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DE I/IATRO- MÉCANISME ANGLAIS

Partout et toujours c'est l'hypothèse. Ou en jugera par ce dernier fait relatif à l'action des opiacés. — L'opium ne fait dormir que parce qu'il raréfie le sang du cerveau et comprime ainsi les nerfs de cet organe. —

Guillaume Cole, 1693, était en même temps chimiatre et iatro-mécanicien. On lui doit aussi des recherches physiologiques sur le rapport des diamètres des petits vaisseaux à leurs grosses branches. En médecine, il a produit une théorie toute mécanique et chimique des fièvres — Il attribuait ces maladies à l'introduction de matières acres ou fermentescibles dans le sang et dans les tubes nerveux pour en modifier le suc et de là s'irradier dans le système entier. A l'absorption des parties alcalines, il attribuait les fièvres quotidiennes, et à celle des parties acides la fièvre tierce.

Jacques Keill, 1673-1719, est un médecin écossais qui se livra à de nombreuses recherches de statique médicale appuyées de calculs sur la vitesse du sang, sur la force du cœur, sur le diamètre des vaisseaux, sur la perspiration cutanée, sur l'attraction des molécules organiques, etc. C'est un des iatro-mécaniciens les plus distingués de l'école. — S'inspirant je ne sais trop comment des travaux de Newton, il associa l'attraction au mécanicisme jusque là- en faveur pour expliquer les sécrétions. — Il y avait une attraction double, l'une hétérogène en rapport avec le grand mouvement du sang unissait ce liquide à la totalité des organes, et l'autre homogène résultat de ce mouvement ralenti dans les organes sécrétoires permettait la formation des liquides sécrétés.

Cette hypothèse lui semblait être la conséquence de sa démonstration mathématique du ralentissement de plus en plus prononcé du sang à mesure qu'il se répand loin du centre dans les petits vaisseaux — Ainsi, d'après Sprengel, « il pensait que le tronc est à ses branches dans la proportion de dix mille à douze mille trois cent quatre vingt-sept, évaluation qui est trop faible, et il élevait le nombre des ramifications à trente, quarante, ou cinquante. Aussi obtint-il une diminution incroyable de vélocité, au moins dans les dernières artérioles du mésentère, où le sang ne conserve suivant lui que la cinq mille deux cent soixante et unième partie de la vitesse qu'il avait dans

le tronc Ce fluide se meut avec une telle lenteur dans les

veines du mésentère que sa vélocité est quatorze mille trois cent treize fois plus grande dans le tronc de l'artère mésentérique. » (Sprengel, Histoire de la médecine, p. 164, tom. 5.)

Il suffit de citer ces calculs pour faire voir à combien d'erreurs les prétentions à l'exactitude peuvent conduire. Ces chiffres n'ajoutent

rien au fait lui-même du ralentissement du sang aux extrémités capillaires qui est consacré par l'observation, et ils indroduisent dans la science des erreurs malthématiques dont elle aurait pu se passer.

Il en est de même des évaluations de la force du cœur opposées aux évaluations de Borelli — Ce dernier accordait au cœur une force de 180000 livres pour mouvoir vingt livres de sang, tandis que lui la supputait seulement à une livre pour le mouvement d'une masse sanguine de cent livres, — autre erreur ajoutée à la première. — Sprengel l'explique en disant que J. Keill partit de cet axiome de Newton que la force avec laquelle un fluide se trouve chassé est égale au poids d'un cylindre rempli de ce même fluide, cylindre dont la base correspond à l'orifice du vaisseau qui pousse le liquide, mais dont la hauteur est double de celle du même vaisseau. — En conséquence, « pour déterminer la vélocité avec laquelle le sang coule du cœur, il admit que chaque systole en chasse un pouce six cent cinquante-neuf millièmes ou une once en poids. Ainsi, pendant l'espace d'une minute, quatre-vingts battements chassent cent trente- deux pouces et douze millièmes de sang. L'ouverture de l'aorte est de quatre mille cent quatre-vingt-dix-sept millièmes de pouces; par conséquent le cylindre dont la base est égale à cette ouverture et qui renferme cent, trente-deux pouces soixante douze millièmes de sang doit avoir trois cent seize pouces ou vingt-six pieds de long; car telle est l'étendue du chemin que parcourt le sang en une minute.

Voulant ensuite apprécier la vitesse, Keill admet que la diastole et la périsystole exigent deux fois autant de temps que la systole, c'està-dire la deux cent quarantième partie d'une minute. Or comme, dans le tiers d'une minute, le cœur chasse le sang à vingt-six pieds, ce fluide devrait parcourir soixante dix-huit pieds par minute s'il conservait toujours la même vélocité ; mais comme le cœur pousse réellement deux onces de sang qui remplissent un cylindre une fois aussi long, le fluide parcourt en effet cent cinquante-six pieds par minute. De cette manière, Keill en appliquant les principes de Newton sur les lois de la chute des corps, finit par obtenir pour résultat que la force du cœur n'est égale qu'à cinq onces. » (Sprengel, tome V, p. 165.)

Je n'ai cité ce fragment et ces chiffres que pour en faire ressortir l'inanité et pour établir l'erreur de ceux qui croient pouvoir comparer une machine organisée à une machine de construction humaine. Que peut-être une pathologie appuyée sur une telle méthode et sur d'aussi grandes erreurs? Il est à peine nécessaire de le dire. Les malades n'en sont que le prétexte et n'en peuvent que souffrir. Ils n'ont rien à voir avec ces divagations.

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Parmi les autres iatro-mécaniciens de l'Angleterre, je citerai Georges Cheyne, qui attribuait les fièvres à l'obstruction des glandes produisant l'accélération du sang et l'excitation du système nerveux. Il considérait l'attraction des fibres comme la cause de leur action ; l'obstruction de petits vaisseaux capillaires des articulations par un sel acre et irritant comme la cause de la goutte, l'absorption des sels alcalins comme la cause des fièvres contagieuses, etc.

Vainewright, 1707, qui attribuait comme Keill aux courbures des vaisseaux et à leurs llexuosités une influence considérable sur l'attraction des molécules destinées à former les humeurs, qui sont visqueuses si les vaisseaux sont très-flexueux, limpides au contraire si la vitesse du sang très-considérable n'est pas gênée par la disposition anatomique.

Pemberton, 1773, qui attribuait également les sécrétions à la différence de vitesse du sang.

Nicolas Robinson, 1725, qui attribuait toutes les inflammations à la congestion et qui créa une pathogénie relevant de l'attraction Newtonienne.

« Le rapport de l'attraction de contact à l'attraction électrique est la raison du mouvement des fibres. Les parties plus grosses et plus denses des fibres se touchent dans le raccourcissement, et se contractent plus fortement que celles qui sont déliées et ténues, et auxquelles il ne reste que l'attraction électrique. Outre la force attractive de leurs molécules, le sang et les humeurs ont encore la faculté de repousser comme les parties solides, et du rapport régulier de ces deux forces, l'attraction et la répulsion, dépendent l'équilibre de la nature, le mélange des humeurs et la santé. » (Sprengel, tome V, p. 172.)

Il est un des premiers qui combattirent avec le plus d'énergie l'hypothèse des tuyaux creux admis dans les nerfs, et il considérait ces organes comme des cordes solides et pleines terminées dans les organes des sens par de petits renflements dont le contact des objets extérieurs impressionnait la substance, et l'impression se propageait jusqu'au cerveau. C'est lui enfin qui, s'inspirant de la philosophie de Newton, et repoussant l'existence d'un suc nerveux, le remplaça par ïéther animal, dont les vibrations accrues par la tension exagérée des nerfs produisaient les maladies nerveuses.

On lui doit également d'autres travaux sur la vitesse du sang qui, pour lui, semblait être la cause de la chaleur animale ; sur l'attraction spécifique des glandes sécrétoires vis-à-vis des molécules du sang ; sur le développement du corps, sur les contractions

musculaires et enfin sur la perspiration culanée de Sanctorius dont il renversa aussi les chiffres.

Thomas Morgan, 1725, auteur d'une pratique mécanique de la médecine, a publié une foule d'expériences contradictoires de celles de Robinson sur la vélocité du sang. — Pour lui, les sécrétions étaient le résultat de l'activité d'une membrane musculeuse située dans l'intérieur des glandes. Ici, comme on le voit, il y a progrès. Ce n'est plus la sécrétion par la diminution de vitesse du sang, ni par l'attraction des molécules, ni par tamisage, c'est une action spécifique élective de la membrane glandulaire.

Georges Martine, qui a fait à sa manière l'évaluation de la vitesse du sang en la déclarant égale par tout le corps, ce qui lui a permis de soutenir que la chaleur animale due au frottement du sang contre les parois des vaisseaux était la même par toute l'Economie et dans les humeurs. (De similibus animalibus, 1752.)

Stevenson, qui l'un des premiers attribua la chaleur animale à un changement continuel des éléments chimiques du sang dans des tissus ayant une grande analogie avec la fermentation.

Richard Mead, 1749, médecin distingué, enthousiaste newtonien, qui substitua aussi à l'hypothèse des esprits vitaux accréditée par toute l'école iatro -mécanique, celle de l'éther animal, opinion déjà soutenue par Nicolas Robinson. Il a consacré aussi un long chapitre à des calculs astronomiques servant de prélude à une discussion sérieuse sur l'influence du soleil et de la lune sur les maladies.

Clifton Wintringham, 1740, médecin, physiologiste, est connu par ses calculs sur la plus grande résistauce des tuniques artérielles dans les petits que dans les gros vaisseaux, ainsi que sur le rapport de quantité des liquides qui est également plus considérable dans les artères résistantes qui sont les petites, que dans les grosses qui résistent moins.

On lui doit aussi, dit Sprengel, l'évaluation du poids d'un animalcule spermatique estimé à la cent quarante millionième partie d'un grain. Par l'utilité de cette recherche, on peut juger de l'abus qui était fait de l'emploi des calculs en physiologie. Comme médecin, il a laissé des commentaires sur les maladies qui se distinguent par des remarques cliniques utiles, et où se trouvent quelques idées neuves qui ont été reprises avec avantage par ses successeurs.

Le dernier Anglais dont je veuille parler, pour ne pas allonger celle énumération d'hypothèses iatro-mécaniques toutes semblables, est Ed. Barry, 1759. Après les calculs qu'il a faits, pour prédire l'âge vraisemblable de la vie eu établissant le rapport de la diminution des forces du cœur à l'augmentation de l'épaisseur des artérioles selon

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l'âge, il n'y a plus rien à citer en fait d'audace iatro-mathématique. Voici ce que reproduit Sprengel : « F étant l'étendue ordinaire de la vie = 70 ans, B le nombre habituel des pulsations par minute = GO, G le nombre des minutes qui partagent l'année, C B F représentent le nombre des pulsations pendant tout le cours de la vie : — si maintenant des erreurs de régime portent le nombre des

pulsations à Z = 75, alors Z : B = F : -„- ; l'homme ne vivra donc

que 5G == ans » (Histoire de la médecine, p. 183).

Si ce calcul est exact, tant mieux, et je me garderai bien de le vérifier, mais les bases étant fausses , le résultat ne saurait être vrai, et franchement la médecine a mieux à faire que de travailler dans cette voie dangereuse qui ne peut aboutir qu'à Terreur.

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