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DES ÉCLECTIQUES

Je vais, maintenant que j'ai fait connaître l'Eclectisme, consacrer quelques pages aux principaux Eclectiques.

AGATHINUS.

Ce médecin dont plusieurs historiens ont fait le fondateur de l'Eclectisme médical (voyez Sprengel, tom. 2, p. 73) vécut au premier siècle de l'ère chrétienne, Ce fut d'abord un des sectaires du Pneumatisme, et, c'est en s'écartant, dit-on, de cette doctrine, qu'il se rapprocha des Empiriques et des Méthodistes. Il me semble que ce n'est pas suffisant pour en faire un chef d'école, et pour l'enlever de l'école pneumatique où je l'ai placé (voyez : Transformations du naturisme, chapitre du Pneumatisme, p. 155, tomel). Son adhésion à la théorie du pneuma caractérise sa tendance médicale, et on pouvait, en admettant la réalité de ce principe général de physiologie, reconnaître les avantages de l'expérimentation. Cela prouve combien il est quelquefois difficile d'apprécier le caractère général des doctrines d'un médecin, surtout quand on n'a plus ses œuvres sous les yeux pour le juger. Quoi qu'il en soit, c'est à lui qu'on fait remonter la création de YÉclectisme et du Syncrétisme antique, mais personne ne pourrait l'affirmer avec quelque certitude.

Nous ne connaissons Agathinus que d'après ce qu'en a dit Galien. Il paraît qu'il a écrit sur le pouls, avec toute la subtilité du temps, et il l'attribuait aux mouvements du pneuma qui, par son plus ou moins d'action, donnait une force variable aux pulsations artérielles. — Il a écrit aussi sur l'ellébore; sur les bains chauds qu'il accusait de produire la faiblesse et l'exaltation de la sensibilité — sur les bains froids qui étaient bien préférables pour la conservation de la santé (Oribase, lib. X, cap. 7). — Dans tous ces écrits, se manifestent au plus haut point les principes de la secte pneumatique, et ils ne nous apprennent rien sur l'apparition de l'Eclectisme médical.

Celsea vécu à la fin du règne d'Auguste, sous Tibère et même aussi, dit- on, sous Caligula. Surnommé le Cicéron des médecins.

il a composé une encyclopédie des sciences humaines que le temps a détruite, et dont il ne reste que la partie médicale, écrite dans une latinité si belle qu'on la cite souvent comme exemple.

On a beaucoup discuté pour savoir s'il était médecin, mais il est impossible de rien établir à cet égard. S'il n'a pas été médecin, ainsi que la déclare Pline, il a su la médecine mieux que beaucoup de médecins de profession, et il faut qu'il l'ait beaucoup étudiée pour en parler avec tout le talent qui se révèle dans son Traité de médecine.

Cet ouvrage, divisé en 8 livres comprenant la Diététique, la Pharmaceutique et la Chirurgie, commence par une exposition des doctrines médicales du Méthodisme, de Y Empirisme et du Dogmatisme. C'est là où Celse fait la profession de foi éclectique rapportée plus haut.

Il expose d'abord ce qu'il convient de faire pour se conserver la santé. C'est un véritable Traité d'hygiène où se trouvent indiqués la plupart des préceptes d'Hippocrale.

« Celui qui est d'une bonne constitution n'a pas besoin de régime, de médecin, ni d'ialraleple ou de frictionneur. Vivre à la campagne et à la ville, faire de l'exercice, naviguer, chasser, se baigner à l'eau chaude et à l'eau froide, manger à son appétit, et user de tout sans s'affaiblir, voilà son hygiène. »

Les personnes délicates, et il en est ainsi de presque tous les habitants des villes et des gens de lettres, doivent s'observer davantage et veiller avec soin sur les effets des influences extérieures, effets qui varient avec le. tempérament, le sexe, l'âge, la saison, et que Celse expose très-nettement et avec détails.

Quant à ceux chez lesquels il y a faiblesse d'une partie du corps, il leur faut s'astreindre à des habitudes spéciales — qui varient selon qu'il s'agit de la tête, du ventre et de la diarrhée habituelle, du côlon, de l'estomac, des douleurs nerveuses, etc.

Il indique ensuite les précautions à prendre en cas d'épidémie relativement à la manière de vivre, à l'exercice, au sommeil, à la veille; mais « le plus sûr alors est de voyager ou de naviguer. »

Le second livre a pour objet la Pathologie générale et il renferme des vues d'ensemble sur YEtiologie, sur la Séméiologie et sur la Thérapeutique. C'est là que Celse expose l'influence des saisons, de la température, de Vâge, de la constitution et des tempéraments sur les maladies. Par l'extrait qui suit on pourra juger la médecine de cette époque (1).

(1) Celse, livre II, § 1. Traduction par des Étangs, page 22.

« Il n'est pas de saison plus favorable que le printemps; vient ensuite l'hiver ; on court plus de dangers en été et de bien plus grands encore en automne. Chaudes ou froides, les températures égales sont les meilleures, et les plus fâcheuses sont caractérisées par d'extrêmes variations. De là vient que l'automne est fatal à tant de monde. Alors, en effet, la chaleur se fait sentir vers le milieu du jour, tandis que les nuits, les matinées et les soirées sont froides. Or, le corps relâché pendant l'été, et qui l'est encore à midi par l'élévation de la température, se trouve bientôt après exposé brusquement à l'action du froid. C'est dans cette saison surtout que se font remarquer ces vicissitudes; mais en quelque temps qu'elles arrivent, elles sont toujours pernicieuses. Quand il n'existe point de variations dans l'air, les jours sereins sont les plus salutaires, et mieux vaut encore les avoir pluvieux que chargés de nuages et de brouillards. »

« En hiver, il faut préférer les jours où les vents ne soufflent pas, en été ceux où règne un vent d'ouest. A défaut de celui-ci, les vents du septentrion sont plus favorables que ceux de l'est ou du midi. Néanmoins, leur salubrité dépend quelquefois des lieux d'où ils viennent ; ainsi presque toujours le vent qui s'élève du milieu des terres est sain, tandis qu'il est insalubre s'il souffle du côté de la mer. Non-seulement la santé se conserve mieux par une bonne température, mais le beau temps abrège encore les maladies existantes, et les rend plus légères. Pour un malade, le ciel le plus inclément est celui sous lequel il a perdu la santé, aussi dans cet état fera- t-il -bien d'en choisir un autre, fût-il généralement plus contraire. C'est au milieu de la vie qu'on est le moins exposé, car on n'a pas plus à redouter l'ardeur de la jeunesse que le refroidissement de l'âge sénile. On observe plus souvent les maladies aiguës chez le jeune homme, et chez le vieillard les maladies chroniques. Le corps le plus dispos est celui dont les formes sont carrées, sans maigreur et sans obésité. Si une taille élevée sied bien à la jeunesse, elle oblige en revanche le vieillard à se courber prématurément. La maigreur rend le corps débile, et l'excès d'embonpoint émousse la sensibilité. C'est au printemps surtout que les effets de l'agitation des humeurs sont à craindre, et c'est précisément alors que surviennent les ophthahnies, les pustules, les hémorrhagies, les abcès appelés par les Grecs apostèmes, Patrabile qu'ils nomment mélancolie, la frénésie, l'épilepsie, l'angine, les fluxions, et les catarrhes. Dans cette saison régnent aussi les maladies des articulations et des nerfs, avec toutes leurs alternatives de rémission et d'exacerbation. Sans être exempt du plus grand nombre de ces

affections, l'été donne de plus naissance aux fièvres continues, ardentes ou tierces, aux vomissements, aux flux de ventre, aux douleurs d'oreille, aux ulcères de la bouche, aux chancres qui peuvent envahir toutes les parties du corps, mais principalement les parties génitales ; et enfin à l'épuisement produit par les sueurs excessives. Il n'est pas une de ces maladies pour ainsi dire qu'on ne puisse rencontrer en automne ; mais on observe de plus alors les fièvres erratiques, les douleurs de rate, l'hydropisie, la consomption qui a reçu des Grecs le nom de phthisie, la difficulté d'uriner qu'ils appellent strangiwie, l'affection iliaque de l'intestin grêle iléon, le relâchement particulier des intestins nommé par eux lienterie, les douleurs sciatiques, et les attaques d'épilepsie. »

« C'est l'époque où succombent les personnes affaiblies par des maux invétérés, et sous le poids encore des chaleurs récentes de l'été; d'autres sont enlevées par les maladies propres à la saison ou contractent des affections d'une longueur extrême, telles par exemple que les fièvres quartes, qui sévissent aussi pendant l'hiver. En aucun temps on ne voit régner plus souvent les épidémies, quelles qu'elles soient, quoique l'automne exerce déjà de mille manières son influence pernicieuse. »

« L'hiver suscite des douleurs de tête, de la toux, des maux de gorge, des points de côté, et toutes les maladies des viscères. Quant aux vents, l'aquilon provoque la toux et l'enrouement, resserre le ventre, supprime les urines, détermine des frissons, des douleurs de côté et de poitrine ; néanmoins, il raffermit les bonnes constitutions, et rend plus alerte et plus agile. Le vent du midi fait perdre à l'ouïe sa finesse, aux sens leur activité ; il occasionne des maux de tête, relâche les entrailles, et jette le corps dans la langueur, la mollesse et l'engourdissement. Les autres vents, selon qu'ils se rapprochent de celui du nord ou du midi, produisent des effets analogues à ceux que nous indiquons. »

« Toute chaleur enfin détermine l'inflammation du foie et de la rate, appesantit l'esprit, et entraîne des syncopes et des hémorrhagies. Le froid amène les convulsions ou la rigidité des nerfs. On donne en grec le nom de spasme au premier état, et celui de tétanos au second. C'est au froid que sont dus la gangrène des ulcères et les frissons qui accompagnent les fièvres. Dans les temps de sécheresse, surviennent les fièvres aiguës, les ophthalmies, les tranchées, les difficultés d'uriner, et les douleurs articulaires. Par des temps de pluie, naissent les fièvres continues, les dévoiements, les angines, les chancres, les attaques d'épilepsie, et la résolution des nerfs, paralysie des Grecs. Il ne faut pas seulement tenir compte

des jours présents, mais aussi de ceux qui les ont précédés. Si l'hiver en effet a été sec et agité par les vents septentrionaux, et que le printemps soit pluvieux et soumis aux vents du midi, on verra le plus souvent apparaître des ophthalmies, des dyssenteries, des fièvres, qui séviront de préférence sur les personnes dont la cjnstitution est molle, et par conséquent sur les femmes. Si au contraire à un hiver pluvieux, et placé sous l'influence des vents du midi, succède un printemps sec et froid, il en résulte que les femmes enceintes et avancées déjà dans leur grossesse sont menacées d'avortenient, ou ne mettent au monde, lorsqu'elles arrivent à terme, que des enfants débiles et à peine viables. Les autres individus sont affectés d'ophllialmies sèches, ainsi que de fluxions et de catarrhes, s'ils sont âgés. Mais si les vents du midi n'ont pas cessé de régner depuis le commencement de l'hiver jusqu'à la lin du printemps, on observera des pleurésies, et le délire fébrile appelé frénésie, qui seront rapidement mortels. Si dès les premiers jours du printemps et pendant l'été il a fait constamment chaud, les lièvres seront accompagnées de sueurs considérables. S'il y a eu de la sécheresse pendant l'été, avec un vent du nord, et si le vent du midi règne en automne avec des pluies, il se manifestera, l'hiver suivant, de la toux, des rhumes et des enrouements ; quelques-uns même seront minés par la consomption. »

« En supposant au contraire que l'automne soit aussi sec que l'été, et de même exposé à l'aquilon, les sujets dont la constitution est molle, et principalement les femmes, comme je l'ai dit, jouiront alors d'une bonne santé. Ceux qui ont une complexion plus ferme peuvent être atteints d'ophthalmies sèches, de fièvres en partie aiguës et en partie chroniques, et de maladies engendrées par l'atrabile. Quant aux époques de la vie, les enfants et les adolescents se portent mieux dans le printemps et au commencement de l'été, les vieillards mieux en été et au commencement de l'automne ; les jeunes gens et les hommes dans la force de l'âge mieux en hiver. On supporte plus difficilement l'hiver au déclin de la vie, et moins bien l'été lorsqu'on est jeune. Dans la première et la seconde enfance si la santé se dérange, les malades sont très-sujets à des ulcères serpigineux de la bouche, appelés aphthes en grec, ainsi qu'à des vomissements, des insomnies, des écoulements d'oreille, et des inflammations autour de l'ombilic. Au moment de la dentition particulièrement, ils présentent des ulcérations superficielles aux gencives, et sont pris de convulsions, de fièvres légères et de dévoiements surtout quand les dents canines sont prêtes à sortir. Ces accidents s'observent fréquemment chez les enfants trop gros,

et qui onl le ventre trop resserré. À un âge un peu plus avancé, surviennent les engorgements des glandes, les déviations des vertèbres, les écrouelles, des espèces de verrues douloureuses nommées en grec axpo^opâoveç, et plusieurs autres sortes d'excroissances. Un grand nombre de ces affections persiste encore à la puberté, et de plus il se manifeste des lièvres de longue durée et des hémorrbagies nasales. C'est vers le quarantième jour que l'enfance a le plus de danger à courir, puis au septième mois, à la septième année, et ensuite aux approches de la puberté. Si à cette époque et après les premiers rapports sexuels, les maladies des garçons ne sont pas terminées, et si elles persévèrent chez les filles après l'éruption des règle?, elles deviennent souvent difficiles à vaincre. En général cependant les maladies de l'enfance qui se sont prolongées jusqu'à ces limites ne vont, pas au delà. L'adolescence est trèsexposée aux affections aiguës, à Fépilepsie et à la consomption, et ce sont presque toujours les jeunes gens qui crachent le sang. Après cet âge, arrivent les pleurésies, les pneumonies, la léthargie, le choléra, la frénésie, et l'écoulement de sang par les orifices de certaines veines, ce que les Grecs nomment hémorrhoïdes II y a dans la vieillesse embarras de la respiration, difficulté d'uriner, catarrhes, douleurs dans les articulations et les reins, paralysie, mauvais état du corps désigné par les Grecs sous le nom de cachexie, insomnie, maladies des oreilles, des yeux et du nez toujours opiniâtres, relâchement d'entrailles, et par suite tranchées, lienterie, et toutes les incommodités qui résultent de la trop grande liberté du ventre. Indépendamment de ces affections, les sujets maigres ont à craindre la consomption, la diarrhée, les rhumes, les points de côté et les douleurs des viscères. Les gens surchargés d'embonpoint sont plutôt enlevés par des maladies aiguës et des suffocations, et périssent souvent de mort subite, ce qui n'arrive presque jamais aux personnes dont la constitution est grêle, v

Voilà pour les causes; quant à la Séméiologie, Celse divise lès symptômes en plusieurs .catégories. 1° Signes précurseurs tels qu'excès d'embonpoint ou de maigreur; perle des forces et lourdeur des membres; accroissement de température; insomnie; sueur générale ou partielle; inappétence; bouillonnements; lassitude, etc. 2° Signes actuels indiquant la maladie d'un organe. 3° Signes pronostics annonçant que la terminaison sera heureuse ou malheureuse. Ces derniers sont exposés avec une supériorité réelle et on pourra en juger par l'extrait qui va suivre (1) :

(I) Celse, livre II, § 4.

BOUCHUT. II. — 38

« Oïl doit s'attendre au contraire à une affection des plus graves, lorsque le malade est couché sur le clos les bras et les jambes étendus; lorsque dans la violence d'un état aigu, d'une inflammation des poumons surtout, il veut rester assis; lorsqu'eniin il est tourmenté d'insomnies pendant la nuit, bien qu'il obtienne le jour un peu de sommeil; et encore ce sommeil est-il moins bon entre la dixième heure et la nuit, qu'à partir du matin jusqu'à dix heures. Cependant si le malade ne repose ni jour ni nuit, le présage est bien plus alarmant; car il est pour ainsi dire impossible qu'une pareille insomnie n'ait pas sa cause dans une douleur constante. C'est un signe également contraire qu'un sommeil excessif; et il devient plus sérieux encore si l'assoupissement se prolonge le jour et la nuit. Voici ce qui dénote aussi la gravité du mal : une respiration fréquente et laborieuse, des frissons commençant le sixième jour, des crachats purulents, la difficulté de l'expectoration, la continuité des souffrances, l'impatience à supporter son mal, l'agitation déréglée des bras et des jambes, les pleurs involontaires, l'enduit visqueux qui s'attache aux dents, l'amaigrissement des régions ombilicale et pubienne, l'inflammation des hypochondres avec douleur, dureté, tension et gonflement, phénomènes plus dangereux du côté droit, et auxquels peut s'ajouter enfin le plus périlleux de tous, le battement violent des vaisseaux de ces parties. — Autres signes fâcheux : émaciation rapide, froid à la tête, aux mains et aux pieds, et en même temps chaleur au ventre et aux côtés, froid des extrémités au plus fort d'une affection aiguë, frissons après la sueur, hoquets ou rougeur des yeux après avoir vomi, dégoût des aliments succédant à l'appétit ou à des fièvres de longue durée, sueurs immodérées, celles qui sont froides surtout, ou bien celles qui ne sont pas générales et ne jugent point la lièvre. — Il faut craindre les fièvres qui reviennent chaque jour à la même heure, qui ont des accès semblables et ne diminuent pas le troisième jour, ou qui se composent de redoublements et de rémissions, sans jamais offrir d'intermittence. Mais les plus redoutables sont les fièvres continues qui se maintiennent toujours au même degré de violence — Il y a danger quand la fièvre se déclare après la jaunisse, surtout si l'hypocondre droit est resté dur. Quand la douleur persiste dans cette partie, toute fièvre aiguë doit donner de vives inquiétudes; il en est de même des convulsions qui se manifestent dans' le cours d'une lièvre aiguë, ou qui surviennent au réveil. — Il est de mauvais augure de s'effrayer en dormant, de présenter dès le début de la fièvre du désordre dans l'intelligence, ou d'être atteint de paralysie partielle. Dans ce dernier cas, on peut bien ranimer le membre affecté, mais

presque jamais il ne reprend la force qu'il a perdue. — Les vomissements de bile ou de pituile pure ont de la gravité, surtout si les matières vomies sont vertes ou noires. — L'urine dont le sédiment est rouge et uni est mauvaise ; elle l'est plus encore quand elle laisse voir des espèces de lamelles minces et blanches; et la plus mauvaise enfin est celle où l'on aperçoit des nuages furfuracés. L'urine ténue et sans couleur est aussi défavorable, principalement dans la frénésie, — L'extrême constipation est à redouter, mais pas plus que le dévoiement qui survient pendant la fièvre et ne permet pas au malade de rester au lit; le danger même augmente, si les matières sont très-liquides, décolorées, blanchâtres ou écumeuses, ou bien peu abondantes, glaireuses, lisses, blanches, un peu pâles, ou encore si elles sont livides, bilieuses, sanguinolentes, et d'une odeur plus forte qu'à l'ordinaire. — Il n'est pas bon enfin que les évacuations soient sans mélange après les fièvres de longue durée. »

« Quan.1 les symptômes que nous venons d'exposer se rencontrent, il est à désirer que la maladie se prolonge ; et même il faut qu'il en soit ainsi ou le malade succombe. La seule chance de salut, dans les affections graves, c'est d'épuiser leur violence en gagnant du temps, jusqu'au moment uù Ton peut faire prévaloir les moyens curatifs. Il est permis cependant d'entrevoir dès le début, à l'aide de certains signes, qu'une maladie traînera en longueur, sans être pour cela mortelle. On portera ce jugement, si dans une fièvre non aiguë on observe des sueurs fruides limitées à la tête et au cou, ou des sueurs générales avec persistance de la fièvre; s'il y a des alternatives de chaud et de froid; si la coloration varie d'un instant à l'autre, si les abcès survenus dans le cours d'une fièvre ne se guérissent pas, si le malade a peu maigri comparativement à la durée de son affection ; si l'urine est pure, limpide dans un temps et un peu sédimenteuse dans un autre ; si le dépôt est lisse, blanc ou rouge, ou bien formé de petits grumeaux, ou s'il s'élève de petites bulles à la surface. »

« Malgré le danger que font craindre de pareils symptômes, tout espoir n'est pas perdu ; mais il y a présage de mort quand le nez est effilé, les tempes affaissées, les yeux caves, les oreilles froides sans ressort, relevées légèrement par en bas, la peau du front dure et tendue, et la coloration noire ou blême. L'imminence est plus grande encore, s'il n'y a eu précédemment ni veilles prolongées, ni diarrhée, ni abstinence extrême. Ces causes peuvent quelquefois produire la même altération dans les traits; mais leur influence ne s'étend pas au-delà d'un jour, et quand cet état persiste, il annonce la mort. Elle est prochaine si ces symptômes durent

depuis trois jours, à une époque avancée de la maladie, surtout si les yeux fuient la lumière et se remplissent de larmes, si le blanc se colore en rouge et que les veinules apparaissent avec une teinte livide, si l'œil est rempli de chassie qui s'attache principalement aux angles, si l'un est plus petit que l'autre, s'ils sont profondément enfoncés ou saillants, si pendant le sommeil et sans diarrhée précédente les paupières entr'ouvertes font apercevoir une partie du blanc de l'œil, si les paupières sont pâles et que cette pâleur décolore aussi les lèvres et les narines, si le nez, les lèvres, les yeux, les paupières et les sourcils, ou seulement quelques-uns de ces traits, sont décomposés; si le malade enfin en raison de sa faiblesse est incapable de voir et d'entendre. — Ce qui dénonce également une terminaison fatale, c'est quand le malade est couché sur le dos, les genoux serrés l'un contre l'autre, qu'il se laisse continuellement glisser vers les pieds du lit, qu'il découvre ses bras et ses jambes et les jette çà et là, qu'il a les extrémités froides, qu'il reste la bouche ouverte, qu'il dort sans cesse, qu'étant sans connaissance il est pris d'un grincement de dents qui ne lui était pas familier, et qu'une plaie survenue avant ou pendant la maladie devient sèche, pâle ou livide. — \oici encore des indices funestes : les ongles elles doigts prennent une teinte livide, l'haleine est froide; le malade, dans une fièvre, une affection aiguë, le délire, l'inflammation du poumon ou la céphalalgie, arrache brin à brin le duvet, ou étend les franges de ses couvertures, ou cherche à détacher les paillettes du mur. — Les douleurs des hanches et des extrémités intérieures, qui après avoir passé dans les viscères disparaissent tout à coup, témoignent que la mort est proche, surtout quand d'autres signes s'ajoutent à celui-ci. — Si pendant la fièvre, et sans apparence de tumeur, le malade est atteint de suffocation et ne peut avaler sa salive, ou s'il éprouve une distorsion du cou qui l'empêche de rien prendre, on ne parviendra pas à le sauver. Il succombera de même, si, dans le cours d'une fièvre continue, il est pris d'une faiblesse extrême; si, la lièvre persistant, il est saisi de froid à la surface du corps, tandis qu'à l'intérieur la chaleur est assez grande pour exciter la soif, ou s'il est à la fois en proie au délire et à la difficulté de respirer; s'il tombe en convulsion pour avoir pris de l'ellébore, ou s'il perd la parole à la suite d'un état d'ivresse. Sa perte est assurée dans l'un et l'autre cas, à moins que la fièvre ne vienne le délivrer des convulsions, ou que, l'ivresse étant dissipée, il ne commence à recouvrer la parole. — Les maladies aiguës chez les femmes enceintes sont fréquemment suivies de mort. On doit la présager aussi, si le sommeil augmente la douleur, si l'on rend spontanément de la bile

noire par haut ou par bas au commencement d'une maladie, ou si cette évacuation s'opère par l'une ou l'autre voie chez un sujet épuisé déjà par la durée de son affection. — Même présage, si l'on expectore de la bile et du pus, à la fois ou séparément. Quand ces crachats surviennent vers le septième jour, c'est vers le quatorzième que la mort a lieu généralement, à moins qu'il ne se manifeste de nouveaux symptômes moins violents ou plus graves, dont le résultat serait alors de rendre cette terminaison plus tardive ou plus prompte. — Dans les fièvres aiguës, les sueurs froides sont funestes, et dans toute maladie, on en peut dire autant des vomissements qui varient et sont de plusieurs couleurs, surtout quand les matières sentent mauvais. Vomir le sang pendant la fièvre n'est pas moins funeste. — L'urine, quand elle est rouge et ténue, accuse une grande crudité, et souvent le malade est enlevé avant qu'elle ait pu venir à coction, de sorte que ce caractère, en persévérant, annonce une issue fatale. La plus pernicieuse néanmoins, celle qui précède la mort, est l'urine noire, épaisse et fétide ; et c'est pour les hommes et les femmes la plus à craindre, de même que pour les enfants celle qui est aqueuse et ténue. — Les selles qui varient attestent un égal péril; elles sont composées de matières semblables à des raclures, de matières bilieuses, sanguinolentes et verdàtres, rendues isolément de temps à autre, ou évacuées tout à la fois, et quoique mélangées demeurant distinctes. Malgré cela, le malade peut traîner encore quelque temps ; mais il touche évidemment à sa fin, s'il a des selles liquides, noires; livides ou graisseuses, et caractérisées surtout par leur fétidité. — On peut me demander sans doute comment il se fait, puisqu'il y a des indices certains de la mort, que des malades abandonnés des médecins aient néanmoins recouvré la santé, et que d'autres soient revenus au monde du sein même de leurs funérailles. On ajoutera que Démocrite, homme d'un si grand nom, prétendait que pour établir ja cessation de la vie comme fait accompli, on n'avait pas de caractères assez positifs; et qu'à plus forte raison il était éloigné de convenir qu'on pût pronostiquer une mort éventuelle par des signes irrécusables. Je ne chercherai pas à prouver que l'analogie qui existe souvent entre plusieurs symptômes peut en effet égarer non le praticien habile, mais le médecin sans expérience; qu'Asclépiade par exemple, rencontrant un convoi, sut bien reconnaître à l'instant que celui qu'on allait inhumer n'avait point cessé de vivre, et qu'après tout l'art n'est pas responsable des fautes de celui qui l'exerce. Je dirai plus simplement : La médecine est un art conjectural qui doit par cela même abuser quelquefois, bien que presque toujours l'événement donne raison à ses conjectures; et lorsque sur mille per-

sonnes l'erreur se renconlre une fois à peine, la confiance n'en saurait être ébranlée, puisqu'elle repose encore sur le témoignage d'une foule innombrable. Ce que je dis ici des signes funestes s'entend également de ceux qui sont d'un heureux pçésage; car on est parfois déçu dans ses espérances, et tel vient à succomber, dont l'état n'inspirait d'abord aucune inquiétude. De même> les remèdes employés pour guérir produisent quelquefois un effet contraire. C'est le sort de la faiblesse humaine de ne pouvoir échapper à ces déceptions, au milieu de la diversité si grande des tempéraments ; et cela ne doit pas empêcher de croire à la médecine, par cette raison que, dans la plupart des cas et chez le plus grand nombre des malades, elle est évidemment utile. Il ne faut pas ignorer cependant que c'est principalement dans les maladies aiguës que les indices de vie et de mort sont des trompeurs. »

« Après avoir exposé les signes communs à toutes les maladies, j'arrive à m'occuper de ceux qui sont propres à chaque espèce; quelques-uns dénotent avant la fièvre, et d'autres durant l'état fébrile, ce qui se passe à l'intérieur, ou ce qui doit survenir. — Avant la fièvre, s'il y a pesanteur de tête, si au sortir du sommeil la vue reste obscurcie, ou si l'on observe de fréquents éternuments, on peut craindre un afflux de pituite vers la tête. — Y a-t-il pléthore sanguine, augmentation de la chaleur, une hémorrhagie a lieu d'ordinaire par quelque partie du corps. — Sil'on maigrit sans motif, on est menacé de tomber dans la cachexie. — Quand il y a douleur ou gonflement externe des hypocondres, ou lorsque pendant tout le jour les urines n'offrent pas les caractères de la coction, il est manifeste que la digestion se fait mal. — Ceux qui sans avoir la jaunisse, conservent longtemps de mauvaises couleurs, sont affligés de maux de tête, ou portés à manger de la terre. — Les personnes qui, depuis longtemps aussi, ontle visage pâle et bouffi, souffrent de la tête, des viscères ou des entrailles. — Si dans une fièvre continue, un enfant ne va point à la selle, S'il change de couleur, qu'il n'ait point de sommeil et pleure constamment, les convulsions sont à craindre. — Des rhumes fréquents chez les sujets dont le corps est grêle et allongé feront appréhender la phthisie. — Lorsque depuis plusieurs jours, il n'y a pas eu d'évacuations alvines, il faut s'attendre à une diarrhée subite ou à une fièvre légère. — Quand les pieds sont enflés, que les déjections se prolongent, qu'on ressent de la douleur dans le basventre et dans les hanches, l'hydropisie est menaçante, et c'est ordinairement vers les lianes qu'elle commence à paraître. On court le même danger lorsque, malgré les envies d'aller à la selle, on ne rend rien que des matières dures et avec beaucoup de peine, quand

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on a de plus les pieds enflés, et que l'enflure occupe aussi tantôt le côté droit, tantôt le côté gauche du ventre, où elle se montre et disparaît tour à tour. Dans ce cas, la maladie semble partir du foie. Comme indices de la même affection, on notera les tranchées autour de l'ombilic («rroepot en grec), et les douleurs persistantes des hanches, auxquelles le temps et les remèdes n'apportent aucun soulagement. » « Les douleurs articulaires qui ont leur siège aux pieds, aux mains, ou à quelque autre partie, et qui déterminent en cet endroit la rétraction des nerfs, ou bien la lassitude dans les membres pour la cause la plus légère, et la sensibilité au froid et au chaud, seront considérées comme avant-coureurs de la goutte, laquelle se fixera soit aux pieds, soit aux mains, ou sur toute autre articulation affectée de la même manière. — Ceux qui dans leur enfance étaient sujets aux hémorrhagies nasales, et chez qui elles ont cessé de paraître, sont infailliblement exposés à des maux de tête, à de graves ulcérations dans les articulations, ou à quelque autre maladie. »

« Les femmes qui ne sont pas réglées éprouveront des maux de tête excessifs, ou seront tourmentées par d'autres affections. Il n'y a pas moins de péril pour ceux qui, sans avoir la goutte ou des maladies analogues, sont pris de douleurs et de gonflements articulaires, avec des alternatives de retour et de rémission complète, surtout lorsqu'à cet état s'ajoutent la douleur des tempes et des sueurs nocturnes. — La démangeaison au front fait craindre une ophthalmie. — La femme qui ressent après l'accouchement de vives douleurs, sans autres signes fâcheux, est menacée d'une épistaxis vers le vingtième jour, ou d'un abcès des parties inférieures. L'une ou l'autre terminaison s'observera toutes les fois que les tempes et le front seront le siège d'une douleur intense ; mais l'hémorrhagie se manifestera de préférence chez le jeune sujet, et la suppuration chez le vieillard. — Une fièvre qui disparaît subitement, sans raison et sans signes favorables, se reproduit presque toujours. — Celui qui jour et nuit a le sang à la bouche, sans qu'il ait eu précédemment ni maux de tête, ni douleur aux hypocondres, ni toux, ni vomissement, ni lièvre légère, celui-là doit avoir un ulcère dans les narines ou l'arrièregorge. — Une tumeur à l'aine, accompagnée d'un mouvement fébrile, et survenant chez une femme sans cause apparente, dénonce un ulcère à la matrice. — Une urine épaisse, et dont le sédiment est blanc, signifie qu'il existe de la douleur dans les articulations ou les viscères, et que la maladie peut s'en emparer. Celle qui est verte accuse dans les viscères de la douleur, ou l'existence d'une tumeur qui peut offrir du danger; elle témoigne en tout cas que la santé a subi quelque altération: Si l'on remarque dans l'urine du sang ou du

pus, c'est que les reins ou la vessie sont ulcérés. Si l'urine est épaisse et présente des filaments minces comme des cheveux ; si des bulles s'en dégagent, qu'elle soit de mauvaise odeur, que parfois elle charrie du sable et parfois du sang ; si les hanches et la région pubienne sont douloureuses, qu'il y ait des rapports fréquents, quelquefois des vomissements bilieux, refroidissement des extrémités, envie fréquente et en même temps difficulté d'uriner ; si l'urine expulsée est aqueuse ou jaune, ou pâle, et que son émission amène pourtant un peu de soulagement; si beaucoup de gaz enfin s'échappe avec les selles, cela prouve que les reins sont affectés. Mais le mal est dans la vessie si l'urine sort goutte à goutte, si le sang s'y trouve mêlé, ou se présente à l'état de caillot qu'il faut rendre avec effort, et si l'on ressent vers le pubis des douleurs internes. »

« Les signes suivants feront reconnaître la présence d'un calcul : on urine difficilement et en petite quantité ; quelquefois le liquide s'échappe involontairement goutte à goutte, chargé de sable, mêlé de sang ou de matières sanguinolentes ou purulentes. Les uns urinent plus facilement debout, les autres étant couchés sur le dos, principalement ceux qui ont des calculs volumineux ; quelques-uns ont besoin de se courber et d'allonger la verge pour diminuer la douleur. On éprouve dans cette partie un sentiment de pesanteur qui s'augmente par la course et le mouvement. Il en est qui dans la violence du mal croisent alternativement les jambes l'une sur l'autre. »

« Les femmes sont obligées souvent d'appliquer la main à l'orifice des parties naturelles et d'y exercer des frottements; si même elles pressent avec le doigt le col de la vessie elles sentent le calcul. — Le sang écumeux, rendu par l'expectoration, indique une affection des poumons. — Un dévoiement considérable peut devenir chez une femme enceinte une cause d'avortement. — Si pendant la grossesse le lait s'échappe des mamelles, le fœtus renfermé dans l'utérus est débile; il est vigoureux au contraire, quand les seins sont durs. — Des hoquets répétés, et qui se prolongent d'une manière insolite, annoncent l'inflammation du foie. — Si des plaies accompagnées de gonflement s'affaissent subitement, et que cela ait lieu à la partie postérieure du corps, on peut redouter des mouvements convulsifs ou la rigidité des nerfs; si c'est à la partie antérieure, on doit s'attendre à une pleurésie aiguë ou au délire. La diarrhée qui survient quelquefois est alors très-défavorable. — La suppression brusque d'un écoulement de sang habituel peut être suivie d'hydropisieou de phthisie. Cette consomption se déclare aussi, lorsque la suppuration qui s'est manifestée à la suite d'une pleurésie n'a pu être tarie dans

l'espace de quarante jours. — Une tristesse opiniâtre, accompagnée de frayeurs et d'insomnies, conduit à l'atrabile. — Ceux qui sont sujets aux saignements de nez sont exposés au gonflement de la rate, ou à des maux de tôle, pendant lesquels ils voient certaines images voltiger devant leurs yeux. — Les personnes qui ont de grosses rates ont les gencives en mauvais état, l'haleine forle, et sont sujettes à divers écoulements de sang. Quand ces symptômes ne se rencontrent pas, les jambes sont affectées d'ulcères de mauvaise nature, qui laissent après eux de noires cicatrices. — S'il existe une cause de douleur et si le malade paraît insensible, il y a démence. — Le sang qui s'épanche dans le ventre se convertit en pus. — Si la douleur passe des hanches et des parties inférieuresàla poitrine, sans donner lieu d'abord à aucun signe fâcheux, on court le risque de voir la suppuration s'établir en cet endroit. — Lorsqu'en l'absence de toute fièvre, une partie du corps devient le siège d'une douleur ou d'une démangeaison accompagnée de rougeur et de chaleur, il doit s'y former un abcès. — Une urine claire, chez un homme mal portant, fait présager quelque suppuration vers les oreilles. »

« Si à l'aide de ces indices, et sans que la fièvre existe, on est sur la voie des affections cachées ou futures, le jugement devient bien plus assuré quand la fièvre s'ajoute à ces symptômes. Alors aussi on voit surgir les signes particuliers à d'autres maladies. »

« Par exemple le délire est imminent, lorsqu'un individu laisse échapper tout à coup des paroles plus brèves que de coutume, et montre dans ses discours une assurance et une loquacité qui ne lui étaient pas ordinaires; lorsque aussi sa respiration est rare et énergique, que ses vaisseaux battent avec force et que les hypocondres sont durs et gonflés. Les mouvements fréquents des yeux, la céphalalgie avec obscurcissement de la vue, la privation de sommeil sans qu'il y ait douleur, et l'insomnie persistant jour et nuit, annoncent également le délire. »

« On portera le même pronostic, si le malade, contrairement à ses habitudes et sans y être forcé par la douleur, se tient couché sur le ventre, et si, conservant encore ses forces, il éprouve un grincement de dents insolite. — La rétrocession d'un abcès avant ?a suppuration, et cela quand la fièvre dure encore, entraîne d'abord un délire furieux et la mort ensuite. — Une douleur aiguë de l'oreille, accompagnée d'une fièvre continue et violente, porte souvent aussi le désordre dans l'intelligence. Les jeunes gens succombent quelquefois dans ce cas vers le septième jour et les vieillards plus tard, par la raison que chez eux les fièvres intenses et le délire, surviennent moins facilement; de sorte qu'ils se soutiennent jusqu'au moment

où la /suppuration s'établit. — La congestion sanguine des mamelles sert de même cà présager le délire furieux. — Les fièvres de longue durée provoquent la formation d'abcès, ou l'apparition de douleurs articulaires. »

« On est menacé de convulsions, quand dans le cours d'une fièvre la respiration en traversant le gosier est entrecoupée. — Si l'angine cesse tout à coup, le mal se jette sur le poumon, et enlève souvent le malade au septième jour; si la mort n'arrive pas, il s'établit quelque part un foyer de suppuration. — A la suite d'une diarrhée prolongée, survient la dysenterie; à celle-ci succède la lienterie, et à des rhumes fréquents la phthisie. — Après la pleurésie se déclarent les maladies du poumon, qui sont suivies de délire. De même une grande effervescence du corps peut produire la rigidité des nerfs ou des convulsions. — Dans les blessures de tête, il y a délire et dans les insomnies douloureuses, convulsions. — Quand les vaisseaux qui environnent un ulcère sont animés de battements violents, il faut craindre une hémorrhagie. — La suppuration se manifeste sous l'influence de plusieurs affections. Ainsi, lorsque des fièvres déjà anciennes persévèrent sans douleur et sans cause évidente . la suppuration se fait jour quelque part; mais chez les jeunes gens surtout, car, chez les sujets plus âgés, le même état donne presque toujours naissance à la fièvre quarte. Sileshypocondres étant durs et douloureux, le malade n'est pas mort avantle vingtième jour, s'il n'y apaseud'épistaxis, principalement chez un jeune homme, et si dès le commencement il s'est plaint d'un obscurcissement de la vue ou de maux de têle, la suppuration s'établit encore; mais alors le dépôt a son siège dans les parties inférieures. Les hypocondres présenlent-ils au contraire une tumeur molle durant soixante jours, avec persistance de la fièvre, la suppuration se formera, mais dans les parties supérieures ; et si l'abcès n'occupe pas les viscères, il se manifestera vers les oreilles. — Toute tumeurqui dure depuisun tempsassez long, tend à suppurer, et celte tendance est plus marquée si la tumeur est située dans les hypocondres que si elle se développe dans le ventre; si elle existe au-dessus de l'ombilic qu'au-dessous. Si la fièvre est accompagnée d'un sentiment de lassitude, l'abcès se portera sur la mâchoire ou sur quelque articulation. Quelquefois aussi, après avoir rendu pendant longtemps une urine ténue et crue, et quand tous les autres signes sont favorables, on voit un abcès survenir au-dessous de la cloison que les Grecs appellent diaphragme. »

« La douleur du poumon qui n'est point dissipée par l'expectoration, et qui ne cède ni à la saignée, ni au régime, donne lieu quelquefois à des vomiques vers le vingtième, trentième, quarantième

et même jusqu'au soixantième jour. Nous comptons, il est vrai, à partir du jour où la fièvre s'est déclarée, ou bien du jour où le malade a ressenti des frissons ou de la pesanteur dans le côté. Lavomique vient tantôt du poumon, tantôt de la plèvre. La suppuration provoque la douleur et l'inflammation des parties avec lesquelles elle se trouve en contact. »

« Il y a là plus de chaleur; et si le malade veut se coucher sur le côté sain, il accuse en cet endroit un sentiment de pesanteur. Quand la suppuration n'est pas encore accessible au reyard, on est assuré néanmoins qu'elle existe, si la fièvre n'abandonne pas le malade, si pendant le jour elle est moins forte et plus intense pendant la nuit, s'il y a des sueurs abondantes, des envies de tousser, et si la toux ne fournit presque rien à l'expectoration. Les yeux caves, la rougeur des pommettes, la décoloration des veines situées sous la langue, la courbure plus prononcée desongles, la chaleur des doigts surtout à leur extrémité, l'enflure des pieds, l'embarras de la respiration, le dégoût des aliments et l'apparition de pustules sur tout le corps, sont autant de signes à l'appui. S'il y a, dès le début, douleur, toux et difficulté de respirer, la rupture de la vomique aura lieu avant le vingtième jour ou vers cette époque ; mais si ces symptômes ont paru plus tard, il faut qu'ils se développent, et leur disparition sera d'autant plus lente qu'ils auront mis plus de temps à se prononcer. — Dans les maladies graves, il est assez ordinaire que les pieds, les orteils et les ongles, deviennent noirs; et si cet état n'entraîne pas la mort et que le malade£revienne à la santé, les pieds néanmoins se séparent du corps. »

« Je dois parler maintenant des signes particuliers à chaque espèce de maladie, et qui révèlent ce qu'il faut espérer ou craindre. — Si, dans les douleurs de vessie, on rend une urine purulente avec un dépôt blanc et uni, on ne doit pas s'alarmer. — Dans l'inflammation du poumon, si la douleur est diminuée par l'expectoration, même lorsqu'elle est purulente ; si la respiration est facile, que les crachats soient rendus sans effort, et que le malade supporte assez bien son mal, on peut espérer le rétablissement de la santé. Il ne faut pas trop s'inquiéter non plus, en voyant dès le début des crachats jaunes et mêlés de sang, pourvu qu'ils soient rejelés immédiatement. — Les pleurésies sont suivies de guérison lorsque la suppuration qui s'était manifestée est tout-à-fait épuisée dans l'espace de quarante jours. Si l'abcès a son siège dans le foie, et si le pus qu'il fournit est pur et blanc, on en revient facilement; car dans ce cas, le mal est dans une enveloppe. Les abcès sont moins redoutables lorsqu'ils se por-

tent vers l'extérieur et se terminent en pointe. Pour ceux qui se dirigent en dedans, les moins graves sont les abcès qui n'intéressent pas la peau adjacente, et qui la laissent sans douleur et sans changement de coloration. On doit être affranchi de toute inquiétude, si le pus, quelle que soit son origine, est blanc, uni, d'une seule couleur; si après son évacuation la fièvre s'apaise, et si la soif et le dégoût des aliments disparaissent. Le danger est moindre lorsqu'un abcès survient à la jambe, et que les crachats, de jaunes qu'ils étaient, deviennent purulents. Dans la phthisie qui doit avoir une heureuse terminaison, il faut que les crachats soient blancs, parfaitement homogènes, de la même couleur, et sans mélange de pituite. L'humeur qui descend du cerveau dans les narines doit offrir les mêmes caractères. L'absence totale de la fièvre est d'un excellent présage. C'est encore un signe favorable, quand elle est assez légère pour ne pas s'opposer à l'alimentation et ne pas exciter la soif. »

« C'est de même une circonstance avantageuse dans cette maladie d'aller chaque jour à la selle, et de rendre des matières moulées et dans un rapport convenable avec les aliments qu'on a pris. Il esta désirer enfin que le corps ne soit pas grêle, que la poitrine soit large et velue, les cartilages minces et recouverts de chair. — Chez une femme atteinte de suppression des mentrues avec douleur persistante à la poitrine et entre les épaules, la phthisie peut s'arrêter, s'il survient tout-à-coup une éruption des règles. Alors en effet la toux diminue, et la soif ainsi que le mouvement fébrile disparaissent. Mais si le flux menstruel ne revient pas, une vomique se fera jour, qui sera d'autant moins redoutable qu'elle sera plus mêlée de sang. — L'hydropisie qui se déclare sans aucune affection précédente n'a rien d'inquiétant, non plus que celle qui succède à une maladie chronique, pourvu que les viscères soient en bon état, que la respiration soit facile, qu'on ne ressente ni douleur ni chaleur, qu'il n'y ait point d'enflure aux extrémités, qu'on n'éprouve ni toux, ni soif, si sécheresse de la langue, même pendant le sommeil, que l'appétit se maintienne, que le ventre obéisse à l'action des médicaments, qu'il y ait des selles naturelles molles et bien moulées, que l'abdomen s'affaisse, que les urines varient selon le changement de vin et l'usage de certaines boissons médicamenteuses; qu'enfin le malade n'accuse point de lassitude et supporte sans effort sa maladie. La réunion de toutes ces circonstances ne laisse rien à craindre; et n'y en eût-il qu'une partie, on devrait conserver bon espoir. — Les maladies des articles, telles que la podagre et la chiragre chez les jeunes sujets surtout, et lorsqu'elles n'ont pas produit de nodocités, sont susceptibles de guérison. L'amélioration se fait principalement sentir

quand il survient de vives coliques ou un (lux de venlre, quel qu'il soit. — L'épilepsie qui se manifeste avant la puberté disparaît assez facilement; et quand on sent l'accès commencer par une partie du corps, il vaut beaucoup mieux que ce soit par les pieds et les mains, ou au moins par le côté. Le cas le plus grave, c'est de voir l'attaque débuter par la tète. Dans ce genre d'affections, on obtient les meilleurs effets des évacuations alvines. — La diarrhée qui n'est pas accompagrfée de mouvement fébrile ne peut entraîner aucun inconvénient quand elle s'arrête promptement, que le venire ne fait sentir aucun mouvement à la pression, et que les gaz sortent librement par en bas. — La dysenterie elle-même n'offre pas de grands dangers, si le sang et les raclures s'écoulent sans fièvre et sans autre complication ; de sorte qu'on peut non-seulement en guérir la femme enceinte, mais aussi conserver l'enfant. C'est une condition favorable dans celte maladie d'être un peu avancé en âge. »

« La lienterie au contraire est plus facilement combattue dans les premières années, pourvu que les urines coulent librement et que le corps commence à prendre de la nourriture. Le jeune âge influe de même favorablement sur les douleurs des hanches et des épaules, et danstous les cas de paralysie. Lorsqu'on n'éprouve pas d'engourdissement dans les hanches, mais une légère sensation de froid, la guérison est prompte et facile, malgré l'intensité des douleurs. Tout membre paralysé peut aussi reprendre son intégrité, s'il continue à se nourrir. La paralysie de la bouche peut être guérie par un flux de ventre. — Toute évacuation alvine agit efficacement dans les opbtbalmies. — Des varices, un écoulement subit de sang par les veines hé • morrhoïdales, ou la dysenterie mettent un terme à la folie. — Les douleurs des bras, qui tendent à gagner les mains ou les épaules, disparaissent à la suite de vomissements de bile noire. Celles qui se dirigent vers les parties inférieures sont plus facilement dissipées. — L'éternument fait cesser le hoquet, et le vomissement arrête les diarrhées prolongées. — Lesfemmes sont délivrées des vomissements de sang par l'apparition des menstrues. Si elles ne sont pas réglées, un saignement de nez les exempte de tout danger. Celles qui souffrent aux parties sexuelles, ou dont l'accouchement estlaborieux, sont soulagées par l'éternument. — La fièvre quarte d'été est presque toujours de courte durée. Le délire est salutaire lorsqu'il y a chaleur et tremblement. — La dysenterie est favorable dans les affections de la rate. Enfin la fièvre elle-même (ce qui doit surprendre encore davantage) est souvent d'un utile secours. En effet, elle dissipe les douleurs des hypocondres lorsqu'il n'y a pas d'inflammation, vient en aide à celles du foie, fait cesser entièrement les convulsions et le

tétanos quand elle survient après l'attaque, et, par la chaleur qu'elle développe, met l'urine en mouvement, et guérit ainsi l'affection iliaque qui tenait à la difficulté d'uriner. — Les maux de tête accompagnés d'obscurcissement de la vue, de rougeur et de démangeaison au front, ne résistent pas à un écoulement de sang fortuit ou provoqué.

— Les douleurs qui ont leur siège à la tête et au front, et qui se manifestent sous l'influence du vent, du froid ou de la chaleur, disparaissent devant le rhume et les éternuments. — Un frisson subit enlève la fièvre ardente que les Grecs appellent causus (/ocuacooriç). — Lorsque, dans le cours d'une fièvre, l'ouïe est devenue obtuse, cet accident ne persistepas après une hémorrhagie nasale ouune évacuation alvine.

— Rien n'est plus efficace contre la surdité que des selles bilieuses.

— Ceux à qui sont survenues dans l'urètre de petites tumeurs (en grec cpuixara), sont rendus à la santé dès que le pus est évacué par le canal. Comme ces guérisons arrivent d'elles-mêmes pour la plupart, il ne faut pas ignorer qu'au milieu de toutes les ressources de l'art, c'est encore le pouvoir de la nature qui se fait le plus sentir. »

« Au contraire, la douleur de vessie avec fièvre continue et resserrement du ventre est un accident funeste. Ce péril menace surtout les enfants depuis l'âge de sept ans jusqu'à quatorze. — Dans l'inflammation du poumon, si l'expectoration n'a pas lieu dès le principe, qu'elle commence à paraître au septième jour et se prolonge au delà, il y a danger, et il est d'autant plus grand que les couleurs des crachats sont plus mêlées et moins distinctes entre elles. Et cependant rien n'est plus grave que les crachats sans mélange, qu'ils soient jaunes sanglants, blancs, visqueux, pâles, écumeux. »

« Les crachats noirs néanmoins sont encore les plus funestes. La toux, le coryza et même l'éternument, qui dans d'autres cas est salutaire, ajoutent à la gravité de celte affection, et le péril devient extrême quand il survient une diarrhée subite. En bien ou en mal, ces signes ont la même valeur dans la pleurésie que dans la pneumonie. — Dans les abcès dufoie, si le pus qui se fait jour estsanguinolent, le cas est mortel. — Les abcès les plus à craindre sont ceux qui tendent à devenir profonds ou qui altèrent la couleur de la peau. Quant à ceux qui se portent à l'extérieur, les plus mauvais sont les plus étendus et les moins saillants. S'il y a eu rupture d'une vomique, ou que le pus se soit frayé une issue au dehors, et que la fièvre ne tombe pas ou reparaisse après avoir cessé, s'il y a soif, dégoût des aliments et dérangement du ventre, si le pus] est livide et pâle, et que le malade n'expectore qu'une pituite écumeuse, le péril est certain. — Les vieillards sont presque toujours enlevés par la suppuration qui succède aux affections du poumon. Celle qui s'em-

pare des autres viscères emporte plutôt les jeunes gens. — Les crachats mêlés de pus dans la phthisie chez un sujet débile, ainsi que la fièvre continue qui ne permet de prendre aucune nourriture et provoque la soif, témoignent qu'il y a danger. »

« Si le malade lutte encore quelque temps contre cette affection, il ne tarde pas ensuite à mourir dès que ses cheveux commencent à tomber, que les urines présentent un sédiment semblable à des toiles d'araignée, qu'elles sont d'une odeur fétide, et, en dernier lieu, dès que le dévoiement survient. »

« Cette terminaison est plus fréquente en automne, époque où finissent, le plus souvent, les malades qui ont langui pendant le cours de l'année. — Cesser tout à coup de rendre du pus après en avoir craché est un indice mortel. — Chez les jeunes gens, la phthisie donne ordinairement naissance à des vomiques et à des fistules dont il est difficile d'obtenir la guérison, à moins qu'elle ne soit secondée par le concours d'un grand nombre de signes favorables. Il est bien moins facile encore de guérir les filles et les femmes atteintes de cette maladie, et chez lesquelles il y a suppression des règles. — L'homme surpris en santé par un mal de tête subit, qui tombe ensuite dans un sommeil profond et stertoreux dont on ne peut le tirer, doit périr vers le septième jour, surtout si ses paupières entr'ouvertes laissent apercevoir le blanc de l'œil, bien qu'il n'y ait pas eu de diarrhée précédente. La mort est alors inévitable, si la fièvre ne vient dissiper tous les accidents. »

« L'hydropisie qui se déclare à la suite d'une affection aiguë est rarement susceptible de guérir; elle le sera d'autant moins qu'elle s'accompagnera de signes contraires à ceux que nous avons établis plus haut. Dans ce cas aussi la toux ne laisse aucun espoir : il en est de même s'il y a des hémorragies par haut et par bas, et si l'eau envahit le milieu du corps. Quelques hydropiques voient survenir des tumeurs qui disparaissent pour se montrer de nouveau. Ceux-là sont moins exposés que les autres, s'ils savent s'observer; mais presque toujours ils sont victimes d'un excès de confiance dans le retour de la santé. On pourra s'étonner que certains maux qui nous affligent puissent en quelque sorte devenir nécessaires ; eteependant si l'on évacue tout à coup l'eau qui constitue l'épanchement ou le pus d'un vaste abcès, le cas n'est pas moins mortel que si, dans l'état de santé, l'on venait à perdre tout son sang par une seule blessure. — Les tumeurs calleuses qui succèdent aux douleurs articulaires ne peuvent plus se résoudre. »

« On peut parfois calmer ces douleurs, soit qu'elles arrivent dans la vieillesse ou qu'elles persistent depuis la jeunesse jusqu'à un

608 Histoire de la médecine

âge avancé; mais on ne peut jamais les dissiper entièrement. — Après vingt-cinq ans, l'épilepsie ne cède pas facilement; mais passé quarante ans, elle devient tellement rebelle, qu'il faut plutôt placer son espoir dans les efforts delà nature que dans les secours de l'art. Si tout le corps est ébranlé dans les attaques, et qu'au lieu d'être averti de l'invasion du mal par une sensation partielle, le sujet tombe à l'improviste, quel que soit l'âge du malade, sa guérison est bien douteuse; mais s'il y a lésion de l'intelligence ou paralysie la médecine n'a plus rien à faire. — Quand le dévoiement s'accompagne de fièvre, d'inflammation du foie, des hypocondres ou du ventre et de soif immodérée; quand cet état dure depuis longtemps et qu'il y a des selles variables avec douleur, la mort est à craindre, surtout si les tranchées sont déjà anciennes. Cette maladie sévit principalement sur les enfants jusqu'à l'âge de dix ans : les autres époques de la vie y résistent plus facilement. La femme enceinte peut être enlevée par une affection de ce genre; et si elle se rétablit, elle n'en perd pas moins l'enfant qu'elle portait. — La dysenterie causée par l'atrabile est mortelle. Elle l'est encore lorsque le malade étant épuisé déjà par des déjeclions, des selles noires se déclarent tout à coup. La lienterie est plus dangereuse quand les évacuations sont fréquentes et se reproduisent à toute heure, avec ou sans borborygmes, la nuit aussi bien que lejo ur; quand les matières sont crues ou noires, luises et fétides, que la soif est ardente, que les boissons n'amènent point d'urines (ce qui tient à ce que les liquides au lieu de se rendre à la vessie descendent dans les intestins) ; quand la bouche présente des ulcérations, que le visage est rouge et parsemé de taches de toutes les couleurs, que le ventre est comme ballonné, gras et rugueux, et qu'enfin le malade a perdu l'appétit. Bien qu'avec de pareils symptômes la mort soit évidente, elle le devient beaucoup plus encore lorsque la maladie est ancienne, et que déjà le corps est affaibli par l'âge. Dans l'affection iliaque, le vomissement, le hoquet, les convulsions et le délire sont de mauvais augure. Il en est de même de la dureté du foie dans la jaunisse. — Si la dysenterie vient se joindre à une maladie de la rate, et qu'il se manifeste ensuite une hydropisie ou la lienterie il n'y a presque aucun moyen de soustraire le malade au danger. — La passion iliaque lorsqu'elle n'a point de solution prompte, tue le malade en sept jours. — La femme qui est prise, à la suite de son accouchement, de fièvre et de céphalalgie intense et continue, est en danger de mort. » « Si les parties qui renferment les viscères sonl atteintes de douleurs et d'inflammation, et si la respiration est fréquente, le présage est mauvais. S'il s'est manifesté sans motif une douleur de tête

prolongée qui passe ensuite au cou et aux épaules, pour remonter à la tête, ou qui de prime abord s'étend de cette partie au cou et aux épaules, cela peut être pernicieux à moins qu'il ne survienne une vomique dont le pus serait rendu par expectoration, ou bien quelque hémorragie, ou un porrigo sur toute la tète, ou des pustules sur tout le corps. Comme accidents également fâcheux, il faut noter l'engourdissement et la démangeaison accompagnés d'une certaine sensation de froid, et envahissant, soit la tête en entier, soit seulement une partie, ou se faisant sentir jusqu'au bout de la langue. La guérison est d'autant plus difficile dans des cas pareils qu'ils sont plus rarement suivis d'abcès qui leur offriraient une solution favorable. — Dans les douleurs sciatiquess'il y a beaucoup d'engourdissement, et refroidissement de la hanche et de la cuisse; si les déjections n'ont lieu qu'avec effort et sont chargées de mucosités, et si le malade a plus de quarante ans, la maladie durera trèslongtemps, au moins une année, et ne se terminera qu'au printemps ou à l'automne. A l'âge dont nous parlons, on vient encore difficilement à bout de guérir les douleurs des bras qui s'étendent vers les mains ou les épaules, lorsqu'il survient de l'engourdissement sans cessation de la douleur, et qu'un vomissement de bile n'a pas amené de soulagement. — Quel que soit le membre atteint de paralysie, s'il est frappé d'amaigrissement et d'immobilité il reviendra d'autant moins à son premier état que l'affection sera plus ancienne, et le malade plus avancé en âge. — L'hiver et l'automne ne sont nullement favorables au traitement de la paralysie, mais l'influence du printemps et de l'été peut donner quelque espoir. — A peine guérit-on la paralysie incomplète; celle qui est confirmée est tout à fait incurable. — Toute douleur qui se porte vers les parties supérieures est moins accessible aux remèdes. — Si les mamelles diminuent tout à coup chez une femme enceinte, il y a danger d'avortement. — Celle qui n'est point accouchée et qui n'est pas en état de grossesse ne peut avoir de lait sans suspension des menstrues. — La fièvre quarte d'automne est presque toujours de longue durée, surtout quand elle commence aux approches de l'hiver. — S'il survient une hémorrhagie suivie de délire et de convulsions, la vie est menacée. Il en est de même si les convulsions se manifestent après un purgatif le malade étant encore affaibli; ou si dans la violence de la douleur les extrémités se refroidissent. — On ne peut rappeler les pendus à la vie, s'ils ont été détachés, ayant déjà l'écume à la bouche. — Des selles très-foncées et semblables à du sang noir se déclarant tout à coup, avec ou sans fièvre constituent un signe pernicieux. »

BOUGHUT. II. — '69

Si j'ai rapporté toule cette séméiologie de Celse c'est qu'elle me semble donner la mesure exacte de l'état de la science médicale au premier siècle de l'ère chrétienne. Elle nous apprend où en étaient alors le diagnostic et le pronostic, ces bases fondamentales de la médecine, et il est bien difficile de croire que l'homme qui en est l'auteur n'ait pas été un médecin aussi expert que lettré.

Après cette séméiologie, Celse indique le traitement des maladies. — Les moyens curatifs sont généraux ou particuliers; les premiers peuvent être employés contre un certain nombre d'affections, et les seconds s'adressent à des maladies spéciales.

Tout remède a pour but de retrancher ou d'ajouter; d'attirer ou de repousser; de rafraîchir ou d'échauffer ; de resserrer ou de relâcher — et là Celse parle surtout de ceux qui retranchent, tels que la saignée, les ventouses, les vomitifs, les purgatifs, les lavements, la diète, les sudorifiques, etc., et de ceux qui ajoutent, entre lesquels il faut d'abord placer l'alimentation.

« Saigner n'est pas nouveau, a dit Celse, ce qu'il y a de nouveau c'est de saigner dans toutes les maladies. »

En effet, l'école hippocratique qui usait beaucoup de la saignée l'avait proscrite chez les vieillards, chez les enfants, ou chez les femmes enceintes, et par une sorte de réaction on en avait trèsconsidérablement étendu l'emploi. Celse a voulu réagir contre cette pratique, et préciser plus nettement les indications de la saignée qu'il a subordonnées à l'état des forces, et à la nature des maladies, plutôt qu'à l'âge des sujets, qui jusqu'à cette époque avait été pris en trop sérieuse considération.

Il va même jusqu'à la conseiller dans les maladies qui la réclament, bien que les malades soient à peine en état de la supporter.

« Dans ce cas, si l'on n'aperçoit pas d'autre moyen et que le malade « ne puisse être sauvé que par une tentative téméraire, il est d'un « bon médecin, tout en reconnaissant que la saignée peut avoir de « graves conséquences, de démontrer que sans elle il n'est plus d'esa poir; et enfin que, si on l'exige, il faut la faire. On ne doit pas « même hésiter en pareille circonstance. Car, mieux vaut employer « un remède incertain que de n'en essayer aucun. » Melius est anceps remedium quam nullum. — A cette occasion il cite l'angine suffocante, la paralysie et la fièvre pernicieuse.

Bien qu'on ait beaucoup critiqué cette phrase de Celse, elle est cependant irréprochable, si on veut avoir l'équité de lui donner son véritable sens et de ne pas en faire un principe absolu de thérapeutique. — S'il n'y a pas d'autre moyen et si le malade ne peut être

sauvé que par une tentative téméraire, a dit Celse; eh bien, dans ces circonstances tout le monde devrait penser comme lui. — N'est-ce pas à ce principe que l'on doit de donner le sulfate de quinine au milieu d'un second accès de fièvre pernicieuse, lors même que le malade semble voué à une mort certaine, de faire la trachéotomie à un enfant qui succombe asphyxié du croup, ou la transfusion à qui se meurt d'hémorrhagie traumatique, de saigner dans l'angine suffocante, dans l'hémorrhagie cérébrale, dans Téclampsie puerpérale, etc. ? Oui, sil'expectation en thérapeutique est une chose utile pour seconder la marche et les efforts heureux de la nature, ou pour éviter l'usage de remèdes inutiles ou dangereux quand on ne sait ce qu'ils doivent produire, elle devient criminelle au contraire quand tout espoir semble perdu, et qu'on peut encore espérer quelque chose de l'emploi d'un remède incertain. — Sous ce rapport, Celse a raison contre ses contradicteurs, qui n'ont peut-être pas suffisamment médité sur le sens véritable de son principe.

Il parle ensuite des ventouses sèches ou scarifiées en indiquant leur utilité, leurs indications et leur mode d'emploi; des purgatifs tels que l'ellébore noir, le polypode, l'écaillé de cuivre, le suc de lithymale, le lait d'ànesse, etc., des lavements qu'on négligeait trop de son temps; des vomitifs nécessaires en santé chez les personnes bilieuses et dans toutes les maladies provoquées par la bile; des frictions, de Y hydrothérapie et de la gestation qu'il étudie avec beaucoup de détails; des bains, des fomentations et de la diète, moyens qu'il considère comme utiles lorsqu'il s'agit de retrancher quelque chose du corps.

Toute cette partie est inspirée par une véritable sagesse, et si ce n'est pas toute la thérapeutique, on peut dire au moins que ce qu'elle en fait connaître est excellent.

Après avoir indiqué les remèdes qui opèrent en retranchant les principes nuisibles, Celse s'occupe des substances qui nourrissent, c'est-tà-dire des aliments solides et liquides dont l'influence n'est pas moins grande sur la santé que sur la maladie. — Il indique les propriétés des aliments et des boissons, leurs qualités fortifiantes ou réparatrices, resserrantes ou relâchantes, leur digestibilité, la nature des sucs qu'ils fournissent ausang, leur action sur le sommeil, sur les urines, ce qui est tout un traité d'hygiène de la digestion.

Dans son IIIe livre, Celse quitte la pathologie générale pour aborder les maladies en particulier et surtout leur traitement. — Il rappelle la division adoptée par les Grecs en maladies aiguës et

en maladies chroniques, à laquelle il ajoute la sienne : maladies qui paraissent résider dans la constitution entière et maladies qui n'intéressent que certaines parties du corps.

C'est à l'occasion des premières qu'il pose ces importantes maximes de thérapeutique :

« Il n'est point de maladies où le hasard ne puisse réclamer une part égale à celle de la science, puisque la médecine est impuissante, quand la nature se refuse à seconder ses efforts. Toutefois, le médecin est plus excusable d'échouer contre une affection aiguë que contre une maladie chronique. — Dans le premier cas, en efiet, on a peu le temps d'agir, et si pendant ce court intervalle les accidents ne cèdent pas à L'emploi des remèdes, le malade succombe; dans le second cas au contraire on a pour réfléchir et changer la médication la latitude convenable ; et quand le médecin est arrivé de bonne heure auprès d'un malade docile, la mort no, peut guère survenir sans qu'il y ait de sa faute. Néanmoins, lorsqu'une affection chronique a jeté de profondes racines, elle devient aussi difficile à traiter qu'une affection aiguë. Plus les maladies aiguës sont éloignées de leur début et plus les maladies chroniques sont récentes , plus il est facile de les guérir. »

Il expose d'abord le traitement des prodromes, et ensuite le traitement des fièvres, quotidiennes, tierces, quartes, à retours plus éloignés, et enfin les fièvres dans lesquelles l'état fébrile reste continu avec des rémissions à peine appréciables. — Ce sont probablement nos fièvres continues. — La diète et les boissons relâchantes étaient à peu près tout le traitement usité par Celse.

A cette occasion, cet auteur parle des crises dont il indique les jours, mais il dit aussitôt : « Asclépiades eut raison de répudier ces idées dépourvues de fondement, et de soutenir que les jours n'offrent ni plus ni moins de dangers pour être pairs ou impairs ». — Pour celui qui lira tout ce chapitre avec attention, il est évident que Celse connaissait fort mal les fièvres. Réunir toutes ces maladies, quel que soit leur type, en une seule, y comprendre même « les fièvres lentes qui n'ont pas de rémission, nonnumquam etiam lentae febres sine Ma remissions corpus tenenl, » est une grave erreur qui prouve combien on était loin de la localisation dont Galien devait jeter les bases avec tant de perspicacité.

Toutefois, si Celse ne distinguait pas nettement les fièvres entre elles, il en séparait celles qui se compliquent d'autres affections telles que le délire, ce qui constituait la maladie appelée frénésie par les Grecs, le mal cardiaque accompagné de langueurs d'es-

tomac et de sueurs immodérées ; la léthargie, enfin Vhydropisie, ou épanchement d'eau sous les téguments.

Pourquoi celte dernière affection est-elle rangée dans les fièvres? on n'en voit certainement pas la raison. — Quoi qu'il en soit, c'était, d'après Celse, plutôt une affection chronique se présentant sous trois formes différentes : la tympanite quand il y avait de l'air dans le ventre ; la leucophlegmatie ou hyposarque avec de l'eau sous la peau, et Vascite quand l'épanchement avait lieu dans le ventre. — Elle venait spontanément ou comme conséquence de l'état cachectique, ainsi que des maladies de la rate ou du foie produites par les fièvres intermittentes. — C'est même d'après ces considérations qu'on s'opposait à la paracentèse, que Celse proclame néanmoins comme une chose utile aux malades.

Après l'hydropisie , Celse range également dans les maladies générales, la consomption comprenant l'atrophie, la cachexie et la phthisie ; le mal des comices ou haut mal, c'est-à-dire l'épilepsie; la jaunisse ; Y éléphant iasis ; Y apoplexie qu'il traitait par la saignée, par l'ellébore, les lavements et les frictions, la paralysie, la douleur, \Oftremblement nerveux et les suppurations internes. — Ce sont là autant d'erreurs dont le temps a fait justice.

Le IVe livre est consacré aux maladies qui n'occupent qu'une partie limitée du corps ou maladies locales — Ou y trouve les maladies de la tête, du cou, du gosier, de l'estomac, des poumons, du foie, de la rate, des reins, de l'intestin (choléra et passion carliaque), de l'intestin grêle ; du gros intestin (dysenterie, lienterie), vers intestinaux, diarrhée ; de l'hystérie ; des pertes séminales, la maladie des hanches, du genou, et enfin le régime propre à la convalescence.

Dans le livre V se trouvent la matière médicale et \Q.thèrapeutique. — Ainsi Celse parle d'abord des médicaments qui arrêtent les hémorrhagies (vitriol, chalcitis , aloès , encens, vinaigre, alun, etc.), des cicatrisants [myrrhe, encens, cardamone, cresson, blanc d'eeuf, miel cuit, etc.), des maluratifs, des apéritifs, des détersifs, des corrosifs, des substances qui consument les chairs; des caustiques, des escharrotiques, des médicaments qui font tomber les croûtes des ulcères, des résolutifs, des attractifs, des émollierits, des emplâtres, des onguents, des trochisques, àespessaires, des antidotes, des pilules, etc. Vient ensuite un traité des cinq manières dont le corps peut être lésé ; — du traitement des plaies faites par morsure et des ulcères provenant de causes internes.

Je n'ai rien à dire de la matière médicale où se trouvent un grand nombre de remèdes justement délaissés, mais où l'on trouve

aussi des procédés thérapeutiques venus jusqu'à nous. — Il faudrait tout reproduire, et cela n'est pas assez important pour que je tente l'entreprise. — Quant aux différentes manières dont le corps peut être blessé, ainsi qu'au traitement des plaies par morsure et des ulcères de cause interne, c'est tout différent. — Ici, Celse commence l'étude des affections qui, ne pouvant guérir par les seuls effets des remèdes, réclament les secours de la chirurgie et ce qu'il dit, à cet égard, est de nature à intéresser le médecin.

« Ces lésions sont de cinq espèces, savoir ; celles qui résultent d'un agent externe, comme on le voit pour les blessures ; — celles qui dépendent d'un vice interne, comme le cancer ; — celles qui tiennent à la formation de corps étrangers, comme les calculs de la vessie ; — celles qui sont dues à un développement anormal ainsi qu'on l'observe pour les veines variqueuses; — enfin les lésions par défaut, c'est-à-dire celles où une partie est trop courte. Parmi ces affections, les unes réclament le secours des médicaments et les autres sont plus spécialement du ressort de la chirurgie. Je ne m'occuperai pas en ce moment des maladies où l'on fait surtout agir la main et l'instrument, et je traiterai de celles qui nécessitent plutôt l'emploi des remèdes. J'adopterai pour cette partie de l'art de guérir Tordre que j'ai suivi pour la première; je parlerai d'abord des affections qui peuvent se manifester sur tous les points du corps, puis de celles qui ont toujours un siège déterminé (p. 438). »

On ne saurait trop applaudir à ce commencement de classification des affections chirurgicales et à cette méthode d'exposition qui distingue le livre de Celse des autres ouvrages de cette époque. — Toute cette partie est en quelque sorte la séméiotique chirurgicale et la thérapeutique des blessures viscérales.

2. « Il n'y a pas de remèdes contre les blessures de la base du crâne, du cœur, de l'œsophage, de la veine porte, de la moelle épinière, du milieu du poumon, du jéjunum, de l'intestin grêle, du ventricule ou des reins. Les blessures des carotides et des jugulaires sont également incurables (p. 139). »

8. « Dans les blessures du cœur le sang s'échappe avec abondance, le pouls s'affaiblit, le malade d'une pâleur excessive est comme arrosé d'une sueur froide et de mauvaise odeur; les extrémités se refroidissent et la mort ne se fait pas attendre (p. 140). »

9. « Quand le poumon est blessé, il y a difficulté de respirer; le sang qui sort par la bouche est écumeux, celui de la plaie est ver-

meil, et en même temps l'air s'échappe par l'ouverture avec sifflement; les malades tendent à se coucher sur la blessure, les uns se lèvent sans raison, beaucoup d'autres ne parlent qu'en s'appuyant sur la plaie, et ne peuvent plus articuler dès qu'ils changent de situation (p. 140). »

17. « Dans les lésions de la moelle épinière il y a paralysie ou mouvements convulsifs et privation de sentiment ; au bout d'un certain temps, la semence, l'urine et même les matières fécales sont rendues involontairement. »

Un peu plus loin Celse parle des blessures qui résultent des morsures de l'homme, du singe, du chien, des bêtes féroces et des serpents. Il les considère comme ayant toujours quelque chose de venimeux, aussi conseille-t-il d'y appliquer une ventouse et de brûler la plaie (p. 151). — A ce sujet il décrit les effets de la morsure du chien et Y hydrophobie.

Après les morsures, viennent les empoisonnements par la ciguë, la jusquiame, la céruse, les champignons, et la déglutition d'une sangsue, accidents pour lesquels il fait connaître les antidotes en usage.

Il décrit ensuite les brûlures, le charbon, et ses conséquences de gangrène ; le cancer; Y ulcère phagédénique ; le feu sacré; les idcères chironiens ; les engelures; les strumes, certains abcès froids, ou par congestion, et les fistules qui en résultent; les achrocordons ; la gale; Y impétigo et quelques dartres. — Si quelques-unes de ces descriptions sont incomplètes, et laissent à désirer, ce que tout le monde excusera, il faut dire pour être juste que malgré ces lacunes, l'ensemble de l'œuvre est fort remarquable et surtout qu'on n'y trouve pas ces assertions théoriques, stériles et ridicules, ni ce merveilleux, qui existent dans les ouvrages médicaux de cette époque , et même dans beaucoup de livres publiés postérieurement. L'instruction, le bon sens et la rectitude du jugement s'y montrent partout, et c'est à peine si le livre a vieilli. De combien d'anciennes publications médicales en pourrait-on dire autant?

Les livres VII et VIII sont entièrement consacrés à la chirurgie, et renferment tout ce que l'on savait sur ce sujet à cette époque reculée de la science. — Ce n'est pas la partie la plus brillante des œuvres de Celse, mais, en ne la considérant que comme un mémento historique, elle offre encore un véritable intérêt. — On y trouve le traitement des affections chirurgicales les plus communes, et ensuite le traitement des maladies des os. — C'est la troisième par-

tie de la médecine, celle qui a pour objet de. guérir par les secours de la main.

Celse commence par Yentorse dont, le traitement dans les cas légers consistent en applications topiques et dans les cas graves en incisions sur les points doulourenx. — C'est une méthode justement abandonnée- Dans les abcès qui sont assez confusément exposés, il appliquait d'abord des ventouses scarifiées pour empêcher la suppuration et, si ce résultat n'avait pu être obtenu, il laissait en général le foyer s'ouvrir spontanément au dehors et ce n'est qu'exceptionnellement qu'il avait recours à l'instrument tranchant.

Les fistules des membres, des côtes et à l'anus, viennent ensuite, puis les traits et les corps étrangers dans les chairs, puis les tumeurs des différentes régions. Ce sont d'abord : les ganglions, les méliceris, les athéromes et les stéatomes de la tête qu'il propose de fendre par le milieu pour en vider le contenu; les maladies des paupières et des yeux comprenant le grain d'orge, le chalazion, le pterygion, Yaegilops,Yankyloblépharon qu'il considère comme incurable malgré la méthode d'excision des adhérences d'Heraclite ; le renversement des cils qu'il traitait par la cautérisation au fer rouge ou l'excision d'une partie de la paupière, Yectropion, le staplvjlome-, la cataracte qu'il traitait par abaissement; la réparation des pertes de substance du nez et des lèvres contre laquelle on faisait de Tautoplaslie à l'aide de la peau des organes voisins; les polypes du nez traités par l'excision; Yozène attribuée à une carie des os du nez qu'on traitait par la cautérisation au fer rouge avec ou sans incision de la narine; les maladies des dents et leur extraction; Y induration des amygdales traitée par l'excision, le filet auquel il apposait la section du frein, les gerçures des lèvres; le bronchocèle traité par la cautérisation au fer rougo ou par l'excision; les hernies ombilicales et leurs variétés anatomiques; Yhydropisie ascile qu'il conseillait de traiter par la paracentèse.

A ce sujet, Celse expose en détail la manière de faire cette opération, et le lieu où elle se pratiquait; soit l'ombilic , soit à gauche de cette cicatrice, à quatre doigts de distance. Les uns faisaient une ponction et mettaient dans l'ouverture une canule qu'on bouchait, et qui restait à demeure dans la plaie, afin de pouvoir évacuer tous les jours une certaine quantité de liquide jusqu'à guérison de l'hydropisie, tandis que les autres fermaient la plaie dès le premier jour, après avoir évacué tout le liquide. Ce dernier mode a prévalu.

Celse parle ensuite des plaies pénétrantes de l'abdomen; de

de l'éclectisme — des éclectiques 617

l'hydrocèle ; du sarcocèle; du cirsocèle ; des différentes hernies; chapitre traité avec beaucoup de détails; de la rétention d'urine; du phimosis; de Yinfibulation; des calculs urinaires et de la lithomie; de Yatrésie vulvaire; de la mort des enfants dans le sein de la mère et des moyens de l'en sortir au moyen d'un crochet spécial. C'est à ce sujet qu'il parle de l'éclampsie qu'on observe quelquefois, et qui met les malades en danger de mort.

Viennent ensuite les fissures et les condylomes de l'anus, les varices qu'il traitait par le feu ou par l'excision, la gangrène spontanée des membres à laquelle on opposait l'amputation, et enfin, les vices de conformation des doigts, chapitre traité très-succinctement et où il n'y a rien à signaler d'utile.

Dans son dernier livre, Celse s'occupe des maladies des os. C'est là que se trouvent indiquées la plupart des fractures et des luxations simples ou compliquées, ainsi que le diagnostic des diverses altérations osseuses et le procédé opératoire du trépan.

Il est certain que toute celte chirurgie dont j'ai déjà parlé à l'occasion des progrès de cette science (V. Chirurgie), est bien peu de chose en comparaison de la nôtre, mais il serait injuste de les mettre en présence l'une de l'autre, pour en faire un sérieux parallèle. Ce n'est pas ainsi qu'il faut procéder. Reportons-nous seulement à dixhuit siècles en arrière, en songeant au peu de connaissances anatomiques de l'époque et on verra que pour le temps cette chirurgie est vraiment très-remarquable. Si l'on en juge même par le peu de progrès qu'elle a fait pendant les dix à douze siècles qui ont suivi, c'est-à-dire jusqu'à la Renaissance, on peut affirmer qu'elle était le legs d'une expérience antérieure due à d'innombrables générations médicales. Quoi qu'il en soit, cette partie complète l'œuvre de Celse d'une façon vraiment digne d'être signalée par l'histoire et, à part la concision, la îietteté et le talent de l'exposition, elle révèle chez sou auteur une immensité de connaissances qu il serait heureux de rencontrer chez tous les médecins de notre époque.

ARCHIGENE.

Archigène, d'Apamée, en Syrie, et disciple d'Agalhinus, vécut à Rome sous Domitien et Trajan, et il mourut enl'année 117 à, l'âge de 63 ans. Comme son maître Agathinus, il suivit d'abord les principes du Pneumatisme, ainsi qu'on pourra le voir dans le chapitre consacré à cette doctrine (voir tome I, p. 105) et ce n'est que plus tard qu il arbora, dit-on, la bannière de l'Éclectisme.

Galien n'en parle qu'avec les plus grands éloges mais, chose curieuse, il ne l'apprécie pas au point de vue des doctrines, et lui qui discute l'importance des sectes médicales, il ne parle point ni de l'Éclectisme, ni de ses promoteurs. Dans son introduction, il place Archigène parmi les éclectiques, mais c'est le seul témoignage sur lequel on puisse soutenir la participation de ce médecin à [l'Éclectisme. C est d'après ce fait qu'ont écrit Daniel Leclerc, Eloy, Sprengel et tous les historiens qui font autorité dans la science, mais ce n'est pas suffisant et, comme d'ailleurs Archigène avait embrassé la doctrine du Pneuma, ce que prouvent ses écrits, c'est à la suite d'Athénée qu'il faut lui donner place.

Me voici arrivé au terme de cette vaste et instructive étude du passé des sciences médicales. — Vingt siècles nous séparent de l'époque où la médecine, commençant à se dégager des étreintes du Mysticisme et de la théurgie, dominée par les instructions sociales et politiques, luttant contre la routine et dirigée par la philosophie régnante, prit peu à peu les caractères d'une science réelle. J'ai suivi, d'âge en âge, le développement des idées générales nées de l'expérience universelle, et si je ne puis me flatter d'avoir tout dit, sur ce vaste ensemble, je crois du moins n'avoir rien négligé d'important. J'ai dû sacrifier bien des détails, mais cela était nécessaire, pour embrasser d'un seul coup d'œil l'ensemble si considérable des doctrines, des systèmes, des hypothèses, des méthodes et des personnages qui se disputent notre préférence et notre admiration. — Dans cette marche des idées et dans ce combat des systèmes, des doctrines et des hommes, à travers les révolutions des empires et lors de l'avènement ou de la chute des civilisations, je me suis volontairement élevé au-dessus des individualités, si puissantes qu'elles aient pu être, pour n'envisager que le côté philosophique des doctrines, afin d'en étudier le caractère spécial ou les métamorphoses successives, me réservant de justifier, çà et là, par des extraits textuels, la réalité des faits et la forme des doctrines médicales d'une époque. Ce n'est point par les détails qu'on envisage un ensemble philosophique et qu'on suit le mouvement des idées d'une époque. On n'arrive aux faits particuliers qu'après l'étude des principes généraux, et l'his-

loire médicale de notre temps nous en fournit les preuves, puisque nos découvertes ne sont, pour la plupart, que le fractionnement des vérités anciennes, souvent poussé jusqu'à l'invisible.

Dans cette filiation des idées, des doctrines et des faits, considérée d'une manière générale en face de l'immensité des temps écoulés ou des interrègnes de la civilisation, on voit que les mêmes conceptions générales se retrouvent à différentes époques et dans tous les lieux où la science médicale peut librement s'épanouir. Malgré les tyrannies des institutions religieuses, politiques, sociales, et scientifiques, on les retrouve encore plus ou moins répandues, brisées mais vivaces et toujours prêtes à la lutte dès que la liberté de discussion est possible. Elles se modifient et changent de forme pour s'adapter au temps, aux lieux et à la philosophie régnante, mais ce sont toujours les mêmes prétentions doctrinales, les mêmes visées ambitieuses et le même but d'assujettissement des esprits qui leur font obstacle. Ordinairement absolues elles reparaissent sous des noms différents quoique leur principe soit le même ; elles n'ont fait que changer d'habit et voilà tout. Sous leur déguisement, le vrai médecin les reconnaît toujours et c'est là ce qui donne à l'étude de notre histoire doctrinale un si haut degré d'intérêt.

Toujours en lutte les unes avec les autres, parfois intolérantes jusqu'à l'injure, on ne les comprend qu'en s'élevant au-dessus des siècles et des hommes qui, par leurs exagérations ou leurs folies, méritent d'être un peu laissés dans l'ombre. Toutes renferment une part de vérité. C'est là ce qui les rend si vivaces, mais aucune n'a la vérité tout entière et la plupart étouffent sous les hypothèses qu'elles ont fait naître — Si quelques-unes de ces conceptions générales peuvent avoir la prétention d'asservir complètement l'esprit du médecin, comme par exemple l'ont fait le Solidisme, l'Empirisme et le Matérialisme, les autres, pour la plupart, ne doivent être considérées que comme la formule d'un élément de la maladie. Il n'y a que le Solidisme, l'Empirisme et l'Anatomisme qui, dans leur intelligence étroite et systématique de l'état morbide, puissent prétendre servir de base à l'étiologie et à la thérapeutique. Les autres n'ont jamais eu cette ambition. Elles savent bien que, si elles croient rendre compte de la production des maladies, ce n'est qu'à titre principal, et que d'autres éléments chimiques, mécaniques ou parasitaires, viennent compléter l'ensemble de la pathogénie. Telles sont du moins les conclusions de l'étude du Naturisme, du Vifalisme, de l'Humorisme, etc., dans la suite des siècles passés.

A notre époque, ces prétentions à la domination universelle sont moins accusées, car i! est évident que toutes les doctrines médi-

cales semblent se fondre dans un large Éclectisme, qui ne peut être formulé par personne, et qui ne le sera jamais, car l'Eclectisme est chose individuelle, et celui des uns peut n'être pas celui des autres. Par la force de la vérité, par l'influence de l'observation attentive et consciencieuse, toutes les conceptions générales tendent à s'harmoniser, en se prêtant un mutuel concours, et il n'est plus de médecin véritablement instruit qui puisse se dire naturiste , animiste, vitaliste, organicien, humoriste, etc., dans le sens tyrannique de ces mots. En fait d'absolutisme doctrinal, il n'y a plus que des mystiques et des empiriques. Ce sont des ignorants.

Tel est le résultat auquel on arrive par l'étude de l'histoire générale de nos doctrines, de nos systèmes et de nos méthodes médicales. C'est un progrès réel, et il n'y a plus à le discuter. La fusion des idées doctrinales est la conséquence nécessaire de la diversité des éléments dont l'homme se compose, et, qui ne voudrait envisager qu'un seul côté de cette nature, si complexe, pour en faire la base d'une doctrine quelconque, ne pourrait obtenir qu'un succès passager et n'aboutirait qu'à l'erreur. C'est encore là un des enseignements de notre histoire. Il n'est pas une de nos doctrines médicales qui, poussée à l'extrême, n'ait laissé voir ses lacunes, n'ait fini par tomber dans l'hypothèse, et n'ait dû être abandonnée pour un temps, jusqu'au jour où, dans son triomphe éphémère, les excès d'une doctrine rivale ne lui ait permis de reparaître, sous une forme nouvelle, rajeunie par quelque prestige nouveau.

Ainsi s'expliquent les métamorphoses successives des doctrines médicales. — Nous vivons philosophiquement sur le passé. Il n'est pas une idée générale que nous ne retrouvions à l'origine de la science, mais toutes ces conceptions générales modifiées, agrandies et enrichies de nos découvertes modernes, ne sont que l'épanouissement d'un fonds commun, transmis à notre temps comme un héritage des siècles antérieurs.

Ce sont toujours les mêmes principes qui reparaissent sous des apparences différentes. Il n'y a d'invention que dans la forme. Le langage change. De nouveaux mots, souvent inutiles, sont mis en circulation pour exprimer des choses anciennes qu'on n'a fait que modifier, moyen habile de dépouiller les morts au profit des vivants ou de frauder les contemporains, trop faibles pour se défendre. Il en résulte quelquefois une confusion déplorable, mais les novateurs qui n'ont d'autre but que l'élévation de leur personne. n'y regardent pas de si près, et il n'y a d'excusables que ceux dont le nouveau langage se justifie par une découverte de nature à modifier une ancienne conception doctrinale.

Pour être amoindri et méconnaissable, le Mysticisme médical n'a pas cessé d'exister. Si la médecine ne sort plus de l'antre des sibylles, des temples païens ou des églises chrétiennes en s'inspirant du ciel ou de l'enfer, elle n'en a pas moins ses mystiques cachés, qui, au nom du Supernaturalisme, exploitent la crédulité humaine mise en jeu par l'imagination et entraînée par l'imitation. Chose curieuse, il n'y a pas que la plèbe qui se laisse séduire par l'ignorance des guérisseurs, l'esprit fort, l'incrédule, le sceptique , le matérialiste, les puissants de la terre, dès qu'ils sont malades, deviennent d'une crédulité naïve qui les conduit aux plus sottes pratiques. Ils ne croient pas aux miracles de l'Evangile; mais ils espèrent qu'il va s'en produire un, en faveur de leur misérable personne. Puissants et riches, tout ploie devant eux, comment pourraient-ils souffrir et mourir? A leur chevet, passent les somnambules qui voient par divination sans le secours des sens, les magnéliseurs qui leur apportent la santé en leur versant le flot d'un fluide animal invisible, les homéopathes qui leur donnent des médicaments impalpables, dont l'énergie est en raison inverse de la quantité employée, des charlatans de toute espèce enfin, qui par des influences prétendues surnaturelles se disent en possession de pouvoir leur rendre la jeunesse et la vie. Ils ont raison, car le moral et l'imagination ont la plus grande influence sur le physique. Dans une foule de cas, dédaignés à tort par la vraie science, l'imagination et la foi surexcitées par de prétendues influences surnaturelles, produisent des guérisons inattendues. C'est ce qui entretient cette fausse idée que toutes les maladies sont passibles d'une semblable intervention, et, depuis l'origine de la science, ceux que l'on n'a pu guérir assez vite au gré de leur impatience, s'adressent à Dieu et à ses saints, au diable et cà ses représentants sur la terre dans la personne des sorciers, des devins, des enchanteurs, et des charlatans de toutes conditions qui exploitent la crédulité publique en appropriant leur costume, leur langage, et leur manière de faire au goût de l'époque et à la foi de ceux qui souffrent. En effet, il y a eu, il y a, et il y aura éternellement des mystiques pour lesquels le Supernaturalisme l'emportera toujours sur les données plus restreintes et plus terrestres de la science sérieuse.

L'idée d'une puissance qui crée, dirige, et maintient l'homme dans sa forme et dans ses fonctions, lors même qu'elles sont troublées, appelée Nature par Hippocrate, n'est pas moins vivace en médecine. Bien qu'elle ne résulte pas clairement du témoignage des sens, et qu'elle ne nous soit révélée que par l'observation et par ses effets matériels, elle s'impose tellement à l'observateur qu'elle

n'a pas cessé de lui servir de base, sous un nom ou sous un autre, pour 'édifier et se perpétuer sous la dénomination du Naturisme. Ses exagérations n'ont pu la détruire, eî, c'est en se métamorphosant qu'elle a engendré le Pneumatisme, l'Archéisme, l'Animisme, le Vitalisme, etc., qui ne sont en définitive qu'une appropriation nouvelle de la théorie hippocratique. Encore même , après deux mille ans, trouve-t-on souvent plus conforme à la réalité de croire aux bons offices de la nature qu'à l'intervention de principes similaires dont le rôle est plus contestable. Les théoriciens ont quelquefois attaqué ce dogme, mais les praticiens ne le feront jamais. Il a l'avantage d'être vrai et utile, de n'exclure l'appui d'aucune doctrine, et de s'allier avec toutes. Les naturistes ont fait de l'Humorisme ou de la Chimiatrie, du Solidisme, de l'Organisme et de l'Anatomie. Rien ne leur est resté étranger. Leur doctrine n'a été qu'un principe général enrichi de tous les systèmes qui se disputent les préférences médicales, et c'est ainsi que d'âge en âge, malgré quelques oppositions plus ou moins vives, elle a survécu à toutes les conceptions générales de la maladie qui ont paru et qui se sont éteintes. Sans elle, rien n'est possible en médecine. Aucune doctrine ne peut s'édifier si elle se prive de son concours, tandis qu'elle peut se passer de l'appui des autres et se maintenir par elle-même ; c'est la doctrine mère de l'art de guérir, et ceux qui l'ont assez bien comprise pour n'agir que d'après ses principes, ou pour s'abstenir quand il convient, l'emporteront toujours sur les partisans de la médecine perturbatrice ou empirique. A ce titre, aussi bien que par son ampleur philosophique, le Naturisme mérite d'occuper le premier rang parmi les doctrines médicales.

On n'en peut pas dire autant du Solidisme et de YHumorisme. Bien qu'ils aient un incontestable fond de vérité, ils ne représentent qu'une partie de l'ensemble pathogénique qu'ils ont la prétention de dominer à l'exclusion de tout autre système doctrinal. Le Solidisme est particulièrement incomplet, car l'homme sort d'une masse liquide qui peut être viciée, par conséquent malade, longtemps avant l'apparition des solides. Que dans l'homme tout formé, l'observation nous montre la part à faire aux altérations des solides, rien de mieux, mais les solides étant formés aux dépens des humeurs, ce sont leurs altérations qui précèdent celles ,du solide. C'est là ce qui a ruiné la doctrine; cependant par le côté de l'organisation qu'elle représente , elle est si vraie , qu'après plusieurs siècles d'oubli, elle a reparu dans le monde médical sous différents noms nouveaux qui indiquent dans le solide malade des propriétés dont il faut absolument tenir compte. Du Méthodisme ancien, basé

sur l'hypothèse du strictum et du laxum, est née la doctrine du spasme et de X 'atonie de Fr. Hoffmann ou de Cullen, celle de l'état sMténiquc ou asthé nique de Brown, Y irritabilité de Broussais qui constituent le méthodisme moderne. Mais ces doctrines n'ont jamais eu qu'un succès éphémère, toujours anéanti par la connaissance approfondie des éléments de la nature de l'homme.

L'Humorisme au contraire , fort de l'appui d'Hippocrate et de Galien, a eu de plus hautes destinées. Par son alliance avec le Naturisme dont il a partagé la fortune, il a pu traverser les siècles sans jamais s'éteindre. Amoindri d'un côté, agrandi de l'autre, enfin servant de hase à la Chimiatrie, puis à la chimie physiologique et pathologique qui se développent de jour en jour et constituent presque entièrement l'Humorisme moderne, il domine toute l'étude des diathèses et de notre hématologie. S'il reste uni, dans la mesure convenahle, aux autres doctrines inspirées des divers éléments de l'homme, il restera dans la science comme l'un des meilleurs principes de la pathologie.

C'est contre les prétentions de ces différentes doctrines, et pour en détruire les abus, que s'est élevé l'Empirisme, non comme doctrine, ce qui serait absurde, mais comme méthode de précision scientifique. Il est le père de l'induction, de la méthode expérimentale et du Positivisme. Dès l'origine de la science, aux écarts de la raison et du dogmatisme, il a prétendu substituer les conséquences de l'observation, comme si l'observation était quelque chose sans l'observateur. On doit toujours se méfier de l'expérience des ignorants et des sots , et je crois que l'observation sans le raisonnement n'est qu'une chimère, ce qui fait qu'aujourd'hui, on ne parle plus que de l'expérience raisonnée. Or, celle-là est précisément celle de tous les doctrinaires du passé, comme elle sera celle des doctrinaires de l'avenir. Dans le passé, les mauvaises doctrines et les faux systèmes reposent sur de mauvaises observations, et, c'est au nom de l'expérience que s'est propagé l'erreur. Mauvaise expérience soit , détruite par une observation meilleure, mais c'était l'expérience, et ce que la médecine a toujours renfermé de mauvais empiriques est incroyable. Il n'est personne qui ne se croie médecin et qui, au nom de l'expérience, n'ait un remède à offrir à celui qui souffre. Le médecin seul peut raisonner son expérience, parce que seul il connaît et qu'il a les connaissances nécessaires pour voir, pour savoir comment il faut voir ou regarder, et pour conclure quelque chose de ce qu'il a vu. Que l'expérience proteste comme elle l'a fait contre les abus des systèmes, pour ramener les esprits au culte de l'observation, c'était son droit, mais qu'elle prétende bannir la raison de

l'étude des faits, c'est une erreur, et l'Empirisme moderne s'est bien gardé de proclamer un tel principe contraire à tout progrès. Quoi qu'il en soit, c'est par l'expérience que s'est faite la consécration de toutes les idées justes et de toutes les découvertes de notre temps. Sur beaucoup de points, elle est devenue l'opinion universelle et, par le fait du hasard ou de l'induction, c'est elle qui maintient dans l'esprit du médecin l'ensemble des connaissances qui le font supérieur à la foule et parfois aussi supérieur à une infinité de ses confrères. C'est elle qui est comme méthode la base de toute la science, et les doctrines dont je parle n'existent que par elle. Si le Naturisme, l'Animisme, le Vilalisme, le Méthodisme , l'Humorisme, etc., sont encore quelque chose pour le médecin , c'est à l'expérience qu'on le doit, et, si elles n'avaient pas eu sa consécration, elles seraient depuis longtemps, et pour toujours, dans le domaine des fictions. C'est de l'expérience en fin que sont nés l'Anatomisme et, avec lui, toutes les sciences qui en sont sorties. D'abord, ce ne fut aussi qu'une méthode destinée à faire de l'organisation le théâtre de tous les troubles fonctionnels qui constituent la maladie. Mais avec le temps, et par suite de ses importantes découvertes, l'Empirisme s'éleva au rang des doctrines. Il crut parvenir à découvrir la cause de tous les désordres observés dans les maladies, et il pensa pouvoir prétendre à être la base de la médecine, comme il était celle de la physiologie ou de la chirurgie. Par ses affirmations , toute une école moderne accepta comme vrai qu'il n'existait pas de trouble de fonctions sans altération d'organe, et que nulle lésion ne pouvait exister sans trouble fonctionnel. C'eût été -la perfection, mais l'expérience n'a pas sanctionné ces prétentions , et, s'il faut en rabattre beaucoup à cet égard, l'Anatomisme peut se glorifier largement des progrès dont il est l'origine. C'est à lui qu'il faut rapporter toutes les découvertes de la physiologie et de la chirurgie modernes, la création de l'anatomie pathologique, l'anatomie générale, l'histologie pathologique, la pathologie cellulaire ou cellularisme , le parasitisme, le transformisme et l'organoscopie, comprenant les moyens de constater l'état des organes sur le vivant et la phrénologie. De tels titres de gloire suffisent amplement pour établir son importance et montrer que les anciennes doctrines n'ont rien d'exclusif, et peuvent s'allier aux doctrines nouvelles qui ont également pour appui l'observateur et l'expérience-

Dans ce vaste ensemble, si au début de la science l'absolutisme doctrinal était possible, si, par le fait même des institutions politiques et religieuses, il était facile à certaines individualités puissantes de formuler un dogmatisme médical capable de faire loi,

aujourd'hui toute domination de ce genre est impossible. Avec la liberté scientifique incomplète des derniers siècles, la science a conquis plus de vérités qu'elle n'en avait amassé dans une période de quinze siècles. Les esprits, moins tyrannisés par les doclrines officielles, ont pu s'adonner à l'étude indépendante de la nature dans toutes les directions, et, si des enlraves particulières et l'esprit d'hypothèse ont ralenti le progrès, elles n'ont pu en arrêter la marche. Chacun a pu voir ce qu'il y avait de vrai au fond des doctrines médicales anciennes et modernes; en accepter intégralement la formule, ou la modifier selon les exigences de l'observation. Un immense travail de fusion s'en est suivi. Personne ne croit à une doctrine qui ne représente qu'un des côtés de la nature si complexe de l'homme, et tous les médecins ont compris que dans ce mélange de forces, d'humeurs et d'organes, il y avait à la fois une puissance qui est la vie et un mécanisme qui est l'organisation, que, dans cette alliance, celui-là serait fou qui ne tiendrait compte que du mécanisme, sans prendre souci de la force qui le crée, le développe, et l'entretient. De là, est né ce sentiment qui oblige à réunir dans une doctrine commune les différents principes d'étiologie, qui sont l'origine, le développement, le mécanisme, la conservation de l'être en même temps que la cause de ses maladies et celle de sa destruction. Mais, qu'on ne l'oublie pas, dans cette diversité d'opinions, de systèmes et de doctrines, dans la multiplicité des découvertes de l'anatomie, de la physiologie, de la médecine et de la chirurgie, le progrès a toujours été une chose individuelle, et ne s'est accompli que par force , en luttant contre les despotismes scientifiques de toutes les époques et sous l'influence de la liberté.

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