CHAPITRE PREMIER
DU MÉTHODISME d'aSCLÉPIADES
Asclépiades dePruse, enBithynie,vint à Rome lOOans avant J.-C, au moment où la Grèce et l'Asie récemment soumises en joug romain envoyaient à ses dominateurs, les trésors de leurs connaissances philosophiques, littéraires et scientifiques. Il apportait les éléments de la médecine grecque qu'il devait si profondément altérer. C'était un lettré, jadis professeur de rhétorique, abondant et disert autant que vide et sonore, philosophe plutôt que véritable médecin, mais comme tous les érudits qui se mêlent de parler médecine à des ignorants, extrêmement habile à masquer d'une élégante phraséologie le défaut de ses connaissances premières. Il eut un énorme succès. Cela devait être. Lié avec tous les hommes influents de l'époque , ami de Cicéron qui n'en parle qu'avec éloge, il devint une véritable autorité médicale au milieu de cette société ravagée par le charlatanisme ou la magie et exploitée par les empiriques. Si l'on en croit les historiens , ce fut lui-même un habile charlatan, étudiant le caractère et les désirs de ses malades, pour favoriser leurs caprices et s'inspirer de leurs fantaisies. « Modèle des charlatans modernes, dit Sprengel, Asclépiades méprisait et rejetait toutes les méthodes adoptées avant lui. » (Histoire de la médecine, tom. 2, p. 4.) En effet, il déclamait avec violence contre l'abus des échauffants, des sudorifiques, des vomitifs et des prétendus remèdes employés pour guérir les maladies, et il raillait avec une orgueilleuse impudence les doctrines qui faisaient la gloire d'Hippocrate. Pour lui, le dogme de la nature médicatrice systématiquement dénaturé, n'était qu'une méditation sur la mort, mot que condamnent à la fois, la dignité professionnelle et le respect de la
vérité. Ce qui le distingue dans lafoule de ceux que l'histoire offre à notreappréciationc'estsathéoriedelanature en général et de l'homme en particulier, théorie qui est l'origine de la méthode médicale de Thémison et le point de départ du Méthodisme. Sectaire de Démocrite et d'Epicure, il attribuait la formation du monde à la réunion d'atomes disproportionnés, divisibles, friables, ou susceptibles de changement, et la formation de l'homme à un accidentel amas d'atomes affectant une forme déterminée, dont le mouvement régulier ou irrégulier, dans le vide qui leur est appliqué, produit la santé ou la maladie » (Galien), (Ccelius), (Sprengel). Ainsi que le montre Galien dans son Traité des facultés naturelles (liv. I, chap. xn. Traduction de Daremberg, tom. 2, p. 226) il n'y a aucune force primitive dans le corps, il n'y a pas de nature prévoyante, de Dieu créateur, ni d'âme immatérielle et responsable. Le corps est un composé d'atomes en rapport avec les. vides où ils se meuvent, la nature n'est que la réunion des êtres, et il n'y a aucune sympathie entre les différentes parties de l'organisation qui ne sont telles que parce que le hasard a réuni les atomes qui les composent. La nature n'attire rien à elle et ne repousse rien, elle est postérieure à la création des êtres et ne saurait rien créer par son activité propre ; elle n'est pour rien dans ces facultés d'amour, de prévoyance, d'association et d'affection entre les êtres de même espèce. Pour les atomistes, dit Galien , l'àme ne possède pas dès le principe une idée innée de la conséquence, de la contradiction, de la division, de la composition, du juste, de l'injuste, du beau, du laid; ils prétendent que toutes les idées nous viennent des sens, et par les sens, et que les animaux sont gouvernés par des imaginations et par des souvenirs. Quelques uns d'entre eux ont même déclaré qu'il n'existe dans l'âme aucune faculté de raisonnement, mais que nous sommmes guidés par les impressions des sens, comme les troupeaux, sans pouvoir rien repousser, rien refuser, ni rien contredire. D'après eux le courage, la sagesse, la modération sont de longs radotages. Nous n'avons d'affection ni pour nous, ni pour nos enfants ; les dieux n'ont de nous aucun souci. Ces hommes dédaignent les songes, les augures, les présages, et l'astrologie, toutes choses que nous avons examinées dans un autre ouvrage. (Galien, tom. 2, p. 227. Traduction Daremberg.)
L'âme, qui n'existait point comme substance simple, n'était autre chose que le souffle, le souffle ou pneuma produit parla respiration. (Galien.) Elle n'avait aucun siège particulier et il la supposait existante partout où se trouvent des atomes très déliés. C'est là, comme on le voit, sauf quelques nuances de détail sur la divisibilité ou