‹ Histoire de la medicine et des doctrines médicales (volume 2)Chapitre 54 sur 141 · DE L'IATRO-MÉCANISME — BAGLIVI · texte numérisé non relu

DE L'IATRO-MÉCANISME — BAGLIVI

d'une foule de choses inconnues aux siècles passés, et l'on put reconnaître alors que le corps humain, considéré sous le point de vue des actes physiques, n'était au fond qu'un ensemble de mouvements empruntés à la mécanique ou à la chimie, quoique déterminés par des lois d'un ordre purement mathématique.

« Examinez en effet avec quelque attention l'économie physique de l'homme : qu'y trouvez-vous? Ces mâchoires armées de dents qu'est-ce autre chose que des tenailles? l'estomac, c'est une cornue; les veines, les artères, le système entier des vaisseaux, ce sont des tubes hydrauliques; le cœur, c'est un ressort, les viscères ne sont que des cribles, des fdtres ; le poumon n'est qu'un soufflet ; qu'est-ce que les muscles, sinon des cordes? qu'est-ce que l'angle oculaire, si ce n'est une poulie? et ainsi de suite. Laissons les chimistes avec leurs grands mots de fusion, de sublimation, de précipitation, vouloir expliquer la nature et chercher ainsi à établir une philosophie à part; ce n'en est pas moins une chose incontestable que tous ces phénomènes doivent se rapporter aux lois de l'équilibre, à celle du coin, de la- corde, du ressort et des autres éléments de la mécanique.

« Ainsi donc, les phénomènes de l'économie physique de l'homme ne pouvant s'expliquer d'une manière un peu claire, un peu facile, qu'au moyen des principes de mathématique expérimentale, ce qui est au fond le langage môme de la nature, nous pensons également qu'il n'y a pas de manière plus simple, plus naturelle, et que par conséquent toute théorie basée sur ces principes doit offrir nécessairement beaucoup plus de certitude que les autres.

Si les maladies n'étaient jamais qu'un résultat de quelques lésions des solides de l'économie, rien ne serait facile comme la recherche et l'examen des causes morbides au moyen des principes dont nous venons de parler : mais il est loin d'en être ainsi ; presque toutes au contraire ont leur source dans quelque modification des fluides, et par conséquent c'est une chose toute naturelle, si des principes théorético-philosophiques sont impuissants à nous éclairer jamais sur la cause véritable et essentielle des maladies. Prenez, en effet, l'homme le plus versé dans la connaissance d'une hypothèse ou d'une philosophie quelconques ; supposez que cet homme ait consacré les plus longues méditations, les travaux les plus opiniâtres sur l'étude des éléments, dans l'état naturel comme dans l'état pathologique, ils échapperont toujours à la science et ne se laisseront pénétrer par aucun effort de l'esprit humain. Les médecins auront beau faire, tout ce qu'ils pourront dire à cet égard ne sera jamais qu'une sorte de feu

follet, une flamme légère qui effleure à peine la peau qu'elle semble dévorer. »

« Si, du reste, nous ignorons tout ce qui regarde la forme et la texture intime des molécules qui constituent les liquides animaux, il faut avouer qu'il n'est pas absolument indispensable de la connaître ; il suffit pour guérir de savoir distinguer par expériences les phases diverses des mouvements morbides, dans les fluides animaux, les périodes de progrès, de déclin ou de terminaison. Comme c'est la nature qui produit ces mouvements et qui les dirige, c'est à eux qu'il faut demander la source véritable des indications, l'opportunité des remèdes et les modifications du traitement. Ceci une fois convenu, il faut bien avouer que l'art de guérir est une chose qu'on ne peut acquérir jamais qu'à force d'usage et d'exercice, et que, par conséquent, sous le rapport du traitement de? maladies, la théorie, comme nous le disions plus haut, ne peut se comparer à la pratique » (p. 242).

Le chapitre suivant est consacré à la méthode qu'il propose aux jeunes médecins pour faire la théorie d'une maladie, méthode qui consiste à vérifier toute hypothèse et à ne s'en fier qu'à l'expérience et à l'observation. — Il cite à ce sujet la faute de Césalpin qui, par une intuition de génie, découvrit la circulation sans la démontrer et qui laissa à Harvey le soin d'éclairer la question par les lumières de l'expérience. — Puis, par opposition, il indique toutes les hypothèses de Sylvius de le Boë, de Van Helmont, de Descartes, etc., qui ne sont restées que des hypothèses.

« La fourmi ramasse des provisions et s'en sert, c'est l'image des empiriques, qui s'en vont çà et là, recueillant des faits, et qui bientôt, sans les soumettre à la pierre de touche de l'expérience et au creuset du raisonnement, se servent sans distinction de tout ce qu'ils ont pu recueillir. L'araignée, au contraire, tire d'elle-même tous les fils de sa toile; elle n'emprunte rien au dehors. C'est ce que font les médecins de la théorie, les purs dialecticiens de la science. L'abeille enfin agit bien mieux que l'une et l'autre : elle va chercher au fond des fleurs un miel brut ; elle l'introduit dans ses organes, elle l'y travaille, elle l'y mûrit, pour ainsi dire, et l'amène ainsi à force de soins, au point de perfection qui lui est nécessaire. Voilà ce que fait l'abeille; mais si vous cherchez des médecins qui fassent comme elle, vous n'en trouverez pas : les uns prennent la nature, ils en font une abstraction, une chose sans forme, sans réalité; les autres, au contraire, ne voulant accepter que ce qui touche leurs sens, et rien de ce qui vient de la raison, finissent souvent par

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tomber dans une telle confusion d'idées qu'on les voit à la fois dédaigner certaines choses comme trop basses, et baisser les yeux devant certaines autres comme trop élevées » (p. 251).

« Le principe fondamental de la méthode doit être l'examen des phénomènes afin de permettre à l'intelligence de s'élever aux lois qui les dominent et qui les dirigent. — En ce qui touche la médecine, c'est surtout à l'expérience qu'il faut s'adresser pour avoir des lois, des règles certaines et invariables qui guident le jugement et lèvent les doutes qui font naître les cas difficiles.

Dans le chapitre suivant, il s'occupe des maladies de l'âme, de l'influence réciproque du moral sur le physique et du physique sur le moral, et enfin de Yinfluence spéciale du climat de Rome sur les maladies.

La seconde partie du livre de Baglivi est encore de faire ressortir l'énorme importance de l'observation médicale dans la pratique médicale pour l'histoire et la thérapeutique des maladies. Ainsi il divise la science médicale en médecine première et en médecine seconde.

« Ce que j'appelle médecine première, dit-il, c'est lhistoire pure et simple des maladies, c'est le résultat nu de l'observation, puisé au lit du malade, ou recueilli de la bouche du malade lui-même. Pour faire ainsi l'histoire d'une maladie, il n'est besoin d'aucune science étrangère, ni de la connaissance des livres, c'est ce qu'on appelle une science pure, une science propre ; et comme elle n'a d'autres éléments que l'observation et les renseignements fournis par le malade, tout ce qui vient du dehors ne peut jamais être pour elle qu'une source de confusion et de trouble, la triste source de toutes ces erreurs qu'on nous a si souvent reprochées. Le devoir du médecin, dans cette première partie de la science, se borne à jouer le rôle d'un témoin, qui raconte mais n'apprécie pas; il doit, comme celui-ci, noter avec un soin scrupuleux les circonstances des faits les plus minutieux; car les unes n'ont besoin que de se produire pour mettre aussitôt sur la voie du véritable traitement , et les autres ne sont qu'un flambeau pour marcher sans crainte et sonder la nature des phénomènes les plus mystérieux.

« Or, cela permet de reconnaître deux sortes d'observations, les unes qui éclairent, les autres qui portent des fruits. Ainsi donc, quand il s'agit d'une question aussi grave, quand il s'agit d'établir l'histoire des maladies, gardons-nous bien de faire comme les poètes, dont l'esprit impatient du joug échappe sans cesse au sujet de leurs chants, pour aller s'égarer dans les espaces sans fin de l'imagination; quant à nous, sachons, tout au contraire, nous faire les

esclaves des choses, vaincre la nature à force d'obéissance, et lui dérober son langage à force de savoir l'écouter.

« Voilà pour la médecine première : J'appelle maintenant médecine seconde tout le reste de la médecine : or, celle-là peut s'appuyer sur les autres sciences, sur la connaissance des auteurs, et enfin sur tout ce que, dans l'école , on appelle, d'une manière générale, la science, la méthode, et la raison » (p. 313).

Puis, il montre que cette médecine première a été retardée dans sa marche par la philosophie spiritualiste qui regardait un peu trop le témoignage des sens comme un guide infidèle, par le mépris que l'école rationaliste fait de l'empirisme, enfin par le défaut d'un maître capable « de tenir le flambeau, et de montrer à nos yeux la méthode expérimentale cachée parmi les mille détours du flambeau sans fin des maladies. » Vient ensuite l'exposé des règles d'une bonne observation pour tracer l'histoire des maladies, pour favoriser ses progrès et pour en déduire les principes de traitement. Tout cela très-bien pensé est à lire et à méditer. — On ne parlerait guère autrement aujourd'hui.

La fin de l'ouvrage est consacrée à des sujets plus divers ; à la création d'une académie qu'il a la faiblesse de croire utile aux pro. grès de la science, mais il est vrai qu'il lui suppose un but et un programme que nous ne connaissons guère aujourd'hui-, — à un spécimen d'histoire première de la goutte ; — aux lacunes à combler en médecine, — à l'étude des causes prochaines et disposantes — et enfin aux moyens d'établir de bonnes indications thérapeutiques.

Ici, Baglivi semble avoir tout à fait oublié le doctrinaire, l'influence prépondérante des solides, l'acrimonie des humeurs, l'Iatromécanisme, et il n'est que praticien et naturiste.

Il montre qu'il faut avant tout déterminer les indications, qui sont la base véritable de la pratique, qu'en général elles sont fondées sur de trompeuses hypothèses et qu'elles ne sont plus guère que la vaine image des théories les plus vaines. — Pais, comme exemple, il cite : le quaternaire humoral des galénistes aboutissant à la recherche de l'humeur peccante et à son évacuation ; Y acrimonie dans laquelle on demande la cause des maladies et leur remède « un triste fantôme de l'acide et de l'alcali, » les quatre principes des Méthodistes, l'amer, l'acre, le relâchant et l'astringent ou, si l'on veut, les principes coagulant, dissolvant, austère et salé ; Y action réciproque des solides sur les fluides, et il dit que souvent tout cela importe bien peu à la guérison des maladies. 11 a vu la même maladie céder à des médicaments chauds et froids, alcalins ou acides, doués de vertus semblables ou de vertus contraires, et en présence

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de faits semblables, il s'écrie qu'il lui est impossible de ne pas croire de plus en plus à la nature médicatrice. — C'est en effet là où conduisent l'expérience des médications internes et l'observation attentive de la plupart des maladies.

La seule chose qui puisse faire avancer la pratique médicale c'est la pratique elle-même, et perdus comme nous le sommes au milieu d'une théorie d'incertitudes et de ténèbres, tâchons de nous faire une théorie fixe et fidèle qui nous fournisse naturellement les indications les plus solides. — Voila tout Baglivi. Il demande ses indications à la raison et à l'expérience. Il ne faudrait pas exiger de lui trop de précision, car il vous dirait que les indications les plus sûres sont tirées de la nature de la cause , des symptômes et de la violence du mal (p. -419). Evidemment c'est vrai, mais tous ceux dont il blâme les théories n'ont pas fait autre chose que de courir après la découverte de la nature des causes et de la nature des maladies. — Il ne suffit pas de dire en général : Les causes de toutes les maladies consistent dans le relâchement ou dans la tension des fibres primitives de nos tissus. Au lit du malade, devant des élèves qui cherchent à reconnaître les symptômes de cette lésion, et devant des médecins compétents capables de juger les choses, toutes ces théories s'évanouissent, et il ne reste plus qu'un praticien téméraire ou prudent, expert ou fantaisiste, soucieux ou indifférent pour les souffrances du prochain.

C'est bien là l'honnête et vrai médecin instruit autant que personne parmi ses contemporains, prenant l'observation pour règle et l'expérience pour guide, préférant chez les malades s'abstenir et tout attendre de la nature que d'agir en aveugle, mais acceptant et utilisant tous les spécifiques que l'usage a consacrés.

En résumé, Baglivi n'est pas un doctrinaire systématique, et bien que tous les érudits non médecins en aient fait légèrement un Iatro-mécanicien, d'après quelques-unes de Ses opinions médicales, ou à cause de sa haute estime pour Borelli, on aurait tort de le considérer comme un pur Iatro-mécanicien. — A ce compte-là, tous les médecins un peu instruits, qui acceptent le rôle de la mécanique et de l'hydraulique et du calcul dans la physiologie, seraient des iatro-mathémaliciens. — Il suffirait de croire que le cœur est une pompe aspirante et foulante, que le larynx est une anche, que l'œil est une chambre noire, etc., pour être rangé parmi les sectaires de l'iatro mécanisme. Evidemment c'est là une erreur d'appréciation contre laquelle la critique historique doit réagir. Le vrai médecin e.-t à la fois empirique , c'est-à-dire observateur, mécanicien et chimiste, solidiste et humoriste, naturiste, etc., et il n'y a que celui

qui, laissant dans l'ombre la plupart des éléments de la nature humaine, n'en voit qu'un seul, dont il exagère l'influence pour bâtir un système pathologique, qui doit être regardé comme appartenant à une école spéciale : or ce n'est point le cas de Baglivi. La lecture attentive de ses œuvres en fournit largement des preuves.

Toute l'école iatro-mathématique et mécanique d'Italie nous offre des types semblables à celui que je viens de décrire, c'est-à-dire des hommes instruits, cherchant à séparer la théorie, avec ses recherches mathématiques , physiques et mécaniques, d'avec la pratique «. qui ne vit que d'observations et d expérience. » C'est un point de vue essentiel à ne pas oublier pour comprendre l'importance scientifique de cette doctrine. — 'Elle a eu de nombreux partisans et parmi eux je citerai seulement les plus distingués : De Sandris, 1696, à Bologne ; — Gulielmini, à Venise, 1665-1749 ; — Donzellini, à Venise, 1719; — Bazzicaluve, de Lucques , 1701 ; — Jean Bernouilli, 1667-1748, à Baie; — Michelotti, à Venise, 1721 ; — Mazini, à Padoue, 1743 ; etc.

L'analyse de leurs hypothèses aujourd'hui délaissées n'aurait aucun avantage pour le lecteur et ne pourrait que le fatiguer par une répétition d'erreurs déjà jugées jointes à des variantes iatro-mécaniques personnelles qui n'ont plus d'intérêt. — Gela m'entraînerait d'ailleurs beaucoup trop loin, jetterait la confusion dans mon exposé et masquerait la pensée générale qui me guide pour arriver à bien faire connaître toutes les filiations du système. — Je préfère donc, laissant là les iatro-mécauiciens d'Italie, de second ordre, montrer ceux de l'Angleterre et faire voir sous quels rapports ils diffèrent de leurs maîtres.

DU SYSTÈME IATRO-MATHÉMATIQUE ET MÉCANIQUE EN ANGLETERRE OU IATRO- MÉCANISME NEWTONIEN — ARCHIBALD PITCAIRN — G. COLE — JACQUES KEILL — CHEYNE — VAINEWRIGHT — NICOLAS ROBINSON — MARTINE — STEVEN- SON — RICHARD MEAD — CLIFTON WINTFUNGHAM — ED. BARRY, ETC.

La faveur de l'Iatro-mécanisme en Italie où l'on arrivait de toutes les contrées de l'Europe pour s'instruire de la nouvelle méthode, en apparence si précise, introduite en psychologie et en médecine, engendra des sectaires qui reportèrent chez eux les principes de Borelli et de ses disciples. — L'Angleterre ne resta pas étrangère à ce progrès. — Pitcairn, qui avait étudié la méthode à Montpellier, la reporta en Hollande, puis dans son pays natal où il l'installa pour plusieurs années.

Ce ne fut d'abord que l'Iatro-mécanisme italien dégagé de toute

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chimiatrie, reflétant à moitié la doctrine de l'homme-machine de Descaries, mais peu à peu on le voit changer de forme et s'inspirer de la philosophie de Newton. On y introduit l'attraction, la loi de la chute des corps, 1 élher animal, les courbures vasculaires, la forme des atomes, le calcul, etc., qui doivent expliquer : soit le rôle des molécules attirées ou repoussées dans les fonctions des glandes sécrétoires, soit la vibration d'un éther animal ou courant du suc nerveux admis jusque-là dans les nerfs, — soit la force du cœur et la vitesse du sang selon les courbures et les flexuosités vasculaires. C'est au fond le même principe, mais les applications en sont un peu différentes sans être pour cela plus privilégiées contre la création des hypothèses.

Parmi ces ialro-mécaniciens, je citerai entre les plus renommés :

Archibald Pitcairn (1652-1713), Écossais d'origine, d'abord professeur de médecine à Leyde, où il eut Boerrhaave pour élève, revint ensuite en Angleterre où il professa llatro-mécanisme le plus exagéré en le séparant tout à fait de la chimiatrie.

On lui doit des recherches sur l'anastomose des artères et des veines faites dans le but d'établir que le sang ne s'épanchait pas dans les chairs et circulait dans des canaux non interrompus ( De Motu sanguinis per vasa minima) 1693; — des évaluations mathématiques sur la force contractile du cœur et des artères absolument comme chez les autres iatro-physiciens, mais avec des chiffres différents.

Pour lui, le sang prenait mécaniquement sa couleur vermeille dans les poumons sous l'influence de l'air qui distend les vésicules pulmonaires à chaque inspiration ; mais qu'on n'aille pas croire qu'il s'agisse là d'une action chimique, non, ce phénomène est le résultat d'une action mécanique comparable à l'effet d'un piston qui broie un liquide dans un mortier.

Les sécrétions ne dépendent pas de la différence de diamètre des pores du crible sécrétoire , comme l'ont affirmé quelques mécaniciens de l'École italienne, mais seulement d'une différence de vitesse du sang.

La digestion est un pur effet mécanique de trituration exécuté par l'estomac, le diaphragme et les muscles du bas-ventre qui malaxent les aliments comme nous pétrissons une pâte dans la main, sans qu'il soit besoin d'aucun ferment, ni de suc gastrique pour les désagréger. — Tout au plus le suc gastrique pourrail-il dissoudre les aliments comme l'eau dissout le savon, mais s'il pouvait attaquer la viande il digérerait l'estomac. Celui-ci a une force immense qu'il évalue à 12,951 livres, trois fois plus considérable, dit-il, que la force du cœur estimée à 3,000 livres environ par Borelli. — Tout

cela est bien exagéré, bien faux même, mais ce fut alors une vérité qu'il ne fallait pas trop contredire. Astruc, qui eut à cet égard une polémique avec Pitcairn, fut même assez impoliment maltraité, et de ce qu'il ne croyait pas cette effroyable force des muscles du ventre dans la digestion, Pitcairn se permit de lui dire : Credo A... nunquam cacasse.

L'innervation résulte de l'action réciproque du cerveau et du cœur : le premier séparant le suc nerveux du sang qui lui est envoyé, et l'autre n'envoyant de sang qu'en raison de la plus ou moins grande conlractilité musculaire que lui donne le suc nerveux. — Le mouvement dépend de l'afflux nerveux aux muscles, et les sensations de son reflux vers le cerveau.

La menstruation est un résultat de pléthore externe et de la pesanteur qui, agissant sur les vaissaux utérins sans soutien, provoque leur rupture et l'apparition du sang.

Quelle physiologie et que d'erreurs ! C'est partout la répétition des mêmes hypothèses déduites d'expériences vicieuses, d'observations mal comprises et de calculs erronés. En pathologie, c'est la même chose.

Pour Pitcairn, la maladie est le résultat d'une circulation augmentée ou diminuée par la fluidité du liquide ou par la stase sanguine, et elle dépend en général du trouble des évacuations naturelles et surtout de la perspiration cutanée.

La fièvre est une circulation augmentée par la raréfaction du sang, et les inflammations une circulation arrêtée partiellement par le sang épaissi.

Nulle part dans cette physiologie et dans cette pathologie, il n'est question des réactions chimiques acides ou alcalines, ni de la fermentation et, dans une dissertation spéciale (1), il combat résolument tout le système cbimiatrique auquel il n'accorde point d'importance; — c'est là une différence considérable que nous retrouverons également , un peu moins accentuée chez Boerhaave, entre cet Iatro-mécanisme et celui de l'école italienne.

Aussi l'usage thérapeutique des alcalins et des acides est-il complètement banni et les médications favorites de Pitcairn consistent dans les émissions sanguines qui raréfient le sang ; dans les sudorifiques qui favorisent l'action de la peau ; dans les vomitifs et dans les purgatifs qui enlèvent les causes morbifiques du tube intestinal; enfin dans un certain nombre de spécifiques, quelquefois réels mais trop souvent ridicules.

(1) Dissertatio brevis de opéra quarn praestant Corpora acida vcl alcalica en curationne moi borum.

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