‹ Histoire de la medicine et des doctrines médicales (volume 2)Chapitre 5 sur 141 · HL'MORISME DE GALIEN · texte numérisé non relu

HL'MORISME DE GALIEN

L'Humorisme grec et alexandrin, si malmené par Asclépiade et ses disciples, ne pouvait pas périr. Il renferme une portion de vérité si considérable que, malgré toutes les attaques, il est venu jusqu'à nous pour recevoir toutes les amplifications commandées parles progrès de la science. Je comprends que l'Humorisme Alexandrin

(1) Voyez du Solidisme; — du Méthodisme et des Méthodistes.

d'Erasistrale ait succombé car il était incomplet, mais l'Humonsme d'Hippocrate, sauf les erreurs de détail, est établi sur des bases si larges qu'il est indestructible. Galien le comprit et, dans sa personnalité, si puissante qu'elle a régné jusqu'au xvie siècle, il s'est fait le représentant et le continuateur du Dogmatisme grec. Comme Hippocrate, Galien fut Naturiste, c'était sa philosophie, mais comme Hippocrate aussi il fit à sa façon la part des solides et des humeurs : ce qui constitue le Galénisme. — L'éternel honneur de ces deux médecins c'est de s'être éloigné de tous les systèmes qui n'envisagent qu'un des côtés de la nature de l'homme, et d'avoir compris que le médecin se doit à l'étude de l'homme tout entier, dans tous les éléments qui le composent. Quelques personnes en ont fait des éclectiques, c'est une erreur; car ainsi que je le dirai l'Eclectisme n'est pas une doctrine qu'il faille croire ou rejeter, c'est l'arbitraire de chacun, et il y a autant d'éclectismes que d'individus : — à l'Eclectisme d'Hippocrate ou Hippocratisme on peut opposer l'Eclectisme de Galien ou Galénisme et celui de tant d'autres qui pourraient prétendre au même honneur ; — Galien était naturiste, solidiste et humoriste tout à la fois, comme le seront tous les médecins qui ont fait de l'observation la règle de leur esprit, et qui refusent d'accepter tous les systèmes exclusifs ayant pour base un seul des éléments de la nature de l'homme.

Prenons donc dans Galien, la partie relative à l'Humorisme, voyons quelles étaient ses idées sur ce point, et n'oublions pas surtout qu'il s'agit d'un Naturiste faisant aux solides et aux humeurs la part qui leur appartient dans la constitution de la santé, et dans la production des maladies.

En raison des idées philosophiques qu'il partageait avec Hippocrate, Platon et Aristote, Galien considérait l'homme et tous les êtres vivants comme étant formés des mêmes éléments que ceux qui forment la matière inorganique, mais combinés de manière différente. La terre, l'eau, l'air et le feu constituaient la matière du corps humain. Introduits par les aliments qui les renferment et soumis à l'influence des forces qui président au déplacement de l'homme, ils se transformaient et constituaient le sang d'où sortent les parties solides et les humeurs.

Du mélange convenable des éléments, de leurs qualités élémentaires ainsi que du mélange parfait des humeurs ou crase, résultait la santé, ou tempérament. Chaque individu avait le sien, variable aux différents âges, et les organes avaient aussi le leur dont il fallait que le médecin sût tenir compte. Du mélange imparfait des humeurs au contraire résultait Vintempérie ou ch/.scrasie, c'est-à-dire

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la maladie, qui pouvait arriver aussi par suite d'un défaut de contexture des solides. — Il y avait huit intempéries : quatre simples correspondant aux quatre qualités élémentaires, la sèche, l'humide, la chaude et la froide; quatre composées résultant du mélange de deux intempéries; l'humide et chaude, — l'humide et froide, — la sèche et chaude, — enfin la sèche et froide, qualifications imaginaires sur lesquelles on discuta pendant plus de mille ans avant d'en avoir reconnu la fausseté.

Il résulte de là qu'il y avait pour Galien plusieurs sortes de maladies, les unes produites par un changement de la crase des humeurs, les autres par une altération des solides, et en ajoutant celles qui dépendent d'une altération des forces, on a sous les yeux le tableau de la pathogénie galénique.

Pour en revenir aux altérations des humeurs telles que les exposait Galien, il faut savoir que le sang était pour lui l'humeur principale , génératrice de toutes les autres, et d'où provenaient la pituite, la bile jaune, l'atrabile ou bile noire, l'urine, la sueur, la transpiration insensible, et les fuliginosilés. Il était formé par l'action du foie sur les aliments, assertion qui peut paraître étrange à ceux qui aujourd'hui connaissent la circulation du sang, mais dans laquelle se trouve une part de vérité puisque sans le mélange de la bile avec les aliments il n'y aurait pas de digestion ni de sanguification possibles. — Le sang renfermait à la fois des éléments de la nutrition des organes et ceux de sécrétions, tels que la bile et l'atrabile ayant un usage important ou les matériaux des excrétions ne servant à rien tels que l'urine, la sueur, les fuliginosilés, etc. De la rétention de ces matériaux devaient naître certaines modifications de l'état normal compatibles avec la santé ou des prédominances humorales formant les divers tempéraments, ou enfin différents étals morbides (1).

M. Andral (2), qui a parfaitement analysé toute cette théorie humorale de Galien, l'a résumée en quelques mots dans lesquels on voit toute l'importance de ces altérations du sang, de la bile et de l'atrabile. — Si tout n'est pas à prendre il faut au moins convenir qu'il s'y trouve des assertions dont la clinique vérifie chaque jour l'exactitude.

« Le sang se dislingue des autres humeurs par la propriété qu'il a de se concréler, de former un coagulum, quand il est sorti des vaisseaux. Tantôt la masse entière se solidifie, d'autres fois, autour

(1) Galien, De atrabile.

(2) Loc. cit.

du caillot, on trouve une certaine quantité d'eau qui est l'eau du sang. Cette eau proportionnelle aux boissons dont elle provient se sépare du sang sous trois formes principales : l'urine, la sueur, la transpiration insensible ».

« La couleur du sang varie du rouge vit' au rouge jaunâtre ou noirâtre. Galien tire de celte différence de coloration la preuve de l'existence dans ce liquide d'un suc jaune, la bile, et d'un suc noir, la bile noire ou atrabile. Plusieurs circonstances peuvent modifier plus ou moins la coloration normale du sang, telles sont : le tempérament, la température extérieure, la nature des aliments, certaines maladies, les fièvres ardentes par exemple. A l'appui de cette dernière opinion, Galien cite une maladie épidémique, dans laquelle il avait observé des vomissements noirs et des déjections de même couleur, des pustules noires à la surface de la peau. »

« La consistance du sang varie comme la couleur; tantôt ténu, tantôt épais, il peut aller jusqu'à présenter la consistance de la poix liquide. »

« De l'étude du sang, Galien passe à celle des humeurs qui en proviennent. Il s'occupe plus particulièrement de la bile et de l' atrabile; on peut distinguer plusieurs espèces de bile qui diffèrent entre elles soit par leur consistance soit par leur coloration, ce sont : la bile jaune, — la bile verte ou porracée, — la bile pâle, la bile rouge, la bile érugineuse couleur de rouille, — la bile aqueuse, — enfin la bile vitelline qui a la consistance du blanc d'œuf (4). »

« L'atrabile liquide imaginaire n'est pas de Galien. Son origine remonte àHippocrate. Le père de la médecine ayant remarqué dans le parenchyme de la rate ce liquide noir auquel les modernes donnent le nom de boue splénique, imagina que la rate soutirait du sang ce liquide tout comme le foie en soutire la bile. La rate devint donc le pendant du foie, et c'est de là que le suc des cellules spléniques reçut le nom de bile noire ou atrabile. La matière des vomissements noirs n'était autre chose que ce même liquide déversé dans l'estomac par les vaisseaux courts. »

D'après Galien ce suc est acre et son odeur pénétrante; il est corrosif, et a de la tendance à se porter vers la peau ou vers la muqueuse digestive, — son accumulation est la cause des anthrax, des cancers, des varices, des ulcères, de la mélancolie, de la dysenterie et il se forme sous l'influence des tempéraments secs et chauds, de la trop grande chaleur atmosphérique, des chagrins, des fatigues,

M) Comment, n'ayant pas fait d'anatomie pathologique, Galien n-i-'ù pu étudier lanl d'espèces différentes de bile?

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des veilles, des aliments épais et secs, enfin des maladies de la rate. On en reconnaît la prédominance au sein de l'économie par la coloration brune, jaunâtre de la peau et par la couleur noire du sang.

Que d'hypothèses dans ces affirmations successives dont il ne reste rien dans la science à moins toutefois qu'il ne faille considérer comme un retour à ces idées anciennes, la découverte récente de Frérichs (1) qui, ayant constaté que la rate jette dans le sang une certaine quantité de matière noire pigmentaire, attribue à l'excès de cette matière dans le sang, certaines diarrhées, certaines dysenteries, céphalées, hypocondries ou albuminuries. S'il en était ainsi ce serait bien curieux de voir, après quinze siècles de plaisanteries, l'esprit médical obligé d'honorer ce qu'il avait considéré comme une erreur.

Bien que Galien n'ait pas fait de pathologie descriptive, et qu'il soit difficile de toujours suivre nettement la filiation de ses idées quelquefois incomplètement exprimées dans ses nombreux ouvrages, on arrive cependant à voir que le fond de sa pensée est invariable. Ainsi dans le Traité des causes de la maladie, il affirme que, sous l'influence des différentes causes morbifiques, il se fait une altération des humeurs et des solides du corps, altération primitive, immédiate dans les humeurs et secondaire dans les solides; — mais où se révèle le vrai médecin libre de tout système, c'est lorsqu'il ajoute que dans certains cas la cause agit primitivement sur les solides d'où peut résulter une altération secondaire des humeurs. Comment s'altèrent les humeurs ? Plusieurs cas peuvent se présenter, dit M. Andral, qui a fait une étude très approfondie de Galien (2).

« 1° L'altération frappe les humeurs en masse , ou le sang qui les renferme toutes. Ainsi, la masse du sang augmente, pléthore ; elle diminue, anémie. 2° L'altération se porte sur une humeur en particulier. Si une humeur quelconque prédomine, il y aura exagération dans l'économie de la qualité prédominante que celte humeur possède. Par exemple , si c'est le sang qui prédomine, comme le propre du sang est d'être chaud, il y aura augmentation de la chaleur générale, etc., alors l'équilibre est rompu, il y a maladie. Il existe donc des maladies par excès de chaud, de froid, de sécheresse, d'humidité , suivant la prédominance de telle ou telle humeur. »

^l) Maladies du foie, p. 275.

(2) Leçons sur l'histoire de la médecine. Union médicale, 1856.

BOUGHUT. H. — 2

« En remontant à la qualité de l'humeur prédominante, on peut déterminer la diathèse du corps, caria prédominance d'une humeur quelconque est annoncée par un signe spécial.

<( Ainsi Galien ne perd pas de vue son point de départ. Dans la délinition de la maladie, il a établi que le trouble des fonctions implique l'altération de l'état matériel; de même, dans l'élude des causes prochaines des maladies, en admettant que la prédominance des humeurs produit les divers états morbides, il admet par là que les maladies résultent des altérations diverses de l'état matériel. Si la chaleur domine dans le corps, c'est parce qu'une humeur chaude est en excès, etc. Constamment Galien, par un remarquable enchaînement d'idées, et une merveilleuse logique de déduction, rattache l'altération de l'état dynamique à l'altération de l'état organique. »

«, Puisque toute maladie, sauf quelques cas exceptionnels, consiste dans une modification des humeurs de l'économie, comme ces humeurs circulent par tout le corps avec le sang qui les contient, il s'ensuit que toute maladie, à quelques exceptions près, est une maladie générale, c'est-à-dire avec retentissement dans l'ensemble de l'organisation, c'est-à-dire encore une maladie de la substance, lothts substantiœ. L'humeur prédominante, sang, bile jaune, pituite, etc., se promène partout le corps et partout porte le trouble, et cela d'une manière générale, sans affecter d'abord aucun organe en particulier. Cependant tout en cheminant, cette humeur rencontre des solides dont toutes les facultés peuvent ne pas êlre, en ce moment, dans un équilibre parfait. Chez l'un, la force attractrice est en souffrance, chez l'autre la force rélentrice, la force expultrice chez un troisième, de telle sorte que l'humeur sera, par les organes, ou mal attirée, ou mal retenue, ou mal expulsée. Dès lors, il peut se faire qu'elle s'accumule dans certains organes et que, de cette accumulation, naissent, au milieu de la maladie générale, des affections locales qui, par leur nature, seront dépendantes de la maladie générale ou diathèse. Pour Galien, le plus souvent, les états locaux qui ne sont que les dépendances d'un état général, sont subordonnés à la diathèse qui les produit. Cette vérité, entrevue par Galien à travers le voile des théories et des hypothèses, est devenue de plus en plus éclatante à mesure qu'avec le temps elle s'est de plus en plus dégagée de ces ténèbres, dissipées au flambleau de l'observation moderne. »

« De ce qui précède, il résulte que, pour Galien, deux éléments président à la formation et à l'explication de presque toutes les maladies :

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« 4" L'altération des humeurs produisant et expliquant les états généraux, les diathèses ; »

« 2° L'altération des forces ou facultés des divers organes produisant et expliquant les divers états locaux, ou les localisations des diathèses. »

« Voici comment Galien explique ce qu'il entend par l'altération des facultés :

« Les forces ou facultés, dit-il, ne sont autre chose que le produit des différents éléments et de leurs qualités. Donc la force ou faculté, cause efficiente des phénomènes, n'existe pas comme suhstance matérielle et altérable par elle-même, ses modifications ne sont que le reflet des modifications que les éléments et leurs qualités éprouvent dans leurs proportions normales. Admirez encore une fois cette grande fermeté d'esprit de Galien et cet enchaînement logique de principes et de déductions ! »

« La plupart des maladies sont donc produites, suivant Galien, par la prédominance des humeurs ou l'excès des qualités élémentaires. Parmi ces qualités celle qui, le plus souvent, domine dans l'économie et cause la maladie c'est le chaud. Or, l'excès de chaud produit, comme état général, la fièvre ; comme état local, le phlegmon, l'inflammation. Il suit de là que les maladies inflammatoires sont les plus communes. »

« Parmi les circonstances qui, en dehors de la prédominance d'une humeur chaude dans l'économie, peuvent augmenter la chaleur du corps, Galien cite : l'excès des mouvements musculaires, l'action trop vive de la température extérieure ; l'ingestion d'aliments trop chauds, les mouvements désordonnés de certaines passions, telles que la colère, etc., enfin la propagation de l'excès de chaleur d'un organe à tout le corps. Pour expliquer cette dernière circonstance , Galien suppose que, de l'organe primitivement affecté, la chaleur se propage de proche en proche jusqu'au cœur, et ce n'est, d'après lui, que lorsque le cœur a reçu cet excès de chaleur, qu'elle se généralise dans tout le corps. G'est de cette manière que l'auteur comprend la production de la fièvre, dans toutes les maladies qui débutent par un excès de chaleur locale. Dans tous les cas, la chaleur doit passer par le cœur, avant de se répandre dans l'ensemble de l'économie. »

« Suivant Galien, ainsi que nous l'avons déjà vu, la maladie peut reconnaître pour cause prochaine, non plus la prédominance d'une humeur en particulier, mais l'augmentation en masse de toutes les humeurs, état général qui, pour lui, constitue la pléthore. L'auteur distingue deux sortes de pléthore : 1° pléthore ad vires; 2° pléthore

ad vasa; distinction reproduite depuis par^béaucoup de modernes. »

« La pléthore ad vires existe dans les cas où, sans qu'il y ait trop de sang dans les vaisseaux, une partie présente tous les signes de l'état pléthorique, ce qui tient à une mauvaise administration de la part des forces qui président à la circulation des humeurs dans cette partie. »

« La pléthore ad vasa consiste dans l'augmentation absolue des humeurs contenues dans les vaisseaux. Galien distingue aussi dans la pléthore deux choses : 1° un état général parla plénitude de tout le système vasculaire, en vertu de la surabondance des humeurs; c'est notre pléthore actuelle ; 2° divers états' locaux caractérisés par la localisation de cette surabondance d'humeurs dans une ou plusieurs parties du corps, parties qui deviennent le siège de phénomènes pléthoriques : congestions, hémorrhagies, etc. La pléthore, dans les divers solides, est consécutive à l'état pléthorique général de l'économie, ou à la diathèse pléthorique. »

« Galien place ici une remarque intéressante. Il y a, dit-il, des organes qui n'ont pas la conscience de leur plénitude. Il en est d'autres qui la ressentent et en avertissent le cerveau. Il fait ensuite une énumération curieuse des parties sensibles et de celles qui ne le sont pas, préludant ainsi théoriquement à des études que Haller devait reproduire, bien des siècles après, le scalpel à la main. »

« La considération des humeurs comme principes et causes prochaines des maladies est sans doute la plus importante dans la pathogénie de Galien ; mais, ainsi que nous l'avons déjà fait pressentir, elle n'est pas la seule. Une part beaucoup plus petite, il est vrai, doit être faite à deux autres ordres de causes, les solides et les forces. »

<( Les solides peuvent, dans un certain nombre de cas, devenir causes de maladies. D'abord, au moment de la formation de l'être, sous l'empire d'une mauvaise direction des forces qui président à cette formation, ou d'un vice de la semence, la composition primitive des solides devient défectueuse, ou bien encore il se produit des altérations dans leur situation, leur forme, leur volume, leurs rapports; ces divers états sont réunis par Galien sous le titre de maladies congéniales. »

« Après la naissance, pendant tout le cours de la vie extra-utérine, les solides peuvent devenir le siège d'un grand nombre d'états morbides ; mais, comme le plus souvent ces altérations des solides sont consécutives à une altération primitive des humeurs , il s'ensuit que le cadre de ce deuxième ordre de maladie doit être extrêmement restreint. »

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« Ce n'est pas tout : par la seule considération des humeurs et des solides, Galien ne pouvait se rendre compte de l'enchaînement des phénomènes de la maladie. Pour l'expliquer, il l'ait intervenir ces puissances, forces ou facultés que possèdent tous les organes dont elles suivent le développement. De même que, dans l'état de santé, les quatre facultés ou forces atlractrice, rétentrice, altératrice, expultrice, président à l'accomplissement de lous les phénomènes physiologiques qui se passent au sein de l'organisme, de même un certain nombre d'actes morbides ont pour point de départ l'altération de l'influence de quelqu'une de ces facultés. Cette influence peut être augmentée, diminuée, pervertie. Sous l'empire de ces altérations, les humeurs diverses seront trop fortement ou trop faiblement attirées, trop fortement ou trop faiblement retenues, élaborées d'une manière vicieuse, ou incomplètement expulsées. De là résulte la production d'un certain nombre d'état morbides. Mais comme en définitive, suivant Galien, l'altération des forces suppose celle de l'état matériel des organes, cette troisième classe de maladies pourra rentrer dans la seconde constituée par les altérations des solides, et comme celles-ci, à leur tour, sont le plus souvent consécutives aux altérations des humeurs, il s'ensuit que l'influence des deux dernières causes, faible et restreinte, est entièrement subordonnée à la première, à laquelle l'auteur fait la part la plus large et la plus générale. »

« Il n'en résulte pas moins cependant, chose capitale, que Galien, pour se rendre compte, d'une manière complète, de l'ensemble des états morbides et formuler une pathogénie générale, invoque à la fois la considération des liquides, des solides et des forces, toutes causes qui, en se combinant entre elles, produisent les états morbides si complexes que la nature offre tous les jours aux méditations profondes des médecins. En effet s'il est possible, en théorie, d'isoler parfaitement l'une ou l'autre de ces influences, il n'en est pas de même dans la pratique, ou. pour mieux dire, dans la réalité, où il est rare que les influences de ces trois ordres de causes ne se réunissent et ne se confondent. Il y a donc très peu de maladies simples, la plupart sont des états complexes, dans la production desquels les solides, les liquides et les forces peuvent réclamer chacun plus ou moins, suivant les cas, une part légitime d'influence.

« Maintenant, suivant la considération de l'action isolée ou plus ou moins combinée de ces trois ordres de causes, on pourra diviser, d'après Galien, l'ensemble des maladies en quatre catégories ou classes :

« 1° Les maladies générales, primitivement générales, résultant de

l'altération des humeurs, soit dans leur quantité absolue, soit dans leurs proportions relatives. Toute maladie qui a un tel point de départ peut être considérée comme générale, puisque la cause réside dans l'économie tout entière. Cette classe comprend les maladies simplement générales, sans localisation particulière. »

« 2° Maladies générales s'accompagnant de manifestations locales. Cette classe comprend les cas dans lesquels les humeurs sont encore le point de départ de la maladie, mais où, en même temps, il se fait un afflux, une attraction ou rétention anormales de l'humeur intempérée dans certains solides. »

« 3° La troisième classe se compose de maladies qui , primitivement locales, conservent ce caractère pendant toute la durée. Ce sont les maladies simplement locales qui ne se généralisent pas. Il en est ainsi dans un certain nombre d'altérations primitives des solides, et spécialement dans les altérations congéniales. »

<r 4° Enfin, dans une dernière classe, la maladie locale, à son point de départ, se généralise pendant son cours, se complique d'autres phénomènes qui transforment en maladie générale ; exemple : la fièvre qui se joint à un phlegmon de cause externe. Que la peau, par exemple, vienne à être brûlée, l'inflammation est d'abord purement locale ; puis, au bout d'un certain temps, deux, trois, quatre jours, le cœur précipite ses battements, le pouls devient plus fréquent, la température du corps s'élève ; bref, la fièvre éclate. De proche en proche, l'excès de chaleur s'est prolongé du phlegmon externe au cœur par l'intermédiaire des vaisseaux, et a fini par envahir l'économie tout entière. »

« Il faut donc reconnaître quatre groupes principaux de maladies :

« 1° Les maladies primitivement générales et qui ne se localisent pas; »

« 2° Les maladies primitivement générales qui se localisent consécutivement ; »

« 3° Les maladies primitivement locales qui ne se généralisent pas;

« 4° Les maladies primitivement locales qui se généralisent consécutivement. »

« Cette classification, adoptée par tous les bons esprits de l'école médicale contemporaine, n'est pas, sans doute, exposée dans Galien avec l'ordre, la méthode et la clarté que nous avons cherché à introduire dans cette analyse, mais elle, ressort de la lecture attentive de ses ouvrages, dont il faut surtout s'attacher à saisir l'esprit. » A l'occasion des fièvres, on retrouve encore dans Galien les mê-

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mes idées générales. Il y a des fièvres essentielles primitives, dont on ne connaît pas l'origine, et des fièvres secondaires ayant pour cause une altération des humeurs ou des solides. En ce qui concerne les humeurs, c'est l'augmentation de la masse du sang ou pléthore; la présence dans le sang d'un excès de bile jaune altérée, car il fait remarquer que dans certains cas où il y a de la bile dans le sang les malades n'ont pas de fièvre ; l'altération du sang par des sucs mauvais introduits dans ce liquide ou par des matériaux hétérogènes qui n'ont pas été expulsés, enfin une altération du sang mélangé à de l'air vicié par des principes putrides dont la présence excite un travail de décomposition putride accompagné de chaleur comme toutes les putréfactions.

Ne sont- ce pas là nos idées actuelles, et, sauf des noms nouveaux et des chiffres d'analyse chimique, les principes de l'hématologie moderne (1)? Il est impossible de ne pas être frappé de la ressemblance et de ne pas voir là une communion d'idées incontestable.

Il en est à peu près de même des inflammations dans leurs rapports avec l'Humorisme. — Elles résultent de l'afflux du sang dans les parties par suite de la transsudalion de ce liquide à travers les parois vasculaires dans les porosités du tissu. — Cela est encore vrai, mais Galien ajoute deux erreurs : la première c'est que si de la masse du sang extravasé il se sépare de la bile jaune il y aura un érysipèle, et la seconde est que s'il s'en sépare de la bile noire il y aura gangrène.

Là où dans Galien l'on retrouve l'humoriste doublé du naturiste, c'est dans ce qu'il écrit çà et là sur la marche et sur la terminaison des maladies. Par suite de sa communauté d'idées avec Hippocrate, il admet comme lui dans les maladies les quatre périodes d'invasion, d'augment, de coction et de déclin, pendant lesquelles se fait l'élaboration de l'humeur morbifique, son expulsion et le retour du sang à son état normal. — Il admet ce que l'on a si souvent appelé l'intervention de la nature médicatrice, c'est-à-dire de lois naturelles favorisant la guérison spontanée des maladies; enfin, s'il repousse la doctrine des jours critiques, il n'en reconnaît pas moins d'une façon très-explicite l'existence des crises.

Sous tous ces rapports, il est facile de voir dans l'Humorisme de Galien le complément de ses doctrines générales de la maladie, c'est-à-dire la plus grande partie d'un ensemble dogmatique dont

(1) Lecanu, Analyse du sang (1830); Denis, Des altérations du sang (1831); Andral, Traité d'hématologie pathologique ; Becquerel et Rodier, De la composition du sang.

la grandeur échappe peut-être aux érudits, mais éclate aux yeux du clinicien. Sans doute cet Humorisme est plein d'hypothèses et d'erreurs, mais ces erreurs et ces hypothèses sont la résultante des connaissances anatoiniques et physiologiques de ces temps reculés. Il est facile de se faire le détracteur de Galien. mais ce n'est pas juste, car même dans son Humorisme tant décrié, on retrouve tous les principes qui font la base de l'Humorisme moderne.

Comme Hippocrale enfin, dans les humeurs accumulées qui produisent l'étal morbide, Galien voit une intempérie dont l'élaboration est nécessaire. Les humeurs morbifiques passent aussi de la crudité à la coction et à Y élimination par les voies naturelles ou autres. — De là aussi des crises, mais, en opposition avec Hippocrale, il n'admet pas la doctrine des jours critiques. S'il en parle c'est par respect pour la tradition, et il s'écrie : « Dieux immortels ! vous le savez, c'est à la prière de mes amis, et en quelque sorte forcé par eux, que j'ai écrit ces lignes en faveur d'une doctrine que je ne partage pas. » (De crisibus et de diebus decretoriis.)

Comme on le voit, le caractère de l'Humorisme greco-romain est tout entier dans le fait d'un mouvement d'humeur dans les organes où devra s'accomplir une maturation ou coction, suivie du rejet de la matière morbifique avec crises salutaires ou défavorables. C'est là la substance de la doctrine que nous retrouverons jusqu'à une époque très-rapprochée de nous, malgré les révolutions de la science et les innovations de la chimiâtrie.

DE L'HUMORISME APRÈS GAURN

Galien est le dernier des médecins grecs dont l'antiquité puisse se glorifier. A mesure que déclinait l'empire romain livré à l'anarchie et impuissant à conserver son immense territoire, toutes les sciences se ressentirent de la décadence générale et peu à peu les ténèbres de la superstition et de l'ignorance dominèrent le monde. — Pendant les siècles qui suivirent la mort de Galien, on s'inspirait de ses doctrines, mais nul esprit cultivé n'essaya d'ajouter quelque chose à l'héritage qu'il avait laissé. Des empiriques, des charlatans, des compilateurs sans autorité occupèrent un instant la scène médicale, mais nul n'a eu assez de talent pour marquer sa place dans l'Histoire.

« Ainsi Oribase n'a rien publié d'original sur les humeurs et, s'il admet l'Humorisme, ce qu'on ne peut véritablement soutenir, c'est comme compilateur plutôt que comme médecin. 11 reproduit en effet un grand nombre de fragments où l'Humorisme de cette époque

DE L'HUMORISME — I1UMOR1SME ANCIEN 25

se trouve indiqué de la façon dont, il était professé par Galien, niais la doctrine ne présente rien de nouveau.

Il faut arriver aux vc et vie siècles pour trouver dans l'histoire de l'Humorisme quelques hommes dignes d'occuper l'attention de la postérité. Aètius de Constantinople et Alexandre de Tralles sont du nombre. Le premier est fort explicite à se sujet et, dans ses écrits, on trouve toute la théorie pathologique de Galien sur les altérations des humeurs et des éléments, sur la coction et sur les crises. Pour lui, la rage est une affection froide du foie. Comment? A quel titre? il serait difficile de ledire aujourd'hui que nousavons des idées si différentes sur la nature de cette maladie, mais cela montre à quel degré d'hypothèses en était la médecine de cette époque.

Alexandre de Tralles, tout en faisant la part que tous les médecins doivent faire à l'Humorisme, ne l'accepta pas cependant dans les termes où le professait Galien. En opposition avec ce médecin sur quelques points de détails qu'il attaqua très-vivement, il était d'accord sur le fond et croyait aussi que, dans le développement des maladies, très-souvent l'altération des humeurs élémentaires jouait le principal rôle, et que toute intempérie se dissipait par une élaboration spéciale suivie décoction et souvent de crise.

Ces deux médecins sont, à cette époque, les représentants les plus illustres du Naturisme et de l'Humorisme enseigné par Galien. 11 ne faudrait cependant pas croire qu'ils acceptèrent servilement toute la doctrine de cet homme célèbre, tant s'en faut, car ils étaient d'un mysticisme exagéré, et si pour eux le rôle des quatre humeurs dans la production des maladies était considérable, il n'était pas absolu. En même temps qu'ils empruntèrent à l'Humorisme la doctrine de la maturation, de la coction et des crises, ils joignaient à leurs doctrines certaines idées empruntées aulaxum et au strictum de Thémison, c'est-à-dire à ce Solidisme qui avait excité toutes les colères de Galien. C'était un mélange de différentes doctrines et, à cet égard, on voit une fois de plus combien il est difficile de trouver un humoriste qui ne soit pas autre chose. Cela ne surprend aucun de ceux qui sont versés dans l'étude des malades, mais il y a encore tant de médecins qui croient qu'en médecine on peut être à volonté vitalisle, animiste, humoriste, naturiste exclusivement, qu'il est utile de faire cette remarque.

Au vir siècle l'Humorisme ne fit pas beaucoup parler de lui, cependant on en trouve la trace dans la plupart des écrits des hommes de ce temps. Ainsi Palladius a laissé un traité des fièvres dans lequel il accepte entièrement toutes les idées humorales de Galien sur les intempéries, sur la maturation des humeurs, sur les crises,

sur la putrescence du sang dans ces maladies. Il en est de même d'Actuarius , son contemporain , qui fut un galéniste très-accentué , et de Démétrius Pepagomenus, etc., mais, en somme, le mouvement médical et scientifique fut si faible à ces époques de décadence et, si j'osais, je dirais de barbarie, que l'histoire n'a rien d'important à recueillir dans les archives de ces premiers siècles.

Il faut arriver jusqu'à l'époque de la domination des Arabes, vers le milieu du vme siècle, pour voir s'établir un courant scientifique continu et réel , devant aboutir à un vrai triomphe' sur cette barbarie. C'était le temps du Calife Almanzor, celui qui fonda et la ville et l'académie de Bagdad où se trouvèrent un instant plus de six mille savants réunis. 11 s*y fit un collège de médecine, des hôpitaux, des pharmacies publiques et on rivalisait à l'envi pour y faire la traduction arabe des livres de médecine grecque ou de philosophie et d'histoire naturelle; — Haroun al Raschid, Almamon, Almotassen, Motawakkel, ses successeurs, firent de même , ce qui répandit en Egypte, en Espagne et au sud de l'Europe tous les témoignages écrits de la civilisation et de la science grecque et romaine. En ce qui concerne la médecine, Hippocrate et Galien furent les auteurs dont les ouvrages ont été le plus fréquemment traduits et commentés, de façon à jeter au moins dans ces générations vouées à la Ihéurgie, au mysticisme, à la magie et à l'empirisme, les grandes idées médicales qui ornent les écrits des médecins arabistes. — Ne pouvant, par religion , toucher à un cadavre, ils se servaient exclusivement de l'anatomie, de la physiologie et de la pathologie de Galien, ils n'eurent d'autre originalité que leurs conceptions chimiques et pharmaceutiques, alors très-nombreuses (1) et en rapport avec l'Empirisme de l'époque.

C'est là où ils prirent les notions d'Humorisme qu'on retrouve dans leurs écrits, et qui s'y trouvent mélangées au Méthodisme ou à des idées de mysticisme et de magie indignes de la science.

Quoi qu'il en soit, on suit très-bien la filiation de l'Humorisme dans Rhazès, qui vécut à la fin du ixe siècle et qui attribuait la variole aune fermentation du sang; — dans Hhonain, qui attribuait le frisson à la pénétration du principe putride dans les parties sensibles et non dans les veines; — dans Sérapion, qui attribue un exanthème, YEssera, à la bile rouge quand l'éruption est rouge et à une pituite salino-nitreuse quand elle est pâle, ou bien qui considère les lèpres comme la prédominance des différentes humeurs du

(1) On leur doit le sublimé corrosif, le précipité rouge, l'acide nitrique, le ni— tr-itc d'argent, l'alcool, les juleps, les looch*, le camphre, e!c.

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corps. — Il en est de même d'Haly-Abbas,d'Avicenne, d'Albucasis, d'Avenzoar, d'Actuarius et de tous les arabistes dont j'ai parlé précédemment. — Partout, c'est l'Humorisme de Galien modifié, amoindri et surchargé d'hypothèses encore plus ridicules que celles de l'auteur romain, mais pendant plusieurs siècles il ne fut question que d'Aristote, de Galien, d'Averrhoes et d'Avicenne, qui étaient considérés comme infaillibles.

Au xine siècle, il en est de même, et à mesure que les sciences progressent, en occident et au nord, au milieu des influences monastiques et religieuses, nous retrouvons l'influence de Galien se produire dans les écrits de quiconque a une véritable valeur. — Ainsi dans le compendium de médecine de Gilbert d'Angleterre , à côté d'une scholastique ridicule quand il s'agit de médecine, la théorie des quatre humeurs occupe la place la plus importante. Il n'est question que des qualités élémentaires, des quatre humeurs cardinales, et de la saveur de ces humeurs. — Il n'est pas de maladies qui ne dépendent de ces causes. — Les fous eux-mêmes, chose presque incroyable, sont considérés comme étant de quatre espèces et provenant: les uns du sang, les autres de la pituite, quelques-uns de la bile, et certains de l'atrabile. — C'est Gilbert, un des premiers écrivains du siècle, selon Sprengel, qui a écrit cette énormité-là. — Il croyait aussi que les vers intestinaux devaient être partagés en trois espèces selon qu'ils tenaient à la pituite naturelle, douce ou sa'ée. — Ceci est à la rigueur plus soutenable puisque nous savons que la nature du milieu ambiant et que la qualité des sécrétions sont pour beaucoup dans le développement de ces helminthes. Tout entier au galénisme, Gilbert croyait que la pituite douce et salée communiquait à l'urine une couleur plus foncée; que c'était la pituite qui était la cause de la fièvre quotidienne et, selon qu'elle était acide, douce, austère, amère ou salée, qu'elle engendrait autant d'espèces distinctes de fièvre. — Malgré cela, Gilbert était un médecin éminentqui a laissé en thérapeutique beaucoup de choses importantes, notamment la manière d'éteindre le mercure dans les onguents.

Le même Humorisme se retrouve dans la plupart des écrivains de cette époque, même chez les chirurgiens, car Lanfranc, dont le nom est parvenu jusqu'à nous, faisait intervenir l'influence des quatre humeurs dans la production des ulcères, et il faut arriver au xive siècle pour trouver un commencement de lutte contre ces doctrinesquasi officielles dont l'exagération avait été poussée jusqu'à l'absurde — Il faudrait pouvoir revivre au milieu de ces temps de préjugés, de superstition, d'influence cléricale et de théocratie pour se

faire l'idée de l'abaissement de l'esprit humain courbé sous le joug d'idées les plus fausses et des croyances les plus ridicules, car jamais on ne pourra reconstituer par écrit le tableau de ces siècles d'ignorance et de cruauté. — C'était une époque d'autorité religieuse et scientifique ; il fallait croire, et obéir, car toute réforme était une impiété et l'impiété pouvait conduire à la mort sur le bûcher.

Le xive siècle est le moment du réveil des esprits. — On essaya sans trop de succès de secouer le joug qui asservissait l'intelligence en demandant à l'observation et à l'expérience la lumière destinée à contrôler le passé et à ensemencer l'avenir. — Si l'autorité des compilations et des amplifications faites par les Arabes sur les travaux d'Arislote, d'Hippocrate, de Galien, n'est pas détruite, elle est ébranlée et c'est, très-sérieusement alors que le Galénisme transformé par Avicenne, se trouve compromis. Il le fut d'abord en 4315, parMondini dans ses essais d'Anatomie; plus tard en 1363, par Guy de Chauliac ; et dans le siècle suivant , soit par les savants Grecs chassés d'Orient par les Turcs (1) et refoulés en Occidentoù ils apportèrentle texte même des auteurs dont on n'avait que les mauvaises traductions arabes, soit enfin par la découverte de l'imprimerie, en 1435, qui allait permettre à la pensée de se produire plus librement. . Tout cela se fit très-lentement, et le Galénisme transformé et altéré par les superstitions arabes s'épura par un retour à l'étude consciencieuse des anciens Grecs, et par les traductions qu'en firent alors les Grecs venus d'Orient en Italie. — Le mouvement s'étendit en Allemagne, en France et en Angleterre, et il eut pour résultat l'intronisation des véritables doctrines Hippocraliques, interprétées selon le système de Galien qui n'en eut un moment que plus d'autorité.

— Ce fut là le progrès de la période érudite sur la barbarie du moyen-âge , mais ce n'était pas assez. Pendant deux siècles, au temps de Leonicenus (2) et de Thomas Linacre (3), durant lesquels les sciences occultes luttèrent en vain par la voix de Corneille Agrippa, de Cardan et de Paracelse contre le galénisme restauré, et pendant que l'anatomie normale et pathologique se créait par les soins de Vésale en 1530, — de Colombus son élève, — de Fallope, — d'Eustache, — de Fabrice d'Aquapendente, — de Servet,

— de Cesalpin, — de Rembert Dodens, — de Marcellus Donatus, etc. , IHumorisme grec, remis en honneur par les traductions d'Hippocrate de Duret et de Foes, régna encore dans presque toutes les écoles,

(1) Prise de Gonstantinople par les Turcs en 1453.

(2) Nicolas Leonicenus-'etait né à Vicence en 1128.

(3) Thomas Linacre de Cantorbery étudia en Italie en 1484, et revint se Rxer en Angleterre.

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