‹ Histoire de la medicine et des doctrines médicales (volume 2)Chapitre 49 sur 141 · DESCARTES · texte numérisé non relu

DESCARTES

Descartes (1596-1650) me paraît avoir eu beaucoup plus d'in fluence que Sanctorius sur l'application des connaissances mécaniques et mathématiques à la médecine. Lui, au moins, a formulé nettement sa pensée sous ce rapport, et nous a laissé des opinions franchement empreintes d'Iatro-mécanisme et de Chimiâtrie. Sans parler du rôle qu'il attribuait à l'âme et aux oscillations de la glande pinéale sur les fonctions, ni de la circulation conformément aux idées de Harvey qu'il avait adoptées avec la fermentation du sang

dans le cœur, ni de la fermentation qui produit la digestion, on peut juger ses tendances d'après son opinion sur le mécanisme des sécrétions. — Là, tout est mécanique et s'explique par le diamètre des pores relativement à la forme ou au volume des atomes des humeurs. — « Les glandes sont des cribles qui laissent passer les parties déliées et similaires mais qui retiennent les parties grossières et hétérogènes. — Les molécules rondes s'engagent dans les canaux circulaires, les pyramidales dans des tubes triangulaires, les cubiques dans des conduits carrés et de cette manière chaque sécrétion conserve son état naturel tant que des particules conve nables traversent les pores qui leur sont destinés (1). — Les changements mécaniques fibrillaires du cerveau et des nerfs ainsi que le mouvement des atomes selon leur forme et leur volume. — Voilà une partie de l'iatro-mécanisme de Descartes, d'ailleurs si célèbre par son hypothèse de Y homme machine adoptée par Bossuet (2) et par un grand nombre de théologiens.

« Entre la pensée telle qu'elle est en nous, et la matière inerte, soumise aux lois générales du mouvement, selon Descartes, il n'y a point d'intermédiaires, et, en conséquence, il n'y a dans le monde que deux sortes de lois, celles qui régissent l'esprit ou la pensée, et celles qui régissent la matière inerte. Le corps de l'homme et tout ce qui n'est pas la pensée se range dans la classe des substances étendues soumises aux lois générales de la mécanique. Aussi toutes les sensations, toutes les impressions produites sur le cerveau, toutes les passions, ne sont ou ne peuvent être qu'un pur mécanisme résultant des divers mouvements de fibres, de fluides, des esprits animaux qui découlent du cerveau dans les nerfs ou bien qui remontent du cœur dans le cerveau : car il n'y a rien de plus dans les animaux que dans le corps séparé de la pensée ; toutes les fonctions, tous les mouvements organiques, tous les appétits des animaux peuvent s'expliquer de la même manière que ce qui se passe dans le corps humain. — Il n'y a en eux que de l'étendue et du mouvement et ils ne sont que de simples machines soumises, comme celles qui sortent de la main de l'homme, aux lois générales de la mécanique. L'animal est semblable à une horloge qui, composée de roues et de ressorts plus ou moins compliqués, ne marche que lorsqu'elle a été montée, ne produit tel ou tel mouvement qu'autant que tel ou tel ressort a été poussé. » (Dict. des sciences philosophiques. Art. Descartes, p. 54.)

(1) Descartes, De homine.

(2) De la connaissance de Dieu et de soi-même.

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