‹ Histoire de la medicine et des doctrines médicales (volume 2)Chapitre 129 sur 141 · DE L'ÉCLECTISME · texte numérisé non relu

DE L'ÉCLECTISME

Sommaire : De l'Eclectisme ancien ; — Agaihinus. — Celse. — Arclrigène d'Aparaée, etc.

De l'Eclectisme moderne : — J. Guérin, Andral, etc. — Des Eclectiques.

L'Eclectisme médical échappe à toute description générale. Il n'a pas de symbole, et il est sans formule. L'Eclectisme d'un médecin ne ressemble pas à l'Eclectisme de son confrère, et les deux systèmes n'ont souvent d'autre rapport que le nom.

Ce n'est pas une doctrine, c'est l'expérience de chacun devenant la règle d'une prétendue méthode, ou plutôt c'est l'individualisme avec toutes ses chances de sagacité, dimpéritie, d'ignorance, de mauvaise foi, etc., substitué àla domination ou aux règles d'un principe philosophique. Ici, chacun fait sa règle et n'obéit qu'à ses lois et on peut dire avec le proverbe : « tôt capita quoi sensus. » Ce n'est pas la raison qui obéit à une discipline doctrinale, même à celle de l'Empirisme et qui s'astreigne à une méthode philosophique, c'est la pensée individuelle érigée en juge de toutes les autres méthodes employées par l'esprit humain. C'est le talent et le génie jugés par le premier venu, quel que soit son mérite, car il n'est pas de médecin qui ne se croie en situation de juger les méthodes médicales pour en composer une à la taille de son intelligence et à la portée de son instruction. Aussi y a-t-il de bons et de mauvais éclectiques, c'est-àdire de bous et de mauvais esprits.

Ici, encore, nous aurons à parler de VEcleclisme antique et de YEclectisme moderne.

C'est dans l'école d'Alexandrie, au premier siècle de 1ère chrétienne, que la philosophie a érigé YEclectisme (ixléyM, choisir) (èdsx-nxoi, choisissants) en système, et bien qu'on eût déjà fait antérieurement de l'Eclectisme, Potamon (1) est le premier philosophe à

(1) Potamon vivait sous les empereurs Auguste et Tibère. (Voy. D. Leclerc, page 502.)

qui Diogène de Laerce rapporte l'honneur de cette innovation! L'intelligence, alors embarrassée par les principes opposés des doctrines philosophiques rivales, crut se tirer d'embarras, en cherchant, par l'analyse de ces principes, à choisir ceux dont l'observation lui aurait démontré l'exactitude et à laisser de côté, au contraire, ceux qui lui paraîtraient entachés d'erreur. C'estau reste ce qu'elle fait inévitablement en pareille occurrence, et, plus d'une fois dans le cours des siècles, ne pouvant subir le joug de doctrines dangereuses et surannées, on voit qu'elle suit la direction résultante des courants philosophiques contraires, en imaginant une sorte de juste milieu susceptible de rallier tous les esprits portés à la tolérance et à la conciliation. De nos jours encore, pareil phénomène intellectuel s'est produit en France, lorsque la philosophie, désorientée par les prétentions des différents systèmes panthéistes et sensualistes, s'est mise à la suite du célèbre philosophe qui a montré qu'il n'y avait plus pour la science qu'a retourner aux idées du moyen-âge, à s'agiter dans l'ornière des systèmes passés ou enfin « qu'à dégager le vrai « ii^ ces systèmes pour en composer une philosophie supérieure à « ces systèmes, les gouvernant tous, les dominant tous, qui ne soit « plus telle ou telle philosophie, mais la philosophie elle-même « dans son essence et dans son unité. » (Cousin.)

Le succès de cette nouvelle manière de voir, soutenue avec une ardeur sans pareille, et propagée avec une éloquence réelle, s'étendit bien au-delà de la philosophie. La médecine ne tarda pas à en subir le contre-coup. Comme jadis, elle avait obéi aux influences philosophiques qui l'aidèrent à résister aux exagérations et aux abus du Dogmatisme, de l'Empirisme et du Méthodisme antique, elle fut très-heureuse de s'abriter derrière la philosophie régnante et de reconstituer l'Eclectisme pour renverser le Méthodisme de Brous sais, mieux connu sous le nom de Doctrine physiologique.

Page 1