ANATOMISME — ANATOMIE GÉNÉRALE — BICHAT
lulaires. Une seule voix s'éleva pour qualifier sévèrement les découvertes deBiehat, c'est celle de l'érudit que nous consullons avec tant de fruit à chaque instant dans l'histoire de la médecine, c'est la voix de Sprengel (tom. G, p. 529). Après avoir qualifié d'arbitraire la distinction de Bichat relative aux systèmes anatomiques de la vie animale et de la vie organique, et formulé quelques autres critiques, il ajoute : Mais terminerait-on jamais si l'on prétendait « relever et signaler toutes les hypothèses et toutes les asser- « lions arbitraires et sans fondement de Bichat ». — De la part d'un historien de la médecine, ces affirmations sont graves, mais elles ne prouvent qu'une chose que j'ai déjà dite, c'est que les médecins qui passent leur vie à fouiller les Bibliothèques et à discuter les textes des vieux auteurs pour faire un travail d'érudition historique, sonlpeu cliniciens et souvent incapables d'apprécier les opinions deceux dont ils enregistrent les travaux. — Si l'on avait besoin d'une preuve à ce sujet, la condamnation de Bichat par Sprengel pourrait suffire, mais il est des cas où la postérité se charge de rectifier les faux jugements de l'historien inexpérimenté, et elle s'est si vivement prononcée en faveur de Bichat qu'il est superflu d'insister sur celte réhabilitation.
Au reste, pour qu'on puisse juger celte œuvre immense, je vais en donner une courte analyse, et on comprendra vite ce qu'il convient d'appeler YAnatomie générale. Bichat commence par des considérations générales de l'ordre le plus élevé où s'unissent les vues de Panatomie, de la physiologie, de l'anatomie pathologique et de la médecine. Ce sont des pages à lire et qui ne vieilliront jamais.
Bichat débute en disant : .... Il y a dans la nature deux classes d'êtres, deux classes de propriétés, deux classes de sciences. Les êîres sont organiques ou inorganiques, les propriétés vitales ou
non vitales, les sciences physiologiques ou physiques (Bichat :
Anatomie générale. Edition de l'encyclopédie médicale, page 9.) Phrase magnifique qui consacre d'une façon magistrale toute la pensée de l'auteur pour l'œuvre qui va suivre.
La sensibilité et la contractilité, voilà les propriétés vitales. La gravité, l'affinité, l'élasticité, etc., voilà les propriétés non vitales (p. 9). Ces propriétés sont le principe de tous les phénomènes (p. 9).
Les propriétés vitales sont, constamment le mobile premier, auquel il faut remonter, quels que soient les phénomènes respiratoires, digestifs, sécrétoires, circulatoires, inflammatoires, fébriles, etc., que
l'on étudie (p. 9) Le chaos n'était que la matière sans propriétés : Pour créer l'univers, Dieu la doua de gravité, d'élasticité, d'affinité, etc., et de plus une portion eut en partage la sensibilité et la contractilité (page 9).
Les propriétés vitales sont pour Bichat :
1° La Sensibilité ! Sensibilité organique, ou insensible (1).
( Sensibilité animale ou sensibilité consciente. 2» La Contractilité ! Contractilité organique insensible. ( Contractilité organique sensible.
Tout moyen curatif doit avoir pour but de ramener les propriétés vitales altérées au type qui leur est naturel car la maladie n'est qu'un trouble des propriétés vitales (p. 12).
Les propriétés vitales ont une instabilité qui contraste avec l'invariabilité et la constance des lois physiques et c'est là où il dit :
« Que deviendrait le monde, si les lois physiques étaient sujettes aux mêmes agitations, aux mêmes variations que les lois vitales? » (P. 15.)
Il est de la nature des propriétés vitales de s'épuiser; le temps
les use dans le même corps (p. 4 G) et il est donc de l'essence
de ces propriétés de n'animer la matière que pendant un temps déterminé ; de là les limites nécessaires de la vie. Au contraire, constamment inhérentes à la matière, les propriétés physiques ne l'abandonnent jamais , aussi les corps inertes n'ont-ils de limites à leur existence qne celles que le hasard leur assigne (p. 46).
La matière ne jouit des propriétés vitales que par intermittence, tandis qu'elle possède les autres d'une manière continue (p. 16).
Le rôle que Bichat attribue à la matière vivante douée de propriétés spéciales le force à enlever toute activité aux fluides vivants.
« Ceux-ci ne peuvent être le siège d'aucune contraction, et les sensibilités organiques et animales ne s'allient point avec l'état où se trouvent leurs molécules (p. 18.) »
(1) C'est ce que j'ai appelé l'Impressibilité ne voulant pas dire sensibilité insensible, afin d'éviter la confusion du langage. Qui parle de la sensibilité sous-entend la sensation, propriété du tissu nerveux, tandis que les impressions qui sont inconscientes sont l'apanage de l'impressibilité , attribut de toute matière organisée vivante dépourvue de nerfs. (Uouchut. Des Attributs de la Vie. 1 vol. in-12.)