DE L'IIUMORISME — HUMOR1SME CONTEMPORAIN
les fondions prêtes à s'éteindre, et sauver une existence à peu près perdue.
Aux excès de sécrétion biliaire normale ou altérée dont la présence dans l'estomac et l'absorption dans le sang, produisent les lièvres continues, on oppose la médication évacuante soit par les érnéto catharliques, soit par les purgations intestinales.
A l'excès de lymphe, produisant l'atonie de la nutrition moléculaire et ses aberrations, c'est-à-dire la scrofule, on oppose comme médication humorale les stimulants, les toniques et les aliments gras.
Chimie thérapeutique.
Qu'il me soit permis enfin d'ajouter ici ce que la chimie fournit chaque jour à la thérapeutique et de dire : que dans son analyse des plantes médicinales, elle a réalisé le rêve interrompu de Paracelsesur la découverte des quintessences de chaque corps pouvant aider à la fabrication des arcanes. En effet, elle a découvert YArcane, c'est-àdire le principe actif d'un grand nombre de végétaux à l'état d'alcaloïdes, de matière résineuse ou d'huiles essentielles. — Ici, c'est de la véritable chimie constituant une science nouvelle, la pharmacie, et non de la chimiâtrie.
La découverte des alcaloïdes et des principes volatils contenus dans les plantes employées en médecine est une des plus grandes conquêtes de la thérapeutique du xixe siècle. — Cela lui a permis dépurer son formulaire et d'en chasser la polypharmacie arabe, pour la remplacer dans beaucoup de cas par la seule et unique prescription du principe actif des plantes qui, sous un petit volume, représente une masse énorme de la plante elle-même. Dans cette direction les découvertes sont innombrables, mais elles n'ont pas toute la même importance pratique. Parmi les résultats obtenus, je signalerai les plus remarquables , ceux qui constituent des découvertes de premier ordre :
La quinine et le sulfate de quinine, préparés par Pelletier et Caventou, en 1820, avec l'écorce du quinquina;
La morphine, extraite, en 1816, par Sertuerner, et puis après d'autres alcaloïdes tels que la codéine, la narcotine, la narcéïne, et la papaverine tirés de l'opium ou suc de pavots;
Vatropine, extraite, en 1819, par Brandes de la plupart des solanéesvireuses et notamment de la belladone; — Yhyosciamine, découverte dans la jusquiame; — la daturine, dans le datura stramonium, etc.;
Vaconitine, qui a été tirée de l'aconit Napel, en 1833, par Brandes ;
La strychnine et la brucijie, découvertes dans la noix vomique et la fève de Saint-Ignace, par Pelletier et Caventou, en 1818;
La digitaline, principe d'abord mal défini séparé de la digitale par Homolle et Quevenne en 1844, que Nativelle a fait cristalliser en 1 872;
La vératrine, découverte dans le veratrum album et dans le veratrum viride, en 1819, par Pelletier et Caventou;
L'eserine, tirée de la fève de Calabar, découverte en 1868 par Jobst et Hesse ; puis par A. Vée, qui Ta fait cristalliser.
Là où la chimie n'a pu isoler des principes actifs, solides, cristallisés ou amorphes, elle a retiré des huiles essentielles, qui sont aussi la quintessence de la substance, pour employer le langage de Paracelse qui renfermait l'idée la plus féconde de sa réforme.
A côté des alcaloïdes végétaux et des huiles essentielles, si l'on place les substances minérales nouvelles nées des progrès de la chimie moderne et employées en médecine, on verra combien cette science lui a été utile et a rendu de services à l'humanité. Pour n'en citer qu'un exemple, je mentionnerai le chloroforme dont les propriétés anesthésiques ont été indiquées ailleurs (Voir : Empirisme) et qui est une des plus belles conquêtes thérapeutiques du xixc siècle.
Je sais bien qu'à côté de cette chimie qui a fourni à la thérapeutique moderne un si grand nombre de substances dont l'expérimentation a établi les propriétés physiologiques et curatives, il y a la chimie des demi-savants et des ignorants qui, d'une façon toute théorique, raisonnent à priori de la nature des substances qu'ils découvrent aux applications médicales. — Ceux-là ne sont ni chimistes, ni médecins, ce sont des chimiatres. Ils se sont fait une théorie positive de la vie, qui n'est pour eux qu'une propriété de la matière, et par cela même qu'il y a dans le corps humain un mécanisme physique dans lequel la plupart des fonctions s'exercent chimiquement comme la digestion, la respiration et les sécrétions, ils croient pouvoir assimiler les actes chimiques de la vie aux phénomènes chimiques ordinaires. Leur défaut d'instruction ne leur permet pas d'apprécier le rôle de la vie dans ces échanges chimiques, et de comprendre qu'il y a là un élément inconnu, système uerveux, ou synergie fonctionnelle ou fermentation, qui accélère, rallentit et arrête la marche des phénomènes, et qu'il n'y a pas d'identité absolue entre les mêmes réactions étudiées dans le corps vivant ou dans un vase inerte.
Ces disciples compromettants ne doutent de rien. Ils ne voient pas qu'ils ramènent la thérapeutique au temps de la chimiàtrie du moyen âge : sans avoir fait d'études médicales sérieuses, et incapables d'un bon diagnostic , on les voit proposer le plus hardiment du inonde
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l'emploi des médicaments chimiques, dans le but d'engendrer au sein des organes malades des réactions moléculaires capables de détruire les maladies. Gomme les disciples de Sylvius, ils neutralisent des humeurs prétendues acides, ils alcalisent ce qu'ils déclarent être acide; ils ajoutent un ferment ici, de l'eau par là, des sels de chaux là où il en manque, etc.
C'est le retour au règne de l'hypothèse, si opposée aux principes de la vraie chimie, et pour peu que le médecin ne soit pas réservé il tombe facilement dans les pratiques d'une chimiàtrie ridicule. — Tant valent les hommes tant valent les choses, — Sans doute la chimie qui révèle la nature d'une altération pathologique semble par cela même en indiquer le remède, — mais il faut se méfier de cette conséquence qui n'est pas toujours rigoureuse. Les réactions, le laboratoire n'ont pas toujours lieu de la même façon dans les corps et ce que la théorie indique n'est pas toujours suivi de succès. — Quoi déplus naturel, dans la gravelle acide, d'administrer les alcalins qui réussissent très-bien et, par opposition, dans la gravelle alcaline de donner les acides*? — Eh bien, dans ce dernier cas, la clinique montre que les acides ne réussissent pas et qu'il est préférable de donner des substances alcalines. — Que le médecin se méfie donc des conseils chimiques de ceux qui ne pratiquent pas la médecine et qui n'ont d'autre salle d'hôpital qu'un laboratoire peuplé de cornues en guise de malades, et de réactifs en fait de tisanes. — Dans cette voie dangereuse il sera bien heureux s'il évite le double écueil de l'hypothèse et de l'erreur qui caractérisent l'ancienne chimiàtrie.