‹ Histoire de la medicine et des doctrines médicales (volume 2)Chapitre 59 sur 141 · DE L'IATRO-MÉCANISME EN HOLLANDE — BOERHAAVE · texte numérisé non relu

DE L'IATRO-MÉCANISME EN HOLLANDE — BOERHAAVE

qu'elles exigentdivers remèdes ou diverses méthodes selon la circonslance. C'est celte variété soigneusement recherchée en chaque maladie qui indique les secours nécessaires et la manière de s'en servir.

Cependant on les guérit, en général, par le mouvement réciproque du vaisseau, par des délayans en y portant une liqueur fluide qui atténue la matière, par son mélange et son mouvement, en faisant cesser la cause coagulante.

On donne du ressort aux vaisseaux en diminuant leur tension par la saignée, par les fortifians, par le frottement, et l'action des muscles, par les irritans. L'eau délayée surtout si on la prend chaude en boisson, en injection sous la forme de fomentations ou de vapeurs déterminées vers le siège de la concrétion , les attractifs , dérivatifs, sont bons aussi à cet usage. Les atténuans sont, l'eau, le sel marin, le sel gemme, le sel ammoniac, le sel de nitre, le borax, le sel fixe alcali volatil, les savons faits d'alcali et d'huile, naturels, composés, fuligineux, volatils, fixes, la bile, les préparations mercurielles qu'on détermine vers la partie affectée par des dérivatifs , des attractifs, des propulsifs. On détruit la cause coagulante en la faisant passer dans une autre qui l'attire.

C'est ainsi que les alcalis absorbent les acides, les huiles, etc., et c'est principalement par des expériences chimiques qu'on fait ces découvertes.

Lorsqu'un fluide qui a été poussé dans les lieux étrangers y devient impénétrable et forme par là des obstructions, plusieurs maladies malignes s'en ensuivent. C'est pourquoi ce genre de mal mérite d'être examiné attentivement.

On le connaît lorsqu'on sait qu'il a été précédé de ses causes, qu'il est ordinairement assez aisé d'observer -, que des causes contraires leur ont ensuite succédé quand on voit clairement les effets. Il est aussi facile d'en prévoir les suites selon ce qui a élé dit. La cure consiste à faire rétrograder la matière de l'obstruction dans de plus grands vaisseaux, à la résoudre, à relâcher les vaisseaux, à la faire suppure». Ce mouvement de rétrogradation se procure, en évacuant par de grandes et subites saignées les liqueurs qui par leur mouvement forçaient la matière de s'engager davantage : et par ce moyen le vaisseau à force de se contracter, la fait rétrograder , par des frictions faites de l'extrémité du vaisseau vers la base.

La matière de l'obstruction se résout par les remèdes écrits cidevant.

Toute cette théorie^formulée en termes un peu confus, est cependant très-exacte et elle est justifiée dans un grand nombre de cas par l'observation moderne. On la retrouve dans toute la pathologie

de Boerhaave, à quelques exceptions près pour des maladies donl une autre explication mécanique peut rendre compte. »

Ainsi, la douleur apparaît, « toutes les fois qu'une fibre nerveuse qui prend son origine du cerveau est tellement tendue ou autrement disposée qu'elle est prête à le rompre (Aphor. 220). »

« Les convulsions dépendent de l'afflux de suc nerveux dans les muscles attaqués (Aphor. 231). »

L'inflammation dépend du croupissement du sang artériel dans les plus petits vaisseaux (aph. 371), et le croupissement a pour cause ce qui rétrécit tellement les extrémités coniques des vaisseaux que le diamètre de leur orifice devient plus petit que le diamètre du globule de sang et toutes les causes d'obstruction qui sont énumérées successivement les unes après les autres. — Alors... « les artères capillaires et à peine visibles obstruées déjà s'augmentent étant dilatées par le sang, ce qui forme une tumeur rouge. La même chose arrive aux vaisseaux lymphatiques artériels, auparavant transparents et invisibles : ce qui augmente la rougeur surtout, les vaisseaux les plus délicats et les vésicules du pannicule adipeux se trouvant remplis d'un sang engagé de force, épais, et privé de sa partie la plus liquide. »

Les petits vaisseaux à force d'être tiraillés ou tendus sont prêts à souffrir rupture dans leurs petites fibrilles : de là vient la douleur piquante. Les solides et les liquides agissent et réagissent fortement les uns sur les autres : d'où naissent en la partie la dureté et la résistance. De la résistance, de l'impulsion et de la compaction, du rétrécissement des vaisseaux non obstrués par la tumeur que cause les obstrués, provient la grande et mutuelle attrition des solides et des fluides qui produit la chaleur et l'ardeur. Et parce que le sang que le cœur a poussé avec force vers l'extrémité du vaisseau bouché, eu dilate les parois, on sent une pulsation. Les fibres se trouvant irritées et le sang circulant avec trop de célérité dans les vaisseaux qui lui sont ouverts, reporté qu'il est par les veines et retenu en plusieurs artères, le mouvement du pouls est accéléré; la lièvre survient accompagnée de soif, de débilité, d'inquiétudes, de veilles, de tris I esse. »

Telle est l'inflammation qui n'a pas encore atteint son état.

Si les humeurs qui circulent sont douces, si leur cours est modéré, si la cause de l'obstruction est petite et a principalement son siège dans les artères, ou dans le commencement des vaisseaux lymphatiques; si les vaisseaux sont mobiles et lâches, le véhicule délayant, on résout l'inflammation en rendant au sang sa fluidité, le mouvement à celui qui est en stagnation et en le faisant rétrograder. »

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(( Si les humeurs qui circulent n'ont aucune àcreté, si la circulation est rapide, l'obstruction si considérable qu'on ne puisse la résoudre, si les symptômes deviennent plus violents, les vaisseaux distendus avec douleur, chaleur, pulsation, tumeur, se rompent, se putréfient un peu, les solides même dont le tissu est d'une grande délicatesse à force d'être broyés, divisés, atténués, se mêlent avec les fluides et ne forment ensemble qu'une seule humeur, blanche, épaisse, glutineuse, grasse, qu'on appelle pus, c'est ainsi que l'inflammation dégénère en suppuration. »

« Si les humeurs sont acres, agitées, l'obstruction grande, les vaisseaux trop forts et trop élastiques, tous les symptômes violents se montrent, alors les vaisseaux se rompent sur-le-champ, les liquides se putréfient : il se forme sous l'épiderme des bulles de matière ichoreuse, assez semblable à la lavure de viande ou à de la sanie jaune , la partie devient grise , brune, noire, pâle , la rougeur, la chaleur, la douleur, la pulsation quittent le lieu affecté, pour passer dans le voisinage, la partie affectée meurt. » • « Voilà ce qu'on entend par gangrène, troisième terminaison de l'inflammation. »

Il ajoute une telle importance à ce phénomène qu'à l'occasion du traitement il propose les moyens destinés à rendre fluide la matière de l'obstruction tels que les atténuants, les délayants, les bains, fomentations, cataplasmes, emplâtres, onguents, etc. (Aphor. 398).

Ses explications de la fièvre sont ce qu'elles n'ont pas encore cessé d'être aujourd'hui, c'est-à-dire très- obscures. — L'Ialro-mécanisme y joue également son rôle.

C'est une plus fréquente contraction du cœur amenant la grande vitesse du sang des artères sous l'influence réciproque du suc des nerfs et du cervelet dans le corps des ventricules cardiaques.

Il en énumère les causes avec la sagacité d'un homme habitué aux malades, et lorsqu'il en expose le traitement modifié selon des indications raisonnables et vraies, il signale certaines indications mécaniques relatives à l'état fébrile produit par les obstructions.

« L'on y réussit en dissolvant les humeurs qui sont comme entassées de force, en relâchant les vaisseaux obstrués par des bains, des fomentations, des frictions, en rasant les cheveux, en rendant la peau propre et nette. »

« Lorsque le sang comprime tellement les vaisseaux par sa trop grande abondance, qu'il se trouve quelque humeur forcée de croupir vers leurs extrémités, on rend à celte humeur sa fluidité et sa circulation, en diminuant le volume du sang par la sa'gnée. Ce vice

se manifeste par la pléthore. Mais si le spasme, la contraction et conséquemment le rétrécissement des fibres, des tuyaux capillaires procurent le même croupissement dans l'extrémité de ces petits tuyaux, il faut relâcher les fibres, dissiper l'âcreté qui cause la contraction par les remèdes que nous avons indiqués. »

a Si le croupissement a pour cause la viscosité ou la lenteur de quelque humeur, ce mal se guérit par plusieurs remèdes dont le principal est la fièvre même, modérée de façon à pouvoir dissiper celte coagulation. Ainsi il faut régler sa vivacité afin qu'elle ne puisse exciter l'inflammation, la suppuration, la gangrène, le sphacèle, toutes maladies qui donnent lieu de craindre la véhémence des symptômes et surtout l'excès de la chaleur comparée avec le peu de force des petits vaisseaux, de peur que le trop grand mouvement du sang n'en dissipe les parties les plus fluides : ce qu'on connaît par la sécheresse des narines, des yeux, du gosier, de la langue, par la voix rauque, par l'aridité de la peau, par la petite quantité des urines, par la petitesse, la vitesse et l'inégalité du pouls. Il faut la régler de peur qu'elle ne devienne trop languissante avant la coctiort, en sorte qu'il ne soit plus dans son pouvoir de dompter, d'émouvoir la matière morbifique, d'en procurer les sécrétions et excrétions, ce que l'on reconnaît par la largeur parfaite des actions vitales, dans le temps qu'il ne paraît encore aucun signe de coction. »

Dans sa théorie des phénomènes fébriles, c'est toujours au mécanisme qu'il s'adresse.

Ainsi « le froid suppose la diminution du frottement des liqueurs entre elles et contre les vaisseaux, le ralentissement de leurs cours, la stagnation des fluides dans les extrémités, une moindre contraction du cœur, une moindre évacuation, une moindre influence des esprits du cervelet (Aphor. 621). »

Le tremblement « suppose une circulation du liquide artériel et du suc nerveux , tantôt continuée , tantôt interrompue (Aphor. 627). »

L'anxiété fébrile « vient de ce que le sang ne peut sortir du cœur et par conséquent ne peut passer par les vaisseaux capillaires du poumon (Aphor. 631). »

La débilité fébrile arrive quand le cours et la pression du suc nerveux dans les muscles sont, empêchés par le vide des vaisseaux qui résulte de la dissipation de leurs humeurs, par l'imméabilité des liquides, par Yobstruction du canal; et par sa compression dans le cerveau, etc. (Aphor. 660).

La chaleur fébrile n'est occasionnée que par le grand mouvement des fluides qui partent du cœur, et par la grande résistance

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opposée parles vaisseaux (Aphor. 676). — Ici, encore, l'obstruction et les causes physiques jouent un grand rôle surtout dans le traitement où il indique les moyens de combattre les différentes espèces d'obstruction qui ont engendré la fièvre.

Il en est de même dans le délire, dans le coma, dans l'insomnie, dans la convulsion , dans la sueur fébrile qui ont également leur explication mécanique.

Boerhaave aborde ensuite l'étude des maladies aiguës fébriles employant parfois des dénominations qu'on ne connaît plus beaucoup et que ne comprennent pas les historiens étrangers à la pratique de la médecine, ce qui leur fait commettre les plus graves erreurs d'appréciation.

Il parle d'abord de la phrénésie ou manie aiguë idiopalhique, ou symptomatique des maladies aiguës viscérales (pneumonie ou pleurésie, variole, etc.); — de l'esquinancie aqueuse (1), inflammatoire (2), squirrheuse (3), suppurante (4), gangreneuse, convnlsive et paralytique (5); — de la vraie et fausse péripneumonie; delà pleurésie; — de l'hépatite; — des maladies de l'estomac et des intestins; — de l'apoplexie; — de la phthisie pulmonaire et autres; de l'empyème, etc.

Dans toute cette pathologie écrite d'une façon concise et claire, sous une forme aphoristique, qui provoque la critique de l'ignorant mais qui par ses idées fait réfléchir le médecin, j'ai trouvé un observateur sérieux, et un véritable clinicien. A part les explications mécaniques de la nature des maladies, qui sont fausses on hypothétiques et qui valent tout autant que la plupart des nôtres sur le même objet, les symptômes sont exposés avec toute la netteté désirable pour une époque qui n'avait point d'auscultation; le pronostic vaut mieux que celui de nos contemporains, et la thérapeutique déjà dégagée des formules de l'iatro- chimie , épurée des superstitions arabiques, semble ne chercher que la science des indications.

Sathéorie des obstructions est profondément vraie, et l'anatomie pathologique aussi bien que la clinique lui prêtent le plus grand appui. Toutes les recherches microscopiques récentes sur les phénomènes physiques de l'inflammation n'ont fait que confirmer les

(1) Œdème de la glotte.

(2) Amygdalite aiquë.

(3) Hypertrophie des amygdales.

(4) Abcès des amygdales

(5) Angine ulcéreuse et couenneuse et gangreneuse.

(6) Paralys'e ou spasme du pharynx.

idées de Boerhaave. — Ce que Abercrombie, Gendrin , Rostan et moi avons dit des obstructions, dans les artères cérébrales préludant à l'apoplexie par ramollissement, n'a fait que confirmer ce qu'il a écrit. — La phlegmalia alba dolens n'est qu'une obstruction des veines. — Les travaux de François sur l'obstruction sénile des artères produisant la gangrène; — l'obstruction du cœur par des caillots amenant la mort subite; — le rôle des thromboses (mot nouveau qui signifie obstruction) et les idées de Virchow sur les embolies artérielles et veineuses, c'est-à-dire sur les migrations d'une obstruction vasculaire d'un point sur un autre, etc., montrent tout ce qu'il y avait de juste dans celte théorie si célèbre un moment et si promptement oubliée.

Ainsi me paraît avoir été le célèbre professeur de Leyde. Que les médecins de cabinet le jugent sévèrement, cela ne me surprend guère, mais il n'en sera jamais ainsi de ceux qui ont l'habitude de consulter la nature et qui savent comparer l'observation du temps présent à celle des temps passés.

Boerhaave est le dernier représentant de la doctrine ialro mécanique. Elle déchut rapidement après lui et n'eut alors que de médiocres défenseurs incapables de diriger l'opinion et de pouvoir prendre place dans la science. — Elle avait même cessé d'exister lorsque, dans ce siècle, la nouvelle médecine et la physiologie moderne par leurs découvertes lui redonnèrent un nouveau droit de cité dans la science. Deviendra-t-elle une doctrine exclusive? Je vois bien qu'elle y prétend, mais je doute qu'elle puisse réussir. Pour le moment elle n'est qu'un moyen de précision pour la médecine et pour la physiologie, ce qui n'est pas à dédaigner.

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