ANATOMO-PATHOLOGISME — BAYLE ; BROUSSAIS, ETC
la constitution, le tempérament, les diathèses innées, toutes choses incontestables quoique étant de nature inconnue, et enfin les altérations du sang et des humeurs qui ne sont pas des lésions de tissu et que la chimie pathologique est en train de nous révéler. — De plus, si la connaissance des lésions est indispensable pour déterminer le siège des maladies, dans beaucoup de cas, en thérapeutique, la lésion n'est pas la chose la plus importante à considéreret il est quelquefois bon de ne pas s'en occuper. — En effet, le médecin qui découvre une maladie organique telle que la phthisie pulmonaire, porte un pronostie d'incurabililé basé sur la nature de la lésion, et il n'a aucune confiance dans les agents thérapeutiques, tandis que celui qui sans méconnaître la lésion ne s'occupe que de relever les forces par la viande crue et l'alcool, voit souvent ses malades engraisser et résister au mal qui les consumait.
Cela dit, voyons les services rendus à la science par l'anatomie pathologique. Il est certain que c'est à elle- qu'on doit la connaissance du siège matériel et de la localisation des maladies. — Jusqu'au moment où l'on a commencé à rechercher sur le cadavre la raison des symptômes observés dans les maladies, toutes les descriptions étaient incomplètes, incertaines ou fautives. — Au contraire, dès que l'usage s'est introduit de rechercher sur le cadavre la cause de la mort, on a dû modifier la nosographie et considérer autrement qu'on ne l'avait fait, un grand nombre de maladies. — Si toutes les maladies avaient eu des lésions appréciables, et si des lésions semblables ne résultaient quelquefois pas de maladies de nature différente, on aurait pu faire une localisation générale basée sur le caractère des lésions organiques, mais cela n'est pas possible. On l'a tenté sans y réussir, et aujourd'hui chacun sait qu'il n'y a qu'un certain nombre de classes morbides qui puisse être déterminé par la nature de la lésion. On peut ainsi établir la classe des inflammations, des gangrenés, des hémorrhagies ou des hydropisies, mais les fièvres, les névroses et les nosohémies restent en dehors de cette classification anatomique. A ce point de vue, l'anatomie pathologique est insuffisante. Il n'en est pas de même pour la distinction de certaines maladies en particulier. — Pour n'en citer qu'un exemple, je prendrai le croup et le faux croup. Tant qu'on n'a pu rechercher la cause anatomique du mal, ces deux maladies étaient sans cesse confondues l'une avec l'autre. Maintenant, on les sépare d'après ce caractère que l'un a toujours des fausses membranes amenant l'asphyxie, et que l'autre n'en a pas et ne peut que faire craindre une asphyxie qui n'arrive jamais. — Il en est de même de l'épilepsie guérissable parce qu'elle n'a pas de lésion du
cerveau, et de celle qu'on ne peut guérir parce qu'elle dépend d'une lésion de cet organe.
Jadis on se contentait de faire l'anatomie pathologique en inspectant et en décrivant avec soin les lésions organiques visibles à l'œil nu. — Cela est insuffisant. — Aujourd'hui, si l'on veut bien faire, il faut produire ces lésions à volonté par des expériences sur les animaux (1) et il faut les étudier au microscope, au moyen de l'analyse chimique, c'est-à-dire faire de la chimie pathologique, et enfin tenir cotnpte des lésions permanentes qui restent visibles sur le cadavre, et des lésions fugaces qui ne durent qu'un moment ou qui cessent avec la vie. — Il n'y a que ce moyen pour maintenir l'anatomie pathologique au rang qu'elle doit occuper dans la hiérarchie des connaissances médicales.
Ainsi, je divise les lésions qui sont du domaine de l'anatomie pathologique en lésions permanentes visibles à l'œil nu, ou appréciables au microscope. Ce sont les phlegmasies, les gangrènes, les ulcérations, les hémorrhagies, les hydropisies, les flux, les nosorganies hypertrophique et atrophique, graisseuse, chondroïde, mêlanique, tuberculeuse, cancéreuse, parasitaire, etc.
Les lésions fugaces caractérisées par l'hypérémie partielle ou l'anémie dans les maladies congestives ou ischémiques.
Enfin les lésions humorales ayant pour siège le sang et les humeurs.
Toutes ces lésions ont été classées d'une façon méthodique par Laennec, par Meckel, par Andral et par tous les médecins. Cela était nécessaire pour qu'on puisse comprendre le mode d'altération des tissus. Voici la classificationgénéralement adoptée de nos jours d'après M. Andral.
(1) Wilson Philips, en produisant des inflammations au moyen d'cxcilanls appliqués sur le mésentère d'une grenouille, a pu étudier l'anatomie pathologique de l'inflammation.
Cl. Bernard, en piquant le plancher du 4e ventricule, a déterminé la glycosurie et en agissant sur le grand sympathique dorsal intra-lhoracique, il a déterminé la pleurésie et la pneumonie.
Wirchow, Prévost et Cotard, en injectant des corps étrangers dans les artères , ont provoqué des obstructions diverses appelées Embolies artérielles, et caractérisées par des phlegmasies ou des ramollissements donnant lieu à des symptômes variables, selon les organes.
Lewin, 18G1 ; Verliac, Cornil et Ranvier, en donnant du phosphore, ont produit la stéatose musculaire, qu'en 18(10 Von Hoff et Koch avaient observée sur le foie, le cœur et les reins après l'empoisonnement phosphore.
Villemin, en inoculant du tubercule à de jeunes lapins, a provoqué la formation intérieure d'autres tubercules dans les poumons.
Goujon, en inoculant de la matière mélanique à des cochons d'Inde et à de.chiens, a reproduit la mélanose, etc.