ANATOMISME — ANATOMIE GÉNÉRALE — BICHAT
Tous les phénomènes de l'économie vivante nous montrent les fluides dans un état presque passif, tandis que les solides sont au contraire toujours essentiellement actifs. Ce sont les solides qui reroivent l'excitation et qui réagissent en vertu de cette excitation. — Partout les fluides ne sont que les excitants (p. 18). Les phénomènes morbifiques résident essentiellement dans les solides et les fluides leur sont jusqu'à un certain point étrangers (p. 18). Bichat admet seulement que les fluides soient le véhicule de la matière morbifique, deviennent des excitants contre nature et soient aussi le principe de la maladie des solides.
Un peu plus loin, vaincu par l'évidence des faits, Bichat se conîredit et admet la vitalité des fluides.
Quoique les propriétés vitales résident spécialement dans les solides, il ne faut cependant pas considérer les fluides comme purement inertes. — Il est incontestable que ceux qui servent à la composition vont toujours en se pénétrant d'une somme plus forte de vie depuis les aliments d'où ils émanent jusqu'aux solides où ils arrivent. La masse alimentaire est moins animalisée que le chyle, celuici que le sang, et ce serait un objet bien curieux que de fixer comment des molécules jusque-là étrangères aux propriétés vitales ne jouissant absolument que des propriétés physiques, se pénètrent peu à peu des rudiments des premières.
D'ailleurs si les fluides ont des propriétés vitales, ils ont la sensibilité organique et la contractilité, puisque ce sont les caractères de la vie, et Bichat ajoute : « Dire ce qu'est celte vitalité des fluides, cela est. évidemment impossible, mais son existence n'est pas moins réelle, et le chimiste qui veut analyser les fluides n'en a que le cadavre, comme l'anatomiste n'a que celui des solides qu'il veut disséquer » (p. 20). Entrainé, il dit : «.... Le sang jouit pour ainsi dire des rudiments de la sensibilité organique » (p. 21).
Les propriétés de tissu étrangères aux ccrps inertes, inhérentes aux corps vivants dépendent de leur texture, de l'arrangement de leurs molécules, mais non de la vie qui les anime ; aussi la mort ne les détruit pas (p. 21). Ce sont Y Extensibilité et la Contractilité de tissu; puis le raccornissement qui a été souvent confondu avec l'irritabilité.
Elles restent aux organes quand la vie leur manque : cependant celle-ci accroît beaucoup leur énergie.
Le raccornissement est la propriété des tissus organisés , pendant la vie, ou après la mort, de se resserrer, de se crisper comme des organes irritables qu'on excite sous l'influence du feu et des acides
concentrés. — Bichal l'éludie dans ses rapports avec les agents qui le produisent et dans ses variétés pour chaque tissu. — C'est une des formes de la contractilité.
Les propriétés vitales et les propriétés du tissu ne sont point précisément inhérentes aux molécules de la matière qui en est le siège, car elles disparaissent dès que ces molécules écartées ont perdu leur arrangement organique (p. 24). C'est à cet arrangement qu'elles appartiennent exclusivement.
Les animaux sont des assemblages d'organes exécutant chacun une fonction, concourant chacun à sa manière à la conservation du tout. — Chaque assemblage est une machine particulière dans la machine générale qui constitue l'individu. — Or ces machines particulières sont elles-mêmes formées de tissus différents qui forment les éléments de ces organes (p. 21).... La chimie a ses corps simples
qui deux à deux, trois au plus, forment les corps composés
De même, l'analomie a ses tissus simples qui par leurs combinaisons 4 à 4; G à G; 8 à 8 forment les organes. Ici, Bichat compare des choses qui ne sont guère à comparer et sa conclusion me paraît une erreur, car les organes ne sont pas soumis à la loi de l'affinité des corps inertes , et ce n'est pas la combinaison des tissus simples par 2, par 4 et plus qui doit expliquer la forme qu'ils présentent.
Dans ces considérations générales, Bichat étudie alors les propriétés vitales et les propriétés de tissu des différents systèmes cellulaires, nerveux de vie animale, nerveux de vie organique, artériel, veineux absorbant, osseux, cartilagineux, etc.
C'est là où il dit (p. 25) à propos des propriétés vitales de ces tissus : la contractilité insensible et la sensibilité de même nature qui ne s'en sépare pas, caractérisent surtout les glandes, la peau, les surfaces séreuses, etc.
Chaque tissu a son mode particulier de forces , de sensibilité, etc. — Sur ce principe repose toute la théorie des sécrétions, des exhalations, des absorptions, de la nutrition, etc. — Le sang est un réservoir commun où chaque tissu choisit ce qui est en rapport avec sa sensibilité, pour se l'approprier, le garder ou le rejeter ensuite. — On a beaucoup parlé depuis Bordeu de la vie propre de chaque organe, mais celte vie propre n'est autre chose que le caractère particulier qui dislingue l'ensemble des propriétés vitales d'un organe de l'ensemble des propriétés vitales d'un autre. — Avant l'analyse rigoureuse de ces propriétés, dit Bichat, il était impossible de se former une idée rigoureuse de celte vie 'propre. Or d'après l'idée que e viens d'en donner, la plupart des organes étant coin-
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posés de tissus simples très- différents, l'idée de la vie propre ne peut s'appliquer qu'à ces tissus simples et non aux organes euxmêmes (p. 25).
Bichat montre ensuite toutes les applications que l'on doit faire de celte élude à la médecine par les progrès qui en résultent pour lanalomie pathologique. C'est là, en comparant la stérilité de l'observation des symptômes sans la connaissance des lésions qui les produisent et qui permettent d'établir le rapport des uns aux autres,
qu'il a écrit cette phrase célèbre si souvent reproduite Qu'est
V observation, si on ignore là où siège le mal? (P. 31.) Pensée juste si on ne lui donne pas un sens trop absolu, car^ainsi que je le dirai plus loin : la lésion n'est pas la maladie.
Aristote, Buffon, Grimaud admirent des fonctions intérieures pour la nutrition et des fonctions extérieures pour mettre l'animal en rapport avec le monde (p. 31). C'est l'ébauche de la division que , Bichat a si complètement développée plus tard. En effet, c'est l'origine de la séparation absolue des deux fonctions ou des deux appareils de la vie organique et de la vie de relation.
En étudiant chaque système en particulier, Bichat indique ses formes différentes, ses propriétés de tissu, ses propriétés vitales, ses sympathies et son développement.
Système cellulaire. Ce système a pour propriétés de tissu une Extensibilité évidente ainsi que la contractililé.
Ses propriétés vitales sont nulles dans l'état ordinaire. — La sensibilité animale est également nulle, mais elle se développe à un très-haut degré dans l'état maladif. La sensibilité organique est trèsévidente et s'exerce dans l'absorption de la sérosité de la graisse, de la lymphe, du sang, du lait, mais elle se révolte contre celle de l'urine, de la bile, de la salive et des autres fluides d'excrétion. — La Cojitractilité organique sensible et insensible y existent.
Les sympathies du tissu cellulaire sont très-nombreuses et existent avec le cerveau, le cœur, le foie et l'estomac. Ainsi le phlegmon trouble les fonctions de ces organes et on sait que les sétons du cou agissent favorablement sur les maladies des yeux.
Ce tissu a la propriété de la reproduction très-développée.
Système nerveux. Les propriétés de tissu y sont peu apparentes. La sensibilité animale est en général très-vive dans les nerfs; mais elle est variable selon les tissus malades.
De même que chaque système a son mode de sensibilité animale propre dans l'état naturel, de même l'a-t-il aussi dans l'état morbide, c'est-à-dire dans la douleur » (p. 93). En effet celle-ci varie beaucoup selon les tissus affectés.
La contractilité animale y est nulle ainsi que la contractilité organique. — La contractilité organique insensible et l'insensibilité organique n'y sont qu'au degré nécessaire à la nutrition.
Dans le système nerveux de la vie organique les propriétés de tissu et celles dites vitales, sont moins développées que partout ailleurs.
Système vasculaire a sang rouge.
Les propriétés de tissu du système vasculaire à sang rouge sont une extensibilité faible, mais la contractilité est plus forte.
Les propriétés vitales sont faibles, ainsi la sensibilité animale y est nulle ainsi que la contractilité de même nom.
La contractilité organique sensible n'y existe pas mais la contractilité organique insensible y est très-manifeste. — Quant à la sensibilité organique insensible elle y est manifeste puisqu'elle ne se sépare point de la contractilité précédente, mais à un degré obscur (p. 143).
Système vasculaire a sang noir.
Ce système a une extensibilité et contractilité de tissu très apparentes, — la sensibilité animale est nulle, ainsi que la contractilité animale, — sa contractilité organique sensible est nulle.
La contractilité organique insensible et sensibilité organique de même nature existent, mais président seulement à la nutrition.
Système absorbant ou lymphatique. — L'extensibilité de tissu et la contractilité sont très-évidentes dans ce système.
La sensibilité animale nulle dans l'état normal n'est développée que dans l'inflammation.
La contractilité animale est également nulle.
Dans ce système, la contractilité organique sensible douteuse, mais la contractilité organique insensible et la sensibilité organique insensible — y existent pour remplir leurs fonctions d'absorption et de circulation.
Système osseux. La solidité , la dureté et l'élasticité sont les propriétés physiques de ce système. Il a l'extensibilité et contractilité
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de lissu, non dans l'état normal, mais à l'état pathologique, — il n'a pas de propriétés animales dans l'état naturel, car la sensibilité animale ne s'y développe que dans l'état morbide, — la contraclilité animale nulle.
La sensibilité organique insensible y existe, et probablement la contracldité organique insensible.
La contraclilité organique sensible lui est étrangère.
Système cartilagineux. — L'extensibilité et la contraclilité de tissu y sont presque nulles, — la sensibilité animale est également nulle si ce n'est dans l'inflammation; — la contraclilité animale est nulle.
La sensibilité organique insensible existe, — mais il n'y a pas de contractilité organique insensible.
Système firreux. — Il n'y existe que la contractilité organique insensible et la sensibilité organique de même nature.
S'il y a quelques erreurs de détails dans cette philosophie anatomique, ce défaut est largement compensé par l'immensité des aperçus formulés par l'auteur. Du reste, la meilleure preuve qu'on puisse donner de l'importance de ces idées, c'est le résultat qu'elle£ ont eu pour la science. — En effet, Bichat n'avait fait ses recherches qu'avec les yeux, n'ayant pour guide que son esprit généralisateur, et sans le secours des^ verres grossissants. Aussi qu'est-il arrivé? Lorsque le microscope a été appliqué à l'étude des tissus, son idée a été le point de départ de recherches nouvelles et à YAnatomie générale a succédé Y Histologie générale, qu'on appelle aussi anatomie générale microscopique ou Histologie.
On doit aussi à Bichat, un traité d'anatomie descriptive qu'une mort prématurée lui a empêché de finir et qui a été achevé par ses élèves, puis le Traité de la vie et de la mort, œuvre remarquable de physiologie qui a eu la juste renommée qui s'attache aux travaux de bonne observation.