‹ Histoire de la medicine et des doctrines médicales (volume 2)Chapitre 14 sur 141 · DE L'HUMORISME — HUMOR1SME CHIMIQUE ET CH1M1ATRIE · texte numérisé non relu

DE L'HUMORISME — HUMOR1SME CHIMIQUE ET CH1M1ATRIE

compris des savants du xixe. On dirait qu'ils ne parlent plus la même langue. Ce n'étaient cependant pas tous des fous. Il y a eu parmi eux des médecins et des chirurgiens de premier ordre. Si illuminés qu'ils fussent, ils se croyaient en possession de vérités chimiques importantes qu'ils se transmettaient de génération en génération d'un pays à l'autre de l'Europe. Ce qu'ils professaient ils l'avaient vu. C'est au nom de l'expérience et de l'observation qu'ils avaient édifié leur système et tout cela nous paraît ignorance ou folie.

Sylvius de le Boë disait à ses élèves : N'admettez rien pour vrai dans la médecine ou dans les sciences naturelles qui ne soit démontré vrai ou qui ne soit confirmé par l'expérience à l'aide des sens externes.... Je n'ai pas livré à la jeunesse mes opinions, mes suppositions, mes doutes comme fondements de la médecine, mais j'ai proposé des conclusions qui ressorlent de mes expériments fermes, inébranlables et bases solides de notre science (1).

Un historien, M Daremberg, qui ne comprend guère les choses de la médecine comme les médecins, trouve que Sylvius a manqué à sa méthode en disant que les fièvres malignes tenaient à l'alcalinité des sucs et à la grande fluidité du sang : et il dit, dans son Histoire des sciences médicales : cela est une vue de l'esprit et non un résultat d'expérience et d'observation. Cette critique manque absolument de justesse car les fièvres malignes, qui sont aujourd'hui nos fièvres typhoïdes, sont pour tous les observateurs accompagnées d'une grande fluidité du sang avec alcalinité de ce liquide.

C'est dans ses cliniques, à l'hôpital de Leyde, et dans les autopsies, qu'il cherchait à démontrer, par l'observation el par l'expérience, la vérité de sa doctrine chimiatrique. Ceux qui l'entendaient pouvaient voir et juger. On peut croire qu'ils ne l'ont pas jugé d'une façon défavorable puisqu'ils se sont faits ses disciples et les propagateurs de son système. Ne soyons donc pas trop sévères pour des hommes que nous ne comprenons plus, el qui, d'après leur témoignage, procédaient comme nous, par l'observation, l'expérience et l'autopsie. Qui sait ce qu'on dira de nous dans trois siècles, et si les savants de cette époque nous comprendront mieux que nous n'avons pu comprendre les chimiàtres du xvie siècle. On a bien raison de dire que l'expérience est trompeuse, car les vérités d'aujourd'hui remplaçant des eneurs de la veille seront peut-être les erreurs de demain.

A notre point de vue, qui est essentiellement différent de celui des hommes qui représentent le passé de la chimie, presque tout ce

(1) Daremberg, Joe. cit. , p. 570.

qui précède n'est qu'erreur ou hypothèse. — Sauf quelques fails généraux sur L'acidité et l'alcalinité des liquides animaux, sur leur fermentation et sur leur condensation, la plupart des théories chimiques et chimiatriques qu'on en a tiré sont fausses et n'ont plus qu'un intérêt de curiosité historique. — Il n'en sera plus tout-àfait de même dans la période moderne, mais cependant si la chimie appliquée à l'analyse des solides et des liquides de l'organisme ou à la thérapeutique nous a fourni d'importantes vérités , on verra en • core la fausse science chimique, avec ses témérités d'ignorance, refaire une chimiâtrie tout aussi condamnable que celle du moyen âge.

HUMORISME MODERNE

Tandis que la chimie poursuivait sa marche progressive dans toutes ses applications à la science pure, aux arts , à l'industrie ou à la métallurgie, la chimiâtrie s'arrêta un instant ou du moins n'eut plus de représentants assez célèbres pour continuera faire des disciples. — Le prestige des théories de Sylvius s'affaiblit par degrés sous les coups de la doctrine iatro-mécanique, qui cependant ne put s'affranchir de toute chimiâtrie.

Pour n'avoir voulu envisager l'homme que comme un composé chimique dont les solides n'étaient que la partie contenante et secondaire, les Chimiatres perdirent tout le terrain qu'ils rivaient gagné et les Solidistes les accablèrent aisément, en montrant avec juste raison le rôle que les actions physiques et mécaniques jouent dans l'organisation humaine. — Qu'ils aient exagéré à leur tour, cela n'est pas douteux, comme je l'ai démontré en parlant de l'iatro-mécanisme, mais là n'est pas la question. En ce moment je ne veux que faire constater la défaveur du système chimiatrique qui perdit par un absolutisme injustifiable, et par de trop nombreuses hypothèses, un crédit scientifique qu'il eût pu conserver en restant davantage dans les limites de l'observation et de l'expérience.

Le système a en lui un principe de vérité que rien ne peut détruire, pas même les abus qu'en fait l'ignorance. — En même temps que progressait l'école iatro-mécanique qui rallia un assez grand nombre de chimiatres, quelques sectateurs continuèrent encore à défendre les théories chimiques de la fermentation, de l'acidité, de l'alcalinité des humeurs, mais la chimie se perfectionnant de jour en jour par l'analyse et l'expérimentation, il ne fut bientôt plus possible de soutenir ces hypothèses.

On les associait timidement aux anciennes théories humorales d'HippocraleeldeGaiien qui, avec Sydenham, Huxham, Stoll et tant

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d'autres, reprirent faveur, mais c'était là de l'Humorisme plutôt que de la Chimiâtrie. De l'école du moyen âge, on ne prit que ce qu'elle avait de bon et d'utile. — On garda les médicaments dont l'expérience avait consacré les bons effets, tels que l'antimoine, le zinc, l'étain, le mercure le bismuth, les alcalis, les acides, etc., et on mit de côté les théories. C'est ce qu'on avait de mieux à faire.

Avec la rénovation de la chimie, les choses changeaient de face et de nouvelles théories médicales prirent naissance. — Stahl, qui fut le grand médecin dont j'ai parlé dans mon premier volume, fut aussi un grand chimiste et peut-être même le promoteur de Lavoisier (1723-1 732). Sa célèbre théorie du phlogistique ou feu latent, c'est-à-dire principe de combustibilité disséminé dans les molécules des corps, et qui s'échappe par la combustion, adoptée par un grand nombre de chimistes, notamment par Scheele et Priestley, fut en effet le point de départ de toutes les recherches qui aboutirent à la découverte de l'oxygène — Un mot d'abord sur la théorie du phlogistique que j'emprunte à VHistoire de la chimie de Hoefer, afin de bien montrer la révolution qui se préparait.

Stahl était, dès l'origine, possédé de l'idée que, pendant la combustion, quelque chose est expulsé du corps qui brûle ou se calcine, mais que pour que ce quelque chose soit ainsi expulsé il faut un expulsateur (traduction littérale du mot Treïber). Cet expulsateur était, suivant lui, le feu proprement dit ou le mouvement igné (diefeaerige Bewegung). Car, ajoute l'auteur, attribuera l'antagonisme des contraires, tels que le froid et le chaud, la combustion du charbon, de l'amadou, d'un fil, c'est chercher la cause de trop loin. Aussi la trouve-t-il dans le principe sulfureux [Scliwefel-principium) comme le plus propre à produire le mouvement igné et à servir de substratum au feu dans tous les phénomènes de combustion.

En essayant de dégager, ce qui n'est pas chose facile, cette idéemère d'une multitude de considérations accessoires où la controverse tient souvent une trop large place, on arrive en résumé à ce qui suit.

« Le feu (calorique) seprésentedans deux états différents : 1° àl'étal de combinaison, 2° à l'état libre. Tous les corps renferment en eux un principe de combustibilité ; c'est leur combinaison avec le feu qui les rend combustibles, c'est ce feu, ce principe combustible ainsi fixé ou combiné, que Stahl appelle le principe combustible [das verbrenliche IVese^etque ses disciples ont nommé le phlogiston de flamme. Or, ce principe insaisissable à l'étal de combinaison ne devient appréciable à nos sens qu'au moment où il quitte ses liens et se dégage d'un corps quelconque, il reprend alors ses propriétés ordinaires que tout

le monde connaît; il constitue le feu proprement dit, accompagné de lumière et de chaleur. La combustion n'est autre chose que le passage du feu combiné (phlogistique) à l'état de feu libre. Tous les corps se composent donc, en dernière analyse : d'un principe inflammable ou phlogistique et d'un autre élément, qui varient selon les espèces. Plus le corps est combustible ou inflammable, plus il est riche en phlogistique. Le charbon, les huiles, la graisse, le soufre, le phosphore, etc., sont les substances le plus riches en phlogistique; ce sont aussi les plus propres à communiquer ce principe inflammable à d'autres qui en manquent. »

« Appliquons ces idées de Stahl aux métaux. »

« Qu'est-ce qu'un métal? Dans l'état actuel de la science, c'est un corps simple, un corps jusqu'à présent reconnu indécomposable. Suivant la théorie du phlogistique, c'est au contraire un corps composé. Quels en sont les éléments? le phlogistique et une matière terreuse (chaux). Le phlogistique est partout le même, mais la matière terreuse varie suivant la nature du métal. Cette matière terreuse n'est autre chose que la rouille (oxyde) du métal, laquelle, à cause de son aspect pulvérulent, terreux, est appelée chaux. Lorsqu'on chauffe le métal, son phlogistique se dégage et la chaux reste; c'est pourquoi on désigne cette opération sous le nom de calcination (de calx, chaux). »

« Voulez-vous rendre à cette chaux sa ductilité, son élasticité, sa malléabilité, enfin toutes les propriétés qui caractérisent le métal, rendez -lui son phlogistique : si vous donnez au colcothar (chaux de fer) du phlogistique, vous le changerez en fer : si vous donnez au pompholix (chaux de zinc) du phlogistique, vous aurez le zinc, etc. Comment donnerez-vous à ces chaux du phlogistique? en les chauffant avec du charbon, avec des graisses, en un mot avec des substances qui abondent en phlogistique »

<ï S'il est vrai que la simplicité est le caractère distinctif de la vérité, jamais théorie n'aura été aussi vraie que celle de Stahl, car il n'est guère possible de trouver quelque part une théorie aussi séduisante par sa simplicité. Faut-il maintenant s'étonner qu'elle ait eu de si nombreux partisans?

« Ainsi, comme nous venons de le voir, la calcination est selon la théorie de Stahl une opération analytique puisque le métal (ou tout autre corps) se décompose en phlogistique et en chaux, tandis que la réduction est une opération synthétique puisque dans ce dernier cas la chaux reprend son phlogistique. »

D'après la théorie actuelle, dont le fondateur est Lavoisier, c'est tout le contraire : la calcination est une synthèse puisque le métal,

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loin de perdre, absorbe quelque chose en augmentant de poids ; et la réduction est une décomposition car le charbon, au lieu de rendre, enlève quelque chose au métal en lui faisant perdre de son poids exactement ce qu'il avait gagné pendant la calcination.

Si Stahl et ses disciples avaient, dira-t-on, employé la balance, ils auraient sans doute immédiatement renoncé à leur théorie comme étant en contradiction évidente avec l'expérience.

Détrompez-vous; voici ce que disent les phlogisticiens: Nous savons fort bien que les métaux augmentent de poids pendant leur calcination. Mais ce fait, loin d'infirmer la théorie du phlogistique, vient au contraire la confirmer car le phlogistique, étant plus léger que l'air, tend à soulever le corps avec lequel il est combiné, et à lui faire perdre une partie de son poids; ce corps pèse donc davantage après avoir perdu son phlogistique.

« Ainsi, la théorie Stahlienne , qui a été souvent modifiée, est fondée sur une illusion, sur une erreur de statique, d'après laquelle le phlogistique ferait l'office d'un aérostat. Ses partisans semblaient ignorer que tout corps matériel est pesant, et que le phlogistique (en admettant son existence) doit, ainsi que l'air inflammable avec lequel il fut identifié, occuper un espace beaucoup moins grand, par conséquent déplacer un volume d'air beaucoup moindre, à l'état de combinaison qu'à l'état de liberté. »

« Il ne faut pas oublier que Stahl, lorsqu'il établit sa théorie, n'avait aucune connaissance précise des gaz. Après la découverte de l'azote, de l'oxygène, de l'hydrogène, fluides élastiques qui paraissaient avoir certains rapports avec le phlogistique, les chimistes apportèrent à la théorie de Stahl des modifications souvent difficiles à saisir. Et comme d'un côté l'expérience, par suite des découvertes multipliées, contrariait leurs hypothèses et que, d'un autre côté, ils ne voulaient pas, soit par amour propre, soit par conviction, abandonner une théorie qui avait en quelque sorte présidé à tous leurs travaux, il advint, ce qui arrive toujours en pareil cas, que les hypothèses, les explications spéculatives, les additions supplémentaires à la théorie du phlogistique, s'accumulèrent à un tel point qu'il faudrait le fil d'Ariane pour se reconnaître au milieu d'un tel labyrinthe. Il n'y a pas deux chimistes phlogisticiens qui s entendaient, absolument comme pour les médecins et les philosophes. »

C'est dans cette seconde période, période de décadence du phlogistique. qu'on voit apparaître les noms d'air phlogistique (azote); — d'air déphlogistiqué (oxygène) ; — acide marin déphlogistiqué (chlore); — acide vilriolique phlogistique (acide sul-

fureux); — esprit de nitre phlogistiqué (acide nitreux) ; — alcali phlogistiqué (cyanoferrure de potassium), etc.

Telle est l'histoire succincte de la théorie du phlogistiqué qui, vers le milieu et à la fin du xvme siècle, divisa les chimistes en deux camps ennemis, et produisit en même temps une émulation trèssalutaire pour le progrès de la science; car ce n'est que du conflit des opinions contraires que jaillit la vérité, moins pour les contemporains que pour leurs descendants; car c'est après que les passions . ont disparu avec les individus, que l'édifice de la science se consolide. La théorie du phlogistiqué a soulevé certaines questions qui même aujourd'hui sont encore loin d'êtres vidées. S'il est vrai, comme le soutient la théorie qui a succédé à celle de Slahl, que le calorique, logé dans les interstices des molécules matérielles, devient libre au moment où ces molécules se rapprochent, pourquoi l'oxygène, ou tout autre gaz, au moment où il devient libre et qu'il abandonne quelque combinaison, ne détermine- 1— il pas un abaissement de température au moins proportionnel au degré de chaleur qu'il produit pendant sa combinaison. »

Celte théorie eut ses applications médicales, car on créa bientôt les maladies phlogistiques avec formation de chaleur dans le corps, c'est-à-dire les inflammations, et aussitôt on donna au traitement et aux remèdes employés pour combattre ces maladies le nom d'emtiphlogifitiques qui est resté dans la science. Les émissions sanguines, la diète, l'eau, les acides et tout ce qui pouvait diminuer la chaleur fébrile, et la phlogose ou inflammation, furent réputés antiphlogistiques .

A celte époque la Chimiâtrie ne fut pas très en faveur, et n'avait pas de système. Elle consistait comme aujourd'hui en applications plus ou moins heureuses de la chimie à la médecine et, sous ce rapport, c'était un progrès.

Lorsqu'après les recherches de Priestley sur les gaz, sur l'air phlogistiqué et déphlogistiqué, Lavoisier arriva à la découverte de faits entièrement contraires à ceux de Slahl, les choses changèrent de face. On comprit mieux le mécanisme de la combustion et des actions chimiques qui s'opèrent dans le corps humain. — Du même coup la respiration, la cbaleur animale et la nutrition moléculaire reçurent une explication satisfaisante. Une nouvelle théorie chimique de la vie prit naissance, et par cette découverte, d'où était bannie l'hypothèse, Piatro-chimie acquit ses droits à l'entrée définitive dans la science médicale.

Dans la théorie de Slahl et de Prieslley, on croyait que dans la combustion quelque chose était expulsé du corps qui se consume el

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ce quelque chose était le feu lui-même, à l'état latent dans le corps ou phlogistique. Au contraire, dans la théorie de Lavoisier, c'est quelque chose du dehors (l'oxygène) qui est attiré et qui se combine avec le corps en brûlant lui-même.

Il fallut bien des tâtonnements et des expériences pour arriver à ce résultat, mais sans entrer ici dans le détail de ces essais préparatoires, on peut dire que c'est à Lavoisier que revient l'honneur de la découverte du rôle de l'oxygène dans la combustion et dans les agrégations chimiques.

A partir de cette époque, la chimie se trouva en possession d'un principe à l'aide duquel elle put sortir des voies de l'Empirisme, connaître le mécanisme de la composition des corps et constituer une science exacte. Ce qu'elle est devenue par l'accroissement de ses découvertes successives et rapides en chimie minérale et en chimie organique et biologique, je n'ai pas à l'indiquer, car cela concerne l'histoire de la chimie en particulier. — J'ai seulement voulu indiquer ce que la médecine avait d'emblée recueilli de la nouvelle chimie, et comme on le verra à côté de cette application judicieuse vont reparaître une foule d'hypothèses reconstituant presque l'ancienne Chimiâtrie.

Ainsi pendant les dix dernières années du xvme siècle en même temps que régnaient çà et là le Solidisme et l'Empirisme, l'Humorisme se partageait entre les nouvelles doctrines et les anciennes. Louis Hoffmann voyait partout la putridité des humeurs et les particules putrides séparées par les glandes, excitant leurs sphincters de façon à être retenues à l'intérieur, étaient la cause des fièvres et des inflammations, et Girlanner au contraire fondait toute une pathologie humorale sur l'action de l'oxygène, sur les humeurs et sur les solides (1). — Alliant son Humorisme avec un Solidisme semblable à celui de Brown, il professait que l'oxygène dans l'organisme est la cause de la santé et de l'irritabilité naturelle des organes, que s'il y en a trop ou trop peu, les humeurs et les solides s'altèrent, enfin que pour remédier aux maladies qui résultent de ce phénomène, il faut diminuer ou augmenter la quantité d'oxygène respirée par les malades. Il en donnait plus dans les fièvres putrides et dans le scorbut, moins dans la phthisie pulmonaire.

D'après lui, l'irritabilité était augmentée lorsque la soustraction de l'irritant naturel amenait l'accumulation du principe irritable, et elle était perdue, au contraire, lorsque l'action trop vive de l'irritant naturel avait épuisé le principe irritable de la fibre animale. C'est

(1) Anfrangsgriinde der antiehloyistisclœ/t-chemie, 179.'j.

là, comme on le voit, le principe dichotomique de l'accumulation et de l'épuisement de l'irritabilité Brownienne. — Seulement, là où Girtanner devient lui-même, c'est en ajoutant l'oxygène au nombre des irritants naturels, et en se servant de ce gaz comme d'un remède habituel.

Sans insister sur cette malheureuse application des découvertes de Lavoisier, disons qu'à la même époque l'Humorisme se manifestait en Allemagne sous la forme accoutumée. Hildenbrandt publiait un livre sur l'effet des saburres gastriques dans lequel il affirmait que ces saburres ou crudités de l'estomac étaient la cause de la plupart des maladies. En 1791, Georges Wedeking, revenant aux idées de G. L. Hoffmann, publiait une théorie de l'inflammation dans laquelle il rapportait celte maladie aux particules acres et putrescibles du sang. En 1792, Trotter donnait du scorbut une théorie basée sur le défaut d'oxygène du sang et la privation d'aliments frais. En 1793, Beddoes émettait des opinions semblables appuyées par une thérapeutique oxygénée, Jaeger annonçait la prédominance de l'acide phosphorique comme cause de la goutte, du rachitisme, du rhumatisme et des calculs urinaux. et Frédéric Weber voyait dans la scrofule une viscosité de la lymphe due à la surabondance de l'oxygène. En 1799, dans un livre intitulé : Fondements de la science méthodique des ynaladies, qui n'a eu qu'un très médiocre succès, M. Baumes applique la découverte des gaz oxygène, hydrogène, azote, du phosphore et de la combustion à la médecine théorique et pratique. — Sans expériences, et par induction, il considère toutes les maladies comme pouvant résulter de l'augmentation des agents chimiques existants dans l'économie et devant être traités par des moyens chimiques.

Il admet des Calorinèses ou modifications de la chaleur propre aux animaux, comprenant les Calorinèses et les desccdorinèses traitées par leurs contraires ; — les Oxygénèses ou modifications de la quantité d'oxygène absorbé, d'où les suroxygénèses et les desoxygénèses ; avec des remèdes suroxygénants ou desoxygénants ; — les Hydrogénèses, caractérisées par la prédominance ou l'altération des graisses, de la bile, du lait et des sucs muqueux ; — les Azoténèses, maladies putrides formées par l'accumulation d'azote dans l'économie ; — les Phosphorénèses, dues au désordre de la phosphorisation lorsqu'il y a excès ou défaut de phosphates calcaires dans l'économie. Tout cela peut être fort ingénieux, mais que d'illusions et que d'hypothèses en quelques mots! La chimie nouvelle qui avait inauguré le règne de l'observation, de l'expérience et de l'analyse en fit justice par un profond oubli.

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Après celte tentative, on peut clore l'exposition des idées étranges, ridicules et hypothétiques de l Humorisme chimique de ces premiers temps de la chimie. J'en ai assez dit pour montrer le néant de toutes ces conceptions chimériques, et le temps qui s'est écoulé depuis leur promulgation, en les reléguant dans le domaine des souvenirs historiques, me donne assez raison pour que je n'aille pas plus loin. Laissons donc là ces tentatives prématurées de rénovation humorale que blâmait tant Fourcroy (1). « Je crains autant les imprudents novateurs que les fatigants louangeurs des choses usées par le temps. Si ceux-ci ralentissent le mouvement de la raison, ceux-là peuvent la précipiter dans les exagérations non moins dangereuses. Je m'oppose avec la même force, à la folie novatrice des uns qu'à l'immobile lenteur des autres. Je repousse également la prétendue suffisance de la doctrine brownienne pour toute théorie de l'art de guérir et l'indiscrète explication du mécanisme entier de la vie animale par une puissance chimique. » Après ce jugement, voyons où l'humorisme en est arrivé à notre époque.

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Si l'on se rappelle bien la filiation des théories humorales qui, depuis Hippocrate et Galien, ont dominé dans le monde médical eu subissant les modifications de l'Arabisme et de la Ghimiâtrie, on va pouvoir se convaincre aisément que l'Humorisme contemporain diffère sensiblement de Y Humoriste des anciens et de Y Humorisme chimique du moyen âge et de la renaissance.

Aux intempéries des quatre humeurs élémentaires déplacées , mal mélangées ou putréfiées, subissant la coction nécessaire à une crise, et aux fermentations humorales produisant ces âcretés, ces acidités, ces alcalinités et ces dépôts dont on parlait au moyen âge, vont succéder des analyses plus ou moins exactes des humeurs normales et des sécrétions morbides de l'organisme. C'est une nouvelle chimie physiologique , pathologique et thérapeutique. — Tout l'Humorisme contemporain est là — -moins d'hypothèses et plus d'analyses. Plus de faits et moins d'interprétations fausses, voilà ce qui le caractérise. — C'est un Humorisme analytique, descriptif, plutôt que dogmatique et n'ayant plus les prétentions doctrinales de l'Humorisme antérieur. — De même qu'on a fait l'anatomie pathologique des solides, on a essayé, malgré les difficultés de l'entreprise, de faire l'anatomie pathologique des liquides et des humeurs

(1) Ann. de chimie, t. XXVIII, p 232.

par la chimie, afin d'arriver à la connaissance complète du siège anatomique des maladies. — Comme on le voit, ce ne sont pas là des théories constituant un système entier d'Humorisme, ce sont des faits relatifs à l'analyse chimique des humeurs, pas davantage. Il se produira peut-être un esprit élevé capable de coordonner tous ces détails, mais, quant à présent, toutes les tentatives de ce genre, parties des bas-fonds de la médecine, sont restées sans succès.

Notre époque est fatiguée de toutes les théories, surtout des théories hâtives et prématurées, pleines d'hypothèses, qui cherchent à accaparer les esprits; elle semble fuir toutes les autorités scientifiques qui abusent de leur situation, et on dirait même qu'elle a la haine de toute supériorité réelle ou factice, tant elle s'acharne sur toutes celles qui se produisent avec indépendance, sans avoir l'habileté de s'amoindrir et de se masquer jusqu'au moment du succès. La production medico- scientifique est générale, et la contradiction partout. Il lui faudrait avoir mille qualités et encore plus de protecteurs pour qu'au milieu des rivalités, des jalousies, et je dirai même de ces haines inavouables, une grande idée pût faire son chemin dans la science et arriver à dominer une époque. Ce temps n'est plus, et il n'y a pas trop à le regretter quand on jette un regard sur le passé de la médecine et qu'on aperçoit l'inanité, la fausseté et le danger de tous ces systèmes qui se sont culbutés les uns les autres, sans rien laisser d'important qui mérite d être conservé.

Quant à présent, nul système humoral ne paraît à l'horizon de la science, et THumorisme un instant délaissé, au commencement du siècle, sous l'influence du Solidisme de Broussais, a pu renaître sous la forme analytique que je viens d'indiquer dans les ouvrages de quelques chimistes et de quelques-uns de nos médecins physiologistes.

Déjà Hunter, Schonlein , Bordeu avaient montré le parti que la médecine devait tirer de l'analyse médicinale du sang ; Fourcroy, Chaptal, Berzélius, etc., avaient cherché à décomposer les produits de sécrétion et les éléments des tissus. On avait essayé d'analyser quelques liquides pathologiques ; mais dans ces tentatives isolées il n'y avait pas assez d'ensemble pour que la pathologie puisse tirer autre chose que des éléments propres à l'étude de telle ou telle maladie en particulier. Cependant la voie était ouverte. C'est alors que M. Prévost et Dumas essayèrent d'analyser le sang et que, en 1829, Rochoux à leur exemple, faisant comme eux, tenta un commencement de synthèse, car il admit trois sortes d'altération de ce liquide, les altérations par addition, les altérations par soustraction et les altérations spontanées. En 1830. Denis et Lecanu vinrent

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ensuite et firent une nouvelle étude chimique du sang ; un peu plus lard Piorry indiqua une de ses maladies, ['hémite enfin, par de nouvelles analyses dans l'état normal et pathologique; Andral et Gavarret; Becquerel et Rodier (1815) montrèrent de quelles altérations ce liquide était susceptible dans les différentes classes de maladies. L'hématologie pathologique était constituée. J'y reviendrai plus loin.

D'autre part, les analyses du lait, de la salive, de la bile, du fluide pancréatique, de la sueur et de l'urine entreprises de toutes parts et notamment par Thénard, Berzélius, Tiedemann, Ginelin, Simon, Rayer, Liebig, Becquerel, etc., montrèrent toute l'importance de ces recherches, et ce que la médecine pourra un jour en tirer, lorsqu'on sera arrivé à une connaissance plus approfondie du sujet ou que la chimie, plus sûre de ses résultats, aura inspiré plus de confiance dans ses analyses. — Quant à présent, l'Humorisme est en train de renouveler ses bases, il ne s'occupe que du sang, cette chair coulante, comme disait Bordeu, cet organe liquide, blastème vivant, d'où sortent les solides et les humeurs et dont les altérations primitives ou secondaires entraînent tant de maladies. La bile dont le rôle est le même qu'autrefois est à peine étudiée par lui, encore moins la bile noire, ou atrabile, et la pituite, ou phlegme, qui n'existent plus.

Des quatre humeurs admises par les Grecs, et par le Galénisme, il en est donc deux dont il ne peut plus être mention et qui n'ont qu'un intérêt historique. — En revanche, il en est d'autres dont l'antiquité ne parlait pas, et que les découvertes anatomiques modernes ont imposé à la science, c'est la lymphe ou humeur du système lymphatique. Il ne faudrait pas approfondir beaucoup le sujet au point de vue clinique, pour voir, dans cette lymphe altérée, la cause des accidents que jadis on rapportait à la pituite ou au phlegme qui venait du cerveau ou qui était d'origine inconnue, mais je ne veux pas faire d'analogie forcée. — La découverte d'Aselli et de Pecquet nous a révélé la connaissance d'un appareil dit lymphatique, que nous ne connaissions pas, et dans lequel circule un suc dont l'abondance et les altérations modifient la composition du sang ou du sérum et jouent un très-grand rôle dans les maladies. — Cela suffit pour donner à l'étude de cette humeur une base physiologique aussi réelle que solide.

Quant aux produits de sécrétion, tels que la salive, le lait, le suc gastrique et intestinal , le fluide pancréatique, la sueur, les urines, ele . , s'ils jouent un rôle dans l'humorisme pathologique, c'est comme origine de principes anormaux jetés dans le sang où on les retrouve en étudiant ce liquide, ou bien c'est à cause de leur rétention et enfin par leur surabondance.

BÛUCHUT. II. — 6

Là, où le nouvel Humorisme commence à se constituer, c'est dans ses études sur le sang, ce qui constitue dans les classifications pathologiques, le groupe des nosohémies (1). C'est le seul point où il y ait une apparence de doctrine, mais dans les études sur les altérations des autres humeurs et des produits de sécrétion, on n'a encore entrepris aucune systématisation et il n'y a que des essais plus ou moins réussis de chimie pathologique. — Je vais à présent montrer où en est la science contemporaine, sur ces différents points.

Du sang d'après V Humorisme contemporain. — La chimie s'est flattée de faire connaître la composition exacte du sang, mais sans lui faire injure on peut dire que c'est une illusion. Ses analyses ne représentent que très-imparfaitement, et très-incomplétement, la composition de ce fluide, très différent de lui-même dans les divers points de l'arbre circulatoire. Si le sang artériel est partout le même, il n'en est pas ainsi du sang veineux. En effet, le sang de la veine porte qui sort du foie; le sang qui sort de la rate ou des reins; le sang qui sort des glandes, des muscles au repos ou en travail, etc., après avoir été dépouillé de certains éléments propres aux tissus dont il entretient la nutrition, ne renferme pas les mêmes éléments, de sorte qu'il y a une foule de sangs veineux particuliers, et qu'il y aurait présomption à croire que l'analyse du sang des veines du bras, représente lacomposition variable des sangsveineux sortis de chaque tissu particulier.

A cela près, l'étude du sang a permis, par comparaison de l'état sain et de l'état pathologique, d'arriver à des résultats que l'on a pu utiliser en clinique ; — ainsi l'on a pu étudier, approximativement ou à peu près, la surabondance ou la diminution du sang, l'excès ou la diminution de ses éléments, l'addition de principes étrangers, etc., d'où autant de nosohémies particulières dont quelquesunes se traduisent par des symptômes à peu près constants.

En considérant que le sang était formé de fibrine, 0,003; — de globules, 127 ; — d'albumine, 77 ; — de sels et d'eau, 790 (2), — on a vu qu'il y avait des maladies accompagnées d'augmentation ou de diminution de chacun de ces éléments. On discute encore pour savoir si ces altérations sont primitives ou secondaires, mais à ne voir que

(1) E. Bouchut, Pathologie gene'nérale, 2e édit., p. 614.

(2) C'est une analyse très-criliquée par les vrais chimistes qui ne croient pas qu'on puisse analyser le sang-, et qui croient que ces éléments qu'on croit distincts ne sont pas formés dans le sang, et qu'ils sont le produit artificiel des opérations elles-mêmes. Ainsi, d'après Brucke, la fibrine n'existe pas et ne serait que de l'albumine se coagulant plus rapidement.

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le fait matériel il est certain qu'il existe, et c'est lui qui sert de base à Yhématologie moderne. De cette étude ressort toute une classe nouvelle de maladies à placer à côté des fièvres, des inflammations, des gangrènes, etc. Ce sont les Nosohémies. — Pour spécifier les modifications de quantité et de qualité du sang ou son mélange avec des principes étrangers, on admet : des maladies du sang causées par les modifications de quantité des éléments normaux ; — des maladies provoquées par les altérations de qualité du sang, et enfin des maladies déterminées par la présence d'éléments étrangers au sang.

Parmi les premières il y a des nosohémies pléthoriques dues à l'ex ces de la masse du sang et des globules ou pléthore ; — des nosohémies hypémiques dues à la diminution de la masse du sang et des globules, comprenant l'anémie; — l'hypémie, des nosohémies chlorotiques, dues à la seule diminution des globules ou olygocythémie; — des nosohémies leucocythémiques paraugmentationdes globules blancs; — des nosohémies hypérinosiques ou hypinosiques, selon qu'il y a augmentation de fibrine comme les phlegmasies et le scorbut, ou diminution de fibrine comme dans quelques fièvres graves et les empoisonnements septiques; — des nosohémies analbumiques par diminution de l'albumine dans les cachexies et dans les hydropisies; — des nosohémies caséeuses par augmentation de caséine dans la fièvre puerpérale (Guillot); des nosohémies biliverdiques par accumulation de pigment biliaire ou matière colorante de la bile; — de nosohémies cholestériques, glucosiques, uréiques, uriques, etc., formées par l'addition de cholestérine, de glycose, d'urée, d'acide urique. — Toutes ces altérations chimiques, par excès ou diminution des principes normaux du sang, constituent autant de troubles matériels de l'organisme, accompagnés de symptômes constants et caractéristiques.

Il existe aussi des nosohémies dues aux altérations de qualité des éléments du sang. — Ainsi, "Vogel a fait connaître la dissolution de l'hématine dans le sérum, c'est la matière colorante des globules du sang. Huxham a révélé le fait de la dissolution du sang, ce que nous ap pelons aujourd'hui dissolution de la fibrine. J'ai indiqué la facilité plus grande de la coagulation du sang dans les maladies chroniques, ce qu'on appelle inopexie et ce qui explique la production des thromboses veineuses et des embolies.

Il y a enfin les nosohémies par addition de substances étrangères, les unes inconnues comme le principe de certaines diathèses, co rame les ferments morbides, les miasmes pestilentiels, les autres d ites parasitaires, algues ou bactéries dont la germination dans le sang serait l'origine des maladies charbonneuses (Davaine) ou pestilentielles ; des fièvres intermittentes (Salisbury), etc.

De toutes ces affirmations, il n'y en a guère de réelles que celles qui sont relatives aux diathèses et aux altérations de quantité et de qualité du sang, qui soient démontrées, mais pour ce qui regarde les altérations dues à l'altération de ces éléments ou à l'addition de substances étrangères, tout est àrefaire etàcréer. — Sur ces points, la chimie et l'analyse n'ont encore rien donné de précis et qui puisse sérieusement servir de base à des considérations pathogéniques.

De la lymphe, d'après VHumorisme contemporain. — Si la clinique fait jouer un rôle considérable à la surabondance de la lymphe, dans la production des maladies lymphatiques et de la scrofule, la chimie n'a fourni aucune donnée positive sur les altérations de cette humeur. — Sauf quelques analyses de Becquerel en 185 i, on ignore quelle est sa véritable composition chimique. Son existence seule est hors de doute, et on sait seulement qu'elle est plus abondante chez l'enfant que chez l'adulte.

C'est sur ce fait seul que reposent toutes les affirmations relatives à la chronicité des maladies de l'enfance et de la jeunesse, à la scrofule, au développement de certaines adénites, et à la formation de la tuberculose. — Tout cela est probable, mais la démonstration est encore à faire.

De la bile, d'après VHumorisme contemporain. — Si l'on apporte dans l'étude des altérations de la bile, et de leur rôle en pathogénie, la même sévérité d'analyse que pour l'étude du sang, on ne tarde pas à s'apercevoir qu'il n'y a encore ici rien de positif dont la science puisse se servir. Jusqu'ici on ne connaît que les analyses normales de la bile par Thénard, Berzélius, Tiedemann et Gmélin. — Sans doute la bile peut être abondante ou supprimée, mais ses altérations pathogéniques sont à peu près inconnues malgré les analyses de Bizio et de Scherer. — On sait que par son abondante sécrétion, elle peut produire des dyspepsies fébriles, des flux intestinaux considérables, ou bien des maladies bilieuses, lorsqu'elle est résorbée dans ce sang, mais voilà tout. Quant à sa rétention, elle est plutôt le résultat d'une maladie du foie ou des conduits biliaires qu'une altération de la bile en elle-même, il en résulte souvent des concrétions biliaires, et si le passage de cette humeur dans le sangjoue un rôle, en pathologie, c'est comme altération du sang plus encore que comme altération de la bile. A cet égard, les déplacements de la bile doivent être considérées comme des nosohémies et c'est ce qu'on fait généralement.

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Si donc, on laisse de côté les obstructions des conduits biliaires, les maladies aiguës du foie, les dégénérescences et les tumeurs de cette glande, on voit qu'il y a primitivement très-peu de maladies ■ causées par cette humeur, ce qui empêche de lui accorder le rôle important qu'elle avait autrefois.

Des produits de sécrétion d'après VHumorisme contemporain. — Un instant on a voulu voir dans les altérations du suc gastrique et intestinal, du suc pancréatique, de la salive, de la sueur, du lait, du sperme, des urines, etc., des causes de maladie, mais ceux qui approfondissent un peu les choses, n'ont pas tardé à voir que les altérations de ces produits de sécrétion sont en général imparfaitement déterminées; qu'elles sont surtout la conséquence de maladies nerveuses antérieures ou de lésions des organes sécréteurs, et enfin que, si ces altérations humorales exerçaient une influence fâcheuse, cette action pouvait être secondaire. Cela est vrai, mais si ces considérations peuvent suffire pour empêcher qu'on fasse de ces altérations de sécrétion le point de départ d'un système d'Humorisme , il n'en est pas moins certain qu'elles sont la cause d'un certain nombre de maladies, et qu'il en faut tenir compte.

Je sais bien que leurs altérations qualitatives sont mal déterminées, mais leur abondance ou leur diminution sont des causes morbides incontestables. Ainsi, par leur abondance ou par leur suppression, la salive, le suc gastrique, le suc intestinal, le fluide pancréatique, le sperme, le lait, l'urine, etc., donnent lieu à des phénomènes de dyspepsie, de vomissements, de diarrhée séreuse ou graisseuse, de folie, de stérilité, de consomption laiteuse ou polyurique que l'on peut quelquefois combattre chimiquement. — Ainsi, certaines altérations de qualité, telles que l'excès ou le défaut d'acidité du suc gastrique et le défaut de pepsine ou de pancréatine, l'alcalinité de l'urine, l'absence d'animalcules spermatiques, etc., peuvent donner lieu à des accidents quelquefois curables lorsqu'on peut combattre isolément et détruire l'altération de qualité du produit sécrété. C'est ce qui arrive en particulier pour l'acidité du suc gastrique que l'on neutralise par les alcalins, pour son défaut d'acidité auquel on remédie par l'acide chlorhydrique et pour la diminution de ferment gastrique que l'on peut combattre par l'emploi de la pepsine et delà pancréatine. Tout cela mérite considération, et doit empêcher qu'on rejette comme chose secondaire ces altérations humorales dont l'influence pathogénique ne fait aucun doute pour le clinicien. Ce sont des altérations dont l'ancien humorisme ne tenait aucun compte.

La pathologie montre toute l'importance de cette étude, et là les résultats ne sont pas moins intéressants. Bien qu'ils soient souvent mélangés d'un certain nombre d'hypothèses fâcheuses, il y a encore parmi eux des faits d'un grand intérêt.

Il y a d'abord ceux que fournit la clinique et que la chimie ne saurait expliquer. Ce sont ceux que l'on comprend sous le nom de diathèses.

Ainsi, les diathèses dartreuse, herpétique, scrofuleuse ou syphilitique, dont la clinique apprend à connaître les nombreuses manifestations, ne sont en rien éclairées par la chimie. On ignore même absolument quelle est l'humeur ou quelles sont les humeurs altérées dans ces dispositions morbides. — Il en est de même de la contre diathèse créée par la vaccine, et qui met les humeurs en disposition telle qu'elles ne sont plus aptes à recevoir le ferment ou virus de la variole. Ce sont là des faits empiriques et rien de plus. Néanmoins, de ces faits ressort la conséquence qu'il y a des dispositions humorales qui créent la prédisposition à certains états physiologiques et morbides ayant pour siège les humeurs de même qu'elles donnent aussi l'immunité contre plusieurs maladies humorales.

Les autres résultats de l'humorisme contemporain en pathologie sont plus particulièrement de nature chimique.

Ainsi, le rachitisme et l'osteo-malacie sont le résultat de la disparition par les urines du phosphate calcaire des os et du sang.

La goutte est une diathèse avec prédominance d'acide urique dans le sang, dépôt d'urates de soude et de chaux dans le tissu fibreux des articulaires, et d'urates de soude dans la vessie.

Le scorbut et le purpura résultent d'une alcalinité plus grande du sang amenant la dissolution de la fibrine et les hémorrhagies muqueuses et cutanées.

Les lièvres graves, typhus, et fièvres typhoïdes sont probablement dus à des ferments morbifiques qui provoquent une altération moléculaire de la fibrine du sang, qu'on appelait autrefois dissolution du sang, et qui explique les congestions viscérales et les pétéchies observées dans le cours de ces fièvres.

Le diabète sucré est dû à la présence du sucre de glycose dans le sang et à son passage par les urines, mais ce n'est là qu'une altération humorale secondaire.

L'urémie est la conséquence de la rétention de tous les matériaux de l'urine ou seulement de l'urée dans le sang, à la suite de l'altération graisseuse des reins qui modifie leur fonction, et engendre l'albuminurie et des accidents nerveux plus ou moins graves.

Les excoriations de l'anus dans la diarrhée sont le résultat de l'acidité des matières qui s'échappent de l'intestin, et qui irritent la peau.

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Le muguet dépend de l'acidité permanente de la muqueuse buccale dans le cours de l'entérite des enfants et des maladies graves de l'adulte, ce qui favorise l'apparition de la mudécinée dite oidiiwi albicans.

La dernière application de la chimie moderne à la médecine dont je veuille parler est relative h l'influence des virus et des ferments en physiologie et en médecine (1). Van Helmont et Sylvius doivent être bien vengés des injures de l'histoire. Voihà qu'aujourd'hui la digestion est une fermentation dans laquelle interviennent le ferment salivaire (2) pour la saccharification des féculents et le ferment gastrique ou pepsine (3) pour la chymification. Le sperme n'est qu'un ferment mettant en action la matière de l'ovule; la nutrition des tissus résulte d'une fermentation moléculaire dont les globules du sang sont les particules animées. La putréfaction n'est aussi qu'une fermentation putride.

En pathologie les miasmes et les virus de la variole, de la vaccine, de la scarlatine, de la rougeole, des typhus et des maladies contagieuses sont des ferments qui ont les sporules (4), bactéries, microzymas ou autres infusoires (5) pour agents de contagion.

Il en est de même chez les animaux pour la clavelée, pour le typhus des bêtes bovines et d'après Davaine pour le sang de rate des moutons, s'il se confirme que les bactéries trouvées dans leur sang soient la cause du mal (6). De sorte qu'à côté de la fermentation physiologique, il y a une fermentation morbide qui serait le point de départ d'une pathologie animée donnant lieu à un très-grand nombre de maladies épidémiques et contagieuses, que pour cette raison on propose d'appeler des maladies zymotiqites.

Je ne finirais pas si je- voulais énumérer toutes les applications directes de l'analyse chimique et de la chimie à la pathologie, soit pour la composition des tissus normaux et pathologiques, soit pour la composition du sang et des humeurs, soit enfin pour la production des maladies. Ce que j'ai dit doit suffire pour montrer combien est différente la chimie pathologique de notre époque d'avec celle des siècles passés.

Chimie jihysiologique.

Si maintenant on regarde ce que l'étude chimique des humeurs normales adonné à la médecine, on voit aisément que par l'analyse

(1) Essai sur l'histoire des ferments {De Vauréal), 1861.

(2) Mialhe, Chimie pathologique, 1856.

(3) Corvisart, Etudes sur les aliments et les nutriments, 1840.

(4) Chauveau, Feltz, De la -présence des bactéries dans les fièvres graves, etc.

(5) De Ranse, Gaz. méd. Du rôle des Micruzoaires ; 1870 et 1871.

(6) Davaine, Compte-rendu de l'Acad. des Sciences, 1868.

chimique la physiologie a pu se rendre un compte exact du mécanisme des fonctions digestives, stomacales, pancréatiques et spléniques; de la calorification, de la composition des organes, des humeurs naturelles et des sécrétions à l'état normal et pathologique, de la composition des gaz exhalés par les muqueuses et la peau, enfin de l'action de certains médicaments. Ici on retrouve vite les affirmations et les hypothèses de la chimiâtrie, tout aussi ridicules que celles du moyen âge, mais l'écueil où tombent certains médecins ne doit pas empêcher de marcher dans la voie des recherches chimiques, si fécondes pour la physiologie et l'anatomie normale et pathologique. Il est fâcheux sans doute que l'on fasse trop vite des applications de l'analyse chimique à la.pathogénie et à la thérapeutique, mais c'est un mal inévitable largement compensé par les faits que celte analyse a donné à la médecine.

En effet, si l'on étudie les découvertes sorties de l'iatrochimie moderne et les résultats donnés par elle à la physiologie, on voit qu'elle a été au xvme siècle la source de ses plus grands progrès.

Dans la digestion, la connaissance de la composition et des propriétés de la salive, du suc gastrique, de la pepsine, de la bile et du suc pancréatique et intestinal a permis de donner de la transformation des aliments en chyme et en chyle une théorie qu'on peut croire vraie.

Nos aliments qui sont de deux sortes, azotés ou plastiques et non azotés ou respiratoires tels que les graisses et le sucre, une fuis introduits dans la bouche sont triturés par les dents. La salive alcaline et renfermant un ferment, la ptyaline, découverte par Berzelius, s'y mêle, les imprègne et transforme les féculents en sucre. Dans l'estomac le suc gastrique acide avec le ferment pepsine signalé par Schwann dissout les matières albuminoïdes et forme de la peptone, (Lehmann) ou albuminose (Mialhe) puis le suc du pancréas émulsionneles graisses (Cl. Bernard), continue la transformation des féculents en glycose (Leuz), la bile alcaline continue d'éraulsionner les corps gras en empêchant la putridité et le suc intestinal achève la digestion.

Que de découvertes chimiques ! et que de travaux n'a-t-il pas fallu faire pour arriver à ces vérités que le contrôle d'une foule d'expérimentateurs a permis de mettre à l'abri de toute contestation. — Remarquons en passant que voilà les ferments de Van Helmont qui rentrent dans la science.

Dans la respiration, depuis que Lavoisier a montré qu'elle n'était « qu'une combustion lente d'une portion de carbone contenue dans le sang, et que la chaleur animale est entretenue par la

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portion de calorique qui se dégage au moment de la conversion de V oxygène en acide carbonique comme il arrive dans toute combustion de charbon, » tous les physiologistes ont adopté cette théorie qui est à peu de chose près encore en faveur dans la science. Le fait reste entier pour la combustion respiratoire et il n'y a que la chaleur animale que l'on considère aujourd'hui comme pouvant s'engendrer partout en raison des échanges moléculaires qui ont lieu dans tous les tissus.

C'est à la chimie moderne qu'on doit aussi l'analyse médicinale du sang, composé de fibrine, d'albumine, de globules, de sels, d'eau et de gaz azote , oxygène et acide carbonique en proportion variable dans le sang artériel et dans le sang veineux, c'est-à-dire dans le sang qui a ou qui n'a pas subi l'influence de la respiration. — De ces recherches sont nées la théorie physiologique de la respiration, et l 'hématologie de Prévost et Dumas, Andral, Becquerel, etc., constituant une branche de YHumorisme moderne que j'ai fait connaître en parlant de cette doctrine.

C'est aux recherches chimiques que l'on doit aussi la théorie de la chaleur animale remplaçant la chaleur innée, théorie dans laquelle on attribue à la combustion du carbone de tous les tissus sous l'influence de l'oxygène du sang qui les nourrit. (Edwards; Magnus.)Sansla découverte de Lavoisier cette théorie était impossible, mais les phénomènes de combustion lente du carbone du sang pulmonaire avec production de chaleur dans la respiration signalés par lui, ont permis de compléter ce que cette première affirmation avait d'insuffisant.

Dans l'examen de l'urine, l'analyse a remplacé l'inspection des Chimiatres. Elle a permis d'y découvrir les principes salins de différente nature qui, selon les constitutions et les diathèses, favorisent la formation de lagravelle ou des calculs; la présence du sucre; celle de l'albumine : ce qui a mis Bright sur la trace d'une maladie des reins jusqu'alors inconnue, et par elle, la découverte d'une altération chimique du sang par excès d'urée qu'on appelle urémie et qui a parfois les plus fâcheuses conséquences.

Dans l'étude du foie, la chimie a permis de découvrir une nouvelle fonction de cet organe corrélative de la sécrétion biliaire. — C'est la fonction glycogénique découverte par Cl. Bernard. — Ainsi, en même temps que la bile sécrétée par le foie coule par les conduits biliaires, le sucre de glycose qui s'y forme, s'échappe par les veines sus-hépatiques, d'où il arrive dans la veine cave, et vadanslespoumons subir l'acte respiratoire. — Ce sucre de glycose vient du foie d'où on peut l'isoler sous forme de matière blanche pulvérulente et il y est

engendré de toute pièce, cela est incontestable. — On le trouve dans le foie des fœtus, dans le foie des animaux qui depuis longtemps n'ont mangé ni féculents, ni sucre, mais plus on a pris de féculents et plus le glycose qui s'échappe du foie est abondant. — C'est le sucre de glycose formé par la transformation de ces aliments qui s'ajoute à celui qu'engendrele foie. Dans l'état normal, tout ce sucre se détruit dans les poumons par la respiration et dans les tissus parla nutrition moléculaire, sans qu'il s'en échappe par les sécrétions ; mais dans quelques circonstances, ou ce sucre ne se détruit pas, ou bien il est formé en trop grande abondance pour se détruire entièrement, et il passe par les urines, ce qui constitue le diabète sucré ou glycosurie.

A côté de ce fait, il en est un autre également découvert par Cl. Bernard : c'est l'influence du système nerveux sur la production de la même maladie. — Ainsi, chez le lapin, en piquant le plancher du ie ventricule du cerveau, au-dessous de l'origine des nerfs pneumogastriques, on produit immédiatement la glycosurie chez l'animal.

Ces faits que je pourrais multiplier montrent toute l'importance de la chimie appliquée à la physiologie et quelles énormes différences séparent cette iatro-chimie de précision, avec les hypothèses de la Chimiàtrie passée.

DES APPLICATIONS DE l'hUMORISME CONTEMPORAIN A L.\ THÉRAPEUTIQUE

S'il n'y a pas en ce moment une doctrine d'Humorisme pathogénique cherchant à expliquer le développement de toutes les maladies par une altération primitive des humeurs, il y a, ce qui est plus important, comme je viens de le montrer, un Humorisme capable de rendre compte du développement de certaines maladies, et par cela même de faire naître des indications thérapeutiques.

Aux altérations du sang, on, oppose des médications capables de neutraliser un agent nuisible, d'y ajouter un élément qui fait défaut, ou enfin quelque substance stimulante dont l'effet doit être salutaire. C'est d'après ces indications que l'on administre les préparations alcalines dans la goutte, la gravelle et ce que l'on appelle la diathèse urique ; — les antirnoniaux dans les cas où la fibrine du sang devient trop coagulable; — les acides végétaux dans la dissolution de la fibrine chez les scorbutiques, chez les typhiques et dans le purpura; — le quinquina et le sulfate de quinine contre les empoisonnements du sang par les miasmes végétaux ou effluves. Le sang manque-t-il de fer comme dans la chlorose, on en donne aux malades ; — n'a-t-il plus d'eau comme dans le choléra, on injecte de l'eau dans les veines ; — tout le sang a-t-il disparu par une hémorrhagie, qu'une transfusion heureuse peut à propos ranimer

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