SECTION III
Du méthodisme moderne.
Le Méthodisme ancien, tel qu'il a été inauguré par Asclépiades et son disciple Thémison, accordant toute activité aux solides du corps et supprimant l'être moral, ne paraît pas s'être soutenu longtemps dans l'opinion des médecins. — Écrasé par la critique de Galien, devenu l'autorité médicale de son époque et des siècles suivants, il ne survécut guère à Cœlius Aurelianus, qui fut un de ses plus célèbres représentants. S'il eut encore quelques disciples, ce fut dans l'ombre et aucun d'eux ne releva le drapeau de la doctrine de façon à l'opposer au galénisme officiel, qui était un mélange intelligent du Naturisme et de l'Humorisme.
Pendant quatorze siècles, il ne fut plus question du Méthodisme, mais tant de choses reparaissent sous de nouvelles formes et sous de nouveaux noms, qu'il n'y a pas lieu d'être surpris de voir revivre les idées de cette doctrine d'abord assez timidement dans les ouvrages de Prosper Alpin, né en 1553 àMarostica, dans la Yénétie, mort en 4616, professeur de botanique à l'Université de Padoue. On lui doit différents ouvrages suV la médecine des Egyptiens, et sur les plantes d'Egypte ; des prédictions sur la vie et la mort des malades et sur la médecine méthodique, qu'il pratiquait avec un mélange de galénisme et d'arabisme.
La manifestation fut un peu plus complète dans les théories de la tension et du relâchement des fibres de Baglivi; — de Y obstruction vasculaire de Boerrhaave; — du spasme et de l'atonie de Fr. Hoffman et de Cullen; — de Yexcitabilité et de l'incitabilité de Cullen; — des maladies Sthéniques et Asthéniques de Brown; — de Yirritation de Broussais — et de l'irritabilité fonctionnelle, secrétaire ou nutritive de Virchow. — Sous toutes ces formes, c'est encore le Solidisme qui essaie de détruire l'harmonie qui résulte de l'ensemble des éléments de la nature humaine pour y substituer l'arbitraire d'un seul d'entre eux, comme si l'étude d'un élément pouvait être isolée des autres.
Pas plus que l'Humorisme, ou que toute autre doctrine ne considérant qu'un des éléments de l'organisation, le Solidisme et le Méthodisme ne rendent compte de toutes les particularités de la vie humaine nides maladies qui l'affligent. — Naturisme, Pneumatisme, Animisme, Vitalisme, Organicisme, Gellularisme, etc., aucun de ces systèmes ne résiste à la critique d'un observateur instruit, et s'ils renferment
une pari de vérité, leur absolutisme les rend dangereux pour lascience et ne peut conduire qu'à l'erreur. Quelle différence avec l'hippocratisme ou avec le galénisme qui ne sont que la réunion de ces différents systèmes, c'est-à dire qui ne sont que la doctrine personnelle et grandiose d'hommes n'ayant rien méconnu de ce qui constitue l'organisation humaine et qui, dans leur médecine, tenaient compte de la force naturelle ou nature qui dirige la matière, des solides en mouvement et des humeurs qui les lubréfient.
Quoi qu'il en soit, dans ce Méthodisme ou dans ce Solidisme moderne, comme on voudra, il y a des idées éminemment utiles qui n'ont que le tort de vouloir être prépondérantes, et je vais les faire connaître en parlant des hommes qui les représentent. Les plus célèbres sont : Fr. Hoffmann, Cullen, Tommasini, Rasori, Brown et Broussais.