SELLE
Chrétien-Théophile Selle, né à Stettin en 1748, mort en 1800, â Berlin, où il avait été appelé comme médecin du roi, a joui d'une immense réputation, et il est généralement considéré comme un des principaux humoristes du xvme siècle. — En effet, sauf quelques considérations assez peu accentuées sur le rôle de la fièvre comme effort utile de la nature, on voit que Selle accorde à l'influence de la putridité des humeurs, une action considérable dans la production des maladies. — Sa pyrétoloyie, publiée en 1773 à Berlin, en
DE L'nUMORISMK — HUMORISME CHIMIQUE ET CFI1MIATRIE 6e)
fait foi. — D'après ce médecin, la plupart des mouvements fébriles ont pour objet de chasser hors du corps une matière étrangère contenue dans le sang, matière ayant une grande tendance à la putridité. En effet, toutes les matières putrides peuvent facilement occasionner la fièvre et la matière évacuée est toujours dans l'état de putréfaction. — Son élimination se fait après le travail de coction préparé par la nature et par crise ayant lieu à certains jours critiques.
Il admettait des fièvres inflammatoires simples, non putrides;— des fièvres putrides et malignes avec saburres putrides dans les premières voies et dissolution putride du sang ; — des fièvres rémittentes dues à l'altération du sang par des matières pituiteuses ou bilieuses venant des premières voies ; — des fièvres bilieuses provoquées par l'acrimonie bilieuse, et qui se subdivisent en bilieuse inflammatoire et bilieuse putride; — des fièvres pituiteuses ; — des fièvres anormales comprenant la fièvre lente nerveuse et la fièvre nerveuse aiguë, enfin les fièvres intermittentes, dues à des crudités, à des congestions bilieuses des premières voies, et à l'action d'une atmosphère chargée de vapeurs malsaines ou d'un miasme épidémique. — Toutes ces divisions sont aujourd'hui délaissées comme les théories d'où elles avaient pris naissance.
Ailleurs que dans l'étude des fièvres, l'humorisine de Selle est assez timide, et, dans ses recherches de pathologie, l'importance des lésions locales semble l'emporter sur celle des altérations humorales qui consistent dans une simple acrimonie bilieuse. Son étude des inflammations est assez complète et renferme un fait curieux qui montre combien peu sont au courant de l'histoire , ceux qui croient que le croup est une maladie récente. En effet, dans sa Médecine clinique, à propos de Xesquinancie ou angine, Selle dit : que la plus dangereuse de toutes est l'inflammation de la trachée artère surtout chez les enfants, où elle est accompagnée de la formation d'une espèce de membrane contre nature, ce qui fait qu'on l'appelle esquinancie membraneuse. Contre celle affection, il conseille au commencement lémétique et, s'il y a menace de suffocation, il faut la prévenir par la Bronchotomie.
Selle a publié un très-grand nombre d'autres ouvrages, mais en dehors desapyrétologie où il expose toutes ses idées humorales, ses autres publications, bien que fort estimables, ne sont pas restées dans la science.
Tout le xyiii* siècle vil ainsi, dans les doctrines humorales, se produire l'antagonisme de laChimiàtrie excessive el de l'Humorisme
raisonnable. Ce lut l'époque de l'alliance et de la fusion entre l'Humorisme galénique et la Chimiâtrie de Sylvius, car il était impossible que la médecine ne profitât pas de ce qu'il y avait de réel dans les découvertes chimiques récentes, et dans les acquisitions que la science de l'homme venait de faire par l'étude chimique des humeurs.
Van-Helmont, Sylvius, Willis, etc., avaient cru trouver dans la fermentation des humeurs, dans leur acidité ou dans leur alcalinité, et dans leurs réactions différentes l'explication de la vie et des maladies. De leur temps c était vraisemblable, et la majorité des contemporains partagea leur opinion. Non-seulement ce n'est plus vrai aujourd'hui, mais ces doctrines nous semblent ridicules bien qu'à vrai dire notre théorie des combustions ressemble beaucoup à celle des fermentations, des effervescences et des distillations.
On se moque beaucoup trop de ce passé qui n'est pas bien vieux sans penser que l'avenir nous réserve peut-être les mêmes railleries. Que de découvertes humorales déjà acceptées sont reléguées dans l'oubli, et comme il est pénible de voir les nouveaux chimistes se moquer de ceux qui ont élevé notre enfance médicale ! Dans ces conquêtes de l'analyse chimique appliquée à l'être vivant, on compte les vérités vraies ratifiées par le temps et, quant aux théories qu'on a voulu en déduire, on voit qu'elles ne sont pour la plupart qu'un amas d'hypothèses.
Quoi qu'il en soit, l'Humorisme mélangé résultant de l'alliance des chimiàtres et des galénistes se prolongea avec des fortunes diverses, et des modifications de détails jusque vers la fin du xvin6 siècle.
Des essais se firent alors pour sortir de la voie commune ; Schwencke fit paraître le premier traité d'hématologie. (Hématologie sive sanguinis historia. La Haye, 1743.) Cotugno annonça la présence de l'albumine dans les urines. (De ischiade nervo&a commentarius. Vienne, 1772.) Rouelle isolait l'urée. (De V urine humaine. Journ. de méd., 1773.) Rega montrait tout le parti qu'on peut tirer des altérations de l'urine. (De urinis tractatus duo. Francfort, 1761.) C'était un mouvement général, mais l'Humorisme serait encore longtemps resté à ce point si les découvertes de Lavoisier n'étaient venues lui donner une nouvelle vie, en lui ouvrant de nouveaux horizons.
Ce qu'il y a de curieux dans toute cette période de la chimiâtrie, et ce qui mérite de fixer l'attention du médecin sur la vanité des connaissances humaines, presque toujours satisfaites de leur état présent, et imprévoyantes des révolutions du lendemain, c'est que les hommes qui s'entendaient au xvic siècle ne sont presque plus