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APPRÉCIATION CRITIQUE DE L'HUMORISME

L'Humorisme devrait être condamné sans appel s'il avait la prétention d'être l'expression d'une idée exclusive de pathogénie ou de thérapeutique. Il n'en est pas ainsi. — Il n'a jamais été que partie constituante des autres systèmes adoptés dans la classification essentiellement variable des maladies. — On le trouve mêlé au Naturisme d'Hippocrate, au Pneumatisme d'Athénée, au Méthodisme de Fr. Hoffmann, à l'Iatro-mécanisme et à l'Eclectisme en proportion différente. Il n'a jamais été répudié que par le solidisme et quelque peu par l'Empirisme qui n'en avait que faire.

Chez les Grecs, et avec Galien, il indique d'une façon hypothétique peut-être, un des modes de production de la maladie, mais, sous cette forme même, il renferme un principe de vérité qui a fait sa force dans le passé, et qui le rend impérissable dans l'a-

venir. — Alors même qu'on ignorait le nombre des humeurs, leur véritable rôle physiologique, la nature des altérations dont elles peuvent être le siège, ce que nous ne savons encore que très-incomplétement, il explique de la façon la plus satisfaisante la cause et le mode d'évolution des maladies. Ces mots de crudité, de coction et de crise ou de métastase appliqués par l'ancienne médecine à l'évolution d'un principe morbifique humoral inconnu, et qui ont traversé les âges en donnant toujours l'idée d'une chose vraie, peuvent encore avoir cours aujourd'hui. — Il est évident que la variole, la rougeole, la scarlatine et une infinité de maladies de la peau représentent, même pour un ignorant, le fait d'un poison morbide développé dans les humeurs ayant comme les fruits une période de crudité, de maturité, et de déclin. — Toutes les maladies virulentes en sont là. — Sans savoir comment le sang est malade, et si la bile ou le phlegme sont de la partie, s'il y a acidité, alcalinité, fermentation, âcreté des humeurs, le fait d'une altération humorale esta l'abri de toute discussion, et, dans l'organisme, l'atome de poison morbifique cause de tout le mal se reproduit à l'infini, pour transmettre la même maladie à des milliers de personnes.

Dans les inflammations, l'afflux du sang sur un point est une altération humorale par déplacement, d'où résulte encore une vraie crudité, une maturité et un déclin dont la réalité ne peut être mise en doute. — Comment le sang est-il malade, épaissi, acre, alcalin, fermentescible? Peu importe. Sans m'occuper de la nature de l'altération, je dis qu'elle existe et cela suffit.

Dans les fièvres intermittentes les humeurs sont primitivement altérées, soit la bile, soit le liquide splénique : la rate et le foie sont augmentés de volume, et s'il est erroné de dire que dans ce cas la bile est acre ou l'atrabile est noire, le fait principe domine la question de détail. — Il est certain qu'une altération humorale est l'origine du mal. — Nous disons aujourd'hui que c'est le sang qui renferme des miasmes, mais on peut objecter que nous sommes aussi ignorants de la nature d'un miasme que l'était Hippocrate de la nature des altérations de la bile ou du sang.

Dans les fièvres continues qu'engendrent la grande chaleur ou certaines épidémies , qui oserait soutenir qu'une altération humorale primitive, sur la nature de laquelle on se querelle depuis vingt siècles, n'est pas la cause des lésions de l'intestin et des viscères? — Que ce soit une bile jaune ou noire, de la pituite, une dissolution du sang par àcreté, ou par alcalinité , tout cela n'est qu'hypothèse, et ce qui survit à ces analyses imparfaites, c'est le principe de l'altération humorale.

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L'augmentation de densité ou épaississement de la bile et de l'urine, sont la cause des sédiments et des concrétions hépatiques, cystiques, vésicale et rénales.

Il y a une foule d'hémorrhagies, de névroses et de maladies organiques qui ont pour point de départ une lésion des humeurs, soit la dissolution du sang, soit l'hydrémie, soit le mélange du sang avec le principe de la syphilis ou delà scrofule, etc., lésions différemment qualifiées selon les temps et les idées régnantes, mais reconnues comme bien réelles par le plus grand nombre des médecins.

Mais à côté des prétentions pathogéniques de l'Humorisme, il y a ses applications thérapeutiques tour à tour raisonnables et ridicules, d'abord limitées à l'usage de la saignée et des purgatifs, puis, aux temps de la Chimiàtrie, à l'emploi des alcalis, des acides et des drogues les plus dangereuses, pour empêcher les fermentations Immorales auxquelles on attribuait le développement des maladies. De nos jours il a donné des spécifiques minéraux ou végétaux, et enfin le spécifique animal ou vaccin qui préserve le genre humain de la variole.

L'Humorisme a donc une base sérieuse : celle des éléments fluides qui servent de blastème au développement du corps, à l'entretien de la nutrition et des fonctions; sous ce rapport il relève de l'école anatomique. Il peut différer d'une époque aune autre, d'après l'état de la science, et il relève directement des connaissances anatomiques, physiologiques et chimiques du médecin. Il n'est pas aujourd'hui ce qu'il était chez les Grecs, mais c'est toujours l'Humorisme. Il est bien évident que l'Humorisme ancien d'IIippocrate et de Galien ne saurait plus satisfaire personne, et qu'il n'a qu'un pur intérêt historique. — Basé, on ne sait pourquoi, sur l'existence des altérations de quatre humeurs dont l'une, qui est l'alrabile, n'a jamais existé et dont une seconde, le phlegme, ne mérite pas le nom d'humeur, il n'est pas anatomiquement bien constitué. — Si l'on ajoute à cela que les altérations de la bile auxquelles on faisait alors jouer un rôle si prépondérant ne sont pas confirmées par les recherches récentes, on verra qu'il ne reste plus à ce vieil humorisme que la coctiou des intempéries humorales, et que les altérations pathogéniques du sang supposées plutôt que révélées et dont l'appréciation appartient à l'époque moderne.

L'Humorisme ancien ne représente donc qu'un principe vrai de pathologie générale, et. nullement une appréciation exclusive formelle des causes humorales de la maladie ou de leurs moyens de guérison.

Transmis à ce titre de la médecine grecque à la médecine égyp-

tienne, romaine et arabe, modifié dans le détail par l'initiative individuelle, il a dû à la faveur dont l'avait honoré Galien le privilège de traverser les siècles, sous le couvert des autorités du moyen-âge. — Malgré ses erreurs, il resta debout comme l'anatomie de cet homme célèbre jusqu'à la renaissance des lettres et des sciences, et il ne fut ébranlé que par les essais de l'Alchimie et de la Chimiàtrie. A partir de cette époque il y eut deux courants, l'un hostile à toutes les hypothèses chimiques humorales de Paracelse, de Van Helmont, de Sylvius, et de leurs disciples, qui continua à peu de choses près, jusqu'à nos jours, les errements de l'ancien humorisme, et l'autre, absorbé par les essais d'analyse, qui a continué malgré tous les obstacles à fonder l'Humorisme moderne.

Celui-ci n'a pas eu d'autre prétention que l'Humorisme ancien qu'il voulait renverser. Il voulait donner à la science par des moyens nouveaux le secret du développement d'un grandnombre de maladies.

D'abord embarrassé dans les rêveries alchimiques et astrologiques, mêlé aux pratiques de la cabale et de la magie, perdu dans les hypothèses d'une Chimiàtrie prétentieuse et ignorante, il eut beaucoup de peine à conquérir le suffrage des médecins sérieux. Il ne captiva que les amis enthousiastes du progrès, faciles à satisfaire, et tout en ayant d'assez nombreux adeptes, il dut se résoudre à attendre pour voir la légitimation de ses espérances.

Là où l'Humorisme moderne commence à être quelque chose de vraiment scientifique, c'est à la renaissance de l'anatomie, après la découverte de la circulation et après la découverte des lymphatiques. — Il est encore embarrassé des notions chimiatriques du temps, mais au moins le nombre des humeurs est nettement déterminé, leur rôle et leurs fonctions sont mieux connus; la sanguification est enlevée au foie, enfin on connaît la lymphe et le chyle, dont le cours et les usages sont bien appréciés. C'est là le point de départ obligé de l'Humorisme.

Malheureusement la chimie n'était pas encore assez avancée pour connaître la composition normale des humeurs; comment aurait-elle pu déterminer leurs altérations pathologiques et les mettre en rapport avec les maladies qu'elles produisent, ce qu'on a commencé à faire aujourd'hui?

Dans toute cette première période, il ne s'agit que d'altérations humorales imaginaires auxquelles la science fait jouer un rôle infirmé par les observations cliniques. Ce ne sont qu'additions de principes inconnus de nos jours, sel, soufre, mercure, arsenic, substances acides, alcalines, putrides, produisant des fermentations partielles ou générales ayant les plus fâcheuses conséquences.

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Qu'est-il resté de toutes ces affirmations, et je dirai même de toutes ces hypothèses? rien. Cet Humorisme chimique, plus dangereux que l'Humorisme ancien, n'a duré que quelques années pour l'aire place à l'Humorisme indéterminé de la clinique, ou à 1 Humorisme qui résulte des applications plus satisfaisantes de l'analyse chimique et microscopique à la recherche de la composition normale et pathologique des humeurs.

L'Humorisme contemporain est essentiellement chimique et reproduit fidèlement les progrès réalisés par la chimie organique. — Avec les hypothèses chimiques, on ne pouvait avoir qu'un Humorismehypothétique, et ce n'est qu'au moment où la chimie s'est révélée comme une science précise, que l'on a pu, par l'analyse des humeurs de l'organisme, découvrir la nature des altérations dont elles peuvent être le siège.

Dès que l'analyse chimique et microscopique du sang normal et des autres humeurs a pu se faire un peu plus complètement, il a pu être question des lésions humorales de ces liquides en rapport avec l'apparition et le traitement des maladies, mais avant cette époque, quelle pouvait être l'importance des recherches de ce genre sinon celle de simples conceptions de l'esprit que les médecins sérieux se gardent bien d'accepter?

Ceux qui aiment à opposer le présent au passé, et qui s'arrêtent à la superficie des choses, en ne s'occupant que des faits et des détails, triomphent facilement dans la comparaison qu'ils établissent entre l'Humorisme moderne et l'Humorisme ancien. Ils s'enorgueillissent de leurs découvetles chimiques, sans se rappeler que nos prédécesseurs se sont glorifiés de la même manière, en raillant leurs maîtres. Cependant la science marche si vite, qu'ils devraient bien voir que l'humorisme dans lequel ils ont été élevés n'est déjà plus celui qui règne autour d'eux, et qu'il n'a pas fallu attendre plus de quelques années pour voir s'accomplir cette métamorphose. — Ne condamnons donc pas légèrement le passé au nom des découvertes du présent, et surtout, ne lui opposons point des faits de détails essentiellement variables, sans tenir compte des principes qui les dominent et qui, eux, sont immuables.

Sans doute, la découverte de la circulation sanguine et lymphatique, la connaissance de la composition du sang et des humeurs, et les progrès de l'anatomie ou de la chimie nous donnent de grands avantages sur le passé. Il serait injuste de le méconnaître. La science moderne peut parler des altérations du sang d'une autre façon qu'Hippocrate, que Galien, que Sylvius de le Boë, ou que Th. Willis. et les analyses chimiques du sang et des humeurs, nous ont révélé

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des faits qui changent entièrement notre manière de raisonner, mais, en présence des affirmations de la chimie qui doute de l'exactitude des résultats connus, et qui avoue qu'en matière d'analyse des liquides organiques elle est impuissante , il faut être très-réservé dans ses déductions. — Les conquêtes modernes en chimie organique ont culbuté les théories chimiques du moyen-àge, comme celles-ci avaient renversé les doctrines humorales de l'antiquité, mais dans tout cet immense travail de reconstitution et de progrès, il ne faut voir que la victoire des découvertes de détail sur les erreurs du passé, sans que pour cela le principe même de l'Humorisme ait été atteint d'une façon vraiment sérieuse.

Sans contester en rien le mérite des découvertes modernes qui permettent d'expliquer autrement qu'on ne le faisait, l'influence morbifique du sang, de la lymphe ou de la bile, il n'en reste pas moins acquis l'indestructibililé de ce principe étiologique que la bile, la lymphe ou le sang sont, par leurs altérations et leur déplacement, le point de départ d'une foule de maladies. Là où les anciens disaient : intempérie d'humeur, la renaissance a dit : âcreté, acidité, fermentation, effervescence, tandis que nous plus sûrs de notre science, nous le croyons du moins, nous disons hyperglobulie ou hypoglobulie; hypérinose ou hypinose, urémie, etc., etc.

— Ce sont des faits d'une grande importance qui montrent de notre part une connaissance plus approfondie des éléments de nos humeurs, mais en principe, cela ne modifie pas leur rôle pathogénique, et c'est là le côté philosophique important de la question.

Malgré ses vicissitudes diverses, ses époques de prospérité ou de déchéance, l'Humorisme est resté vivace parmi les doctrines médicales les mieux accréditées dans l'opinion. Il ne mourra pas. Cela se comprend, car le sang est l'origine des organes et des humeurs sécrétées, il se transmet des parents à la descendance et tout le monde comprend cette belle parole du poëte :

« En remontant le cours des générations on trouve toujours dans la première goutte de sang l'origine de la dernière. »

Par cela même qu'il y a dans le corps humain des humeurs associées aux solides qui le constituent, et aux forces qui l'animent, ces humeurs peuvent s'altérer, et il n'est pas permis de penser que ces altérations n'exercent pas une influence considérable sur la santé.

— Toutes les arguties du solidisme qui nie cette influence et qui se croit maître de 1 étiologie ou du Scepticisme qui proclame l'inanité de toute recherche doctrinale n'y feront rien il y a un Humorisme c'est-à-dire il y a une doctrine qui soutient que les humeurs en s'altérant sont l'origine d'un grand nombre de maladies. — Il faut

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n'être pas médecin ou être aveuglé par l'esprit de système pour nier qu'il en soit ainsi.

Seulement, le fait étant admis, il y a lieu de discuter la question de savoir si ces altérations humorales sont primitives, comme on l'a dit, avec Hippocrate, si elles ne sont que secondaires ou enfin si elles sont tantôt primitives et tantôt secondaires, ce que je discuterai plus loin.

Pour l'instant, acceptons donc la vérité de l'Humorisme et voyons ce que cette doctrine renferme d'utile à la science, en dehors de toute exagération systématique.

Il est bien certain que si l'on prétend trouver dans l'altération primitive des humeurs l'origine de toutes les maladies, on se trompe singulièrement et Hippocrate, dont on connaît le Naturisme, en physiologie et en pathologie, peut être considéré comme le défenseur de celte opinion en pathogénie. C'est une manière de voir à laquelle l'observation des malades ne permet pas de souscrire entièrement et qui a été combattue d'abord par Erasistrate, puis par Galien et enfin par tous les Empiriques. Sous cette forme, l'Humorisme devient un système où l'erreur se mêle à des vérités utiles et il ne saurait être accepté. — Tout autre est l'Humorisme de Galien. — Bien qu'il soit excessif, il n'est pas absolu et dans son livre sur les causes des maladies, ainsi que dans une foule d'autres ouvrages., cet auteur admet des maladies produites soit par l'altération primitive des solides, soit même par le trouble des forces ou facultés. — Là est l'Humorisme acceptable pour tous les médecins cliniciens ; on pourra discuter sur la nature humorale ou organique ou métaphysique de telle ou telle maladie qui sera considérée par les uns comme due à un trouble primitif des humeurs, tandis que d'autres n'y verront qu'une altération primitive des solides ou des forces. Cela n'est plus la question de principe et ne concerne que les détails de la pathologie. — Comme Galien il faut être naturiste, humoriste et organicien ou solidiste tout à la fois. De cette façon, l'Humorisme représente un côté vrai de la pathogénie car le médecin admettant chez l'homme des humeurs à côté de l'agent vital et des solides, montre ensuite que ces humeurs altérées peuvent être primitivement la cause d'un certain nombre de maladies. Cet Humurisme n'a rien d'exclusif, et quand il ne dit que ce qui est réel et exempt d'hypothèses, son importance est considérable.

Je viens de dire : quand il ne dit que ce qui est réel ; c'est qu'en effet, si l'Humorisme a été tour à tour en honneur et en discrédit, c'est qu'à l'instar des autres doctrines, il s'est lancé dans l'hypothèse en prétendant à une domination absolue et qu'il a submergé

l'excellence de son principe sous un amas d'erreurs de détail. Aujourd'hui que le temps et l'expérience ont jeté leur lumière dans les profondeurs de ce passé d'affirmations hypothétiques on comprend à merveille le pourquoi de ces vicissitudes de la doctrine, et comment elle est arrivée jusqu'à nous ainsi transformée, j'allais dire méconnaissable.

Personne ne voudrait défendre aujourd'hui la théorie de la chaleur innée, ni l'Humorisme hippocratique formé par les altérations du sang, de la bile, de la pituite et de l'atrabile correspondant à des qualités organiques de chaud, de sec, de froid et d'humide, mais il n'a pas fallu attendre jusqu'ici pour trouver des adversaires à cette manière de voir. Aristole mettait en doute l'influence pathogénique de la bile, comme Erasistrate, qui d'ailleurs plaçait tout sonHumorisme dans le sang et dans ses déplacements, ou métemptose (1). Galien n'est pas plus défendable mais, malgré ses erreurs, que de grandes idées renferment ses livres d'où elles ont passé dans les nôtres! Son Humorisme contient toutes les erreursimposées par la physiologie et la chimie du temps, mais dès qu'on s'élève un peu, combien de vérités générales n'a t— il pas formulées, sans que les siècles aient pu les détruire ! C'est lui, dans son humorisme intelligent, qui tout en accordant un rôle pathogénique aux altérations de la pituite, de la bile et de l'atrabile mettait en première ligne les altérations du sang, «; cette humeur principale génératrice de toutes les autres », absolument comme nous le faisons aujourd'hui à son exemple.

Personne ne voudrait davantage défendre les doctrines chimiques et chimiatriques, par lesquelles, au moyen âge et à la renaissance, on a combattu ce viel Humorisme des quatre humeurs, communiquant les unes avec les autres dans les organes, à travers les porosités des tissus. Si les essais alchimiques de Paracelse, le mystique, le naturiste et l'astrologue du moyen âge, ont inauguré un nouvel Humorisme, amplifié par Yan-Helmont qui voyait dans les fermentations lïnslrument d'action de son archée, cet Humorisme développé par Sylvius de le Boë, plus tard éclairé par la découverte de la circulation sanguine et lymphatique, ainsi que par la physiologie des glandes, nous semble aujourd'hui plus étrange que l'Humorisme grec. Aussi quelles luttes n'eut-il pas à subir, et comme il méritait bien les attaques deRiolan et de Guy-Patin ses plus violents adversaires! — Que signifient ces âcretés, ces effervescences, ces acidités ou ces alcalinités humorales de Th. Willis et de ses adeptes dont rien ne montre aujourd'hui l'existence? Ce sont autant d'erreurs

(1) Voir plus haut, page 11.

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de détail qui déjà ont été mises en lumière à cette époque par Robert Boyle, et ensuite par Fr. Hoffmann d'abord chimiatre, puis à la fin de ses jours converti au Solidisme dont il fut l'un des plus célèbres soutiens. — La science n'a rien à prendre dans cet Humorisme qui fut vite abandonné et que le xvme siècle se hâta d'allier à l'Humorisme ancien, dont le principe vivace survivra toujours aux hypothèses dont les novateurs pourront l'entourer. — Quoi qu'on fasse , et quelles que soient les découvertes de l'avenir, je suis assuré qu'il en sera toujours ainsi, nos progrès en Humorisme font vieillir Irèsvile les découvertes de la veille, et nous poussons en arrière l'Humorisme du xvm* siècle comme celui-ci a chassé bien loin celui de Sylvius de le Boë ; mais, au delà nous retrouverons les bases indestructibles de l'Humorisme grec sur lequel nous appuyons encore nos recherches actuelles.

Ne soyons donc pas trop fiers de notre présent. La chimie et la physiologie ont fait beaucoup pour l'Humorisme moderne ; mais il faut bien avouer qu'au milieu des vérités qui lui servent de base, i 1 s'est glissé un grand nombre de faits mal interprétés par suite de l'imperfection des analyses, et un plus grand nombre encore d'hypothèses qui se chassent les unes les autres du jour au lendemain.

Notre Humorisme diffère donc considérablement de celui de nos prédécesseurs. Si le point de départ est ie même, notre manière d'envisager les altérations humorales est toute autre et l'analyse des éléments du sang et des liquides qui en sortent a remplacé les théories purement philosophiques des anciens. C'est là un progrès incontestable. Quelle que soit la manière dont on veuille envisager la question, que l'on accorde ou que l'on refuse aux altérations du sang la préséance dans certains cas de pathogénie, les faits n'en restent pas moins acquis à la science, et nous avons dans notre Humorisme un des éléments du problème si complexe de l'étiologie.

Cela me conduit à discuter la question de savoir si les altérations des humeurs sont primitives et antérieures aux lésions des solides ou, au contraire, si une altération des solides préexiste toujours à l'altération des humeurs. — Dans le premier cas, l'Humorisme reste une doctrine et dans le second l'Humorisme n'existe plus que comme élément particulier dans l'anatomie pathologique des maladies.

Les médecins qui soutiennent que le sang et les humeurs ne sont jamais altérés que d'une façon secondaire et consécutive à une lésion des solides me semblent tenir plus compte de leurs idées préconçues que des faits. Il est bien certain, et Galien l'a déjà dit, que dans certains cas, la maladie du solide existe avant l'altération des humeurs, et j'ajouterai que souvent elle la fait naître, mais, il y a

aussi des cas où l'altération humorale est le point de départ des accidents pathologiques.

Ainsi, la pléthore et la chlorose sont des altérations du sang dont aucune lésion connue n'explique le développement. — On fait trèsbonne chère et on devient pléthorique, où est la maladie organique primitive ? Serait-ce par hasard, comme on l'a dit d'une façon assez paradoxale, une maladie des organes de l'assimilation. — Cela n'est pas soutenable — Quant à la vraie chlorose des jeunes filles, qu'il ne faut pas confondre avec l'anémie symptoinatique, est-ce que la diminution des globules du sang résulte d'une lésion des solides ? Pas davantage. — J'en dirai autant du scorbut avec altération de la fibrine devenue incoagulable; — de fhémorraphilie ; — de Yhypinose ou (diminution de fibrine) ; — de quelques fièvres continues graves; — de l'hydrémie avec analbumie produite par la famine et la mauvaise alimentation ; — de la cholihémie subite après une frayeur vive ; — de la glycohémie passagère ; — des nosohémies virulentes telles que la variole inoculée , la rougeole, la scarlatine, la rage, le charbon, la syphilis, la morve, etc.; des nosohémies parasitaires dues au développement d'algues, de bactéries ou d'espèces infusoires quelconques dans le sang ; — des nosohémies miasmatiques telles que le typhus, la peste, la fièvre jaune, la fièvre typhoïde ; — ■ des nosohémies par effluves qui pénètrent dans le sang, telles que la fièvre intermittente simple et pernicieuse, enfin des diathèses héréditaires, maladies humorales qui sont le point de départ d'une foule de lésions des solides, etc.

Dans toutes ces maladies appelées depuis bien longtemps des maladies générales, l'origine du mal est évidemment une altération humorale primitive, inconnue pour plusieurs, mais déjà démontrée pour beaucoup d'autres si les résultats de l'analyse chimique et du microscope sont exacts. — Quant aux altérations qu'elles présentent dans les solides, et qui sont aussi secondaires que la pustule variolique l'est dans la variole, telles que les congestions et inflammations glandulaires ou viscérales, ce ne sont là que des effets d'une lésion du sang et des humeurs émanées du sang. En présence de pareils faits, l'Humorisme qui persiste à s'affirmer semble avoir toute raison d'être, et tant qu'on n'aura pas démontré que chez un individu bien portant ayant respiré l'atmosphère d'un varioleux, il y a une lésion des solides, primitive et antérieure h l'infection qui résulte de l'empoisonnement du sang par le miasme variolique, tous les esprits sages admettront avec moi l'existence des altérations primitives du sang comme éliologie incontestable d'un grand nombre de maladies.

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La manière d'agir des miasmes, et des effluves, si comparable à celle des poisons volatils, prouve bien qu'en pathogénie, toutes les particules nuisibles que l'on respire ou que Ton avale, pénètrent dans le sang où elles se développent avant de produire les symptômes qui révèlent leur absorption.

Maintenant, à côté de ces faits si explicites et qui consacrent à jamais la réalité des anciennes doctrines humorales, il y a des cas particuliers où une lésion du solide accidentelle engendre des altérations humorales d'où pourront naître des maladies ultérieures. — Ici, l'altération des humeurs est secondaire; mais, relativement aux effets qu'elle entraînera et qu'une lésion du solide exempte de cette complication n'aurait jamais déterminés, elle est le phénomène primitif. Ce n'est pas la brûlure, qui fait mourir, si elle vient à se compliquer de pyémie; c'est la pyémie elle-même, et sous ce rapport les altérations humorales gardent encore toute leur importance pathogénique.

Que les altérations du sang et des humeurs soient le phénomène primitif de l'état morbide au-delà duquel on ne trouve pas de lésion des solides ; ou que ces altérations consécutives à une lésion organique antérieure, produisent un état morbide afférent à sa cause, la conclusion est la même, il faut être humoriste.

Mais comment faut-il faire de l'Humorisme? Est ce à la façon d'Hippocrate qui était un peu trop exclusif, ou comme Galien qui, malgré ses erreurs, sut allier dans sa pathogénie l'influence des altérations humorales à celle des lésions survenues dans les solides et au trouble des facultés, ou enfmàla façon des chimiatres qui continuent à notre époque la chimiàtrie de la renaissance? — Ni l'une ni l'autre de ces manières de pratiquer l'Humorisme ne convient à la science actuelle, car, en acceptant le principe vrai et fécond de la pathogénie humorale des anciens Grecs, elle en a proscrit tout l'esprit d'hypothèse pour se renfermer dans les bornes d'une analyse sérieuse et d'une observation attentive. — C'est ainsi que l'humorisme actuel se trouve ci peu près constitué : 1° par l'étude des Nosohémies, dans lesquelles il faut reconnaître trois espèces révélées : l'une par l'analyse chimique, la seconde par l'examen à l'aide du microscope et la dernière par l'observation des malades; 2° par l'étude clinique des différentes diathèses.

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