DE L'HUMORISME AU MOYEN AGE
et sur presque tous les esprits. — En voici la preuve tirée de Fernel clans un livre qui a eu le plus grand succès dans toute l'Europe (1650 à 1058), et qui nous montre accepté par cet auteur le galénisme le plus complet qui se puisse imaginer. — On a donc tort de faire de Fernel un tolidiste ou un humoriste. Il n'était ni l'un ni l'autre, — c'était un naturiste éclairé, comprenant la nature de l'homme comme il convient de le faire, et donnant une part équitable à la nature dirigeante, aux solides et aux humeurs. — Maintenant, que des systématiques aient emprunté un lambeau de phrase à Fernel, comme ils le font souvent pour Hippocrate et pour Galien, en le faisant au gré de leur manière de voir un ancêtre humoriste ou solidiste pour servir de base à leur doctrine, cela n'a rien qui doive surprendre. — C'est le procédé habituel de tous les doctrinaires. Pour moi. qui n'ai point d'idée préconçue à faire valoir, et qui ne cherche qu'à représenter la filiation de l'Humorisme dans le passé , sans prétendre que tout homme cité dans mon exposition doive être considéré comme un humoriste systématique, c'est-à-dire exclusif, je me borne à montrer le côté par lequel Fernel appartient à l'Humorisme en disant aussitôt comme correctif que ce médecin était surtout un disciple de Galien.
En effet, si on prend la peine de lire sa physiologie (page 357), on voit que la nature est la première vertu et la cause qui est de soi notre créatrice et notre conservatrice; et ailleurs : que les solides ne sont malades qu'après une altération antérieure des humeurs.
Dans ce traité, Fernel expose d'abord quelles sont les parties du corps humain, avec toutes les lacunes et les imperfections du temps antérieur à la découverte de la circulation sanguine et lymphatique. Comme Galien, il admet dans un second livre, que le corps est formé de parties simples et similaires, elles-mêmes composées des quatre éléments (la terre, l'air, l'eau et le feu), qui constituent toutes les choses de la nature (p. 249), plutôt que de leurs qualités seulement, telles que le chaud, le froid, le sec et l'humide. — Il expose ensuite sa théorie des esprits et de la chaleur naturelle qui est divine (p. 324); ses idées sur la nature créatrice et conservatrice; ce que c'est que l'àme, et combien elle renferme de facultés, enfin tout ce qui est relatif aux fonctions et aux humeurs. — Là il expose la digestion, de manière à nous transporter au temps de Galien, en parlant des facultés rétentrice, concoctrice et expultrice de l'estomac, en nous faisant assister aux trois codions de l'aliment opérées l'une dans l'estomac, l'autre dans le foie et la dernière dans chaque partie du corps où, selon sa nature, le tissu emprunte au saut,
apporté par le foie ce qui convient, à sa conservation (p. 553); — enfin que le sang des veines renferme avec lui la bile jaune, chaude et subtile, la pituite froide et sèche, en fin la bile noire (p. 758).
C'est là, comme on le voit, du Galénisme presque tout pur, modifié par le temps, exprimé dans un langage qui se ressent de la philosophie et de la scolaslique de l'époque, mais si l'on veut avoir une idée de ce qu'étaient le Naturisme et YHumorisme chez cet homme célèbre, il faut lire sa. pathologie et le premier chapitre et sa méthode de traitement des fièvres. Ici, on verra très-nettement la part qu'il accordait à la nature et aux humeurs dans la production des maladies.
« Cette nature, dont l'action universelle embrasse le monde entier et s'étend à chaque objet particulier, de même qu'elle règle à la fois le cours et les révolutions du soleil, de la lune et des astres, les variations des temps, les changements des saisons, et les fluctuations alternatives de l'Océan, soumet aussi l'universalité des êtres à l'ordre fixe et constant de ses lois immuables. Mais gouvernerait-elle l'univers et vivifierait- elle chaque être avec tant de régularité, si elle n'obéissait pas à une intelligence divine qui, régulatrice et conservatrice, administre et soutient toute chose suivant un plan et un dessin souverainement sage? L'accomplissement de la pensée divine constitue donc la loi de la nature. »
« La nature s'est trouvée ainsi douée d'une force suprême qui administre l'univers, conserve et fait vivre chaque être, sorte d'empire à qui tout obéit, et sans lequel ni la nature des choses, ni le monde lui-même ne continuerait à exister; et cette loi née avec le monde, émane de la pensée même et de la volonté de Dieu, car, comme le dit Platon, lorsque le père des dieux créa le monde, il lui imposa les lois qui devaient le régir. »
« Tout ce que renferment les trois règnes compris dans la région inférieure que nous habitons, le règne animal , le règne végétal et le règne minéral, possède aussi une nature particulière (et chaque objet a la sienne propre), par laquelle il entretient et régit ce qu'il a engendré. Et à son tour, celte nalure particulière de chaque objet a une loi suprême, non moins certaine et non moins stable, par laquelle elle accomplit tous ses actes. Cette nature particulière est soumise à la nature universelle, comme sa loi propre l'est à la loi générale; de façon que tous les êtres unis par des rapports consensuels, se plient aux ordres de la loi suprême. Ainsi donc, tout ce que la nature soumet à son empire existe en vertu d'une stabilité perpétuelle, d'un dessin suivi et d'une loi préétablie. » « Si nous faisons à l'art médical l'application de ce qui précède,
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nous voyons que tout dans l'homme, à l'exception du principe de son intelligence et de sa volonté, est gouverné par ces lois de la nature.
« La médecine, l'œil toujours fixé sur la nature, et comme faite à son image et ressemblance, prend sa loi pour guide, s'étudiant et mettant toute son œuvre à limiter, afin de conserver la santé de l homme constante et exempte de maladies, de la relever et de la rétablir, lorsqu'elle chancelle et se dérange, de prolonger enfin la vie elle-même saine et sauve aussi longtemps qu'il est possible. »
« L'une est la loi née ou plutôt éternelle de la nature; l'autre en est la loi écrite. La première est le type, le modèle primordial ; la seconde en est l'image parfaitement fidèle. Ces lois, nulle force humaine, nulle diversité de climats et de lieux, nulle révolution d'an nées ne les détruira. Elles restent inviolables et fixes, et se perpétueront immuables durant l'éternité des siècles; sous ces lois courbent la tète bon gré, mal gré (caria mort est commune à tous), ceuxlà mêmes qui prétendent soumettre et plier à leur domination les peuples de l'univers. »
« A ces lois obéissent les empereurs et les rois, ou du moins ce n'est pas impunément qu'ils les enfreignent. Ces lois supérieures à toutes les lois, également communes à toutes les nations, sont par conséquent nécessaires et immuables. »
« Cette absolue nécessité et cette supériorité nous imposent l'obligation de n'épargner aucun effort pour puiser ces lois aux sources les plus salubres et les plus pures de la nature, afin qu'exemptes de rudesse et de dureté, elles soient capables, parleur douceur et leur agrément, de soulager et de guérir ceux qu'affligent de graves souffrances ; telles enfin, qu'elles revêtent de dignité, et placent haut dans l'estime publique celui qui s'appuie sur elles pour l'exercice de la médecine, et deviennent une source d'honneur pour ceux qui en recommandent l'application, de résultats fructueux pour ceux qui les observent avec docilité, et de salut pour le genre humain tout entier. » (Fernel, Préface du premier livre de la Thérapeutique universelle, tome 2, p. 573.)
Voici maintenant de quelle manière il comprenait le rôle des humeurs dans la production des maladies, et il n'est pas difficile de voir que c'est là de l'hippocratisme le plus pur.