DU MÉTHODISME ANCIEN. — ASCLÉPIADES
sur l'indivisibilité des atomes, et sur le rôle des atonies dans le vide où ils se meuvent, la philosophie matérialiste de Démocrite et d'Epicure introduite en physiologie et en médecine où nous allons en voir maintenant les conséquences.
Conformément à sa cosmogonie et à ses idées sur la formation de l'homme, Asclépiades se moquait beaucoup de ce qu'Ilippocrate appelait la nature, ce principe intelligent doué de facultés dont l'une attire, l'autre retient et l'autre repousse ce qui lui est convenable (voir tome 1, page 72 et suiv.). Il niait son influence dans la terminaison des maladies, et il repoussait comme fausse la doctrine de la coction des humeurs, des crises et des jours critiques. — Pour lui, non-seulement la nature ne servait pas au bien, mais elle faisait souvent du mal. — L'homme devait être considéré comme un assemblage d'atomes innombrables de figure différente, séparés par des espaces vides ou des pores de différente figure et de différente grandeur. — Ces espaces donnent passage à d'autres atomes venus du dehors, se mouvant selon leurs affinités, pour se fixer dans la masse commune ou pour en sortir. Les grands espaces sont pour les gros atomes dont la matière est formée par le sang, et les petits pour ceux dont la ténuité est excessive et qui sont formés par Y esprit ou la chaleur (D. Leclerc, p. 399).
La santé résultait du libre passage des atomes dans les espaces vides où ils se meuvent et de la juste proportion des pores avec les atomes, tandis que la maladie était au contraire la conséquence de la disproportion de ces mêmes pores avec les corpuscules élémentaires. — Que l'obstacle vînt des atomes embarrassés dans leurs passages ordinaires, statio corpusculorum , a dit Cœlius, par excès de nombre, par excès de vitesse, par excès de lenteur, par déformation ou de la petitesse et de l'obliquité des passages pouvant s'ouvrir ou se fermer plus qu'il ne fallait, le résultat était le même, il y avait stase svÇast;, ou obstruction (sf/.<ppa|iç); — On appelle svÇaaiç, dit Cœlius, un amas qui se 2Jroduit dans les pores perceptibles àYesprit et qui les touche comme si on y mettait un coin.
Parmi les maladies causées par l'arrêt des atomes dans leurs passages naturels, Asclépiades rangeait la phrénésie, la léthargie, la pleurésie, les fièvres ardentes et les doideurs vives. — Au contraire, les défaillances, la maigreur, Yhijdropisie, etc., étaient au contraire la conséquence de l'extrême dilatation des pores facilitant la perte des atomes. — Il admettait même une troisième classe de maladies dues au trouble et à la confusion des sucs ou des matières liquides et des esprits , mais ce que dit Cœlius à cet
égard ne suffit pas pour savoir la véritable opinion d'Asclépiades.
C'est d'après celte pathogénie que le médecin romain dont je parle instituait la thérapeutique. — Apres avoir ridiculisé les méthodes curatives de ses prédécesseurs et surtout d'Hippocrale, après avoir condamné les sudorifiques, les purgatifs, les vomitifs, et les procédés magiques ou chirurgicaux de l'esquinancie fort recommandés de son temps (1), il déclara que le véritable médecin devait guérir ses malades, « sûrement, rapidement et dune façon agréable », ou comme le répète Celse, Tuto, celeriter et jucunde. Aussi, disait-il, contrairement au dogme Hippocratique, que le médecin pouvait intervenir à toutes les époques d'une maladie sans attendre des crises qui n'avaient rien de nécessaire. — Sa pratique se composait de trois procédés destinés à rendre les pores plus ouverts et à faire passer plus librement les sucs et les atomes dont la stase causait les maladies. — C'était la gestation ou les différentes manières de se faire voiturer; la friction ou manière de stimuler la peau et le vin dans ses usages avec la maladie.
Asclépiades employait la gestation par différents procédés : en litière, en carrosse, sur de simples chaises, sur des hamacs, sur la balançoire, sur un navire de mer, au large ou sur les côtes, sur un simple bateau, et il procurait à ses malades toutes les distractions possibles pour les égayer ou les faire rire. — Tout cela s'appliquait non-seulement aux maladies chroniques mais encore assez souvent même à des maladies aiguës.
La friction était un des meilleurs moyens d'ouvrir les pores et il la préconisait beaucoup contre l'hydropisie et la phrénésie.
Le vin était pour lui un héroïque remède qu'il donnait même dans l'état fébrile s'il n'était pas trop intense. — Il le conseillait dans la phrénésie, jusqu'à l'ivresse absolue pour donner le sommeil, — dans la léthargie pour produire le réveil, et il y mélangeait quelquefois de l'eau de mer ou de l'eau salée pour ouvrir plus puissamment les pores; il le donnait dans le catarrhe, enfin pour retenir l'excrétion des atomes.
Veau lui était d'un grand secours sous forme de lotions, de bains prolongés, d'affusions, de douches et de boisson dans les maladies rebelles, dans le flux de ventre et surtout dans les névroses. — C'est par l'eau froide en affusion que Musa, son disciple, guérit l'empereur
(1) Il paraît qu'on introduisait alors dans la gorge, avec beaucoup de peine et d'effort, un certain instrument qui servail à ouvrir le passage. Était-ce un tube mis dans le larynx? je l'ignore; mais Asclépiades comballit cette méthode et la remplaça par la laryngotomie. (D. Leclerc, p. 393. ]