ANATOMISME ET HISTOLOGIE PATHOLOGIQUE
1° Lésions de circulation, comprenant les hypérémies, les congestions ou fluxions, les hémorrhagies et les anémies; il faut } ajouter les thromboses.
2° Lésions dénutrition, comprenant les vices de conformation. — L'hypertrophie, l'atrophie, l'ulcération, le ramollissement, la gangrène, l'induration, les productions accidentelles graisseuses, pileuses , chondroïdes , cartilagineuses , tuberculeuses , mélaniques, etc. D'après les découvertes récentes, il faut y joindre les productions parasitaireset les embolies.
3° Lésions de sécrétion, comprenant tous les flux et les hydropisies. "
4° Les altérations du sang dans ses divers éléments ou nosohémies, etc.
Un instant on avait cru toucher à la perfection, mais la science qui marche, a eu vite fait d'amonceler sur ces idées de nouveaux progrès dus à l'examen microscopique et à l'analyse chimique. Nos contemporains s'inspirant des idées de Laennec qui voulait qu'on s'en tînt à l'observation anatomique, et qu'on fasse autant d'affections particulières qu'il y a de lésions organiques, en un mot, que la nosologie soit subordonnée à l'anatomie, ont été au delà do ce que je viens d'indiquer. A l'aide du microscope, ils ont rectifié beaucoup d'erreurs faites à l'œil nu, et ils ont découvert une foule d'altérations que personne n'avait encore entrevues, ce qui diminue d'autant le nombre des maladies réputées essentielles, c'est-à-dire sans lésions anatomiques. — En France, et surtout en Allemagne, on s'est lancé dans cette voie féconde, et ce qui a été fait n'est que la moindre partie de ce qui reste encore à faire.
SECTION VII Anatomie pathologique microscopique et Histologie pathologique.
Malgré l'importance des premiers résultats introduits dans la science médicale par l'anatomie pathologique, telle qu'on peut la faire à l'œil nu, il est facile de comprendre ce que ces résultats ont d'incomplet et de borné, si on les compare à ceux que l'on peut obtenir à l'aide de verres grossissants.
La structure intime des lésions serait toujours restée inconnue, et eût échappé aux recherches des médecins s'ils n'avaient pu aider le sens visuel ordinaire parle secours des amplifications du microscope.
La date de ce secours est celle d'un nouveau progrès de connaissances anatomiques, et si ce progrès s'est un instant ralenti, la
reprise qui s'est faite de nos jours a été si heureuse qu'elle a changé la face de l'anatomie pathologique. Comme toujours on a dépassé le but en prétendant à l'impossible. On s'est cru armé d'un instrument qui donnait le dernier mot des choses. Par son aide, Hook a même cru évaluer le nombre des idées matérielles dont il fait monter le nombre à trois mille millions. On a cru découvrir le dernier de la division des tissus vivants et saisir l'unité organique de la vie. Au lieu de s'en tenir à une sage observation des faits nouveaux, on a entassé hypothèses sur hypothèses pour les expliquer, sans comprendre que dans les infiniment petits, comme dans les infiniment grands, les lois de la nature et de la vie sont partout les mêmes, dominant toutes les créatures du monde visible ou invisible.
Qu'il s'agisse de l'atome, de la cellule, de la fibre, de l'organe entier ou de l'être qui renferme ces éléments, il faut toujours en revenir à ce principe : que les éléments obéissent à une force extrinsèque qui est l'agent vital, ou bien qu'ils renferment en eux-mêmes la propriété et la sagacité de se rendre là où il faut pour faire tel tissu ou tel organe indispensable, et que la matière s'organise ellemême. La micrologie moderne nous a donné le spectacle de cette dernière hypothèse. Triomphera-t-elle dans ses prétentions? C'est ce qui me paraît fort douteux.
Quoi qu'il en soit, et en dehors de toute philosophie, l'intervention du microscope dans les études analomiques et anatomo-pathologiques aura eu pour résultat de faire connaître la structure normale des tissus dans leurs éléments et, dans beaucoup de cas, la composition des tissus morbides (1). C'est là un fait capital dans l'histoire de la science. Il ne faut pas l'oublier.
Les premiers microscopes furent construits en 1620 par Corneille Drebbel et Zacharie Jansen (Priestley, Histoire de l'optique, p. 64). C'est à Malpighi qu'on attribue l'honneur de s'en être servi le premier en physiologie et en médecine, ce qui lui permit de venir en aide à Harvey, car, au moyen de cet instrument, il annonça en 1661 qu'on pouvait voir la circulation des petits vaisseaux dans le mésentère des grenouilles. — C'est lui qui découvrit la structure lobulaire et vésiculaire des poumons, qui annonça que les fibres du cerveau devaient être considérées comme une expansion de la moelle épinière — qui vit la différence de la cicatricule d'un œuf fécondé d'avec celle d'un œuf stérile et qui montra les premières traces du punctum saliens ; — enfin qui découvrit les follicules de la langue et la structure du tissu glandulaire.
(1) Voyez le chapitre Ânatomie générale et Histologie.
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A mesure qu'on perfectionna le microscope, on fit des observations plus précises, quelquefois même trop précises, car Leuwenhœck dont la renommée ne s'est pas encore éteinte a prétendu avoir disséqué les testicules des vers du fromage (Hartsoeker, critique de Leuwenhœck p. 44, Essais de dioptrique). — Il n'en est pas de même de Lieberkuhn dont les recherches microscopiques jouissent d'une considération méritée, et qui démontra la structure vasculaire des parties du corps humain ainsi que la conformation des glandules de l'intestin ; de Louis de Hambourg qui en 1GG7 fit voir les animalcules spermatiques à Leuwenhœck, lequel les indiqua en les décrivant à son tour en 1674, enfin d'un grand nombre de savants qui se lancèrent dans la voie nouvelle récemment ouverte à la science.
Le microscope ne devait pas seulement servir à établir la structure des tissus qui composent les organes du corps humain, il a été également employé à la recherche des modifications que les tissus peuvent subir sous l'influence de quelques maladies. C'était le prélude de ce qui s'est accompli de nos jours. On s'en est servi pour faire cette forme de recherches qui a reçu le nom de la physiologie pathologique. Ainsi, non content de constater à l'œil nu les désordres que l'inflammation produit dans les tissus, on voulut savoir comment ces désordres se produisaient et Wilson Philips en 1801 est le premier qui ait fait de l'anatomie pathologique sur l'animal vivant en étudiant les lésions microscopiques de l'inflammation. On sait que ce médecin ayant irrité la membrane inter digitale d'une grenouille placée sous le microscope vit les capillaires se contracter, puis se dilater en ralentissant le cours du sang qui finissait par s'y arrêter — Thomson en 1809, Gruithuisen en 1816, Hastings en 1820, Kaltenbrunneren 1826, Gendrin, etc., confirmèrent ces assertions en les étendant plus ou moins, et elles font aujourd'hui partie du domaine de la science. C'est la nature même de l'inflammation révélée par l'examen microscopique.
Il était impossible de s'arrêter en si bon chemin. L'élan était donné et, à la suite de Bichat créateur de la grande anatomie générale, et de Schwann, qui a fondé l'anatomie générale cellulaire, vinrent les recherches de l'altération des cellules ou histologie pathologique. Cela me conduit à la naissance de la pathologie cellulaire.