‹ Histoire de la medicine et des doctrines médicales (volume 2)Chapitre 19 sur 141 · DU MÉTHODISME ET DES MÉTHODISTES · texte numérisé non relu

DU MÉTHODISME ET DES MÉTHODISTES

Sommaire : Du méthodisme ancien. — Des anciens méthodiques. — Asclépiades.

— Themison. — Thessalus. — Thérapeutique des anciens méthodiques. — Appréciation de l'ancien méthodisme. — Jugement de Gelse. — Jugement de Galien. — Méthodisme de Cœlius Aurelianus.

Du méthodisme moderne. — Prosper Alpin. — Baglivi. — Frédéric Hoffmann.

— Cullen. — Tommasini. — Rasori. — Brown. — Broussais. — Virchow.

Il y a des époques dans la vie des peuples où l'opinion absorbée par le désir de la gloire , du bien-être ou de la sécurité, laisse le champ libre à tous les novateurs qui se précipitent hardiment sur elle et lui imposent leurs idées. Les temps de révolution, de décadence, de terreur et d'ignorance sont particulièrement propres à la réussite de l'attaque des esprits systématiques sur la pensée d'une génération indécise ou préoccupée, et l'on voit ainsi tout à coup prendre faveur des idées qui dans une société instruite auraient à peine vécu un jour. Comment se défendre d'un système soutenu avec ardeur et talent quand on n'a d'autre préoccupation que le plaisir, quand on est obligé de sauver sa personne e( ses biens menacés, et enfin quand tout un pays n'a rien de mieux à faire qu'à élever des hommes qu'un conquérant doit prendre pour les faire périr par milliers au profit de son ambition. Pour le progrès des arts, des sciences et des lettres, il faut le calme et la sécurité joints à la grandeur des institutions politiques ; sans cela, les idées s'entre-choquent sous le voile épais de l'ignorance ou de la crédulité, et le plus hardi des novateurs n'a pas grand mal à s'emparer de l'opinion. Telle a été l'origine du méthodisme, toutes les fois qu'il a paru sur la scène du monde, et, dans son court et dernier triomphe au xixe siècle par l'organe de Broussais, ce sont les circonstances politiques qui ont encore fait du même coup son succès et son abandon. Né dans la nuit profonde faite au sein de la science par la révolution française, il a disparu dès que le calme étant revenu dans les esprits, et dans le monde, chacun a pu s'appliquer en paix au travail lent et consciencieux de l'observation avec toutes ses exigences.

A la fin de la république romaine, lorsque le peuple de Rome maître du monde, ivre de gloire et saturé de poésie, se livrait avec fureur au plaisir et à la débauche, les sciences et particulièrement la médecine étaient dans le plus triste état d'abandon. L'Empirisme et la Magie étaient seules en faveur, et il fallut que des médecins grecs vinssent apporter les éléments de la science d'Athènes et d'Alexandrie.

Environ 300 ans avant J.-C, un certain Archagatus avait essayé d'introduire à Rome la médecine grecque, mais cet essai ne fut pas heureux, car un sénatus- consulte le chassa de la ville pour avoir entrepris de faire des opérations, et, dans sa condition de Grec , pour avoir osé porter la main sur un citoyen romain. Ce crime de lèse-majesté replongea la médecine romaine dans la barbarie et dans les pratiques superstitieuses de la magie et de l'Empirisme ; mais ce triomphe de l'ignorance et de l'orgueil ne fut pas de longue durée. Les victoires de Lucullus et de Pompée, en Grèce et en Asie, avaient mis l'Egypte et la Grèce aux pieds de Rome, et tous les courtisans de la fortune ne tardèrent pas à s'incliner devant les triomphateurs du monde pour leur apporter le tribut des connaissances artistiques, littéraires et scientifiques de leur pays comme la philosophie. La médecine fournit son contingent à celte émigration qui allait dépeupler le berceau de l'esprit humain pour enrichir ceux qui l'avaient conquis et dépouillé. Un des premiers, le plus célèbre, fut Asclépiades de Pruse, en Bithynie, qui jeta les fondements du Méthodisme au milieu de ces esprits incultes, merveilleusement disposés à le recevoir sans nulle contradiction, mais les auteurs de la doctrine dans ce qu'elle a de sacramentel sont Thémison et Thessalus, disciples de l'homme que je viens de nommer. Une fois promulguée et acceptée , elle s'est transmise jusqu'à nous, d'abord par Soranus d'Ephèse, et par Cœlius Aurelianus qui en subirent la loi, puis par la tradition, ensuite par Prosper Alpin qui tâcha de la faire revivre au xve siècle et enfin par Frédéric Hoffmann, par Cullen, par Brown, par Tommasini, par Rasori et par Broussais, qui la modifièrent d'une façon plus ou moins complète, ainsi que je le montrerai plus loin.

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