‹ Histoire de la medicine et des doctrines médicales (volume 2)Chapitre 58 sur 141 · DE L'IATRO-MÉCANISME EN HOLLANDE — BOERHAAVE · texte numérisé non relu

DE L'IATRO-MÉCANISME EN HOLLANDE — BOERHAAVE

sent bien vite qu'il a sous les yeux le travail d'un observateur plutôt que d'un érudit. — Elle est renfermée dans un volume d' Aphorismes traduits en assez mauvais français par de La Mettrie en 1745.

Après avoir établi ce que c'est que la maladie, la nécessité de connaître la physiologie, Boerhaave déclare que la méthode d'apprendre la médecine a pour base l'observation ou l'expérience et l'analogie ou comparaison ; — qu'il faut commencer par les maladies les plus simples, qui sont celles des solides, et dans celles-ci les lésions de la fibre simple élémentaire. — C'est un essai de Pathologie fibrillaire basé sur l'étude de ce qui était alors le dernier terme de la divisibilité de la matière constituante des organes, comme aujourd'hui nous parlons des lésions de la cellule élémenlaire primitive qui forme ce que Virchow a appelé la Pathologie cellulaire.

Boerhaave reconnaît dans les fibres solides simples différentes altérations : elles sont faibles et lâches et elles résistent peu à l'effort de mouvement des liquides; ce qui amène les tumeurs, le croupissement des liquides, la putréfaction et une infinité d'autres effets, que nous appelons aujourd'hui congestions passives, hypostases, atonie ; ou bien elles sont raides et élastiques, résistant à l'action des fluides devant lesquelles elles cèdent pour conserver la santé, mais comme elles rendent les vaisseaux moins flexibles plus étroits, plus courts, il en résulte des obstructions, des obstacles aux sécrétions, etc. — Ces altérations sont l'élément des maladies des viscères faibles et lâches ou des viscères forts et raides. — J'ai vu des érudits ne pas comprendre ce langage. Cela ne m'étonne point, mais il n'est pas un clinicien qui ne voie sous ces titres surannés, ce qui a fait la base de la théorie du strictum et du laxum, ou des théories dynamiques récentes deFr. Hoffmann, de Cullen, de Brown, etc., enfin ce que nous connaissons en clinique sous le nom de tempérament mou, humide, lymphatique et de tempérament sec ou sanguin.

Il s'occupe ensuite des vices les plus simples des humeurs qu'engendre l'alimentation; d'abord Y acrimonie acide produite parles farineux, les sucs acides crus, les végétaux fermentes, la disette de beau sang, la faiblesse de la fibre et l'inaction qui est vraiment la viscosité glutineuse ; puis Y alcalinité résultant de l'excès de nouriture animale excepté le lait, la nourriture au poisson, aux oiseaux voraces, les végétaux alcalescents, l'abondance de sang, etc., qui amènent souvent la putridité ou la dissolution de ce fluide. Il y a là un souvenir de la chimiatrie de Sylvius qui ne saurait échapper, mais c'est un bien pâle reflet de cette doctrine, car ni l'effervescence, ni la fermentation, ni l'âcreté n'en font partie, et il était

i'78 HISTOIRE DE LA MEDECINE

impossible de moins emprunter à moins de s'abstenir entièrement. — Or, il n'est pas de médecin qui, en parlant des altérations des humeurs, ne fasse de la Chimiatrie sans être pour cela un chimiatre.

Viennent ensuite les maladies de la circulation qui jouent le rôle important dans l'Ialro-mécanisme de Boerhaave ; d'abord celles qu'engendre le seul excès de la circulation dû à la contraction plus fréquente et plus forte du cœur, lorsque le cerveau et le cervelet y envoient une trop grande quantité d'esprits, dans les passions de l'âme, dans la douleur, ou bien à l'irritation exercée par le retour du sang veineux accéléré par l'exercice, les matières acres, aromatiques, salines, acides, alcalines, purulentes, putrides, etc. , puis les maladies dues à un défaut de circulation ; à la -pléthore qui amène la dilatation des vaisseaux, le dérangement des sécrétions, la compression des veines, l'étranglement de la circulation, l'inflammation; la rupture des vaisseaux, etc., enfin Y obstruction qui semble être le point capital de cette pathologie mécanique.

L'obstruction est un engorgement de canal qui empêche l'entrée du liquide vital sain ou morbifique qui doit y passer, et qui a pour cause la disproportion qui se trouve entre la masse du liquide et le diamètre du vaisseau.

Elle vient donc, de l'étroite capacité du vaisseau, de la grandeur de la masse qui doit y passer ou du concours des deux.

« Un vaisseau se rétrécit, parce qu'il est extérieurement comprimé, ou par sa propre contraction, ou enfin par l'épaississement de ses membranes. »

« La masse des molécules s'augmente par la viscosité du fluide ou par le vice du lieu où il coule, enfin, par ces deux causes à la fois, lorsque les causes de l'un et de l'autre mal concourent ensemble.

« Les vaisseaux sont extérieurement comprimés par une tumeur voisine inflammatoire, purulente, squirrheuse, chancreuse, œdémateuse, variqueuse, anévrismale, topheuse, pituiteuse, calculeuse, calleuse, — parla fracture, la luxation, la distorsion, la distension des parties dures, qui compriment les vaisseaux, qui sont des parties molles; —par toute cause qui tiraille trop et allonge les vaisseaux, soit une tumeur, soit la pression d'une partie dérangée de sa place, soit l'action d'une force externe; — par des vêlements étroits, par des bandages, par le poids du corps tranquillement couché sur une partie, par des ligatures, par le mouvement, par le frottement, par le travail. »

« La cavité d'un vaisseau se rétrécit quand sa propre contraction, colle des fibres longitudinales, et principalement de ses fibres spi-

DE L'iATRO-MÉCANISME EN HOLLANDE — BOERI1AAVË 279

raies, augmente. Cette contraction a pour cause tout ce qui augmente le ressort des fibres des vaisseaux et des viscères, la trop grande plénitude des petits vaisseaux qui forment les parois et la cavité des grands, la diminution de la cause qui dilataient les vaisseaux soit que ce fût l'inaction ou l'inanition. C'est pourquoi les vaisseaux coupés retiennent bientôt leurs liquides. L'augmentation de l'épaisseur des membranes même du vaisseau, vient de toute tumeur qui se forme dans les vaisseaux qui composent ces membranes ou de callosités membraneuses cartilagineuses, osseuses, qui s'y forment. La masse des parties fluides s'augmente jusqu'au point de devenir imméable. Lorsque leur figure sphérique se change en une autre qui présente plus de surface à l'ouverture des vaisseaux ou, lorsque plusieurs particules qui étaient auparavant séparées se reunissent en une seule petite masse. i>

« Ce changement de figure arrive principalement lorsque les molécules fluides n'étant plus également ni en même temps pressées de toutes paris, sont abandonnées à leur propre ressort; c'est-à-dire lorsque le mouvement languit, ou que le tissu du vaisseau est relâché, ou que la quantité du fluide est diminuée. »

« L'union des molécules vient du repos, du froid, de la gelée, du dessèchement, de la chaleur, de la violence de la circulation, et de la forte pression du vaisseau, de coagulans acides, autres spiritueux, absorbans, de matières visqueuses, huileuses. »

« Les parties d'un fluide deviennent imméables par le vice du lieu où il coule, lorsqu'elles ont été poussées avec force dans un vaisseau dilaté vers sa base et trop étroit vers son extrémité dans laquelle elles ne peuvent finir leur circulation. La pléthore, l'augmentation du mouvement, la raréfaction des liqueurs, le relâchement du vaisseau sont les principales causes de cette dilatation, surtout lorsqu'elles sont immédiatement suivies des causes contraires. On connaît par là les causes et la nature de toutes sortes d'obstructions. »

Effet des obstructions. — « Quand elles se trouvent formées dans un corps vivant, elles s'opposent au passage des humeurs qui y doivent couler ; elles arrêtent tout ce qui vient heurter contre elles, elles en reçoivent l'effort, expriment les parties les plus subtiles, réunissent les plus épaisses, extendent les vaisseaux, les dilatent, les atténuent, les brisent, condensent le fluide dont elles causent la stagnation , suppriment les fonctions qui dépendent de l'intégrité de la circulation, désemplissent et dessèchent les vaisseaux qui en doivent être arrosés, diminuent la capacité qui leur est nécessaire pour transmettre les liqueurs, augmentent la quantité et la vélocité des liqueurs dans les vaisseaux libres et produisent

enfin tous les maux qui en peuvent dépendre. Ces effets se manifestent différemment selon la différente nature du vaisseau obstrué, et de la matière de l'obstruction.

Elle produit une inflammation du premier genre dans les artères sanguines, un autre du second genre dans les artères lymphatiques, un œdème dans les grands vaisseaux lymphatiques, des douleurs sans tumeur apparente dans les petits, d'autres effets dans les conduits adipeux, osseux, médullaires, nerveux, biliaires. Celui qui connaîtra bien le siège, la nature, la matière, les causes, les effets des différentes obstructions dont j'ai parlé, ne se trompera point aux signes qui manifestent l'obstruction, qui font prévoir celle qui doit arriver et les eflets. Et toutes les espèces de ce mal étant connues, il ne sera pas difficile de trouver la cure propre à chacune.

En effet, celle qui vient d'une compression externe indique la nécessité d'ôter la cause de cette compression, si cette ablation est possible.

Celle qui vient de l'augmentation de la contraction des fibres se connaît non-seulement par les signes de la rigidité des fibres des vaisseaux, des viscères, mais encore par les signes clairs de la cause, si c'est la contraction produite par la seconde cause, ainsi que l'autre que nous avons attribuée au même lieu, à l'inanition qui a précédé. Cette obstruction se dissipe, par les remèdes propres à corriger la trop grande rigidité des fibres des vaisseaux, principalement si on peut les appliquer à la partie même affectée sous la forme de vapeur, de fomentation, de bains, de liniments, de clystères, en désemplissant les vaisseaux trop pleins qui composent les membranes par des évacuans en général, mais surtout par des laxatifs , des délayans, des dissolvans, des atténuans, des détersifs, des purgatifs appliqués à ces petits vaisseaux, par des médicaments qui ont la vertu de fondre les callosités. Mais il est bien rare que l'on guérisse (si on le fait jamais) l'obstruction qui naît de cette cause. Les meilleurs remèdes sont les émolliens et les relàchans. Tant il est vrai que la mort est inévitable, et qu'il est très-difficile de se procurer une vie longue par le secours de la médecine.

La difficulté qu'ont les fluides à passer par les vaisseaux , laquelle vient de ce qu'ils ont perdu leur figure sphérique, se fait aisément connaître par l'examen de ses causes, car elles sont ordinairement sensibles.

L'on y remédie en rétablissant cette figure, c'est-à-dire en augmentant le mouvement des liqueurs dans les vaisseaux et dans les viscères par les irritans, les fortifiants, l'exercice. Quant aux concrétions du sang, elles se forment par tant de causes différentes

Page 1