‹ Histoire de la medicine et des doctrines médicales (volume 2)Chapitre 38 sur 141 · BROWN · texte numérisé non relu

BROWN

Jean Brown, né en 1735 à Boucle, en Ecosse, mort en 1787, a été l'ami et l'élève de Cullen, et c'est à lui et à sa théorie du spasme et de l'atonie qu'il a emprunté la première idée du système qui devait le rendre si célèbre. Sa vie a été très-agitée par les effets de sa philosophie médicale. Les médecins en renom ne peuvent souffrir l'avènement d'un rival et Brown l'apprit à ses dépens. Poursuivi par la haine et la jalousie de ses confrères d'Edimbourg, son premier lieu de résidence, il vint à Londres où il trouva de nouveau, avec le succès, les mêmes mauvaises passions confraternelles. Les corporations sont ainsi faites, elles ne souffrent aucune supériorité isolée, elles n'acceptent que celles qui ont eu l'habileté de s'imposer ou que fait naître le cours des événements et sur lesquelles il n'y a pas

moyen de mordre, elles sont alors aussi serviles envers la médiocrité titrée qu'elles sont lâches vis-à-vis du mérite obscur et solitaire qui n'a pas d'appui et dont on ne craint pas les protecteurs. Brown rendit, au reste, coup pour coup, et son enseignement ne ménageait guère ceux qui s'étaient déclarés ses ennemis. — Toutefois, c'est une justice à lui rendre, il n'a rien imprimé dans son livre qui soit de nature à blesser les esprits délicats, à compromettre sa dignité médicale et qui sente la haine de ses ennemis. Son œuvre, au contraire, a une sérénité de composition et une supériorité de vues telle qu'elle s'élève très-au-dessus des passions du vulgaire, et qu'on l'admire encore lors même qu'on est résolu à ne pas en adopter les conclusions.

Si la médecine n'était qu'une œuvre d'imagination, et s'il devait suffire pour être un médecin illustre de construire, avec charme, un système chimérique en dehors des exigences de l'observation , Brown serait un des plus célèbres parmi les illustres du xvme siècle. Entre Fréd. Hoffmann et Gullen, qui sont ses prédécesseurs, et lui, il y a communauté de vues scientifiques, mais quelle différence entre le talent clinique des premiers et la pathologie écourtée du second ! — Brown est le logicien du méthodisme moderne : il a été au fond de la doctrine, il en a tiré toutes les conséquences qu'on pouvait en tirer avec un talent rare et un charme d'exposition que je m'empresse de reconnaître.

Là où Hoffmann et Gullen ont hésité pour généraliser leur idée du spasme et de V atonie dans l'état morbide et dans toutes les maladies, Brown, sans tenir compte des exceptions et des difficultés cliniques, entraîné par une conviction que l'on ressent à la lecture de son livre, a fait entrer toute la pathologie sous le dichotoinisme de Y état sthénique et asthénique. — A la timidité des conclusions de ses prédécesseurs, il a substitué des vues d'une excessive hardiesse et a construit ce système célèbre qui, pour être faux et incomplet sur beaucoup de points, n'en renferme pas moins un grand nombre de vérités utiles. On va en juger par l'analyse que j'ai cru devoir faire de l'ouvrage qui le renferme sous le titre d'Éléments de médecine (1).

Les éléments de médecine se composent de cinq parties, précédées d'une excellente préface du traducteur Moscati. De ces cinq parties, la première toute théorique et les quatre autres pratiques.

Dans la première partie, Brown pose les éléments de son système

(1) Brown, Eléments de médecine, avec une préface de Moscati, traduits par M. Fouquier, an XI 11^ s.— !805.

de la façon la plus claire et la plus saisissante. — Que n'est-ce aussi vrai "jue cela est simple ?

Chapitre premier. — La médecine est une science qui a pour objet de conserver la santé des êtres vivants, de prévenir et de guérir leurs maladies.

Les maladies sont communes à toutes les parties du corps. Les unes sont générales et les autres bornées à quelque partie seulement ou locales. Celles qui sont générales le sont dès le principe et les autres ne le deviennent que rarement. Les premières supposent toujours une opportunité préalable et sont la conséquence de l'affection du principe vital. Elles exigent un traitement de tout l'organisme tandis que les autres ne réclament qu'un traitement de la partie malade.

Chapitre ii. — Incitabilité, incitants et de leur action. — Tout ce qui vit est susceptible d'être affecté par les choses externes ou par certaines actions qui leur sont propres. Les choses externes sont : la chaleur, les aliments, le sang et les humeurs qui en sortent, l'air, les contractions musculaires, l'action du cerveau dans la pensée et les passions.

La propriété par laquelle agissent ces influences est Yincitabilité et elles sont nommées puissances incitantes. — Sensation, locomotion, pensée, affections morales, vitalité, toutes ces fonctions résultent de l'effet commun des puissances incitantes.

Il faut appeler Incitation l'effet de l'impression des puissances incitantes sur l'incitabilité — et ces puissances sont les stimulants. Ils sont généraux, agissant sur tout l'organisme ; ou locaux, agissant sur une partie.

Chapitre m. — Comment agissent les puissances incitantes. — On ne sait ce qu'est l'incitabilité ni comment elle est affectée par les puissances incitantes, mais on la trouve dans l'être qui commence à vivre. Elle varie suivant les individus et dans le même individu. Sans en faire une matière ou une faculté inhérente à la matière, on dira qu'elle abo)ide ou qu'elle s'épuise.

Il y a toujours une certaine quantité d'incitabilité et l'action des puissances incitantes est plus forte ou plus faible, mais jamais nulle, d'où la vertu stimulante de ces puissances excessive, médiocre ou faible.

Tout, dans la vie, est le produit des seules puissances incitantes générales. Cet effet, qui est Y incitation, est renfermé dans certaines limites. Elle est proportionnelle à la force du stimulus , modérée, c'est la santé ; forte, elle produit des maladies spéciales ; faible, elle en produit d'autres remarquables par la débilité.

bouciiut. II. — 13

Chapitre iv. — Siège et effets de Vincitabilité. — Le siège de l'incilabililé est la moelle nerveuse et le tissu musculaire ou système nerveux, page 27.

Chapitre v. — De la contraction et de ses effets. — La contraclion pleine et puissante dont les fibres musculaires sont douées est proportionnelle à l'incitation dont elle dépend. Il en est de même dans les fibres des tissus, et de là vient que la cavité des vaisseaux diminue dans tout le corps par la vigueur et qu'ils s'agrandissent dans la débilité.

Chapitre vi. — Forme des maladies et des opportunités morbides. — L'incitation , dans son degré naturel qui constitue la santé, crée les maladies et préalablement Y opportunité aux maladies quand elle est en excès ou en défaut. — En effet, l'état des solides et des humeurs est toujours consécutif à celui de la santé, créé par l'incitation.

L'incitation est la cause première de la formation et de l'entretien des solides. Par son influence sur les solides, elle forme le sang avec les matières du dehors, entrelient son mouvement et en retire les humeurs. Elle produit ainsi la santé, les maladies et la guérison. Aucune maladie ne dépend du vice primitif des solides, mais de i'excès ou du défaut d'incitation. Le traitement ne doit, par conséquent, pas être dirigé contre les solides, mais il doit augmenter ou diminuer l'incitation.

Ainsi l'action de toutes les puissances est stimulante et la force et l'énergie des fondions proportionnées à la force de ces puissances.

Les deux formes de maladies sont les sthéniques et les asthéniques, précédées de l'opportunité, état intermédiaire à la maladie et à la santé. — On appellera diathèse sthénique cet état du corps, d'où résultent les maladies du premier genre, et asthénique la diathese qui donne lieu aux maladies de la deuxième forme. — L'une et l'autre comprennent également les opportunités de ces genres de maladie.

Enfin, on appellera purexies et non fièvres les maladies sthéniques où le pouls est très-affecté pour les distinguer des maladies asthéniques auxquelles le nom de lièvre convient mieux.

Les chapitres VII et VIII sont consacrés aux effets des deux diatlièses et à Yopportunité. — Ce sont les plus importants et pour donner complètement la pensée de l'auteur , je reproduis quelques-unes de ses propositions.

Chapitre vu. — Effets des deux diatlièses sthénique ou asthénique et de la plusparfaite santé. — 69. — L'effet commun

aux puissances existantes sthéniques sur les fonctions, est d'en augmenter d'abord, puis d'en diminuer en partie l'activité, sans les affaiblir jamais (1) et en partie de les troubler. Les puissances asthéniques ont toujours pour effet de diminuer l'action des organes, quoiqu'elles paraissent l'augmenter quelquefois (2). »

70. — Si on se maintenait toujours dans une juste incitation, on jouirait d'une santé constante. Mais deux choses s'y opposent ; car tel est le pouvoir de la diathèse slhénique, que consumant trop tôt la somme dincitabilité, dont nous sommes pourvus en commençant à vivre, elle abrège souvent la vie par le moyen des maladies qu'elle cause, et entraîne, selon le degré où elle est portée, une mort plus ou moins prompte. Première cause de mortalité. »

71. — A son tour, la diathèse asthénique est nuisible en ce qu'elle ne fournit pas la mesure d'incitation nécessaire à la vie, el qu'elle rapproche ainsi de l'état de mort : seconde porte ouverte aux mortels pour sortir de la vie. Mais en outre, ces maladies et la mort sont les suites de la vicissitude des diathèses. Une diathèse peut être convertie en l'autre par l'effet des puissances excitantes de cette dernière, employée immodérément comme moyens curatifs, soit par hasard, soit par imprudence, soit à dessein : ensuite par l'emploi de moyens contraires, elle peut être ramenée au point d'où elle était partie. On verra que cette observation est de la plus grande importance dans le traitement des opportunités, ainsi que des maladies : j'exposerai par la suite tout ce qu'il y a de plus propre à la mettre dans tout son jour. L'hydro-thorax, consécuiif à la péripneumonie, éclaire la conversion de la diathèse slhénique, en asthénique; d'un autre côté, l'usage immodéré des stimulants, peut rendre inflammatoire, une affection asthénique; comme on voit une toux violente, un catarrhe, une esquinancie tonsillaire, résulter d'un traitement approuvé, mais trop actif de la goutte. »

G. » Quoique l'incitation régisse et détermine tous les phéno- « mènes de la vie, cependant les symptômes des maladies que pro- « duit un exeès ou un défaut d'incitation ne sont pas capables de « conduire, par eux-mêmes, à aucun jugement exact sur la nature

(1) L'impossibilité d'exercer le mouvement volontaire dans la péripneumonie n'est aucunement l'effet de la faiblesse, et par deux bonnes raisons : parce que cette impotence n'est pas produite par d'au Ires puissances que celles qui créent les autres symptômes, et parce que les mêmes moyens dissipent tout à la fois cette impotence et les autres symptômes.

(2) Le spasme et les convulsions, qu'on fait dériver ordinairement de l'influx nerveux augmenté, sont occasionnés par les mômes puissances, et guéris par les mêmes moyens que les autres symptômes

« de ces mêmes maladies. Au contraire, leur apparence trompeuse « a été la source d'une infinité d'erreurs. »

72. — D'après tout ce que j'ai dit jusqu'ici, il est constant que la vie est un état forcé; qu'à chaque instant tous les êlres vivants tendent à leur destruction; qu'ils ne s'en garantissent qu'avec peine, pour peu de temps et par le secours de puissances étrangères, et qu'enfin ils meurent en succombant à une fatale nécessité.

Chapitre vin. — De V opportunité morbide. — 73. — L'opportunité est un état intermédiaire à la santé parfaite et à la maladie; elle est produite par les mêmes causes, mais moins fortes et de moindre durée que celles qui créent la maladie. Les puissances productrices de l'opportunité et de la maladie doivent être nommées excitantes nuisibles, pour les distinguer mieux de celles qui sont communes à tout état de la vie. »

71. — Selon que l'action des puissances nuisibles excitantes sera forte ou faible, l'opportunité sera plus ou moins courte et plus tôt ou plus tard elle passera de l'état de santé à l'état de maladie décidée. »

75. — Il est évident que l'opportunité doit précéder nécessairement les maladies générales, parce qu'elle naît comme la santé et la maladie des mêmes puissances, agissant sur la même incitabililé, et qu'elle n'est qu'un état de l'incitation, intermédiaire à la santé et à la maladie. L'incitation de la santé diffère beaucoup de celle de la maladie; il ne faut donc pas croire qu'elle passe immédiatement à celte dernière, et qu'elle franchisse les limites de l'opportunité, ce qui est en effet certain et bien constaté. On ne peut être sur-lechamp attaqué d'une maladie générale, si on se porte bien en tout point. »

79. — La science de l'opportunité est d'une grande importance; ce n'est que par elle seule que le médecin peut prévenir les maladies, en saisir bien la cause, basée sur l'opportunité, et les distinguer des affections locales, qui en sont très-différentes. « Telle est « la simplicité à laquelle l'art est porté, qu'un médecin arrivé au « lit du malade, n'a que trois choses à déterminer : d'abord, si la «. maladie est générale ou locale; ensuite, quand elle est générale, « si elle est sthénique ou alhénique; enfin, quelle en est la mesure. « Après cette détermination il ne lui reste plus qu'à établir l'indica- « tion ou la base du traitement, et à la remplir par l'emploi des « moyens convenables. »

Après cet exposé, Brown aborde le diagnostic général de ses diathôses qu'il résume en quelques mots. — La violence et le danger des maladies générales sont proportionnés à l'excès ou au défaut

direct ou indirect de l'incitation. — Le seul diagnostic consiste à reconnaître la maladie générale de la maladie locale, et cela par l'existence de la diathèse et par l'action des moyens curatifs.

C'est à ce sujet qu'il conseille de recourir à l'étude des lésions cadavériques, mais en y attachant si peu d'importance qu'il s'écrie : « N'espérez jamais découvrir sur un cadavre l'origine d'une maladie générale (page 52). »

Le pronostic est formulé en quelques lignes seulement, et on voit qu'il le considère comme étant en rapport avec le degré de la diathèse et l'importance de la partie affectée.

Chapitre xi. — Thérapeutique générale. — Il n'y a que deux indications à remplir. Diminuer et augmenter l'incitation selon que les maladies sont sthéniques ou asthéniques. — C'est la même chose pour toutes les maladies.

Ici, on voit dans une note relative aux hydropisies que ces maladies sont souvent de cause locale et rapportées dans quelques cas à la compression des vaisseaux par des tumeurs ou à la gêne de la circulation due à l'induration des gros vaisseaux du cœur (l). C'est la reproduction des idées de choses considérées de notre temps comme étant toutes nouvelles.

Toute cette première partie est très-intéressante et par le fond et par la forme. Elle est parfaitement raisonnée, un peu abstraite, souvent difficile à suivre pour ne pas faire confusion entre les différentes propositions de l'auteur sur l'incitabilité et sur l'incitation. Mais si l'on admet son point de départ, il est difficile de résister à ses conclusions. Le point de départ étant faux, et l'incitabilité n'étant qu'une propriété vitale mise en jeu par les influences extérieures ou internes, pour réagir contre les causes morbifiques, sans former un être de raison qui s'accumule ou s'épuise, toute la doctrine s'écroule ; mais elle renferme quelque chose de vrai qui restera, c'est l'influence de cette incitabilitê ou sensibilité organique ou impassibilité sur la production des maladies. — C'est là un fait de premier ordre dont j'ai essayé de faire voir les applications dans ma pathologie générale (2).

La seconde partie de l'ouvrage entre un peu plus au fond du sujet. — On y voit :

Chapitre premier. — L'étude des puissances nuisibles qui créent les diathèses sthéniques et asthéniques. — Ce sont la cha-

(1) Cullen, p. 35.

(2) E. Bouchut, Pathologie générale. Paris, 2<= édition, i SUS, page 8.

leur, — le froid, — l'humidité, — certaines viandes et certains assaisonnements, — les boissons spirilueuses, — l'alcali volatil, — la nourriture végétale, — un sang plus ou moins abondant et riche, — certains exercices corporels, — l'exercice de la pensée, des passions et des plaisirs des sens, — les matières contagieuses, etc. C'est de 1 action réunie et rarement séparée de ces influences que résultent l'une et l'autre dialhèse.

Chapitre n. — Cause des deuxdiatftèses. — 149. — Ladiathèse sthénique, ainsi formée, a pour cause une incitation excessive dans le corps vivant déterminée par l'action des puissances dont j'ai parlé. Il y a d'abord plus d'activité dans les fonctions, puis dérangement de quelques-unes, ensuite moins d'activité dans d'autres, sans que pour cela elles soient jamais affaiblies tant que cette dialhèse subsiste. Telle est exclusivement l'origine de toutes les maladies slhéniques. »

150. — Ladiathèse aslhénique, issue de la même source, a pour cause une incitation trop faible de tout l'organisme, produite par les puissances débilitantes. Il y a affaiblissement de toutes les fonctions, des désordres dans quelques-unes, et toujours une débilité réelle, malgré les fausses apparences d'une plus grande activité dans d'autres. »

De même que la dialhèse sthénique doit toujours être dissipée par les débilitants, la dialhèse aslhénique doit toujours l'être par les fortifiants.

Brown aborde ensuite les symptômes de la dialhèse sthénique qui sont : l'exaltation des sens et des mouvements, le frissonnement, la sécheresse de la peau, la force, la plénitude, la dureté et la fréquence du pouls (et si le pouls mollit plus tard c'est que la faiblesse remplace la force), la rougeur qui succède à la pâleur, les douleurs de tête, la soif, la chaleur, l'enrouement, la toux et l'expectoration.

Dans la dialhèse asthénique les sens sont obtus et les mouvements volontaires et involontaires plus lents, l'esprit moins subtil, le cœur languissant comme les artères, la pâleur et la sécheresse de lapeau, le dessèchement des ulcères etY absence évidente d'une dialhèse sthénique. Ce dernier trait montre la difficulté du diagnostic et combien souvent on doit se tromper, si au lieu de signes positifs il faut ne tenir compte que de faits négatifs.

Entrant un peu après dans. le détail des complications intérieures qui accompagnent les deux diathèses, il développe celte pensée qu'il y a des inflammations slhéniques et des inflammations asthéniques, et voici quatre de ses propositions : 207, "208, 209, 210.

207. — De même que le sang par sa surabondance cause une inflammation générale sthénique (70), en distendant outre mesure les vaisseaux qui le contiennent, en les stimulant par cette distension, en augmentant l'incitation par ce stimulus, en excitant par là dans ces vaisseaux des contractions plus énergiques et plus fréquentes qui diminuent leur calibre, et augmentent le ton de la fibre vivante et la densité du solide simple, de manière que le sang parcoure avec un pénible effort ces vaisseaux contractés, et qu'en les parcourant, il cause de la douleur à raison de l'étendue de leurs contractions, et du rétrécissement qu'ils ont subi; tout ainsi que la diathèse sthénique de tout le système vasculaire rouge ou incolore, résulte des mêmes conditions de la même cause, mais portée à un moindre degré ; De même aussi :

208. — L'inflammation générale asthénique est causée par l'abondance du sang dans les vaisseaux enflammés, d'où résultent des effets semblables à ceux de l'inflammation sthénique ; et quoiqu'il y ait encore de cette humeur dans tout le reste du système vasculaire, néanmoins les vaisseaux enflammés, encore plus dépourvus de ton et de densité que les autres, cèdent au moindre effort du sang qui y stfflue, les distend, et y excite tous les phénomènes de l'inflammation.

209. — Comme le premier genre d'inflammation présente l'indication de diminuer la quantité de sang, qui est la cause première du tumulte morbifique, et par là de ramener l'incitation extrême au degré qui convient à la santé, et les contractions trop vives qui causent tout le désordre, à ce tempérament qui fait le bien-être et la santé ; Ainsi :

210. — Dans l'inflammation asthénique, l'indication est d'abord de donner par des stimulus puissants de l'activité au sang répandu partout, pour que celui qui stagne dans les vaisseaux languissants de la partie inflammée en soit chassé et la débarrasse ; ensuite de remplir peu à peu le système vasculaire, par des nourritures animales bien assaisonnées; d'abord par des consommés, puis par des viandes, dès que les forces seront rétablies.

Vient ensuite un chapitre très intéressant sur le sommeil, et sur la veille en santé comme en maladie, mais comme ce chapitre n'a pas un rapport direct à l'exposé de la doctrine Brownienne, je le passe pour parler du traitement des deux diathèses.

Brown arrive enfin aux chapitres VIII, IX, X et XI destinés au traitement des deux diathèses, p. '200, au parallèle des diverses parties du traitement sthénique et au parallèle des diverses parties du traitement asthénique pour indiquer comment les remèdes doivent varier, p. 236.

Cette seconde partie se termine par des considérations destinées à établir comment l'action des puissances excitantes étant la même sur le corps vivant, celle de tous les remèdes doit être identique, et enfin comment toutes les puissances qui entretiennent la vie sont de même nature, c'est-à-dire des stimulants, et ici, p. 253, Brown affirme que la vie des plantes est semblable à celle des animaux. Il ajoute que tout ce qu'il y a de vital est régi par l'incitation déterminée par les seules puissances externes, et qu'il n'est aucune force inhérente soit aux animaux, soit aux végétaux, nécessaire à l'entretien de leur vie ; que les mêmes puissances qui d'abord font la vie l'entretiennent et entraînent la mort ; qu'il est également naturel de naître, de vieillir et de mourir ; que tout corps vivant revit dans ceux qu'il engendre et qu'ainsi se renouvellent les siècles d'animaux et de végétaux ; que la nature est permanente, toujours en vigueur et qu'elle se perpétue à l'infini ; en un mot que tout dans la nature est l'ouvrage d'un seul organe.

Toute cette seconde partie est l'explication plus détaillée des principes renfermés dans la première à laquelle elle se rattache en donnant l'étiologie et la symptomatologie générale des maladies sthéniques et asthéniques. Cela étant fait, Brown commence l'étude des maladies générales sthéniques, ce qui fait le sujet de la troisième partie de son œuvre.

Le chapitre premier est consacré à l'exposition des différents caractères que présentent les maladies.

L'accroissement de l'incitation est le caractère commun de toutes ces maladies qui sont accompagnées de pyrexie (1) ou d'inflammation de quelque partie externe et qui se nomment en partie phlegmasies, en partie exanthèmes. Les unes et les autres doivent être traitées selon le degré de l'incitation. Car elles ont tous les caractères de l'état sthénique, avec inflammation externe, tandis que les fièvres (synoque) et le catarrhe ne sont, d'après lui, accompagnées d'aucune inflammation.

La phlegmasie est une inflammation avec diathèse sthénique, mais les inflammations peuvent exister sans phlegmasie, ce qu'on voit dans le phlegmon, dans l'érysipèle, lorsqu'il n'y a pas diathèse générale (2).

Pour lui, les pyrexies sont des affections générales qui se mani-

(1) Le mot Pijre vie veut dire, d'après Brown, maladie générale distincte de ce qu'on appelle les fièvres.

(2) Loc. cit., p. 267.

DU MÉTHODISME MODERNE — BROWN 20t

lestent dans les phlegmasies et dans les exanthèmes, ce qui permet de les distinguer des fièvres, maladies aslhéniques par excellence.

Les vraies maladies sthéniques se composent d'une pyrexie et d'une inflammation. Telles sont la péripneumonie, la phrénésie, la variole et la rougeole violentes, certains érysipèles, le rhumatisme, l'esquinancie tonsillaire. — Au contraire le catarrhe , la synoque, la variole, la rougeole et la scarlatine légères, lorsque l'éruption est légère, sont des pyrexies exemptes d'inflammation.

Péripneumonie. — Cette maladie siège dans tout l'organisme, dans tout le système nerveux et non pas dans la partie enflammée du poumon, comme on le croit généralement. En effet, l'inflammation du poumon suit la pyrexie et ne la précède jamais.

Phrénésie. — C'est une affection inflammatoire ou catarrhale d'un ou de plusieurs membres de la gorge, avec douleurs de tête, insomnie et délire (p. 276).

Exanthèmes sthéniques. — Ce sont des produits d'une matière contagieuse qui fermente dans le corps (p. 280) et l'exanthème (matière à éliminer) provoque des inflammations qui excitent une pyrexie et une diathèse sthénique symptomatique à distinguer de la diathèse sthénique idiopathique.

Viennent ensuite quelques considérations sur la variole et sur la rougeole graves, sur Yérysipèle grave qui est une phlegmasie commençant par une pyrexie que suit l'inflammation, sur le rhumatisme où l'on voit l'inflammation suivre la pyrexie, sur l'esquinancie sthénique ou tonsillaire, phlegmasie dans laquelle l'inflammation qui ne précède jamais la pyrexie occupe le gosier et les amygdales; sur le catarrhe, sur la synoque simple, etc.

Apyrexies sthéniques .

Ce sont des maladies exemptes de pyrexie et d'inflammation. Elles naissent d'une diathèse sthénique qui excite le système capillaire moins que les autres maladies sthéniques. — La manie, l'insomnie, l'obésité en sont les principaux exemples.

Après cette exposition un peu trop succincte, Brown expose le traitement de la forme sthénique des maladies. — Il conseille la saignée selon l'âge, le sexe, la vigueur, la force des causes excitantes et l'affection locale n'exige aucun soin particulier, car la diathèse est tout. Par exception, on verra si le traitement local ne peut aider le traitement général. Il conseille ensuite les purgatifs — le vomissement — la diète — le froid qui est le meilleur remède de la variole, du catarrhe et qui n'empêche pas les éruptions de sortir (p. 327 et 328).

La quatrième partie est consacrée à l'étude des maladies générales asthéniques et son chapitre 1 est intitulé :

Seconde forme ou maladies asthéniques. — Dans les maladies asthéniques toutes les fonctions sont affaiblies et Iroublées.

Parmi elles se trouvent la maigreur, l'anxiété, la démence asthénique, la scarlatine asthénique, le diabète léger, le rachitis, les hémorrhées — la rétention des règles, la soif, le vomissement, l'indigestion — la dysenterie — la goutte des personnes fortes — l'asthme — le spasme — l'anasarque — la coqueluche — l'épilepsie — le tétanos — les lièvres intermittentes — la variole continente — le typhus pestilentiel et la peste.

— La débilité est le caractère de ces maladies, et c'est ce qui explique leur assemblage en apparence si disparate.

Toutes réclament le vin, l'opium, l'alcali volatil, le musc et l'éther à petites doses, souvent répétées si la faiblesse est directe, si elle est indirecte, ce sont les mêmes remèdes mais administrés d'une manière inverse, des fortes doses aux plus faibles. — Dans le 1er cas (adulte) : on donne 10 à 12 gouttes de laudanum jusqu'à ce (pie le malade ait recouvré le sommeil, et dans le 2e cas : 150 gouttes d'abord, puis de moins en moins.

Dans une cinquième partie, Brown s'occupe des maladies locales.

Chapitre premier. — Maladies locales (comprenant cinq sections). — 1° Maladies organiques bornées à une partie malade sans affection générale, blessures, brûlures, poisons locaux — déchirure des nerfs.

2° Maladies organiques de parties internes ou externes produisant une affection générale. — Gastrite — entérite — hémorrhagies avec inflammation subséquente — hépatite — cystite — néphrite — hystérie. Avorlement — blessures profondes.

3° Maladies générales dégénérées ou locales — suppuration — pustule — anthrax — bubon — gangrène — tumeur écrouelleuse — tumeur squirrheuse.

i° Maladies locales où le poison se répand dans le corps et n'a pas d'influence sur l'incitation.

5° Maladies où un poison pénètre dans l'intérieur et désorganise les organes.

Ces deux dernières catégories ne sont pas traitées par Brown, qui ajourne son lecteur à une autre publication.

Bien que Brown se soit inspiré de la philosophie de Newton

pour conclure son incitabilité de certains phénomènes des êlres vivants et sans chercher à savoir quelle était la nature de cette faculté, il en place le siège « dans la moelle et dans le système nerveux » (page 27). — Il parle de sa quantité et de sa disparition. Comme il parlerait d'une chose qu'on accumule et qu'on rejette à volonté, comme s'il s'agissait d'un fluide matériel. — Tout cela n'est qu'hypothèse et il en est de même des puissances incitantes appelées stimulants dont l'action n'est jamais sentie par l'individu; un stimulant et un excitant qui n'excitent point ne sont pas des stimulants. L'individu envisagé comme être entier n'a pas de magasin d'incilabilité qu'on puisse remplir ou vider quand il convient. — 11 a des tissus excitables qui réagissent contre les impressions du dehors de la façon la plus diverse, selon la nature des tissus, et ce n'est pas une incitabilité en plus ou en moins qui est l'origine du mal. — Gomme Brown, et avec beaucoup d'autres, je crois qu'il y a dans ce qui vit un principe doué d'attributs spéciaux qui favorise les actes organiques, mais ces attributs, loin d'être l'essence même de l'être vivant, ne sont que la manifestation du principe des éléments atomiques de la matière vivante.

De plus, en divisant les maladies en slhôniques et asthéniques, d'après une étiologie incertaine, Brown supprime le diagnostic local qui ne consiste plus que dans la recherche de l'un ou de l'autre de ces éléments morbides. Du même coup il supprime i'anatomie pathologique qui devient une chose assez secondaire pour lui permettre d'écrire : « N'espérez jamais découvrir sur le cadavre l'origine d'une maladie générale » (page 52). Reste donc le traitement en rapport avec la cause débilitante ou stimulante de l'état pathologique , et il faut bien l'avouer, c'est ici que le système montre ses avantages. En effet, en thérapeutique, il y a bien des maladies dans lesquelles la lésion anatomique doit être laissée sur le second plan, et où, dans l'intérêt du malade, il ne faut s'occuper que des forces, non pas de Y incitabilité que nous ne connaissons pas, mais de ce qu'à notre époque on appelle Y état général. Eh bien, dans une foule de maladies aiguës inflammatoires, dans certaines fièvres continues graves adynamiques, dans les maladies septiques, infectieuses, purulentes, gangreneuses, et dans certaines nos organies tuberculeuses ou cancéreuses il faut par les excitants, par les toniques et par l'alimentation suivre la méthode de Brown pour maintenir le degré des forces nécessaires à l'exercice de la vie. — C'est la méthode de tous ceux qui, avant Brown, ont compris ce qu'était la maladie et le malade, mais depuis Thémison , on n'avait jamais posé le problème d'une façon aussi absolue. Malheureusement celte manière de sim-

plifier la pathologie, réduite à l'étiologie et à la thérapeutique, est trop contraire aux exigences de l'observation pour être acceptée de tous. Elle n'aura jamais que des succès de courte durée, et il me paraît difficile qu'elle puisse satisfaire de véritables savants — Son seul mérite est d'appeler l'attention du médecin sur Y état général que, négligent trop certaines personnes, mais sur le fait même de l'état sthénique ou asthénique et sur la manière de classer les maladies , Brown est en opposition avec ses disciples, ce qui prouve bien que, au-dessus des doctrines, il y a toujours celui qui les met en pratique ou si l'on préfère que : tant vaut l homme tant vaut la doctrine.

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