‹ Histoire de la medicine et des doctrines médicales (volume 2)Chapitre 69 sur 141 · BOL'CHUT. II · texte numérisé non relu

BOL'CHUT. II

plus malheureuses sur le cours du sang, et sur les théories de la digestion et des sécrétions. Au point où nous en sommes on peut se demander quelle a dû être la physiologie des temps où la circulation était ignorée, et il n'y a qu'à nous supposer un instant dépourvus de cette connaissance pour se faire une idée des ténèbres qui devaient environner l'esprit des médecins de cette époque.

La découverte de la circulation n'a pas été faite d'emblée par Harvey, qui cependant en a tout l'honneur. Elle a été préparée par les travaux anatomiques de Yésale et par la découverte de la circulation pulmonaire faite d'une part par Michel Servet, et d'autre part par A. Césalpin. On entrevoyait les phénomènes dans quelques-uns de ses détails, mais nul n'en avait saisi l'ensemble et n'avait véritablement compris cette action de l'appareil circulatoire. Longtemps môme après la découverte de Harvey, on discutait encore pour la rejeter comme une erreur inintelligible, absurde, nuisible à la vie de l'homme (1), et les injures de Primerose (2), son premier adversaire, de Parisanus (3), de Piiolan, doyen de la faculté de Paris (4), etc., sont le témoignage de la difficulté que le mérite solitaire rencontre toujours pour triompher des corporations officielles privilégiées qui se font trop souvent les ennemis du progrès lorsque celui-ci ne se réalise pas par elles ou sous leur patronage.

Pour bien comprendre comment s'est faite la découverte de la circulation du sang telle que nous la connaissons, il faut savoir par quelles erreurs a passé l'esprit médical en ce qui concerne le cours du sang.

Erasistrale ne croyait pas que les artères renfermassent autre chose que de l'air attiré dans la trachée par les poumons qui le conduisaient dans l'artère veineuse (notre veine pulmonaire) : de l'artère veineuse il passait dans le ventricule gauche, et du ventricule gauche il entrait dans les artères qui le conduisaient aux différentes pirties du corps. — De plus, il croyait que la cloison interventriculaire était percée et que le sang marchait dans les veines en allant du cœur à la périphérie des membres.

Galien combattit une de ces erreurs, et démontra que les artères ne renfermaient que du sang, un sang spiritueux descendant du ventricule gauche, tandis que les veines renfermaient un autre sang qui descendait du ventricule droit communiquant avec le premier. Dans le système de Galien, le sang s'était chargé d'esprit venu avec

(!) Exensitation.es et anhnndvertiones inlibrum Harvei. London, J630.

(2) Décorais et sanguinis motione ad Haroenum et contra eum, 1G33.

(3) Opuscula anatomica nova, 1G49.

(4) Lettres de Guy Patin.

l'air dans le ventricule gauche, et par le trou de la cloison pénétrait aussi un peu dans le ventricule droit. — On était encore loin de la vérité. — Chacun répétait que la cloison était percée sans prendre soin d'y voir, et Yésale le dit comme les autres sans y croire « pour s'accommoder aux dogmes de Galien » (Vesalii opéra. Édition Albinos, 17u25, tom. I, p. 519) mais il finit par ajouter qu'à travers cette cloison compacte, il ne saurait passer une seule goutte de sang.

C'est alors que Michel Servet, le même qui fut brûlé par ordre de Calvin, observant que le fluide sanguin ne pouvait pénétrer des cavités droites du cœur dans les cavités gauches, à cause de l'imperméabilité des cloisons, vit qu'il fallait que tout le liquide rouge, « a

pulmonibus preparatur, flavus efficitur » passât par l'artère

pulmonaire dans le poumon pour revenir par la veine pulmonaire dans l'oreillette gauche pour former un circuit ou circulation pulmonaire. Là, est l'idée et le germe de la découverte de la grande circulation, car non-seulement Servet indique le fait anatomique de la petite circulation, mais il signale encore l'action physiologique de l'action des poumons et la transformation du sang noir veineux en sang rouge artériel. — La sanguification par le poumon remplacera désormais la sanguification du foie, origine des veines professée par (ialien et admise par tous les savants. — Si ce n'est pas là un progrès, que faut-il pour le caractériser?

Six ans plus tard à Padoue, Colombo découvre également la circulation pulmonaire, mais on n'y fait guère plus d'attention.

A son tour, André Césalpin, qui ne cite point Colombo, mentionne le même phénomène auquel il donne pour la première fois le nom de circulation. Il entrevoit bien le cours du sang veineux de la circonférence au centre, et le cours du sang artériel du centre à la circonférence, mais le trait de lumière destiné à éclairer l'ensemble ne vint que plus tard. — Il avait dit : « le sang, conduit au cœur par les veines, y reçoit sa dernière perfection, et cette perfection acquise, il est porté par les artères dans tout le corps » (De plantis ; Florentin, 1583, lib. I, cap. n, p. 3), mais ce n'était pas encore le phénomène de la circulation dans sa vérité.

Fabrice d'Aquapendente, qui peu de temps après découvrit les valvules des veines, resta au même point que ses prédécesseurs et c'est à la sagacité de Harvey seulement que Ton doit la réunion et la coordination de tous les faits anatomiques et physiologiques qui constituent sa découverte de la circulation.

Guillaume Ilarvey, Anglais, né à Folkstone, vint étudier en France, en Allemagne et à Padoue où, pendant quatre ans, il suivit les cours de Fabrice d'Aquapendente. — Il revint se fixer à Londres en IG02

et s'il commença à exposer ses idées sur le cours du sang vers 1613, ce ne fut qu'en 1628, au bout de 15 ans d'expériences, qu'il fit imprimer ses recherches (1). — Là, il montra quels sont les mouvements du cœur sur un animal vivant, quelle est la structure musculaire de cet organe, comment s'exécutent les contractions alternatives des oreillettes et des ventricules qui chassent le sang dans les artères, quel est l'emploi des valvules cardiaques dans le mécanisme des fonctions du cœur, et enfin quel est tout le système de ia circulation.

«Je commençai à croire, dit-il, que le sang avait un mouvement circulatoire, qu'il descendait par l'aorte dans les artères et dans toutes les parties du corps sous l'influence des contractions du ventricule gauche pour revenir dans la veine cave à l'oreillette droite, comme le sang du ventricule droit, lancé dans les poumons revenait à l'oreillette gauche par les artères veineuses ou veines pulmonaires. »

Tant de perspicacité ne devait pas être du goût des médiocrités titrées qui, ne faisant rien, ont la haine du travail d'autrui. — Si Descaries, Jean Yalaeus, et Piempius de Louvain, etc., se déclarèrent ses partisans, Primerose, Parisanus, Gaspar Hoffmann, la faculté de Paris, à la suite de Riolan, de Guy-Patin, et de quelques autres, repoussèrent la découverte avec une violence inouïe, et il fallut que Louis XIV chargeât Dionis d'enseigner la circulation au Jardin royal, institué pour servir de contre-poids à l'action rétrograde de la faculté. — Dionis le dit lui-même dans son épître

dédicatoire au roi «Chargé de démontrera votre Jardin royal la

circulation du sang et les nouvelles découvertes, je m'acquittai de cet emploi avec toute l'ardeur et toute l'exactitude qui sont dues aux ordres de Votre Majesté (2). »

Les résultats de cette découverte se manifestèrent immédiatement et toutes les anciennes théories de la respiration rafraîchissant le sang et de la chaleur animale ou innée dans le cœur qui devaient aboutir à la théorie de Lavoisier, furent aussitôt modifiées. On commença par abandonner cette idée que l'air venait rafraîchir le poumon et fournir le pneuma employé par le cœur à la fabrication ries esprits vitaux. Mayow, Goodwyn, Hassenfratz entrevirent le rôle de l'air qui, dans la respiration, changeait le sang noir en sang rouge, mais l'explication restait inconnue, et il faut arriver jusqu'à Lavoisier pour savoir à quoi s'en tenir à cet égard. Comme on le sait, c'est à

(1) Exercitatio anatomica de motu cordis et satiguinis circulatione.

(2) L'anatomic de l'homme suivant la circulation du sang.

lui qu'on doit la connaissance du fait que l'oxygène de l'air traversant les parois des vésicules pulmonaires, va se combiner au carbone et à l'hydrogène du sang pour former de l'acide carbonique et de l'eau qui sont rejetés par l'expiration tandis que le sang épuré prend une belle couleur rouge.

D'autres résultats, véritables corollaires de la découverte du cours du sang, furent la pratique raisonnée des ligatures artérielles dans les anévrysmes qu'on n'employait que d'une façon empirique, les injections médicamenteuses dans les veines; la transfusion par Wren,Fieni, Libavius, Lower, Denys, Riva, Lami, etc., un moment très-en faveur, abandonnée et reprise au xix° siècle.

Premier colollaire de la. découverte de la grande circulation A. De la transfusion du sang.

C'est dans le sang qui circule dans toutes les parties du corps que se trouvent les sources de la vie des tissus, des éléments ana~ tomiques et de l'exercice régulier des fonctions; sa déperdition, si elle est abondante, a pour effet de tro;ibler le cerveau, d'anéantir la pensée, de paralyser l'innervation du cœur et de rendre cet organe si peu contractile que la circulation ne se fait plus qu'avec peine, et s'arrête sous l'influence des caillots que la stagnation du sang produit dans le cœur. C'est l'asystolié, la syncope et bientôt après la mort

Mais ce qui était autrefois la mort, faute de secours, n'est plus qu'un accident remédiable depuis que Harvey a révélé le mécanisme de la circulation du sang. Sachant par les découvertes de l'école anatomique, comment périssait un homme tout à coup privé de sang par une grande hémorrhagie, le physiologiste a pensé qu'en rendant à ce malheureux le sang qu'il avait perdu on pourrait le rappeler à la vie. De cette idée est sortie la découverte delà transfusion du sang\ découverte admirable sur laquelle on a fondé des espérances abusives, mais qui n'en a pas moins donné la gloire à Wren et Denys, ses auteurs , et la vie à un grand nombre d'agonisants par hémorrhagie.

Ici, encore, nous retrouvons le veto de la science officielle, caria faculté de Paris sollicita et obtint du Parlement en 1675 un arrêt qui condamnait aux peines les plus sévères ceux qui oseraient de nouveau entreprendre la transfusion du sang chez l'homme. C'est toujours la même chose, quand ce n'est pas la superstition, c'est l'autorité civile et à défaut d'autorité civile c'est l'autorité religieuse ou l'autorité des corps scientifiques officiels délégués qui barrent le chemin

aux idées les plus utiles. Cela s'explique par l'ignorance des hommes lorsqu'il s'agit de l'autorité civile, mais quand on voit les mêmes résultats s'accomplir sous l'influence de la volonté des corps savants privilégiés, on n'ose plus dire quel est le mobile de ces décisions coupables et il n'y a à s'en prendre qu'au privilège lui-même dont la conséquence entraîne de si graves abus d'autorité.

Quoi qu'il en soit, du moment où après toutes les oppositions des facultés et des corps savants, le fait de la circulation fut accepté comme réel, on songea à injecter des médicaments et du sang dans les veines.

En 1657, Christophe Wren, Clarlœ, Robert Boyle, Henshaw et Richard Lower essayèrent d'injecter des médicaments dans les veines lorsque les malades ne pouvaient avaler. Ils s'aperçurent que par ce procédé les médicaments produisaient les mêmes effets que par l'estomac et qu'ils risquaient moins à être dénaturés par les sécrétions intestinales.

Richard Lower essaya même à Oxford en 1665 la transfusion du sang chez les chiens, et conclut que l'opération était utile pour ranimer la vie après les grandes hémorrhagies. Mais c'est Denys, en France, professeur de philosophie et de mathématiques, médecin du roi, qui en 1666 eut l'idée de pratiquer la première transfusion du sang chez l'homme (1). La philosophie d'alors, comme on le voit dans Descartes, un des premiers défenseurs de la circulation, ne craignait pas d'étudier l'homme par la physiologie. Aidé du chirurgien Emmerez, Denys injecta du sang de veau dans les veines d'un jeune homme de 16 ans épuisé de fièvre à la suite de trop fréquentes saignées et il le guérit. Emmerez fit de même une seconde fois avec succès. Alors Major, puis Lower en 1667 firent de nouvelles transfusions. Riva, chirurgien à Rome, la pratiqua sur un phthisique. Partout, de semblables essais se firent et, au lieu de se contenter de la transfusion pour les cas de danger mortel par héinorrhagie, alors que tous les organes sont sains, on prétendit l'employer dans les maladies, dans la lèpre et même pour le rajeunissement des vieillards.

On doit aussi àEltmuller, né àLeipsic, en 1644, docteur en 1668, mort en 1683, quelques expériences destinées à prouver qu'on pouvait passer du sang ou des médicaments liquides dans les veines des animaux. C'est même d'après lui qu'on prétendit que si l'on pouvait injecter dans les veines d'un vieillard le sang d'un jeune animal on parviendrait à le rajeunir. (Tourtelle, t. II, p. 380.)

(!) 1° Succès de la transfusion d'un animal à un autre, 1666. 2° Manière de pratiquer la transfusion (même année). Expérience de transfusion sur un fiomme, i66~ .

Quelques résultats heureux firent accepter avec enthousiasme la nouvelle application que l'Ecole anatomique venait de faire d'un fait physiologique à la médecine, mais l'abus qu'on commençait à en faire et les prétentions généralisatrices de la médecine indépendante excitèrent encore les passions de lafaculté. Plutôt que d'étudier la transfusion . elle trouva plus simple de l'interdire. Le Parlement consacra la défense, et il fallut qu'une révolution rendît aux médecins leur droit d'initiative pour que la transfusion rentrât dans la science.

Tout d'abord on pratiqua la transfusion d'un animal à un autre de même espèce ou d'espèce différente, puis, on la fit chez l'homme dans les veines du bras, avec du sang de veau, ou de bœuf, et enfin avec du sang humain.

Cette opération a ses règles. Ainsi, autre chose est d'introduire un peu de sang à un homme ou à un animal moitié exsangue pour ajouter du sang à celui qui existe, et autre chose est d'introduire du sang à un être tout à fait exsangue pour remplacer un sang'par un autre. Dans ce dernier cas, l'opération ne réussit jamais. Sous ce rapport donc, le pouvoir de la transfusion est fort limité. Il l'est encore plus dans la transfusion du sang des vertébrés à des invertébrés, — du sang des animaux à sang froid dans les veines des animaux à sang chaud, — du sang des mammifères dans les vaisseaux des oiseaux, car, dans ces cas, c'est la mort.

Là où la transfusion peut réussir c'est d'un mammifère à un autre, même s'il est d'espèce différente, lorsque l'addition n'est pas trop considérable. Il en est de même dans la transfusion du sang entre animaux d'espèce semblable, sang veineux ou sang artériel peu importe, dans les cas de mort apparente par hémorrhagie cette opéralion ranime rapidement le sujet anémique.

On a employé le sang veineux normal, le sang veineux défibriné, le sang artériel et soit que la transfusion ait été faite avec une seringue chauffée dont la pointe est introduite dans un tube mis dans la veine céphalique du patient, soit qu'elle ait été pratiquée avec l'instrument moderne, soit qu'elle se fasse de bras à bras au moyen d'un tube faisant communiquer la veine du sanguinifère avec celle du transfusé, cette opération compte de nombreux succès. Elle a été faite surtout dans les cas d'hémorrhagie foudroyante après l'accouchement (\Yaller, Doubleday, Brigham, Burton Brown, Banner, Ingleby Klett, Nélaton, Domène, etc.), après la strabotomie (Lane), après l'hémoptysie (Bougard). Partout ailleurs lorsqu'on l'a essayée, elle n'a pas réussi.

Si peu nombreux que soient encore les succès de la transfusion

en raison du discrédit jeté sur elle par les corps savants, c'est une opération à ne pas négliger et puisque le médecin jouit d'une somme de liberté pratique suffisante, qu'il saisisse donc les occasions de la faire et qu'on sache enfin quels sont les cas dans lesquels il convient d'y recourir.

Quant aux injections médicamenteuses dans les veines si elles ont été délaissées, elles sont en train de renaître aujourd'hui sous une autre forme. — On les fait non dans les veines mais dans le tissu cellulaire où l'absorption les porte dans le sang. C'est ainsi que Wood a injecté la morphine et l'atropine dans la peau avec une seringue hypodermique pour calmer les douleurs de névralgie. — Scarenzio Lewin, Liégeois ont injecté une solution de sublimé contre la syphilis afin de ne pas donner le mercure par la voie de l'estomac. D'autres ont ainsi introduit dans le sang le sulfate de quinine ou d autres alcaloïdes qu'on doit donner à petite dose. — C'est une sorte de transfusion qui donne d'excellents résultats.

Deuxième corollaire de la découverte de la circulation B. Traitement des anévrysmes par la ligature.

Parmi les applications raisonnées qu'on a pu faire de la découverte de la circulation à la médecine et à la chirurgie une des plus remarquables est, sans contredit, celle de la ligature des artères anévrysmales. C'est une gloire que l'École anatomique peut revendiquer à juste titre.

On sait en effet que les artères peuvent être le siège de dilatalions considérables, ou de ruptures donnant lieu à des poches sanguines, dans lesquelles circule le sang artériel et dont le volume et la rupture peuvent entraîner les accidents les plus graves. Ce sont les anévrysmes.

Sans la connaissance du mécanisme de la circulation, il est bien évident qu'on ne pouvait rien entreprendre que d'empirique contre ces tumeurs. On savait bien qu'elles renfermaient du sang puisque elles étaient placées sur le trajet des artères renfermant de l'air et du sang, mais on ne pouvait avoir l'idée d'y intercepter le cours du liquide, pour amener la résorption de la tumeur en comptant sur le rétablissement d'une circulation artérielle collatérale qu'on ne connaissait pas. A l'exemple d'Aétius, et de tous les chirurgiens arabes, on enlevait le sac ou on l'ouvrait pour le vider après avoir lié l'artère au-dessus et au-dessous, mais il n'y avait là qu'un faitd'em-

pirisme résultant de notions anatomiques incomplètes et non l'application motivée d'une méthode anatomique.

Dès que l'on connut le mécanisme du cours du sang dans les artères et les anastomoses des branches secondaires entre elles, le moyen rationnel d'arrêter l'accroissement des anévrysmes et leur rupture devait se présenter à l'esprit des chirurgiens. Sauf les ratifications de l'expérience, on devait songer à suspendre l'afflux du .sang dans leur cavité, c'est là une conséquence rigoureuse de la nature même du mal, et de sa cause anatomique.

Suspendre le cours du sang dans les anévrysmes des membres par n'importe quel moyen, telle est l'indication que la chirurgie a cherché à remplir et elle l'a fait par la compression, par la flexion du membre et par la ligature de l'artère au-dessus et au-dessous de la tumeur. Dans ces cas, on compte encore d'après l'étude anatomique des artères, que malgré l'interruption du cours du sang dans l'anévrysme et au-dessous, il se fera une circulation collatérale au moyen des artérioles supérieures ou inférieures sdilatées et anastomosées de façon à ce que 1 "extrémité du membre ne meure pas faute de sang et ne soit pas frappée de gangrène.

Ainsi est née la ligature méthodique des artères anévrysmaliques faite sans toucher au sac.

Anel est le premier qui ait réalisé cette idée et bien qu'il soit considéré comme un charlatan dans Y Histoire des sciences médicales de M. Daremberg, p. 1243, qui ne mentionne même pas ses titres à la reconnaissance de la postérité, je crois que c'est là une glorieuse idée chirurgicale. En effet, la ligature de l'artère anévrysmale pratiquée selon le précepte d'Anel au-dessus du sac, a donné de nombreux succès, suscité des imitateurs et elle estrestéedans la pratique. Ainsi, depuis Anel, le procédé a été modifié mais ce n'en est pas moins la ligature, seulement au lieu de la placer au-dessus du sac, on a imaginé de la faire au-dessous. Guillaume Hunter et à son exemple beaucoup d"e chirurgiens ont ainsi obtenu la guérison de volumineuses tumeurs anévrysmales sans inciser, ni exciser le sac. Quant aux autres procédés de compression ou d'injection coagulantes telles que je les ai proposées (Compendium de chirurgie, article anévrysme ; — Traité des anévrysmes de Broca) et que Pravaz les a exécutées, c'est encore la connaissance de la circulation et de son rétablissement par les voies collatérales qui a rendu leur emploi possible et pratique. — Tout le monde comprendra le fait sans qu'il soit nécessaire d'y insister.

Troisième corollaire de la. découverte de la circulation C. De V Autoplastie.

Une autre des conséquences chirurgicales de la découverte de la circulation , et de la communication des capillaires veineux et artériels a été, dit-on, la pratique raisonnée de Y autoplastie et des greffes animales. Cette conséquence est plus douteuse. Elle est même contestable, comme on en va pouvoir juger.

En effet, on trouve dans Celse et dans Galien l'indication de tentatives empiriques d'une greffe animale appliquée à l'autoplastie. De plus, au xve siècle, les Branca père et fils, de Sicile, avaient restauré quelques nez détruits et quelques lèvres mutilées, mais ces tentatives étaient à peu près oubliées.

Il fallut que l'école anatomique de Malpighi apprît à la médecine les phénomènes de la circulation capillaire pour faire comprendre l'autoplastie d'une façon rationnelle et pour que l'on puisse songer scientifiquement à recoller sur un point du corps un lambeau de peau pédicule pris un peu plus loin ou même sur un autre individu. C'était la conséquence de l'idée physiologique que le lambeau pouvait vivre alimenté par le sang de son pédicule.

Franco et Togliacozzi sont les chirurgieus qui remirent en honneur les opérations autoplastiques des Vincent Yianco , des Branca et de Bojano, essayées au xv° siècle, et, depuis lors, ces opérations qui n'étaient que des pratiques empiriques sont restées dans la science et ont été portées à un point de perfection rare au xixe siècle.

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