‹ Histoire de la medicine et des doctrines médicales (volume 2)Chapitre 51 sur 141 · BORELLI · texte numérisé non relu

BORELLI

Borelli, chef des iatro-mathémaliciens de l'école Italienne, est surtout remarquable par son ouvrage de physiologie sur le mou-

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vement des animaux, 1G80, intitulé de motu animalium. Ce traité est divisé en deux parties : l'une consacrée aux mouvements visibles des animaux, qui s'exécutent par la flexion et l'extension alternative des parties extérieures, et l'autre à l'étude de la cause du mouvement musculaire et des mouvements internes qui favorisent la progression des liquides dans les vaisseaux et dans les viscères. — Là, il étudie les muscles qu'il considère comme autant de machines dont la faculté motrice de l'âme se sert pour faire mouvoir les parties, car un muscle étant coupé, bien qu'il reçoive encore la matière qui le meut, reste immobile. — Ce qui le fait contracter ce ne sont pas les artères, mais l'action du fluide des nerfs, canaux creux par lesquels la matière du mouvement, suc nerveux matériel, coule pour se rendre au muscle. — Quant aux muscles, ils sont composés de libres creuses, juxtaposées bout à bout, remplies d'une moelle spongieuse comme la moelle de sureau, très-résistantes et pouvant porter un poids de 80 livres sans se rompre. — Elles ont une double action : l'une qui leur est propre et qui persiste après la mort, tandis que l'autre leur est communiquée du dehors par les nerfs dont un jet de fluide provoque la contraction. Quand l'âme sensitive qui réside dans le cerveau ordonne un mouvement, elle projette le long des tubes nerveux un courant de fluide subtil ou esprit animal qui se mélange au sang des cellules musculaires et les fait contracter en masse. Il y a là un choc subit, instantané, par le mélange des deux fluides; effet comparable à l'étincelle qu'un choc fait sortir du caillou, à la vapeur qui s'échappe en bouillonnant de la chaux vive mouillée ou à l'effervescence des acides sur certains sels. Sous l'influence de cet afflux du suc nerveux qui abonde subitement, il se produit par ce choc, ou par âcreté , une fermentation interne dans le sang du muscle qui se gonfle aussitôt, et c'est la contraction musculaire.

De plus, en se contractant, les muscles se raccourcissent, tendent à la ligne droite et comme ils sont obliquement fixés sur les os, ils rapprochent l'extrémité mobile de celle qui l'est moins, absolument comme font les cordages fixés sur des leviers. — Borelli montre alors que ces leviers sont de différentes espèces, qu'ils sont renforcés par des poulies et que le plus commun est celui où l'effort est fixé entre la résistance et le point d'appui. — Dans les autres comme le deltoïde, la force est en partie perdue parce qu'elle est plus, rapprochée du point d'appui que de l'extrémité du membre ou parce que l'insertion aux os est oblique au lieu d'être perpendiculaire, ou enfin parce que dans l'insertion aux tendons la direction des fibres semblable à celles des barbes d'une plume est

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oblique sur le tendon. — D'après lui, la force dépensée esl immense. En effet, si l'on attache un poids de 26 livres à la main, le bras étant allongé horizontalement, et qu'on élève le poids par la flexion du membre, les muscles brachial et biceps devront employer pour ce mouvement une force de 1160 livres (1). De même un portefaix ayant sur les épaules un poids de 129 livres, dépense une somme de forces égale à 17.366 livres pour se tenir sur un seul pied (2). Il est très beau de savoir calculer, mais qui ne calcule pas juste ferait mieux de s'abstenir. Toutes ces recherches variées à l'infini, se signalent par une ingéniosité peu commune et sont poursuivies sur une grande échelle dans les différents modes de station et de progression des animaux, debout, assis ou couchés ; dans les différentes espèces de mouvement sur la terre, dans l'eau et dans la course; sur le vol des oiseaux, le nager des poissons, etc.

A l'intérieur, c'est le mouvement du cœur qui a été surtout l'objet de ses recherches afin de calculer sa force de contraction. 11 l'évalue à 18U.00O livres, déduction faite de la résistance exercée par la surface des vaisseaux, mais cela n'a pas été admis.

Dans la respiration, le rôle de l'air est tout autre qu'on ne l'avail jamais compris. — Des poumons, il entre dans la masse du sang avec toute la vertu de ressort de ses parties constituantes. Toutes sont plus ou moins agitées, comprimées par le mouvement et la compression du sang des organes ou viscères, essentiellement mobiles, et dans les changements de position, les particules d'air délivrées réagissent par leur ressort, s'entre-choquent et entretiennent la fluidité du sang. Elles font là le même effet que le poids dans une horloge. Celte action est surtout utile dans le sang veineux dépouillé des parties subtiles et spiritueuses du sang artériel et qui s'épaissirait beaucoup trop par l'addition de la lymphe et du chyle

Dans la sécrétion de l'urine (De remim usu judicium) il n'y a pas d'attraction, comme ditPortal. (Hist de Vanatomie, tom. III, p. 246.) C'est le sang, poussé par la force des artères dans les reins comprimés par le diaphragme et les organes du bas-ventre, qui arrive aux dernières ramifications artérielles sur lesquelles il se brise en même temps que sur l'orifice des canaux urinaires, et ses parties les plus liquides transsudent en passant comme à travers un crible.

Selon Borelli, la digestion stomacale est une trituration facilitée par le concours d'un ferment corrosif et, en cela, il se rapproche desChimiâtres, ce que nous retrouverons chez tous les latro-mathématiciens.

(1) De motu animatium, pars I, cap. X, § 3£

(2) Ibidem, cap. XII, § 02.

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L'assimilation a pour but de recomposer par la nutrition moléculaire les vides qui se font dans les humeurs et dans les solides, par le départ de certaines parcelles constituantes par la transpiration. Alors, les globules sanguins charriés par les artères viennent s'engager dans les petits vides, déposent d'autres parcelles qui d'une façon intelligente prennent leurs places respectives, les parcelles osseuses ne pénètrent que dans les pores des os, les atomes charnus dans les pores des chairs, les membraneux dans les membranes, etc., de sorte que chaque tissu prend la nourriture qui lui est propre et nécessaire pour réparer ses pertes.

En pathologie, les hypothèses de Borelli ne sont pas moins nombreuses. — Ainsi, la douleur est le résultat de l'ébranlement du suc des cordons nerveux transmis au cerveau dont les fibres subissent un ébranlement et une titillation analogues. — C'est ce que Piorry appelle de nos jours une névropallie. La courbature est le résultat d'une obstruction des cordons nerveux qui ne permettant pas à leur suc d'arriver aux muscles, produit ce choc et cette fermentation dont je viens de parler et de laquelle résulte le mouvement.

La fièvre résulte non du sang malade mais du suc nerveux fermenté ou âi're qui arrive au cœur, et l'agite en produisant la chaleur fébrile. Les causes qui peuvent altérer ce suc sont toutes les lésions organiques des poumons ou des glandes que l'on connaît et qui se développent dans l'organisme. Quand la fièvre est intermittente, c'est qua la suite du séjour des sucs nerveux dégénérés dans les glandes, ces sucs s'accumulent puis remontent au cerveau par les nerfs d'où ils descendent au cœur et reproduisent l'accès de fièvre.

Dans cette manière d'envisager les affections fébriles, Borelli croit qu'on peut employer les purgatifs ou les sodoritiques, mais qu'ils ne sauraient avoir d'effet sur l'àcreté du suc nerveux. Il faut éliminer le ferment fébrigène par la transpiration insensible, par la sueur, les urines ou quelques autres émonctoires de façon à dissiper l'obstruction des canaux excréteurs et à tempérer l'acrimonie des ferments fébrigènes par l'introduction d'un sel de nature contraire. — Il préfère la saignée qui, ainsi que parle Sprengel, peut être utile et nuit peu, mais le but spécial doit être d'attendre les effets de la la nature, dlouvrir les pores de la peau et de fortifier les solides par le quinquina.

Voilà dans un court résumé les doctrines physiologiques et pathologiques du chef de l'école iatro-mathématique et mécanique. Que renferment-elles"? Une heureuse idée de la théorie des leviers à la statique musculaire et voilà tout. — A part cela, une théorie mécanique et chimiàtrique de la contractililé musculaire que l'on peut

hardiment considérer comme une hypothèse, — des calculs de la force contractile des muscles et du cœur qui sont autant d'erreurs.

Une théorie mécanique fausse du rôle de l'air introduit dans le sang par la respiration.

Une explication mécanique de la sécrétion urinaire qui est une erreur.

Enfin une pathologie mécanique et chimiâtrique dans laquelle on fait jouer un rôle hypothétique à la circulation et aux obstructions des nerfs par un suc nerveux altéré, acre ou fermenté.

S'il faut juger les disciples parle chef d'école, que doit-on déjà penser du système iatro-mécanique ? -- Il n'est pas probable qu'ils aient mieux fait que le maître et, comme nous le verrons, sauf ceux qui n'ayant gardé du système que le principe dans ses applications raisonnables et restreintes, tous les autres ont reproduit les mômes erreurs sur lesquels encore ils ont cru devoir surenchérir.

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