‹ Histoire de la medicine et des doctrines médicales (volume 2)Chapitre 50 sur 141 · DE L'IATRO-MÉCANISME — DESCARTES · texte numérisé non relu

DE L'IATRO-MÉCANISME — DESCARTES

Si l'on joint à cette hypothèse de Y homme machine les idées de Descartes sur l'âcreté du suc nerveux et sur les fermentations du sang des humeurs dont j'ai parlé à propos de laChimiàtrie, on verra qu'il est juste de lui garder dans l'histoire de l'Iatro-mécanisme une place que ses luttes en faveur de la grande circulation contre la faculté elle-même lui donnent de plein droit. En médecine il est humoriste.

La chaleur, condition première de la vie, résulte, d'après lui, de la fermentation des humeurs et la fièvre s'explique également par une altération humorale.

« Tout tressaillement et frisson dans le corps vient de ce que les parties fluides s'accumulent en un certain foyer unique où la chaleur est a son comble (au détriment des autres parties)... Ainsi dans les fièvres qui débutent par le frisson, on peut affirmer qu'elles ont pour point de départ quelque foyer où une humeur vicieuse est entrée en fermentation ; cette humeur infecte le sang, lequel arrivant au cœur, produit la fièvre (4). »

Quant aux inflammations elles dépendent aussi d'une altération des humeurs et surtout d'une stase de sang vicié.

« D'autres feux non naturels s'allument dans tout notre corps , tels que les phlegmons, les érysipèles, les abcès, les pleurésies, etc., lorsqu'un sang plus chaud et plus acre transpire à travers la tunique des veines, ou bien lorsque ne pouvant plus s'exhaler par ses issues naturelles, il s'accumule aux extrémités ou sur un point quelconque d'où la corruption s'étend aux veines et aux artères voisines (2).

On pourra critiquer les erreurs de la physiologie de Descartes et de ses tentatives médicales (Voir, à ce sujet, Descartes physiologiste et médecin, par Bertrand de Saint-Germain), mais du moment qu'un philosophe de ce mérite étudie l'homme sur la nature, par de nombreuses vivisections d'animaux, et que, contre des médecins ayant mission spéciale de découvrir la vérité , il prend parti contre eux en faveur d'une découverte telle que la circulation du sang, les médecins n'ont plus le droit de le traiter avec dédain. — Il a été un jour leur maître et cela suffit pour leur commander le respect.

Ces idées en grande faveur en France furent portées à Naples par un disciple de Descartes, Corneille de Cosenza, devenu professeur en cette ville. — Est-ce là le point de départ de l'iatro-mécanisme italien de Borelli et de son école? — Cela est infiniment probable.

(1) OEuvres inédites de Descartes, par le comte Potiche du Gareil, H' partie, p. 69.

(2) Œuvres inédites, 11* partie, p. 72.

— Il n'y a aucune différence entre les deux systèmes, quant au principe, qui est l'explication du mécanisme humain par les lois physiques et chimiques, comme dans une machine, et je n'y vois d'opposé que la méthode , le Cartésianisme procédant surtout par induction et l'Iatro-mécanisme italien s'inspirant des principes de Galilée pour marcher dans les voies de l'expérience. — Cette différence, qui parait si grande au premier abord, s'affaiblit aussitôt que l'on étudie les résultats obtenus et je ne sais pas si le nombre des hypothèses sorties de l'expérience des iatro-mécaniciens est de beaucoup inférieur à celui des hypothèses cartésiennes.

Quoi qu'il en soit, Borelli (1608-1679) est assez généralement considéré comme le fondateur du système iatro-mathématique et iatromécanique. — Chez lui, comme chez tous les médecins de cette école qui dura environ un siècle, ce qu'il y a de mathématique ou de mécanique ne se trouve que dans les recherches physiologiques et relativement au mouvement et à la force des muscles, à la circulalion et à la vitesse du sang dans les canaux, à la force d'impulsion cardiaque ou artérielle, au mécanisme des sécrétions devenues des actes physiques, à la digestion, etc. En fait de médecine proprement dite, tout ce qu'il y a de mathématique disparaît à peu près entièrement et ce qu'on y peut trouver de mécanique n'est pas considérable. En revanche , on y Irouve une Chimiâtrie pathogénique digne du siècle précédent chargée d'hypothèses à repousser le inoins positif des médecins et, si l'on veut réfléchir sur les causes de la décadence du système, il ne faut pas chercher ailleurs. — En physiologie les travaux de Borelli sont restés dans la science, en pathologie, on ne les connaît plus, ses hypothèses les ont fait oublier.

S'il y avait des vérités médicales utiles à prendre dans la pathologie iatro-mécanique de l'Italie j'essaierai de surmonter l'ennui qu'inspire la lecture de tous les iatro-mécaniciens célèbres de cette école pour en faire l'analyse, mais tous se répètent à l'envi et reproduisent les mêmes faits aujourd'hui délaissés comme autant d'erreurs. — Sprengel a eu cette patience et je l'en félicite. (Hist. de la médecine, tom. V, p. 142 et suiv.) Je ne l'imiterai pas, et après avoir indiqué les plus renommés de ces médecins , j'en choisirai un certain nombre dont j'apprécierai le système en particulier. Quant aux autres je me bornerai à indiquer leurs noms.

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