne, pelade, chauveté et

cbeute des cheveux, enfin des epilatoires ; des embellissements de la face contre les ravages de la rousseur , des ecchymoses, de la petite verolle, de la couperose, etc. ; — des maladies des yeux qui sont longuement décrites ; des maladies des oreilles ; des maladies de la bouche et des dents ainsi que de leur arrachement ; — des maladies du col, du dos, de la poitrine, des parois du ventre et des hanches ; de la rompure didymale ou hernie simple ou étranglée : « On iuge que qui est rompu ne vit pas sans danger car s'il aduenoit que les boyaux cheussent dans la bourse avec fiente endurcie, jamais ils ne s'en retournetoyent et ainsi le patient mourroit comme ïay

veu et Albucasis le tesmoigne »; de la pierre des rognons et

de la vessie; du priapisme, eschauffement et saleté en la verge pour avoir couché avec une femme mal nette, du prépuce bouché, de la circoncision, du chastrement ; — des passions de l'amary, sa closture, son tentige, sa chute ou yssue, etc.

Dans le septième livre enfin se trouve avec l'antidotaire ou formulaire des médicaments, l'exposé de la phlébotomie, des ventouses, des sangsues et des cautères.

Comme je l'ai dit, c'est une excellente compilation d'Hippocrate, de Galien, d'Oribase, de Paul d'Egine, de Rhazès, d'Albucasis, de Roger, de Roland, etc., faite par un observateur sage, éclectique, jugeant bien les opinions et les méthodes, et pour un chirurgien bibliomane ou pour l'historien ce livre est très-intéressant à lire.

DE LA CHIRURGIE A LA RENAISSANCE, AUX XVe ET XVIe SIÈCLES.

La chirurgie n'avait que très-médiocrement profité des premiers essais de retour aux études anatomiques de Mondinus. Elle resta encore très-languissante en Italie , en France, et dans le reste de l'Europe pendant plus d'un siècle, et c'est en Italie qu'elle reprit de nouveau à la fin du xve pour se répandre ensuite sur toutes les autres nations, florissante sur un point , routinière sur les autres.

Avec la restauration définitive de l'anatomie, un événement politique considérable, la prise de Constant inople par les Turcs en 1493, devait favoriser cet essor. En effet, à la chute de l'Empire romain d'Orient il reflua sur l'Italie sous la protection des Médicis, à Naples sous Alphonse d'Aragon, à Rome sous Léon X et en Allemagne ou en France, un grand nombre de savants, de lettrés et de médecins qui apportèrent avec eux les plus importants de leurs livres grecs et romains et qui se sauvaient du despotisme intronisé par le Coran. Par eux, la philosophie, les lettres, les sciences et les arts vinrent par degrés s'implanter en Occident. Des controverses prirent naissance. Platon était opposé à Aristote ; l'architecture grecque à l'art gothique; Hippocrate et Galien à Avicenne, Rhazès et Albucasis; enfin par la découverte de l'imprimerie en 1435 qui venait multiplier à l'infini les manifestations de la pensée, on vit se précipiter le développement de toutes les connaissances humaines.

La chirurgie, en retard comme la médecine, ne suivit que de loin le commencement de renaissance. L'invention des armes à feu et leur usage en 1340 était cependant pour la première une grande occasion de manifester son initiative. Il n'en fut rien.

Après Guy de Chauliac, elle déclina en France d'une façon trèssensible et elle ne fut guère représentée qu'à Montpellier par le professeur Balescau de Tarente, aussi appelé Valescus. Ce chirurgien a laissé en 1418 un traité de médecine et de chirurgie intitulé : Philonium pharmaceuticum et chirurgicum et un traité séparé de chirurgie qui n'offre que peu d'intérêt. D'après Malgaigne , il serait le premier qui eût conseillé l'onguent mercuriel contre les poux (page lxxii). — La chirurgie redevint alors en grande partie le domaine d'empiriques ignorants, des barbiers, des rebouteurs, des étuvisles,

et des opérateurs ambulants. Elle ne conserva d'asile scientifique que dans la confrérie de Saint-Come qui plus tard sera la vraie pépinière des chirurgiens.

Cela ne saurait surprendre ceux qui ont étudié les mœurs et coutumes de ces temps de privilège en toute chose. — La chirurgie était considérée comme « un mestier » (1) et la médecine une science plus noble dépendante de l'université et de la faculté. — Jusqu'à Charles "VII, la médecine fut pratiquée par des clercs voués au célibat qui ne devaient pas verser le sang sous peine d'excommunication, et alors les médecins, autant pour obéir à la loi religieuse que par ignorance de l'anatomie, abandonnaient la plupart des opérations chirurgicales à des laïques barbiers ou autres ayant toutes les témérités de l'inexpérience et de l'irresponsabilité. — Les uns ouvraient les abcès, les inciseurs ; les barbiers pratiquaient la saignée, les ventouses et les petites opérations; d'autres se spécialisaient dans la cataracte, dans les luxations , dans les hernies, dans la taille, etc., comme chez les Arabes.

Ce ne fut qu'aux xive et xve siècles, l'anatomie aidant, que la timidité des médecins pour les opérations commença à se dissiper. Les clercs médecins émancipés du célibat en 14-52, firent quelques opérations; mais peu à peu aussi les chirurgiens laïques aspirèrent à s'élever au niveau des médecins, à faire des élèves et à donner des diplômes en dehors de la faculté; de là un antagonisme prolongé, qui devint le plus sérieux obstacle aux progrès de la chirurgie.

La confrérie de Saint-Come prenait des élèves et faisait des chirurgiens ; en dehors d'elle existait la corporation des barbiers chirurgiens, et la faculté était entre les deux, repoussant les premiers au profil des autres qui étaient à sa complète discrétion et dont elle se servait pour sa pratique opératoire. — Un privilège faisait sa force et elle s'en servait par jalousie dans un intérêt privé ne voyant pas qu'elle encourageait l'ignorance et empêchait le progrès de la chirurgie. — Au lieu d'appeler les chirurgiens à leur aide pour les opérations qu'ils ne savaient pas faire, les médecins de la faculté appelaient au contraire les barbiers qui par reconnaissance tracassaient les chirurgiens de tout leur pouvoir.

Cd fut une lutte de trois siècles entremêlée d'une infinité de trêves toujours rompues et dans cette querelle honteuse parurent les ordonnances du roi, des prévôts de Paris, de l'Université, tantôt à l'avantage des chirurgiens, tantôt à leur détriment, fixant leurs attributions spéciales et celles de la corporation des barbiers, détermi-

(1) Ordonnance du Prévôt de Paris en 1301.

nant pour les uns et pour les autres la nature des diplômes à obtenir et n'aboutissant en définitive qu'à un réel amoindrissement de la science.

En un mot, les chirurgiens voulaient faire partie de la faculté parce qu'en réalité la chirurgie fait partie de la médecine. Ils avaient raison. De son côté, la faculté s'y opposait en élevant une sorte de barrière de mépris entre les deux professions. — Jamais l'individualisme médical ne s'est révélé avec autant de cynisme et d'opiniâtreté, et, maintenant que la chirurgie a pris la place qu'elle méritait d'obtenir, on peut apprécier tout le tort fait à la science et à l'humanité par la lutte de cette faculté ignorante, confinée dans ses privilèges et hostile au progrès.

En repoussant la chirurgie de son sein pendant plusieurs siècles, elle a arrêté l'essor d'une des plus utiles parties de la science. — Il a fallu toute la résistance qu'inspire le sentiment de la force réelle pour ne pas succomber sous cette tyrannie. — La chirurgie s'est constituée à part; puis est venue la révolution de 1789 qui a tout emporté, et dont les conséquences ont été la fusion définitive de ces deux branches de la science médicale et leur constitution sur le pied d'une parfaite égalité. Je ne mentirai cependant pas en disant que dans cette égalité de fait, il y a des médecins qui verbalement, par une manifestation impuissante, croient encore que la médecine est supérieure à la chirurgie.

On ne peut que gémir de ces entraves apportées à l'essor de la chirurgie française aux xve et xvie siècles par la faculté toujours en lutte contre les chirurgiens de cette époque, mais il n'y a pas à espérer qu'un pareil exemple corrige dans l'avenir les corps savants privilégiés et les empêche de commettre des méfaits analogues. — Ce que nous voyons tous les jours est la preuve du contraire. Les abus de ce genre ne se préviennent que par la liberté et on peut affirmer que si la liberté d'enseignement eût existé au xve siècle on n'aurait pas vu tomber la chirurgie au point où elle tomba après Guy de Chauliac, ni où elle retombera après Ambroise Paré.

A demi morte en France elle se réveille en Italie et c'est là qu'il faut la suivre pour en observer les progrès.

Nicolas Falcucci de Florence, mort en 1441, est le premier en date. — On lui doit une volumineuse compilation medico-chirurgicale de Rhazès et d'Avicenne qui n'a aucun intérêt.

Pierre d'Argelata, disciple de Guy de Chauliac auteur d'une chirurgie dans laquelle se trouve à côté d'idées personnelles de quelque importance une copie effrontément faite sans citation, dit Malgaigne, du texte même de la plupart des chapitres de l'auteur français. —

C'était un opérateur hardi qui pratiqua le trépan, opéra les hernies et la pierre, trépana les os pour enlever des séguestres, faisait les embaumements, dirigeait les sages-femmes dans les accouchements difficiles, pratiquait l'opération césarienne, etc. (p. lxxix).

Léonard Bertapaglia de Bologne, mort en 14G0, auquel on doit un énorme commentaire du quatrième canon d'Avicenne.

Marcellus Cumanus, chirurgien, disciple d'Argelata ; — Galeatius de Sainte- Sophie auquel Peyrilhe attribue à tort l'opération de la cataracte par succion au moyen d'une aiguille creuse, car ce procédé est signalé dans Albucasis ; — Arculanus, professeur à Bologne, à Padoue et à Ferrare, que Malgaigne considère comme chirurgien trèsingénieux, ce qu'on peut apprécier par les nombreux extraits qu'il publie à l'appui de ce jugement ; — Barthélemi de Montegnana, qui a laissé dans ses consultations différentes idées cliniques importantes sur les hernies et sur leur traitement; — Gatenaiïa, qui a laissé un long commentaire du neuvième livre d'Avicenne imprimé seize fois au xvie siècle. — C'est toute la chirurgie et le livre a une réelle importance — Malgaigne dit y avoir trouvé comme chose neuve, la seringue à clystère et, bien que Gatenaria en attribue l'honneur à Avicenne, il déclare que c'est lui qui doit en être considéré comme l'inventeur. Pourquoi faire d'un homme un inventeur malgré lui et cela à plusieurs siècles de distance? Cette manière de refaire l'histoire ne peut aboutir qu'à l'erreur. En effet, la seringue n'est pas de Gatenaria, elle n'est pas non plus d'Avicenne, mais elle est d' Albucasis. On la trouve figurée au n° 97 des planches qui accompagnent la traduction de Lucien Leclerc.

Les Branca père et fds, chirurgiens ambulants de Sicile (14-42) auxquels on doit la pratique des procédés autoplastiques pour refaire le nez détruit avec un lambeau de la peau du visage ou du bras, ou Rhinoplastie, et la restauration des lèvres et des oreilles mutilées; leur élève Ballhazar Pavane; les Bajano en Calabre, qui continuèrent cette spécialité d'opération, à peu près oubliée lorsqu'elle fut réinventée par Tagliacozzi qui, vers la fin du xvie siècle, eut l'honneur d'attacher son nom à la découverte.

Pierre de Norsia, autre chirurgien ambulant, qui en était encore â amputer le testicule pour guérir l'hydrocèle et à traiter les hernies par le feu, et les caustiques connus dans la chirurgie arabe.

Antoine Benivieni de Florence, qui mourut en 1503 et qui a laissé un recueil important d'observations mis en ordre par son frère. Sa chirurgie est plutôt inspirée des Grecs que de celle des Arabes et elle est très-personnelle. On y trouve une véritable opération de lithotritie faite sur une femme, une appréciation du mal

français et une quantité de faits chirurgicaux très-curieux. On doit le considérer comme l'un des premiers fondateurs de l'anatomie pathologique.

Alexandre Benedetti, de Legnano en Lombardie, professait à Padoue en 1493 et fut le chirurgien militaire de l'Expédition des Vénitiens contre Charles VIII en 1495. — On lui doit un traité d'anatomie, un grand recueil d'observations de chirurgie qui est trèsutile à consulter, et un livre de pathologie publiée après sa mort où on voit qu'il avait observé tout en suivant les anciens Grecs plus que les Arabes. C'est de lui qu'Haller a dit : II est retourné des compilations à la nature.

Jean de Vigo à Gênes, qui vécut à Rome où il publia en 1514- son livre de chirurgie intitulé Practica copieusa, divisé en neuf livres principaux. Comprenant 1° l'anatomie; 2° les apostèmes ; 3° les playes ; 4° les ulcères; 5° la maladie française ou mal vénérien; C° les fractures et luxations ; 7° la matière médicale ; 8° un anlidotaire ; 9° un supplément relatif à l'hygiène des enfants ; à la saignée; au purgatif ; au moyen de faciliter le coït et d'augmenter la jouissance ; à l'extraction du fœtus mort; à la teinture des cheveux, etc.

Ce livre eut un grand succès et fut réimprimé bien des fois, mais ce n'est encore qu'une compilation de la chirurgie arabiste et de Lanfranc ou de Guy de Chauliac de façon à répondre aux besoins de la science contemporaine. — C'est l'œuvre d'un homme instruit et habile appartenant encore à la catégorie des chirurgiens de cette époque, que l'inexpérience anatomique rendait timides, qui laissaient aux opérateurs ambulants le soin de pratiquer la taille, le trépan, la cataracte ou les opérations les plus difficiles et qui revenaient avec empressement à l'emploi des cautères, des pcmmadeset des onguents. Il n'y a eu alors de chirurgiens hardis que les ignorants et tous les érudits restaient d'une prudence excessive.

Au même moment, un peu après, en 1514, Angiolo Bolagnini, professeur de chirurgie à Bologne, publiait quelques opuscules de chirurgie sur le traitement des ulcères et sur l'application des onguents, mais ces publications faites dans le but de soutenir la concurrence avec la chirurgie de Vigo à Rome sont sans importance. C'est encore un représentant des arabistes usant peu de l'instrument tranchant et plus fort sur les emplâtres que sur le bistouri.

Bérenger de Carpi, professeur à Bologne, en 1502, a une autre importance. Ce fut un vrai anatomiste, ayant disséqué beaucoup de cadavres humains, et par conséquent un chirurgien plus expérimenté que ses prédécesseurs. Il commença l'École des chirurgiens anatomistes en dehors de laquelle on peut dire qu'il n'y a pas de

bonne chirurgie. On l'accuse d'avoir fait la vivisection de deux Espagnols vivants pour étudier les battements du cœur, et Malgaigne qui rapporte le fait dit que « s'il n'est pas prouvé, il n'est nullement invraisemblable » (p. clxxxv). L'ardente curiosité scientifique du temps, établie par l'expérience sur l'archer de Bagnolet, par l'empoisonnement d'un condamné à mort par Fallope et les essais d'A. Paré peut faire croire à son affreuse réalité. Ce Bérenger de Carpi a publié plusieurs livres tfanatomie, et un traité des fractures du crâne assez estimé. Il prétend avoir extirpé avec succès la matrice descendue hors du vagin, et l'avoir vu extirper de même deux fois par son père et par son neveu. Une des malades trois ans après revit ses règles, et Malgaigne dit avec raison qu'on a peut-être enlevé un polype utérin au lieu de la matrice. Il est difficile cependant d'admettre qu'un anatomiste ayant dans la main un polype utérin le considère comme étant l'utérus lui-même. A part cela, le fait n'en est pas moins extraordinaire, avoir vu trois fois l'extirpation heureuse de la matrice! Ce sont des choses que nous ne voyons plus aujourd'hui. Son livre sur les fractures du crâne où se trouve sa théorie des plaies d'armes à feu est assez estimé, mais dans tout ce qui reste de lui, on trouve encore, comme dans Vigo, l'empreinte de la chirurgie Arabe avec ses onguents et un peu celle de la chirurgie Romaine de Celse.

Jean de Romani, praticien peu connu de Crémone qui, en 1525, commença à mettre le grand appareil en usage pour la taille.

Marianus Sanctus de Barletta, élève de Vigo, pratiquait à Naples. On lui doit un Compendium, en 1514, un traité de capite et des Commentaires intéressants sur Avicenne, imprimés à Rome en 1526. Il apprit une nouvelle méthode de la taille, de Jean de Romani, qui est le grand appareil, et devint un lithotomiste très-renommé, ce qu'on voit par son livre du secret d'or sur V extraction de la pierre. Si l'on joint à ces travaux un ensemble d'idées ridicules d'astrologie et de supernaturalisme médical, on aura l'idée complète de ce que fut ce chirurgien.

Il introduisait une sonde courbe dans l'urètre en faisant saillir la courbure à gauche ou il incisait le périné, puis après avoir passé les conducteurs, un gorgeret mousse, il introduisait les tenettes pour enlever les pierres.

Blondos ou Biondo, élève de Naples et de Rome, sous Marianus, fut encore un chirurgien soumis aux inspirations de Celse, de Galien et d' Avicenne. S'il eut de temps à autre quelques éclairs de libre pensée, il revenait bien vite à ses autorités professionnelles; car, dit-il, dans un livre de chirurgie publié en 15-42 : Il est plus louable

de se tromper avec Galien et Avicenne, que d'acquérir de la gloire avec les autres, ou bien : Mieux vaut mourir par un médecin méthodique que de vivre par un empirique.

Que seraient devenus les malades confiés à de pareils chirurgiens, s'il n'y avait pas une nature plus forte qu'eux tous pour leur arracher quelques victimes?

Manardi de Ferrare, en 4536, Massa de Venise, en 1542, auquel on doit un livre sur la vérole; Brassavola de Ferrare, 1546, qui a publié des commentaires sur Hippocrate et Galien, et qui, dans sa chirurgie, a plusieurs fois pratiqué la branchotomie dans la suffocation que produisent certaines angines.

Ingrassias de Païenne (1554), directeur des écoles du royaume des Deux-Siciles, anatomiste peu habile en chirurgie, qu'il faisait rentrer dans le domaine médical.

En Allemagne, la chirurgie se faisait alors par l'intermédiaire des baigneurs et des barbiers, mais il n'y eut aucune individualité recommandable. — En Suisse au contraire, il y eut un grand nom, celui de Paracelse, que Ton regarde trop aisément comme un insensé et dont j'ai parlé au point de vue médical, dans le chapitre du naturisme.

Paracelse a aussi sa place dans l'histoire de la chirurgie du xvie siècle. Né en 1493, il fut professeur de médecine et de chirurgie à l'Université de Bâle, où il publia sa Berthéonée ou Petite chirurgie. Du premier coup en révolte avec l'autorité des médecins Grecs et Arabes, qu'il insulte de la façon la plus grossière, il déclare ne reconnaître d'autres règles que l'expérience et la raison. Celui qui ne se laisse pas prendre aux grands mots à effets de la science et de la philosophie, sait ce que cela veut dire. L'histoire le lui a appris. Tous ceux qui, au nom de l'expérience, ont cru de bonne foi combattre des faits reconnus jusques-là comme des vérités n'ont fait eux-mêmes que des hypothèses acceptées comme vérités du jour, renversées par les vérités du lendemain. Qui a fait plus d'hypothèses que Bacon auquel on fait l'honneur immérité d'avoir découvert la méthode expérimentale qu'on trouve avant lui comme étant toujours, plus ou moins selon les temps, le guide de tous les savants quels qu'ils soient? Est-ce que les hypothèses matérialistes ne sont pas toutes expérimentales et sensualistes ? De nos jours, en médecine le Positivisme n'est qu'un amas d'hypothèses, microscopiques il est vrai, mais ce ne sont pas moins des hypothèses qui sont renversées par d'autres hypothèses, tirées d'observations directes qu'on croit vraies. On s'imagine avoir mieux vu que les autres et voilà tout. C'est toujours l'histoire de ceux qui passent dans un

chemin où le dernier venu ramasse un objet que n'ont pas vu les autres, et où d'autres promeneurs trouvent encore quelque chose à prendre. Il en a été ainsi de Paracelse. Au nom de l'expérience il a combattu les vérités de la veille, et les vérités qu'il voulait leur substituer ont à leur tour succombé devant l'expérience de ses successeurs.

Naturiste, respectueux d'Hippocrale autant qu'il était ennemi de Galien et des Arabes; mystique et rêveur, il intronisa en médecine l'usage des agents chimiques dont on faisait peu d'usage, et c'est à lui qu'on doit l'emploi du mercure dans la syphilis. On lui doit un traité important sur cette affection nouvelle une Petite et une Grande chirurgie dans laquelle il se montre infiniment trop partisan des remèdes internes au détriment des opérations nécessaires. Il traite successivement des ulcères, des tumeurs, des plaies que la nature guérit aidée par les médicaments, de Tesquinancie, des plaies lorsqu'elles sont recouvertes par une fausse membrane, ce qui représente bien ce qu'on appelle aujourd'hui la pourriture d'hôpital; des fractures pour lesquels il rejette les appareils contenlifs, qu'il remplace par des cercles de fer ai tachés à une tige et à des vis (Malgaigne, Introd. d'A. Paré, p. ccxx, etc.).

C'est une chirurgie qui n'a rien de remarquable, mais l'homme qui en est l'auteur, a une telle renommée sous tant d'autres rapports, que je devais la mentionner ici. Avec lui on doit mentionner Conrad Gessner, 1554; Franco de Berne; Félix Wurter de Bàle. (Malgaigne, ccxxn; — Sprengel, 403.)

En France, outre les chirurgiens barbiers qui sans titre scientifique faisaient les opérations ordinaires, sauf la taille, la hernie et la cataracte, les rebouteurs qui traitaient fractures et luxations, il y avait les chirurgiens jurés et les chirurgiens de la confrérie de Saint- Côme, dont les luttes pour entrer à la faculté ont fait si grand bruit. Celte corporation gardait les traditions de la chirurgie en formant des élèves non diplômés, mais elle ne produisit aucun chirurgien de renom, sauf Braunschweig, qui traitait toutes les plaies d'armes à feu comme si elles étaient envenimées; Gersdoff, Roeslin à Strasbourg, qui sont assez estimés. La chirurgie n'a pas eu de célébrité méritée. On cite cependant à celte époque Jean Tagault, d'Amiens, né en 1532, qui publia, en 1519, des institutions chirurgicales qui ne sont qu'une reproduction affaiblie et abrégée de la chirurgie de Guy de Chauliac.

Vidus Vidius, Florentin, qui en 1540 publia un livre sur la chirurgie grecque avec des commentaires sur Hippocrate et sur Galien, qu'il dédia à François Ier. Il fut appelé de Florence à Paris, et fut bouciiut. ii. — 33

aussitôt nommé lecteur royal en chirurgie au collège de France et médecin du roi. C'est ainsi qu'on traite les étrangers en France au détriment des nationaux.

Un Germain Colot de Paris, qui sous Louis XI serait l'inventeur de la taille par le haut appareil ou taille hypogastrique. Il l'aurait pratiquée sur un archer de Bagnolet, condamné à mort en 1475, et qui lui aurait été livré avec grâce promise s'il guérissait de Topération, ce qui eut lieu. Mais le fait est incertain, et Malgaigne qui le critique judicieusement a montré qu'il est presque impossible de rien conclure de scientifique d'après le récit donné par la chronique scandaleuse d'où on l'a tiré.

Laurent Colot, qui en 1556, sous Henri II, pratiquait la taille telle qu'il l'avait apprise d'Octavien Ville, élève de Marianus.

Severin Pineau (1578-1619), lilhotomiste et chirurgien assez habile de Paris, maître du collège Saint-Côme, auquel on doit un mémoire sur l'extraction des calculs de la vessie et deux autres opuscules.

Le plus célèbre des chirurgiens du xvic siècle est A. Paré, né à Laval en 1510. D'abord chirurgien-militaire dans la campagne de François Ier en Italie, il fut plus tard chirurgien de François II et de Charles IX. Ses œuvres chirurgicales ont été publiées avec un grand luxe d'érudition par Malgaigne. Elles renferment surtout un traitement plus rationnel des plaies d'armes à feu qu'il ne croyait pas envenimées ni brûlées. 11 les traitait en les dilatant pour enlever le projectile, les pansait avec l'huile de rose, ne voulait pas qu'on arrachât toutes les esquilles, et n'arrivait à l'amputation que s'il y avait gangrène par lésion des artères. C'était toute une révolution thérapeutique, car l'idée que les plaies d'armes à feu faites par la poudre et la balle étaient empoisonnées avait amené les chirurgiens à les cautériser au fer rouge ou à l'huile bouillante, pour détruire le poison, et à panser ensuite au beurre ou avec les digestifs pour amener la chute de Tescharre.

Il substitua la ligature à la cautérisation dans la section des artères et c'est lui le premier qui, au siège de JDamvilliers, en 1551 et 1552, lia les artères au moment des amputations.

La chirurgie et l'humanité lui doivent la suppression des cautérisations dans les plaies d'armes à feu et la ligature artérielle dans les amputations. Ce sont là ses vrais titres de gloire.

On lui doit aussi le diagnostic plus exact des fractures du col du fémur, jusque-là toujours confondue avec la luxation de la hanche ; — l'interdiction de faire le trépan sur les sutures du crâne ; un traité sur les abcès du foie à la suite des plaies de tète; sur les plaies du cou

intéressant les veines jugulaires et la trachée ; sur la broncliotomie qu'il pratiqua avec succès ; sur le traitement de l'hydrocèle par le séton de préférence à l'incision ; sur les plaies du nerf médian, sur les abcès du pharynx qu'il ouvrait avec un pharyngotome spécial, etc.

Le livre de Paré est peut-être un peu long et diffus, mais ce qu'il renferme de vues neuves et originales en fait une œuvre à part et justifie bien le jugement de la plupart des historiens, qui regardent son auteur comme le père de la chirurgie moderne. Ils diffèrent en cela de la vieille faculté du xvie siècle qui censura et interdit le livre de Y Ignare. En effet, Ambroise Paré ayant publié un gros volume de médecine et de chirurgie, la Faculté de médecine de Paris s'en indigne, déclarant que ce livre ne peut être d'un homme aussi « notoirement ignare, et qui ne connaît pas même les premiers éléments de la grammaire, et des langues latine et grecque (1), » enfin qu'elle poursuivra le téméraire devant le Parlement.

Ambroise Parer eçut, en effet, cet affront. Leprévôt et les échevins de Paris demandèrent que son livre soit brûlé « comme contenant plusieurs choses impudiques et contraires à la morale publique. » André Malaisé, chirurgien de Paris, déclara que, dans le susdit livre, il y avait des chapitres entiers de lui, et que Paré était un plagiaire.

Un arrêt du Parlement (il juillet 1575) fit défense à tous libraires et imprimeurs de vendre et d'imprimer aucun livre de médecine ou de chirurgie sans l'approbation de la Faculté.

Pour finir, Paré fut obligé (5 avril 1578) de passer sous les ciseaux de la Compagnie de la rue de la Bûcherie et son livre fut examiné, châtié par une commission composée de Liebault, Marescot, Duval, Lamer, Hautain, Lusson, Rebours Héron.

De nos jours, il y a encore des historiens qui ont les mêmes sentiments restrictifs pour ce chirurgien, car dans son Histoire des sciences médicales, Daremberg, qui consacre 84 pages à Paracelse qu'il considère comme un fou, n'accorde que trois lignes à Ambroise Paré et il ne mentionne même pas sa théorie des plaies d'armes à feu.

Barthélemi Maggi, médecin de Bologne, adopta toute la thérapeutique de Paré sur les plaies d'armes à feu sans en nommer l'auteur, et il la répandit ainsi en Italie dans un livre publié en 1552, sept ans après la publication du chirurgien français. — L'énoncé des dates suffit pour empêcher toute erreur. La doctrine de Paré fut également adoptée par Léonard Botal de Turin qui n'en indique

(1) Union médicale du 28 mai 1575.

pas davantage Fauteur , par Jean Lange en Allemagne dans des lettres publiées en 1554 où il est question des plaies d'armes à feu à un même point de vue, et enfin un peu plus tard par tous les chirurgiens sans exception.

Parmi les autres chirurgiens du xvie siècle, contemporains, successeurs ou élèves d'Ambroise Paré — il faut citer :

Son disciple Jacques Guillemeau d'Orléans, chirurgien deHenri IV, qui a laissé un livre sur les opérations de chirurgie (1602) où se trouvent quelques modifications du trépan dans ses indications et dans l'instrumentation ; il a repris dans l'hydrocèle l'incision du scrotum qui avait été bannie par A. Paré ; il opérait les anévrysmes par ligature en suivant les anciens procédés et les varices par les caustiques minéraux, son caustique de velours, qui n'est autre que la lessive des savonniers. C'est un livre qui ne manque pas d'intérêt.

Il s'occupa beaucoup d'oplithalmologie et c'est un des principaux réformateurs de l'art des accouchements. — On lui doit le précepte de faire l'accouchement dans les hémorrhagïes qui surviennent avant la délivrance, et, dans la délivrance, de ne pas arracher violemment le placenta, plus cinq observations malheureuses d'opéra lion césarienne.

Pigray est aussi un autre disciple de Paré qui n'a rien laissé d'important, mais parmi les contemporains il faut mentionner :

Barthélemi Cabrol, professeur à Montpellier, où il porta les doctrines chirurgicales d'Amb. Paré, etc.

Pierre Franco, qui exerça à Berne, à Lausanne et à Orange. Ce chirurgien a publié en 1558 ou 15G8 un traité des hernies dont Paré ne parle pas, bien qu'il ait été publié à Paris, et où, comme perfectionnement capital, il y a le débridement de l'anneau pour faire cesser l'étranglement, et rendre la réduction plus facile. — C'est lui l'auteur du procédé de la taille par le haut appareil. En 1560, il opérait à Lausanne un enfant de deux ans, et il avait commencé à agir par le petit appareil lorsqu'il s'aperçut qu'il avait affaire à un calcul gros comme un œuf de poule qui ne pourrait pas sortir par en bas. — Changeant alors d'opération, et voyant la vessie faire saillie au-dessus du pubis, il incisa la région hypogaslrique, tira le calcul et obtint la guérison du malade. — Cette opération plus facile chez les enfants en raison du peu de profondeur du bassin a moins de chances de réussir chez l'adulte, mais, dans certains cas, on est encore obligé d'y recourir.

Chez les femmes, Franco conseille seulement de dilater l'urètre et de saisir le calcul avec des tenettes sans rien inciser. — Il in-

venta aussi un lithotome caché et des teneltes dont on ne se sert plus aujourd'hui.

Vésale (151 1-1555), le grand anatomiste auquel on doit une chirurgie assez médiocre, publiée après sa mort par Pierre Borgarucci. Gabriel Fallope (1525 à 1563), le célèbre anatomiste, fut en même temps un habile chirurgien. On lui doit un commentaire sur Hippocrate à propos des plaies de tête, dans lequel il conseille les réfrigérants, les styptiques et les médicaments internes; ailleurs il prescrit pour les fractures du crâne d'appliquer le trépan avant le quatrième jour, et l'usage prudent du ciseau pour enlever les esquilles. Il dit avoir enlevé de grandes portions de la substance corticale du cerveau sans qu'il en soit résulté d'inconvénient.

Dans les amputations, il se servait d'un couteau rougi à blanc et brûlait une seconde fois les vaisseaux. Quelle barbarie ! (De tumor. praeter. natur., p. 665.) Cependant, à propos des blessures, (de vulnerib. particul., p. 214) en cas d'hémorrhagie, il se servait delà ligature. La cautérisation au fer rouge sur l'anneau inguinal était aussi son remède contre la hernie. — Contre les ulcères, il employait l'alun, et, s'il y avait au-dessous une carie osseuse, il recourait au fer rouge; quand il s'agissait d'une ulcération cancéreuse, il enlevait \e mal et cautérisait les racines. Sa chirurgie ne vaut pas son anatomie.

César Aranziou Arantius(1580), professeur d'anatomie à Bologne, a laissé un livre sur les tumeurs, imprimé à Venise en 1595, et dans lequel se trouve la description d'une pince particulière pour l'extirpation des polypes du nez. — Il fut assez célèbre par ses opérations de la fistule à l'anus ; — dans les anévrysmes, il se contentait de recourir aux astringents sans songer à l'opération, comme dans le •cancer, il se contentait d'application de remèdes à la guimauve et à l'huile d'amandes douces. — On lui doit aussi le traitement des taies de la cornée par la cautérisation d'aciae oxalique, — de l'hydrocéphale par la transpiration de la tête que produit l'application d'un grand emplâtre diapalme.

Rousset(1581), médecin du duc de Savone, lithotomiste auquel on doit un travail original sur l'opération césarienne restaurée au commencement de xvi° siècle par un ignorant, Nu fer de Turgan, charcutier, qui la pratiqua sur sa propre femme. (Bauhin, in appendice ad Rousseti hysteroinotok.) Adrien et Jacques d'Amboise.

Thevenin, oculiste, opérateur du roi (1615), auquel on doit un recueil d'opération de chirurgie et un traité des tumeurs qui ne reproduisent que les connaissances du temps.

Nicolas Habicot, né en 1598, mort en 1624, chirurgien'anatomiste célèbre par ses succès dans la bronchotomie et son enseignement àl'Hôtel-D;eu de Paris.

François d'Arcéus, chirurgien Espagnol, qui vivait vers 1580, publia un livre sur la méthode de guérir les plaies de tête et des autres parties du corps. Pour lui, le trépan est très-utile, si ce n'est chez les enfants et chez ceux qui ont des fractures très-étendues; son traitement des fistules à l'anus par le gaïac, l'huile et le baume qui porte son nom a été si célèbre que l'on venait, dit Sprengel, de toutes les parties de la France et de l'Espagne se faire soigner par lui.

Dans toute cette période, le mouvement chirurgical a été fort actif, mais encore dominé en très-grande partie par l'autorité des chirurgiens grecs et arabes. — On y retrouve toute la chirurgie du passé, mais, çà et là, des tentatives pour en secouer le joug. Paracelse et surtout Amb. Paré furent les plus audacieux sous ce rapport, mais les découvertes ne sont pas très-nombreuses. En voici le résumé :

INVENTIONS ET MÉTHODES CHIRURGICALES DES XVe ET XVIe SIÈCLES.

L'onguent mercuriel contre les poux, par Balescon de Tarente ou Valescus.

L'autoplastie et larhinoplastie, inventées par Branca et depuis lors pratiquées par Balthazar Pavone, Bojano et Tagliacozzi.

L'extirpation de la matrice tombée hors du vagin, par Bérenger de Carpi.

La taille par le grand appareil, inventée par Jean de Romani, puis employée par Marianus Sanctus.

Le mercure à l'extérieur dans la Syphilis, par Béranger de Carpi, et à l'intérieur par Matthiole;

Les appareils de fracture avec des cercles de fer maintenus à distance par une tige et des vis, inventés par Paracelse pour remplacer les appareils contentifs.

La taille par le haut appareil de Germain Colot et surtout de Franco.

La substitution de la ligature des artères à leur cautérisation pendant la pratique des amputations due à Amb. Paré.

Le diagnostic exact des fractures du col du fémur et de la luxation delà hanche indiqué par A. Paré.

L'invention d'une nouvelle pince d'arrachement pour les polypes du nez.

Le nouveau traitement des plaies d'armes à feu par enlèvement des esquilles et un pansement simple substitué à la torture de la cautérisation faite dans le but de combattre un empoisonnement de ces plaies qui n'existe pas.

A ce sujet, il ne sera pas sans intérêt de comparer le traitement des plaies d'armes à feu auxve etau xixe siècle.

Des plaies d'armes à feu au xv° siècle. — Au xve siècle, l'homme n'avait pas encore fait sortir de la découverte du moine Roger Bacon, sur la poudre de guerre, tout le parti qu'il en tire aujourd'hui pour sa propre destruction. C'était le temps des arquebuses et des mauvais canons. En raison du nombre assez restreint des projectiles lancés, le courage humain n'était pas paralysé par le spectacle des ravages de la tuerie moderne, et il pouvait se déployer dans toute son énergie. La lutte des armées en campagne n'était pas aussi meurtrière qu'elle est de nos jours, et l'ardeur ou la foi des combattants dans la justice de leur cause pouvait, en excitant leur enthousiasme, changer en leur faveur l'issue des combats.

Aujourd'hui, la vaillance personnelle est soumise à une épreuve infiniment plus redoutable, car il lui faut lutter contre la science qui, multipliant le nombre et la portée des projectiles lancés dans un court espace de temps, la domine par ses calculs, et lui ôte une partie de ses ressources d'autrefois. A nombre égal, les plus savants sont les plus forts. Soyons donc savants.

Si l'art de la guerre et ses conditions ont changé, l'art de guérir les blessures de la guerre, surtout les plaies d'armes à feu, n'a pas moins été profondément modifié. Entre ces deux métamorphoses, il y a cependant une bien grande différence. Les perfectionnements de l'art militaire sont la honte de T humanité, ceux de la chirurgie en sont la gloire. Plus que jamais cette science peut dire :

Ad cœdes hominum prisca amphitheatra patebant ; Ut longum discant vivere noslra patent.

Au commencement duxvie siècle, après le fléau de la guerre, il y avait le fléau des barbiers chirurgiens. Quelle barbarie dans le traitement des plaies d'armes à feu ! Etre blessé n'était rien en comparaison des atrocités qu'il fallait subir après sa blessure.

Dans la croyance où l'on était, alors, que les plaies d'armes à feu étaient envenimées et empoisonnées en raison de leur couleur noire, gangreneuse, les uns donnaient de la thériaque à l'intérieur pour neutraliser le venin, les autres y passaient le fer rouge, de l'huile bouillante, du vitriol ou du sublimé corrosif pour anéantir le poison. Ces dernières pratiques, qui étaient celles de Jean de Yigo et d'Alphonse de Ferri, avaient prévalu et elles étaient devenues générales. Ce n'était pas assez d'être blessé, il fallait encore après subir la torture du fer rouge ou la brûlure à l'huile bouillante. Puis pour calmer la douleur inutilement provoquée, on couvrait la plaie de lard,

de beurre frais ou de jaune d'œuf batlu dans l'essence de térébentine.

Si la plaie était compliquée de fracture des os, et que l'amputation fût jugée nécessaire, une fois le membre abattu on avait encore icirecours au fer rouge pour cautériser la plaie et arrêter l'hémorrhagie.

Franchement, c'était bien mal récompenser le courage d'un brave soldat que de lui infliger de pareilles souffrances, après son malheur d'avoir été blessé, et on a quelque peine à s'imaginer comment avait pu naître et se perpétuer l'idée d'un semblable traitement. Cela s'explique cependant lorsqu'on sait que la chirurgie telle qu'elle s'enseigne et se pratique aujourd'hui, était alors repoussée de la faculté et abandonnée à la corporation des barbiers chirurgiens.

Une des puissances de ce monde avec laquelle on a souvent tort de ne pas compter, tant elle a de force pour déjouer les combinaisons les mieux établies en apparence, vint renverser ce système de torture inutile et lui substituer des procédés moins douloureux. Le hasard, qui reste tel pour le vulgaire et qui donne au génie des leçons dont il sait profiter, est l'auteur de la réforme dont l'humanité a tiré un si grand profit.

Ce fut en 1536, après la rupture de la paix de Cambrai signée en 1529 entre François Ier et Charles-Quint. Celui-ci avait envahi la Provence, et la lutte avait commencé. Divers combats avaient eu lieu et la chirurgie, meilleure d'intention que d'action, prêtait ses douloureux secours aux blessés. Après l'affaire du Pas-de-Suze, le tour des chirurgiens pour accomplir leur mission était venu. Parmi eux, se trouvait Ambruise Paré, âgé de 19 ans, chirurgien du maréchal de Monte-Jan et qui, après avoir vu opérer les autres, allait faire de même. Par un hasard heureux, l'huile bouillante ayant manqué, il ne put, selon la règle, cautériser aucune blessure, ce qui le remplit d'inquiétude et l'empêcha de dormir à son aise ; mais, à sa grande admiration, ses blessés se trouvèrent mieux que les autres qui avaient subi la cautérisation.

Ce qui aurait pu passer inaperçu, sous les yeux d'un esprit systématique et borné, fut un trait de lumière pour A. Paré qui, dès ce jour, renonça à cautériser les plaies d'armes à feu, et s'appliqua à faire prévaloir l'idée d'un traitement plus simple et surtout moins douloureux. Il y a réussi, et c'est là l'origine de la réforme dont nos blessés bénéficient encore aujourd'hui. La science n'a pas moins profité de cette heureuse innovation que l'humanité, car elle dut abandonner la supposition que les blessures d'armes à feu étaient brûlées et empoisonnées. On vit alors que les balles n'étant pas chau-

des, ne pouvaient brûler, et, que la poudre ne renfermant pas de poison, ne pouvait engendrer aucun venin. La coloration noire des plaies s'expliqua par une sorte de gangrène superficielle, limitée, due à la violente confusion du projectile, et l'on mit ainsi en rapport la théorie avec les pratiques nouvelles.

Si l'on ajoute à cela l'idée d,e mettre temporairement les blessés dans la position où ils se trouvaient en recevant le coup de feu, afin de faciliter l'extraction de la balle, puis, la ligature des artères d'un membre amputé pour remplacer la brûlure des parties avec le fer rouge, on verra que la science n'a pas déployé moins de génie dans la conservation des victimes de la guerre, que la balistique n'en a fait preuve dans le but de les multiplier.

La première de ces innovations eut lieu en 15i3, au camp de Perpignan, à l'occasion d'un coup de feu reçu par le maréchal de Brissac, dans les environs de l'omoplate droite. Les chirurgiens n'avaient pu trouver la balle, Paré fut envoyé , et dès qu'il eut fait mettre le blessé dans la position qu'il occupait en recevant le coup, il trouva sous la peau une balle qu'il fit extraire par Nicolas Lavernault, chirurgien du Dauphin.

L'autre invention résulta de cette induction légitime, que la ligature des artères divisées réussissant à arrêter les hémorrhagies d'une plaie, elle devait également réussir contre les hémorrhagies de l'amputation d'un membre. A la première occasion qui s'offrit, au siège de Damvilliers, en 1552, M. de Rohan ayant eu la jambe broyée d'un coup de couleuvrine, Ambroise Paré fit l'amputation, et au lieu d'appliquer le fer rouge il fit la ligature des artères et sauva son malade.

Ce fut partie gagnée, et la routine venait d'être vaincue par un barbier chirurgien.

A cet égard : La Méthode de traicter les plays faictes par les hacquebutes et aultres bastons à feu, etc., composée par Ambroyse Paré, maistre chirurgien à Paris, est une des œuvres qui honorent le plus la chirurgie française, et dont l'humanité devra conserver l'inaltérable et reconnaissant souvenir. Plusieurs fois réimprimée du vivant de son auteur, et placée dans la collection de ses œuvres, elle reste comme un témoignage de sagacité et d'ingéniosité digne des plus grands éloges.

La réforme dont Paré se fit le promoteur ne s'accomplit pas sans résistance, et il fallut bien des années pour qu'elle devînt générale. Acceptée par quelques chirurgiens, repoussée par les autres, elle eût été très-périlleuse pour son auteur s'il n'eût pas été en aussi grande faveur à la cour. La Faculté, qui ne songeait qu'à abaisser

la corporation des maîtres barbiers chirurgiens en voulant la réduire à un rôle de mestier manuel, n'attendait qu'une occasion favorable pour sévir. Paré la lui offrit en publiant une relation des épidémies de rougeole, de petite vérole et de peste qu'il avait observées et où il vantait l'antimoine. Le 28 mai 1575, il fut par elle déclaré « notoirement ignare et ne connaissait pas les premiers éléments de la grammaire et des langues latine et grecque. » De plus on le déféra au Parlement.

Le prévôt et les échevins 'demandèrent que son livre fût brûlé comme renfermant choses impudiques et contraires à la morale publique, et que dorénavant les livres de médecine et de chirurgie ne pussent être imprimés ni vendus sans autorisation de la Faculté. Un arrêt du Parlement, du 14 juillet 1575, confirma cette décision, et, le 3 avril 1578, Paré passa sous les ciseaux de la compagnie de la rue de la Bucherie pour y être examiné et châtié comme il le méritait.

L'histoire ne nous dit pas si Paré « l'ignare, ne connaissant ni le français, ni le latin, ni le grec, » a beaucoup souffert de ces injures de la Faculté, ni de cet arrêt du Parlement, ni des mutilations de de son œuvre par la censure des Liebault, des Marescot, des Latour, des Hautain, des Lusson, des Rebours et des Héron, commissionnés parla science officielle du temps; mais les blessés qu'on ne brûlait plus à l'huile bouillante ni au fer rouge n'en souffrirent guère.

Ce fut le principal pour l'humanité qui eut la faiblesse bien excusable, à mon sens, de préférer l'art bienfaisant d'un barbier dépourvu de grec et de latin aux douloureuses façons d'agir des théoriciens latinistes que l'expérience n'instruit jamais. La réforme de Paré se propagea partout et, soit en théorie, soit en pratique, elle est le fond des procédés actuels de la chirurgie. Sauf des modifications de détail, son principe reste intact, et, consacré par une expérience déjà bien longue, il n'est guère à craindre qu'il puisse péricliter.

Ce que la chirurgie moderne a fait à l'égard des plaies d'armes à feu est considérable, mais ne porte pas atteinte à ces principes. On a modifié les règles relatives à l'extraction des projectiles, à l'époque des amputations jugées nécessaires par la gravité des désordres produits, mais, si ce sont là des choses de la plus grande importance pour le salut des blessés, ce ne sont pas des réformes qui puissent faire date dans l'histoire de la science. Il y a cependant parmi les procédés actuels de traitement des plaies d'armes à feu, des découvertes qui ajoutent aux premiers bienfaits de l'art corn-

pâtissant du célèbre Paré, celles d'une chirurgie conservatrice et maîtresse de supprimer la douleur.

Ainsi, au xvnie siècle, en 1768, Whytt, chirurgien de Manchester, a, pour la première fois, essayé de conserver aux blessés un membre dont les os étaient fracassés, en substituant la résection des parties osseuses à Y amputation. Au lieu d'enlever le bras d'un soldat dont l'os avait été mis en éclats vers sa partie supérieure, à l'épaule, il se contenta d'enlever les fragments ou esquilles, et il fut assez heureux pour lui conserver le coude et la main avec tous leurs mouvements.

L'exemple fut aussitôt suivi, et maintenant, quand cela est rendu possible par le genre des blessures, tous les chirurgiens essayent, par une résection habilement faite, de conserver la main ou le pied au lieu d'amputer la totalité du membre. Le bras ou la jambe sont plus courts, mais ne vaut-il pas mieux cette difformité qu'une horrible mutilation. D'ailleurs, les mouvements des doigts sont conservés, comme le sont ceux de lajambe, qui peut servir à la station ou à la déambulation, et sous ce rapport, en se faisant conservatrice, la chirurgie des plaies d'armes à feu a réalisé un immense progrès.

Aujourd'hui beaucoup de blessés, ayant subi cette résection d'un des os de l'épaule, du coude ou du genou, auront le bonheur de conserver un membre fracassé qu'ils eussent perdu à une autre époque ou entre les mains de chirurgiens moins ingénieux ou moins expérimentés.

La dernière conquête de la chirurgie des plaies d'armes à feu, la plus étonnante peut-être et la plus heureuse pour les pauvres blessés, date du xix° siècle. C'est la suppression de la douleur, qui laisse au chirurgien toute sa tranquillité morale et qui lui permet d'agir sans précipitation pour exécuter avec plus de soin les infinis détails d'une opération délicate et difficile. A l'aide des vapeurs soporifiques du chloroforme, l'opérateur plonge son malade dans un tel état de sommeil et d'insensibilité qu'il lui enlève toutes les angoisses physiques et morales de l'opération, et qu'au réveil le malheureux se cherche lui-même pour savoir ce qui lui manque. Pendant une heure on peut disséquer le pourtour d'un de ses os en éclats pour en extraire les fragments sans rien blesser d'utile, et il ne s'en est pas aperçu. Quelle merveille, et que nous sommes loin du temps où ce pauvre blessé se serait tordu de douleur sous l'action de l'huile bouillante et du fer rouge!

Voilà les différences du traitement des plaies d'armes à feu au xve et au xixc siècle. A la théorie de l'empoisonnement de toutes

ses plaies, la chirurgie a substitué le fait de l'attrition par la force d'impulsion des projectiles ; à la cautérisation par l'huile bouillante du prétendu venin, elle a opposé les pansements simples; au fer rouge contre l'hémorrhagie des amputations, elle a préféré la ligature; dans ses idées conservatrices, elle a imaginé les résections, et enfin par un dernier triomphe sur la sensibilité des organes, elle s'est mise en possession du pouvoir d'anéantir la douleur.

DE LA CHIRURGIE MODERNE AUX XVIIe ET XVIIIe SIÈCLES

1° xvne siècle.

Après la mort d'Ambroise Paré, en 1590, comme après celle de Guy de Chauliac, la chirurgie eut encore une éclipse de près d'un demi-siècle dans lequel il ne parut aucun nom ou publication de quelque importance. — L'antagonisme des barbiers chirurgiens, des maîtres chirurgiens de Saint-Corne et de la Faculté continuait toujours en France au grand détriment de la science et de l'humanité, car elle retardait de plus en plus l'avènement d'une branche des connaissances médicales les plus utiles et la plus digne d'être encouragée.

L'histoire est unanime pour condamner le mobile de ces querelles qui ont duré si longtemps et engendré plus de mille mémoires, de procès, de brochures et d'articles de toute sorte où la question de préséance des médecins et des chirurgiens semblait être l'unique préoccupation des savants (1). — Pour être moins vive, la lutte au xvne siècle n'en persista pas moins et, comme le dit Dezeimeris :

« La faculté de Paris ne pouvait laisser au collège des chirurgiens le repos et la liberté dont les fruits menaçaient de faire oublier ses propres travaux. Les moyens ne lui avaient jamais manqué pour nuire à ses rivaux; mais elle sut trouver dans celte occasion le plus sûr et le plus funeste : ce fut d'avilir et de dégrader par une association déshonorante le corps qui lui faisait ombrage. Grâce à l'impudence de ses valets, les barbiers, et à la bassesse de quelques chirurgiens indignes d'appartenir au collège Saint-Louis, elle réussit par surprise et par intrigue à faire prononcer par l'autorité suprême (4655) la réunion des barbiers et des chirurgiens en une seule corporation et à faire exclure de l'Université la chirurgie qui y avait été un instant reconnue, et dont la dignité se trouvait alors si gravement compromise. »

(I) Voir à ce sujet Hist. de l'anaiomie et de la chirurgie de Portai., torn. VII, p. 722.

ANATOMISME ET ÉCOLE ANATOMIQl'E — DE LA CniRURGIE 525

« Depuis lors tout zèle et toute émulation pour la chirurgie furent éteints en France; à peine pourrait-on citer les noms de quelques hommes généreux qui cherchèrent à relever l'honneur de leur état, les travaux d'un petit nombre de chirurgiens qui auraient pu briller clans un siècle moins défavorable (Dezeimeris, page 157; Lettres sur l'Histoire de la Médecine) (1).

Comme on le voit, l'état de la chirurgie en France au commencement du x\iie siècle ne fut pas brillant, mais il n'en fut pas de même dans le reste de l'Europe, et « pour suivre ses progrès il faut aller dans des pays moins esclaves des préjugés et moins asservis au joug des privilèges (p. 158). »

Je commencerai par l'Italie, là où le culte des recherches anatomiques avait ranimé les études chirurgicales. — En effet, tous les anatomistes furent presque tous chirurgiens. — Vesale; Eustachi; G. Fallope; J. A. délia Croce; Colombo, auquel on attribue à tort l'idée beaucoup plus ancienne de la trépanation du sternum; Ingrassia; Azanzi; Varoli; Palazzo; Arcolani, auquel on rapporte le traitement de la carie dentaire par l'aurification; — J. Casserio, grand partisan de la bronchotomie qu'il a décrite avec talent; — Durand Sacchi, qui a écrit sur les maladies des yeux, sur les maladiesde la vessie, sur les tumeurs, sur les ulcères, sur les maladies des os; Fabrice d'Aquadente, dont les ouvrages sont encore très-renommés aujourd'hui.

Ce Fabrice, né en 1537, mort en 1619, disciple de Fallope, professeur d'anatomie et de chirurgie à Padoue, est par quelques personnes considéré comme le réinventeur des valvules des veines : on lui doit quelques autres petites découvertes anatomiques, des Œuvres chirurgicales ou Pentateuque chirurgical, comprenant les tumeurs, les plaies, les ulcères, les fractures et les luxalions : et une infinité d'ouvrages, dont le nombre effraierait en ce temps-ci tous les médecins qui ne produisent rien et qui se font si volontiers les ennemis de ceux qui travaillent.

Sa chirurgie, quoique fort timide, était fort complète et, comme toute celle de ce temps, surchargée d'onguents et d'emplâtres. Il employait surtout le fer et le feu. Il proscrivait l'incision de la con-

(1) Ce ne fut qu'en 1743 que le roi rendit une ordonnance qui remit les chirurgiens de S'-Come au même état où ils étaient avant leur jonction avec les Barbiers et après bien des discussions ; l'arrêt ne fut définitif qu'en 1749, un an après la fondation de l'Académie royale de chirurgie où d'abord se trouvaient librement réunis tous les maîtres chirurgiens de Paris. — Ce n'est que plus tard qu'un nouveau règlement fixa le nombre des académiciens, basé sur le privilège.

jonctive, l'incision des amygdales, l'opération des hernies. Sous ce dernier rapport on peut dire qu'il avait bien raison.

Dans son procédé de bronchotomie, il est le premier qui indique l'emploi d'une canule simple avec des ailes latérales pour empêcher son introduction dans les bronches.

Marc Aurèle Severin (1637-1656), professeur d'anatomie et de chirurgie à Naples, a joui d'une très-grande réputation. On le vante sous le rapport de l'énergie chirurgicale et de l'ardeur presque cruelle qu'il a mise à réhabiliter l'action du fer et du feu ou à blâmer les chirurgiens qui n'osaient pas entreprendre l'opération des anévrysmes ou de la lithotomie qu'on laissait faire à de hardis ignorants.

On lui doit différents opuscules anatomiques et plusieurs livres de chirurgie, un entre autres appelé la Médecine efficace en raison du rôle de l'intervention chirurgicale.

Son traité des abcès est fort important et comprend toute espèce de choses, les abcès critiques avec ou sans métastase; les différents abcès par congestion, les abcès anormaux, les abcès en général, les abcès ou paedarthrocaces chez les enfants, les vices de conformation, les épinygtides, rousseurs et engelures, enfin une affection pestilentielle.

Dans sa Médecine efficace il traite de la cautérisation, de la saignée et des scarifications — des ponctions ou paracentèses — de la bronchotomie — de la fistule à l'anus, — de l'amputation de la mamelle, etc. Tout cela est très-diffus — mais à l'époque où vivait l'auteur, ce livre a eu une très-grande réputation et il représente la chirurgie italienne de la première moitié du xvne siècle.

Pierre de Marchettis (1654), professeur de chirurgie à Padoue.

— Il est l'auteur de trois traités sur la fistule à l'anus , sur les ulcères, et sur le spina-ventosa. — 'Ce fut un adversaire résolu de la suture des tendons et des nerfs. — Il a eu quelque célébrité.

En Allemagne et en Suisse, la chirurgie eut alors quelques représentants célèbres, Féliz Wutz dont j'ai déjà parlé; Conrad Gessner et enfin Fabrice de Hildan dont le nom est encore très-estimé.

Fabrice de Hildan, né en 1560, était professeur de chirurgie à Bcàle en 1610 et très-partisan de l'anatomie pathologique. Il a publié un grand nombre d'observations presque toutes chirurgicales.

— Ne pouvant les citer ici, je me bornerai à dire qu'il protesta trèsénergiquement sur l'abandon de la (aille aux charlatans et qu'il donna l'exemple aux chirurgiens pour reprendre l'usage de cette

opération qu'il pratiquait selon la méthode Marianus Sanctus, c'està-dire par le grand appareil.

Th. Bonet, qui rendit de grands services à la science en publiant son sepulchretum où se trouvent des observations d'anatomie pathologique chirurgicale, qui ne pouvaient que faire progresser la chirurgie.

Georges Bartisch (1583), de Dresde; célèbre par ses travaux d'oculistique et qui est, dit-on, le premier auteur d'un traité spécial ji'ophthalmologie, mérite assez faible puisque les maladies des yeux sont traitées très-longuement dans Celse, Paul d'Egine, Albucasis, etc. On lui doit un instrument pour relever la paupière.

Schenck de Graffenberg (1007), qui en Allemagne a étudié avec soin la composition des pierres qui se forment dans la vessie.

Jean Scullet (1595-1645), né à Ulm, élève de Spigel à Padoue, nous a laissé un livre traduit en français, en 1658, sous le nom à' Arsenal de chirurgie, dans lequel il a représenté tous les instruments, appareils et bandages usités de son temps et par les auteurs qui l'avaient précédé. — Il est l'auteur de différents bandages de fractures encore employés de nos jours.

A son Arsenal de chirurgie se trouvent jointes des observations de chirurgie très-intéressantes, entre autres celles qui sont relatives à la régénération complète du cubitus et du tibia. Sous ce rapport il est le précurseur de ceux qui de notre temps ont mis en honneur la pratique des résections sous-périostées en comptant sur le périoste pour obtenir la régénération de l'os.

Salmuth, qui en Allemagne a publié un opuscule de chirurgie en 1585.

Matthias Godefroi Purmann,(1681), de Breslaw, est un chirurgien militaire qui se soumit deux fois aux injections de substances médicamenteuses dans les veines; il était fort partisan comme les anciens de l'emploi des cautères et des sétons et pratiquait la taille à la façon de Celse par le petit appareil.

Dans les Pays-Bas, après la chute du gouvernement espagnol et la proclamation de l'indépendance nationale, les sciences prirent un développement considérable et on y trouve beaucoup d'anatomistes et de chirurgiens.

Pierre Foreest (1522-1597), qui étudia à Ferrare, à Padoue et à Paris, avant d'être professeur à Delft en Hollande. — Il fut assez célèbre comme chirurgien. On lui doit beaucoup d'observations chirurgicales. Il y en a sur les maladies des yeux et des paupières, sur les maladies des oreilles, du nez, de la bouche, du gosier, sur les

tumeurs, sur les plaies du cerveau avec déperdition de substance suivie de guérison, sur les ulcères, sur les maladies des os, etc. La plupart de ces observations ont une réelle importance.

Jean de Home (1652), disciple de Severin, fut professeur d'anatomie et de chirurgie à l'Université de Leyde — Il a écrit une brochure pour disputer à Pecquet l'honneur de la découverte du canal thoracique, et on lui doit une lettre sur les anévrysmes et différents travaux estimés d'anatomie et de chirurgie. — Ce chirurgien eut une célébrité considérable.

Paul Barbette (1658), médecin et chirurgien d'Amsterdam dont les écrits chirurgicaux renommés alors n'ont plus rien de remarquable aujourd'hui; sa chirurgie anatomique a surtout le mérite de rapprocher l'anatomie de la chirurgie comme on la fait depuis par l'anatomie chirurgicale.

Henri de Roonhuysen (1662), chirurgien d'Amsterdam qui a publié en hollandais plusieurs fragments de chirurgie dans lesquelles il y a lieu de remarquer quelques chapitres sur le bec de lièvre, sur les piqûres des nerfs; sur les fractures du crâne pour lesquelles il ne semble pas très-partisan de la trépanation, sur l'opération césarienne, et l'invention d'un tire-tête de son invention dont il a été parlé plus tard à l'Académie de chirurgie par Lamper.

Job de Meckern (1668), chirurgien d'Amsterdam qui a publié en hollandais des observations médico-chirurgicales, traduites en latin par A. Blasius, en 1682, après la mort de l'auteur. — C'est le résumé de sa vie chirurgicale, comprenant les observations les plus curieuses qu'il ait rencontrées. — Sous ce rapport, c'est un livre très-utile. On y trouve une observation de plaie de tête avec abcès métastalique du foie ayant déterminé la mort. — Il s'éleva contre l'audace de ceux qui avaient entrepris d'enlever l'utérus et montra que dans quelques cas ce qu'on a appelé la procidence de l'utérus n'était qu'une végétation polypiforme.

Corneille Solingen (1673), chirurgien de La Haye dont le manuel de chirurgie très-renommé a été traduit par extraits dans les Actes de Leipsic.

Jean Muys (1682), chirurgien hollandais qui a publié quelques observations sur des plaies de tête avec perte de substance du cerveau.

Antoine Nuck (1685), chirurgien, professeur de Leyde et de La Haye, dontles recherches anatomiques, surtoutla sialographie et les ouvrages de chirurgie, sont très-estimés. — Il se servait du trépan même sur la portion écailleuse du temporal que les anciens n'osaient trépaner; il opérait le strabisme, mettait des yeux artificiels,

pratiquait la cataracte, l'ablation des polypes, employait les cornets acoustiques, l'incision de la luette, la bronchotomie, les appareils orthopédiques dans le torticolis et blâmait la ponction de l'hydrocéphalie. Dans l'opération de l'anévrysme il se servait de la vessie de loup ou bovist contre Phémorrhagie et, chose grave, il en proposait aussi l'emploi dans les amputations des extrémités à la place de la ligature. — Ce fut un grand partisan de la transfusion.

• Corneille Stalpart (1686), chirurgien de La Haye qui avait imaginé une méthode d'injection conservatrice des pièces d'anafomie et qui publia deux centuries d'observations chirurgicales, sur les fractures de la tête à l'occasion desquelles il fit vingt-deux fois le trépan; — il a laissé des travaux sur l'anencéphalie, sur la grossesse extra-utérine, sur les monstruosités du fœtus; sur l'emboîtement d'un œuf clans un autre, etc., livre curieux et instructif qu'il y a encore tout profit à parcourir.

En Danemark, où la chirurgie fut si longtemps avilie par la domination médicale qui rejetait les chirurgiens au dernier rang, malgré leurs connaissances analomiques et leur habileté opératoire, il n'y a guère à mentionner au xvne siècle que Thomas Barlholin, deuxième fils de Gaspard.

Ce Thomas Bartholin (1646-1680) était de Copenhague, il vint étudier à Leyde, à Paris, à Montpellier, à Padoue et dans toute l'Italie, avant de se faire recevoir docteur à Bàle et de rentrer dans son pays pour y professer l'anatomie et la chirurgie.

Ce qu'il a écrit en anatomie est immense, mais il a peu ajouté à ce qu'avait fait Gaspard Bartholin, son père. — Sa physiologie est plus originale et on a de lui, en anatomie-pathologique et en chirurgie, des observations nombreuses sur l'anévrysme qu'il conseille d'opérer en liant les deux bouts de l'artère et en vidant le sac ; sur une loupe de la vessie prise pour une pierre; sur une fille ayant deux nez; sur un homme à deux verges; sur des filles ayant du lait dans les mamelles; sur le spina bifida ; sur les monstruosités; sur les cornes de la peau; sur l'opération césarienne, sur les accouchements par des voies anormales; sur une plaie du cœur ayant laissé vivre le sujet pendant cinq jours; sur la vérole des deux jumeaux et une infinité d'observations qui font de lui une des personnalités anatomiques et chirurgicales les plus illustres de ce siècle.

En Angleterre. — Dans ce pays, la chirurgie que nous avons vue si languissante aux xve et xvie siècles ne se réveilla qu'au xvne et encore fut-elle longtemps à y prendre un véritable caractère scientifique.

BOLCHUT. II. — 3i

On pourrait citer Jean Banister (1578), et Groenevelt 1684, lithotomistes qui eurent quelque réputation chirurgicale à Londres, mais le vrai représentant de la science à cette époque fut Wiseman, (1676), qui eut une grande influence sur la restauration de la chirurgie anglaise, et dont les écrits sont le point de départ d'un mouvement d'étude qui ne s'est plus ralenti. Il a puhlié en anglais un traité de chirurgie en huit livres, comprenant : les tumeurs ; les ulcères; les maladies de l'anus; les écrouelles ou maladies analogues; les plaies ordinaires et d'armes à feu; les fractures et luxations et la vérole. — Ce n'est pas là un plan hien séduisant, mais pour l'époque, ce fut assez, en raison de l'intelligence de l'auteur, pour obtenir un succès considérable.

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