‹ Histoire de la medicine et des doctrines médicales (volume 2)Chapitre 83 sur 141 · ANATOMO-PATHOLOGISME — TH. BONET · texte numérisé non relu

ANATOMO-PATHOLOGISME — TH. BONET

nature des lésions d'un grand nombre de maladies. — Comment l'avaient-ils appris? Personne ne saurait le dire, mais la première chose qu'ils durent faire en faveur de leurs malades, ce fut de s'assurer de la nature humorale ou organique des maladies. Il n'y a eu que les vrais empiriques qui, ne s'occupant que du symptôme et du remède, aient pu se passer d'anatomie pathologique. Hippocrate pratiquant l'empyème, le trépan ou la néphrotomie et déclarant que dans les pyrexies aucun organe n'est spécialement altéré, — Arétée décrivant les lésions de la pleurésie, l'ulcère pulmonaire de la phthisie, l'action d'une lésion du cerveau sur le côté opposé du corps, savaient au moins cette anatomie pathologique là, et il en est de même pour beaucoup d'autres maladies, car on en trouve la preuve dans les écrits de Coelius Aurelianus et de Galien. C'était la conséquence des découvertes de l'école d'Alexandrie, là où Hérophile et Érasistrate, libres d'ouvrir des cadavres humains, avaient pu rechercher sur la dépouille de l'homme le siège et la cause des maladies. Quoi qu'il en soit, ce n'est pas grand'chose et il faut bien dire que, jusqu'au xvie siècle, il n'y a pas eu de véritable anatomie pathologique. On savait vaguement quelles étaient les lésions de certaines maladies, mais ces connaissances étaient très-bornées et souvent fautives.

C'est à la renaissance de l'anatomie normale et au moment où l'on peut faire l'autopsie des cadavres humains que l'Anatomo-pathologisme prit naissance, car tout d'abord il y eut des médecins qui crurent que la découverte de la lésion matérielle allait révéler la cause des maladies. — Alors, comme à notre époque, on pensait ne rien savoir d'une maladie si l'on ignorait le siège du mal. — C'est là une exagération, car la lésion n'est pas la maladie, et des lésions en apparence semblables, résultent de maladies de nature très-différente (1).

Antoine Beniveni, né en 1540, est un des premiers qui aient essayé de tirer parti des ouvertures cadavériques pour rechercher le siège des maladies. — Il était médecin à Florence au temps où Charles VIII fit la conquête de Naples. — Si l'on en croit Haller, il regarda la vérole, non comme une maladie d'importation nouvelle, mais comme une maladie ancienne connue sous le nom de Mentagra et de Lichenes. — Il s'appliqua à rechercher sur le cadavre les causes cachées des maladies. — D'après Malgaigne (Amb. Paré, p. cxix), il ne se bornait pas à ouvrir ses propres malades; il recherchait les

(1) E. Bouchât, voir Patholojie générale, 2* édition, page 621.

BOUCHUT.

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occasions d'autopsies avec la même ardeur que pouvait y mettre un

anatomiste de nos jours Enfin, il explorait jusqu'aux cadavres

des pendus, sans espoir de rattacher les lésions anatomiques à des symptômes qu'il n'avait pu observer, mais pensant toujours y trouver quelque chose, et faisant alors tourner ses recherches au profit de l'analomie descriptive et de la physiologie. 11 mourut en 1502.

Vinrent ensuite Eustache, Coiter, Colombo, Paw, dont les recherches ont été consignées dans Barlholin en 1657; Nicolas Tulpius; Dominique Panaroli, Jean-Jacques Wepfer; Frédéric Ruysch; Jean Conrad Peyer; Etienne Blancaerd; Daniel Hoffmann, qui fit un traité d'anatomie pathologique en 1713; Marcellus Donatus ; enfin Théophile Bonet, né en 1620, qui eut l'idée de rassembler la plupart des faits anatomo-pathologiques connus en un seul volume, après les avoir triés et classés selon leurs analogies. — Souvent même i! ajoutait à ces faits des considérations d'étiologie, de diagnostic et de traitement quelquefois très-utiles.

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